‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

SUITE DU VOYAGE DANS LES CAMPOS GERAES. — LA FA- ZENDA DE FORTALEZA. — ENCORE LES INDIENS CD* ROADOS.

Le Rio Cnchambû. — Fazenda do Tehente Fugaça ; les nègres de cette habitation. — Pays sitaé au delà de Fug^aça. — Fazenda da Ferla-

I leza ; histoire et portrait de M. José Feus da Silvà, son propriétaire. — Les Indiens Coroados ; une femme de cette tribu. — Départ de Fortaleza. — Précautions contre les Indiens sauvages. — Un Portugais massacré par eux. — Le village de Tibagy. — Le hameau appelé Barra do Hyapà. — Le Rio Tibagy ; or et diamants ; garimpeiroi, Fazenda de Guarlela ; hospitalité ; blattes; puces. — Igreja Velha; les jésuites; les Indiens sauvages. — La Serra dos Fumas ; mauvais chemin ; beau paysage ; Araucaria écartés les nus des autres. — Recrutement de la garde nationale ; cultivateurs mis en réquisition poui faire le chemin de Garapuava.

Le 9 de février, le temps était encore couvert ; je partis néanmoins pour n'être pas à charge plus longtemps à mes hôtes ; mais ce ne fut point sans regret que je quittai cette jolie fazenda de Cachambù , si différente de ce que je voyais depuis bien longtemps.

En prenant quelques précautions, nous traversâmes sans accident le ruisseau qui coule au-dessous de la fazenda^ sur un lit de rochers aplatis, et dont j'ai déjà parlé plus bout.

Ce ruisseau ne doit point être confondu avec le Rio Caehambii, que Ton trouve aussi à peu de distance de la /a* zmda, et qui lui a donné son nom, emprunté aux deux mots guaranis caa^ bouquet de bois, et cambû^ arrondi comme un sein (bouquet de bois arrondi comme un sein). Le Rio Cachambu contient beaucoup de diamants. Il parait qu'autrefois les contrebandiers en ont tiré une grande quantité des calderoes répandus dans cette rivière ; mais la crainte des Bugres , qui , depuis quelque temps, étaient devenus fort audacieux, avait fini par refroidir ceux qui se livraient à la recherche de cette précieuse pierre (1).

Après avoir passé le ruisseau de la fazenda de Cachambu, nous entrâmes dans un pays presque plat, couvert de pâturages, où de très-petits bouquets de bois , composés princi-, paiement d'Araucaria, s'élèvent du milieu de quelques en* Toncements.

Les campos que j'avais parcourus pendant longtemps ne m'avaient offert qu'un gazon presque ras; mais, dans ceux que je traversai au delà de Cachambu , l'herbe était à peu près aussi haute que celle de nos prairies. Ces derniers n'avaient point été brûlés depuis un an et avaient pu atteindre leur hauteur naturelle, c'étaient des macegas; les autres avaient été incendiés dans les six derniers mois de l'année précédente, c'étaient des verdes (2).

Après avoir fait 2 legoas depuis Cachambu, je m'arrêtai à une fazenda qui portait le nom de son maître, le lieute-

(1) Selon Casai, U eiiste aassi à Mioas une serra de Cachambu entre le Rio Jacaré et le Rio Grande, afRuents du Paraanà. ^Corog. Jiraz., I,

^2} Voir plus haut, p. 19.

18 TOTAGB DAHS LES PHOTINCES

Tiaat Fïtgaça , et s'appelait, par conséquent, Fazenda do Tenente Fugaça.

Le propriétaire était absent au moment de mon arrivée, mais je fus parfaitement reçu par ses nègres. I^urs manières polies, le contentement qu'ils portaient empreint sur leurs figures me les avaient fait prendre d'abord poar des hommes libres : c'étaient des esclaves; ils me firent un très-grand éloge de leur maître, et je ne fus plus étonné de les voir joyeux et empressés à servir. Si les nègres ont trop souvent l'air sombre, souffrant et stupide, si quelquefois même ils se montrent malhonnêtes et audacieux, c'est qu'on les maltraite.

La journée que je fis en quittant l'habitation du lieutenant Fugaça fut une des plus longues de tout mon voyage ; jamais les mulets n'avaient marché aussi vite, et pourtant nous mimes neuf heures pour arriver à la fasmda où nous devions faire halte.

T4ous suivîmes un chemin de traverse peu fréquenté, et nous ne vîmes aucune maison, nous ne rencontrâmes qui que ce ffit pendant toute la durée du jour. Sans un guide que, sur la demande du colonel Luciano Carneiro, on m'avait donné chez le lieutenant Fugaca , nous nous serions égarés mille fois.

La contrée que nom parcourions est voisine des bois habités par leslndiens sauvages ; je ne voulais pas demeurer trop loin de ma caravane, et je fus obligé de négliger quelques plantes. J'étais cependant resté fort en arrière au passage d'un petit cours d'eau assez difficile à traverser. Ayant reconnu qu'il y avait' dans cet endroit un fort bel éclio, je m'amusai à le faire répéter. Mes gens s'imagînèrpnt nii^ ip Ips nimelais à mon secours ; Firmiano et sur-

DE SAmT-PàUL ET DE SAIlfTB<»CATIIERINE. 5f

tout le nègre Manoel accoururent, mais José Marianno^qui me devait le plus» ne changea point de place.

Tout le pays, qui est ondulé, offre encore d'immenses pâturages au milieu desquels s'élèvent, dans les enfoncements, quelques bouquets de bois. De loin en loin, nous jouissions d'une vue extrêmement étendue , mais partout l'aspect de la campagne était le même ; rien n'est monotone comme les déserts ; ce sont les travaux de l'homme qui répandent de la variété dans la nature.

En ce canton et même depuis l'Itareré, les arbres dont se composent les bouquets de bois sont d'un vert aussi noir que les Arawaria , mais ces masses rembrunies produisent un très-bel effet au milieu de la verdure charmante des pâturages. Principalement depuis le Rio Jaguariaiba, je ne voyais plus, parmi les Graminées des campos, autant d'espèces appartenant à des familles diverses; les arbrisseaux surtout devenaient assez rares. Les plantes que je trouvais encore avec le plus d'abondance étaient des Vernonîées, des Mimosées, la Convolvulacée n"" 1424, la Composée n*" 1456, appelée vulgairement charrua^ laYerbénacée n"* 1417 bis, la Labiatiflore n"" 1352» la Cassia n"* 1447 bis. Une Graminée n"" 1425» qu'on nomme capim frecha (herbe flèche) et qui est fort goûtée des bestiaux, domine dans tous les pâturages.

La première habitation que je trouvai au delà de Cachambû s'appelait Fortaleza (forteresse) (1) et appartenait à un lieutenant-colonel de la garde nationale (milicia).

M. José Felis da SU va, c'était son nom, passait pour un

(1) On sait que It capitale de la province de CearA porte aassi le non de Fortaleza,

des plus riches propriétairesde la province deS. Paul, etétait en même temps renommé pour sa parcimonie. Cet homme avait épousé une femme pauvre, et, comme il la traitait avec une extrême sévérité, elle forma le projet de se débarrasser de lui en le faisant assassiner. Elle aposta des brigands soudoyés qui l'attaquèrent; mais il se défendit avec courage et il leur échappa. Cependant il perdit , dans ce combat , tous les doigts d'une main ; l'autre main fut aussi fort maltraitée, et enfin il resta boiteux des coups qu'il avait reçus sur les pieds. Tout le monde sut qu'il n'avait été assassiné qu'à l'instigation de sa femme ; elle fut mise en prison , mais il la sauva à force de sollicitations et de démarches. Il y avait déjà plusieurs années, lors de mon voyage, qu'il la retenait dans sa fazenda , d'où il ne sortait plus , et il était assez courageux ou plutôt assez insensé pour vivre avec elle. Il n'avait qu'une fille qu'il avait mariée et qui était restée veuve; il la forçait également de demeurer r.hez lui; elle avait voulu s'échapper plusieurs fois, mais il l'avait fait rattraper. Comme M. José Felis était également fort dur pour ses esclaves , il en était aussi détesté que de sa femme et de sa fille, et à diverses reprises ils avaient tâché de le tuer. Ce malheureux était arrivé à un tel point de défiance, qu'il tenait sous clef ses moindres provisions, et qu'il faisait couper sa barbe par son petit-fils, enfant de huit à dix ans.

Aussitôt qu'il sut que j'allais arriver, il envoya au-devant dcTnoi un homme à cheval pour me complimenter.

J'étais à peine entré dans la vaste cour de l'habitation, qu'on me donna pour logement une petite maison qui faisait face à la demeure du maître et en était séparée par toute la longueur de la cour. J'y trouvai M. José Felis da

Silva ; c'était un petit homme d'une soiiantaine d'années, tel qu'il est facile de se le représenter d'après ce que j'ai dit plus haut , mutilé , estropié , dont le visage était couvert d'une barbe longue d'un demi^pouce, ce qui était contraire à l'usage de ce temps-là, mais qui, en même temps, avait des yeux vifs et spirituels et des manières honnêtes. Il me reçut avec politesse ; il fit apporter le thé , et bientôt après on nous servit un «ouper excellent.

Je ne partis de Forlaleza que le quatrième jour après mon arrivée ; pendant ce temps , le propriétaire ne cessa d'avoir pour moi toute sorte d'égards, et il redoubla encore de politesse lorsque j'eus fait nattre l'occasion de lui montrer ma portana (passe-port privilégié).

Heureux sans doute de pouvoir se soustraire aux ennuis de son triste intérieur, il venait de grand matin s'établir dans le petit bâtiment où il m'avait placé ; nous y mangions ensemble; il lisait pendant que je travaillais, et il ne se retirait que pour se coucher. C'était un homme d'esprit et de bon sens; il avait fait ses études à S. Paul et causait a merveille; mais je remarquai qu'il évitait de par« 1er de lui, de ses afiaires, de ce qui l'intéressait , et même de tout ce qui avait rapport au pays. Mous parlions de la France et de Rio de Janeiro.

On servait à Fortaleza , je ne sais pourquoi , tout autrement que dans les autres maisons brésiliennes ; on commençait les repas par où on les finit en France. D'abord on apportait les fruits ; le rôti venait ensuite, puis les ragoftts; après cela le bouilli, enfin des confitures. La première fois que j'avais vu mettre des fruits sur la table au commencement du dîner, je m'étais imaginé que nous n'aurions pas autre chose.

«î VOYAGE DANS LES PROVINCES

C'était M, José Felis da Silva qni avait été le créateur de son habitation. Il était venu s'établir à Fortaleza vers le commencement du siècle : alors ce lieu était uniquement fréquenté par les sauvages, et Ton n'en prononçait pas le nom sans frayeur; mais , depuis cette époque , beaucoup de cultivateurs s'étaient fixés dans les alentours, enhardis par le cx)urageux exemple du premier défricheur , et sûrs d'être protégés contre les Indiens par un homme puissant entouré de nombreux esclaves.

La fazenda de Fortaleza s'étendait sur le penchant d'une colline ; devant la maison on voyait un bois sombre d'^raumria et de tous côtés de vastes pâturages. Les bâtiments étaient disposés autour d'une grande cour carrée , 2t derrière la maison du maitre, où je n'entrai point , on avait planté un jardin dans lequel je n'entrai pas davantage, mais où je vis de loin des orangers alignés avec symétrie.

Fortaleza était, à l'époque de mon voyage, la fazendaïsi plus enfoncée dans les terres occupées par les sauvages. Souvent ils y commettaient des désordres; on les poursuivait, on tuait qudques hommes, et l'on prenait des femmes et des enfants. Les nègres de M. José Felis n'allaient jamais travailler dans ses plantations sans être munis d'armes à feu.

Les Indiens voisins de Fortaleza appartenaient , comme ceux de Jaguariaiha, à la tribu des Coroados (1) ; ils portaient également une petite tonsure sur le sommet de leur tète; d'ailleurs ils laissaient croître leurs cheveux par derrière et les coupaient sur leur front au niveau des sourcils.

U) Voir plus haut, p. 45.

M. José Felis me dit qu'il était entré dans une des maisons de ces sauvages, et me confirma ce qui m'avait été raconté chez le colonel Luciano Carneiro : cette maison était construite de la même manière que celles des Portugais , et on y avait trouvé une provision considérable de maïs et de haricots. Outre des tissus du genre de ceux dont j'ai déjà parlé (1) , on avait souvent pris aux Coroados de Fortaleza des arcs , des flèches , des haches de pierre , diverses poteries, des corbeilles , des colliers faits avec des dents de singe; on me montra un pot (panella) qu'on leur avait enlevé , et qui me parut aussi bien fait que ceux des Paulistes.

Je vis à Fortaleza une femme et deux enfants coroados qu'on avait pris tout récemment , et je leur trouvai une figure assez agréable. La femme avait la tète beaucoup plus petite que ne l'ont communément celles des autres peuplades, et elle se tenait beaucoup mieux ; j 'avais déjà fait la même remarque sur l'Indienne du colonel Luciano Carneiro. Étaitil vraisemblable que les seules femmes coroadas que j'eusse vues jusqu'alors, et qui avaient été prises à d'assez grandes distances, fissent toutes les deux des exceptions? N'était-il pas plus naturel de croire que la plupart de celles de leur nation leur ressemblaient? Quoi qu'il en soit, d'après tout ce que j'ai dit jusqu'ici des Coroados des Campos Geraes, tribu des Bngres, il est bien évident que, dans leur état sauvage, ils sont supérieurs en intelligence , en industrie , en prévoyance à beaucoup d'autres peuplades indiennes, et peutêtre même le sont-ils en beauté ; par conséquent, on aurait dû mettre tout en œuvre pour les rapprocher des hommes

(t) Voir plus haut, p. 40.

de noire race, et ensuite encourager les mariages mixtes entre eux et les Paulistes pauvres , qui ne doivent point rougir du sang indien , car depuis longtemps il coule dans leurs veines; mais , il faut bien le dire, il était moins facile de faire de tels efforts en' faveur des Coroados que de les tuer ou de les réduire en esclavage.

Je reviens à mon bote , le lieutenant-colonel José Felis da Silva. 11 voyait bien rarement des étrangers» si même il en voyait jamais , et je crois qu'il eût été charmé que je prolongeasse mon séjour dans son habitation; mais je trouvais déjà ce voyage beaucoup trop long , et j'aurais voulu pouvoir en rapprocher le terme. Je quittai Fortaleza le 15 de février , et au moment de mon départ je reçus de mon hôte un présent considérable de lard , de viande sèche, deconûtures, de fromages et de volailles. Ce présent et la chère excellente que m'avait fait faire M. José Felis durant mon séjour chez lui démentaient entièrement la réputation d'avarice qu'il avait dans son voisinage.

En sortant de Fortaleza , je traversai une portion de campo et ensuite une belle plantation de maïs ; de là je passai dans un bois à la sortie duquel je me trouvai sur une hauteur, et je découvris une immense étendue de pâturages parsemés de petits bouquets de bois.

Dans cet endroit , je retrouvai un guide que m'avait donné le lieutenant-colonel José Felis, et que j'avais laissé aller devant. Cet homme me dit qu'il m' avait attendu, parce qu'un bois voisin servait souvent d'asile aux Indiens sauvages , et il me montra les restes d'une grange à laquelle ils avaient mis le feu il y avait environ un an , lorsqu'elle était encore pleine de maïs. Des arbres couvraient, il y a peu d'années , le lieu élevé où nous étions alors» mais le

lieutenant-colonel les avait fait couper pour épier plus aisément les démarches des Indiens.

Bientôt nous passâmes dans un endroit où » il y avait environ deux ans, ces barbares avaient tué deux hommes qui travaillaient dans une plantation ; trois autres leur avaient échappé en s' enfuyant dans les campos, au milieu desquels les sauvages craignent de s'engager. Ils avaient massacré a coups de bâton ceux qui étaient tombés entre leurs mains, leur avaient fracassé la tète et les avaient dépouillés. A peu de distance de Tendroit où l'événement s'était passé , je vis la maison d'une des victimes. Cet homme était né dans les iles Açores; il cultivait le lin avec beaucoup de succès, et sa femme en faisait des tissus assez fins. Seule , privée de son protecteur naturel, cette infortunée n'avait pu rester dans un lieu où tout lui rappelait son malheur et où sa vie était sans cesse menacée; elle avait quitté le pays, et la maison était restée sans habitants.

£n nous avançant davantage, nous vîmes , sur la droite, des montagnes peu élevées qu'on appelle Serra da Pedra Braiica (montagnes de la pierre blanche). C'est, me dit-on, à peu près au pied de ces montagnes, à quelques lieues de Fortaleza , qu'est situé le petit village de Tibagy^ dont le nom est celui d'une rivière voisine. La crainte des Indiens avait décidé quelques colons à se rapprocher les uns des autres, et c'est ainsi que s'est formé le village de Tibagy. A l'époque où je voyageais, il dépendait, ainsi que Fortaleza, de la paroisse de Castro, éloignée d'environ 10 lieues; dans ces derniers temps, on en a fait une paroisse particulière (1).

(1) MtLLEB, Ensaio; 54.

La rivière A'Hyapô^ qui, après avoir pris sa source à peu de distance de Castro , coule au-dessous de cette ville et se jette dans le Tibagy /fut le terme de ma journée. L!espèce de petit hameau qui est situé sur sa rive gauche et ou je fis halte s'appelle Barra do Hyapô (confluent de THyapô], parce qu'il est situé à une très^petite distance de Fendroit où cette rivière mêle ses eaux à celles du Tibagy. Le nom de THyapo est Guarani, et signifie la rivière du vallon ou du marais (1).

Il avait fait assez beau temps pendant toute la journée ; vers le soir, je vis un orage se former dans le lointain. Lorsque j'arrivai sur les bords de T Hyapô , la pluie ne tombait pas encore ; mais il fallait passer la rivière , parce qu'il n'y avait aucune maison sur la rive droite où j'étais alors. Mes gens se hâtèrent d'enlever les cuirs qui couvraient la charge des mulets et mirent en tas le menu bagage; ils avaient à peine commencé le transport des effets

(i) Les auteurs de Tutile Diccionario do Brazil (I, 516, 568) disent que cette rivière s'appeUe Japô et que ce sont les Espagnols qui la nomment Hyapô, Je ne sais de quels Espagnols il s'agit ici, mais ce qui est bien certain, c'est que, dans le pays habité par les descendants des Portugais, tout le monde prononce Hyapô. Cazal écrit ianiàt Hyapô (Cor og., 1, %tè), tantôt Yapé (I, 213), et c'est cette dernière orthographe que suit Dan. Pedro Millier (Eiuaio, 54), comme j'avais fait moi-même dans mes notes ; mais, si à la fin des mots composés nous écrivons Ay, il me semble que , pour être conséquents avec nous-mêmes , il faut que nous écrivious également hy à leur commencement. — On doit croire que c'est uniquement par inadvertance que , dans le discours du président de la province ^uriSii {Diseur iorecUado^ etc., p. 31), on a imprimé Ypok; cette orthographe, en effet, ne serait justifiée ni par une autorité de quelque valeur ni par l'étymologie, et encore moins par l'usage des habitants du pays. 11 ne faudrait pas s'imaginer que , parce qu'on écrit Oyapoh, on doit aussi écrire Yapok ou Ypok.

lorsque la plui€ commença, et il tomba des torrents d'eau sur les malles, qui, toutes, contenaient des plantes sèches, des insectes et des oiseaux. Elles étaient faites avec tant de soin et si solidement, que rien ne fut mouillé dans leur intérieur; mais je craignais que l'humidité ne fit moisir tout ce qu'elles renfermaient, et je gémissais pour la centième fois sur le désagrément qu'il y a à voyager au Brésil avec des collections pendant la saison des pluies.

Le lieutenant-colonel José Felis avait donné de& ordres pour qu'on me préparât une maison dans le hameau. Celle qu'on me donna était la meilleure des trois ou quatre qui étaient éparses à peu de distance de la rivière ; il n'y pleuvait pas, mais la porte était si étroite, que les malles eurent beaucoup de peine à y passer. .

Le lendemain de mon arrivée à Barra do Ilyapô, le temps était très-couvert, et je me décidai à rester un jour dans ce hameau ; mais ce fut seulement à la nuit que la pluie commença. Je passai la journée à soigner mes collections et a étudier les plantes que j'avais recueillies la veille.

Vers le soir, je me promenai dans une pirogue jusqu'au confluent de l'Hyapô, qui, comme je l'ai dit, se jette dans le Tibagy. A l'endroit où elles se réunissent, ces deux rivières sont très-profondes et coulent , m'a-t-on assuré, sur un lit de rochers. Quand il a reçu les eaux de l'Hjapo, le Tibagy peut avoir à peu près la même largeur que nos rivières de quatrième ordre ; ici ^n cours est à peine sensible. Ck)mme l'Hyapô, il est bordé d'une lisière d'arbres et et d'arbrisseaux au-dessus desquels s'élève le majestueux Araucaria; quelques lianes se balancent élégamment jusqu'à la surface de l'eau , et parmi elles l'Apocynée se fiiit remarquer par ses tiges et ses feuilles blanchâtres.

68 VOYAGE DANS LES PROVI.NCES

Le Rio Tibagy , dont le nom vient probablement des mots de la lingoa gérais tybay factorerie, etgfy, hache [l], est un des affluents du Paranapanéma (2). De toutes les rivières des Campos Geraes qui contiennent des diamants et de Tor, le Tibagy passe pour la plus riche ; il existe môme des diamants dans les terres qui Tavoisinent , et principalement, m'a-t-on dit, à quelques centaines de pas du village auquel il a donné son nom. Il paraît qu'au temps où les Paulistes parcouraient encore les déserts pour y chercher de Tor et faire la chasse aux Indiens, quelques bandes qui pénétrèrent dans ce canton y trouvèrent des diamants (5) . Le gou-

(1) Cette étymologie, dae à M. Francisco dos Prazeres Maranbao, est parfaitement d'accord avec les eipïications dviDiccionario porluguezet brasiliano; je la préfère h ceUe que m'avait donnée un Américain-Espagnol que j*ai souvent cité, et d'après lequel Tibagy viendrait de tibachy^ la rivière de la capoeira, 11 ne serait pas impossible que les Paulistes , destructeurs da Guayra, pour échanger des haches avec les Tupis, leurs alliés, contre des Indiens captifs, eussent formé sur les bords du Tibagy une sorte de factorerie semblable à celle qu'ils avaient établie au Porto de S. Pedro (Charleyoix, Hist, Parag,, I).

(2) L'abbé Manoel Ayres de Cazal dit que le Tibagy prend sa source à l'occident de Cananea {Corog. Braz,, l, 212). Gela est parfaitement juste; mais^on ne doit pas conclure de là que c>st auprès de Cananea que commence cette rivière ; car, pour se rendre des environs de ce port au Paranapanéma, il faudrait qu'elle passât par-dessus la Serra do IVfar, ce qui est impossible. Ici on ne pourrait reprocher qu'un peu de vague à l'auteur, en général si admirablement eiact de \à Corografia brazilica; mais je ne puis m'empècher de croire qu'il se trompe comme, après lui, les auteurs du Diccionario do Brazil (II, 704), lorsqu'il fait passer le Tibagy par les Campos de Garapuava, situés bien plus au sud ( voir la carie Oc, s, Paul, par Villiers, Rio de Janeiro, 1847).

(3) Parmi les Paul stes qui, plus anciennement, visitèrent les déserts voisins du Tibagy pour y faire des esclaves, il faut compter l'illustre Fernando Dias Pacs, celui qui découvrit la proviucc de Miuas (Ballazar da Silva Lisboa (Antiaes de Rio de Janeiro, II, 280).

vernement fut instruit de cette découverte , et, pour empêcher que des particuliers n'en profitassent » il établit une . garde dans le pays. Plus tard, la garde fut supprimée, et non-seulement quelques habitants des environs de Tibagy se mirent à faire la contrebande des diamants, mais encore il vint des garimpeiros (1) du dehors et même de la capitainerie de Minas Geraes. Dans ces derniers temps, mon hôte de Fortaleza , José Felis, donna avis au gouvernement de ce qui se passait ; il fut chargé de faire des recherches dans le Tibagy, et l'on m'a assuré qu'elles eurent un résultat fort satisfaisant. On forma dans le canton une compagnie de milice dont José Felis da Silva devint le commandant, et il reçut l'ordre d'employer ses hommes à poursuivre les garimpeiros. Il paraît qu'à l'époque de mon voyage il n'y avait guère que les habitants du village de Tibagy qui lavassent à la dérobée tantôt quelques hateas (2) de sable puisées dans les calderoes des ruisseaux, tantôt un peu de terre enlevée aux endroits où ils savaient qu'il existe des diamants.

J'ai déjà dit que mon excursion dans les terres des Campos Geraes, voisines du territoire des sauvages , m'avait conduit, par un détour à peu près demi-circulaire, au-dessous

(i) Les garimpeiros f contrebandiers ordinairement réunis en troupes, se répandaient dans les lieux oii les diamants se trouvaient avec le plus d'abondance, et ils les cherchaient eux-mêmes sans se faire aider par des esclaves. Quelques-uns d'entre eux, placés en sentinelle dans un endroit élevé, avertissaient les autres de l'approche des soldats, et la bande prenait aussitôt la fuite (voir mon Voyage dans le district des diamants, etc., 1, 21).

(2) Les bateas sont de grandes sébiles qui ont la forme d'un cône tronqué, et dont on se sert pour le lavage de For (voir mon Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, l, 215).

de Castro, ou, si Ton veut, au sud-ouest de cette ville. A partir du confluent de THyapô, je commençai à retourner vers cette dernière eu revenant pour ainsi dire sur mes pas, et suivant une direction contraire à la première, celle du nord-est.

Au delà de THyapô, les campagnes ne m'offrirent point, avec celles qui les précèdent , de difTérences sensibles dans leur aspect général, mais je fus étonné d'y retrouver une foule d'espèces que j'avais recueillies dans une contrée bien plus septentrionale, les environs du Rio das Yelhas (1).

Le lieutenant-colonel José Felis da Silva m'avait donné un itinéraire d'après lequel je devais aller coucher de Barra do Hyapé au lieu appelé Igreja Velha; un guide que j'avais pris sur les bords de l'Hyapô prétendît que cette marche serait beaucoup trop longue , et , quand nous eûmes fait 2 lieues, il me fit rester à la petite fazenda de Guartela. La maîtresse de cette propriété, dont le mari était absent, me donna, avec beaucoup de politesse, la permission de faire halte dans sa maison ; elle m'abandonna non-seulement la pièce où l'on reçoit les étrangers (sala), mais encore une chambre et une cuisine. Au moment de mon arrivée, elle m'envoya du maté , boisson fort en usage dans ce pays, et, quoique je ne lui fusse nullement recommandé, elle fit servir à souper à moi et à mes gens. Si les habitants des Campos^Geraes ne sont pas doués d'une intelligence égale à celle des Mineiros, ils ne sont pas moins hospitaliers qu'eux.

(1) Voir mon Voyage aux $ource$ du S. Francisco et dans la province de Goyaz, IT, 279.

Il n'y a que l lieue 1/2 de Guartela à Igreja Velha, et il paraît que mon guide ne m'avait feit rester à la première de ces habitations que dans l'espérance de pouvoir retourner plus promptement chez lui. GrAce à la supercherie de ce brave homme, je mis deux jours à faire un chemin qui ne demandait qu'une journée, et pour comble de bonheur je fiis obligé de séjourner à Guartela, parce qu'on ne put retrouver qu'à la nuit mes mulets, qui s'étaient écartés dans la campagne.

Je n'avais qu'à me louer sans doute des égards de la dame qui avait bien voulu me recevoir, mais je ne pouvais m'empècher de trouver sa maison horriblement désagréable à cause du nombre prodigieux de blattes dont elle était remplie. Ces odieux insectes se cachent , comme Ton sait , pendant le jour; mais, lorsque la nuit venait, les murs et le plancher des pièces où l'on m'avait logé en étaient aussitôt couverts. Je ne trouvais dans les Campos Geraes ni moustiques ni borrachudos ni carrapatos, animaux malfaisants qui tous se plaisent dans les contrées chaudes (1) ; mais les blattes n'y sont malheureusement pas rares, et nulle part je n'avais vu une aussi grande quantité de

(1) Mes BelaCions précédentes donnent des détails sur les carrapatos et les borrachudos {Voyage dans les provinces de Rio de Janeiro, etc., 1, 37, 322. — Voyage aux sources du Rio de S. Francisco, eic, 1, 203 ; II, 32). J*ai dit que, pour se débarrasser des carrapatos miudos, on peut employer avec succès uue boulette de cire que Ton applique sur ces animaux et à laquelle ils restent attacbés ; on a paru douter de TefficAcité de ce moyeu (Neuw., Brax,, 55), et il est effectivement incontestable qu'il ne réussirait pas pour enlever des carrapatoê qui, ayant atteint une certaine grosseur, se seraient enfoncés profondément dans la peau ; mais il est infaillible contre les miudoSf comme je Tai éprouvé moi-même.

puces. Lorsque j'étais à Guartela, il y avait déjà plusieurs jours que ces derniers insectes m'empêchaient de dormir.

A 1 lieue i/2 de Guartela, je fis halte à un sitio qui ap* parlenait à un propriétaire peu aisé que j'avais vu chez le lieutenant-colonel José Felis y et qui m'attendait depuis plusieurs jours. Cet homme me reçut à merveille, et voulut absolument me donner à souper. Son sitio occupait le sommet d'une colline d'où l'on découvrait de vastes pâturages ; un bouquet de bois s'étendait derrière la maison» sur le penchant de la colline , et au-dessous de cette dernière était un vallon arrosé par un ruisseau qui coulait sur un lit de rochers aplatis, entre deux lisières d'arbres et d'arbrisseaux. Le penchant de la colline était marécageux, et là, comme sur le bord du ruisseau, je trouvai un grand nombre de belles plantes parmi lesquelles je me contenterai de citer le Lavoisiera australisy Aug. S. Hil. et Naudin.

Ce lieu portait le nom d'igreja Velha {Y égMse vieille], parce que, peu de temps avant leur expulsion, les jésuites y avaient construit une église , et avaient commencé à y former un établissement. Ces religieux possédaient dans le pays une étendue considérable de terres, et pouvaient rendre beaucoup de services. Il est à croire que leur projet avait été de travailler à la civilisation des Indiens coroados des alentours, et, d'après ce qu'ils ont fait ailleurs , il est permis de penser que, si leur ordre n'avait pas été détruit, ces sauvages, aujourd'hui (1820) si redoutables aux descendants des Portugais, seraient chrétiens comme eux. Les jésuites, pour commencer leur établissement, n'auraient pu choisir un lieu plus favorable qu'Igreja Velha. Nonsrnlement ils y auraient élevé un grand nombre de bes-

tiaux , comme ils faisaient ordinairement dans les pays de pâturages , mais encore ils se seraient trouvés dans le voisinage des Indiens coroados sans avoir rien à craindre d'eux, car ceux-ci ne passaient jamais la rivière d'Hyapô. D'Igreja Velha ils auraient pu observer ces sauvages, les étudier et aviser aux moyens de pénétrer au milieu d'eux. La guerre qu'on leur faisait à T époque de mon voyage rendait un rapprochement tous les jours plus difficile. Les Indiens oublient tout , excepté les injures, et, quand mftme on aurait voulu sincèrement vivre en paix avec eux, il eût été fort difficile de le leur faire comprendre ; le seul moyen que Ton aurait pu tenter eût été de leur renvoyer quelques prisonniers qu'on aurait très-bien traités, et de charger ces hommes de faire à leurs frères des propositions de paix. A la vérité, le colonel Luciano Carneiro me disait que son Indienne avait autant de peur des gens de sa nation que les blancs eux-mêmes; mais cette frayeur s'explique sans peine , car les sauvages ne pouvaient distinguer de loin si une personne habillée à la manière des Européens appartenait à leur nation ou si elle était Portugaise. Il est h croire qu'ils n'eussent point tiré de flèches contre une Indienne qu'ils auraient vue arriver de la terre des blancs avec des cheveux longs et une simple saie.

Après avoir quitté Igreja Velha , je traversai une petite rivière qui coule, comme je l'ai dit, au-dessous du monticule sur lequel le sitio était bâti. Tout près de l'endroit où nous la passâmes, cette rivière tombe d' une hauteur d'environ 6 mètres, et fuit entre des rochers parmi lesquels croissent des arbres et des sous-arbrisseaux. Plus loin j'arrivai à un campo très-marécageux où les mulets enfonçaient sans cf»sse d.^ns nn terrain noir et fangeux. Avan-

çant toujours, je reconnus que bientôt le sol chaugerait de niveau, car fort au-dessous des campos que je parcourais j'apercevais dans le lointain de vastes campagnes couvertes d'Araucaria, au milieu desquels je distinguais quelques pâturages ; enfin, après avoir fait 3 %o(M, j'arrivai à Ton* droit où il fallait descendre.

J'avais souvent parcouru de bien mauvais chemins depuis que j'étais au Brésil , mais je n'en avais pas encore vu d'aussi difficiles. Le terrain s'abaisse brusquement d'une hauteur considérable, et il faut marcher sur des rochers glissants et presque à pic. Je craignais que les mulets ne se précipitassent avec leur charge ; mais heureusement il ne nous arriva aucun accident. Cette descente porte le nom de Serra dos Fumas , la montagne des grottes , et cependant il n'y a, en cet endroit, aucune montagne proprement dite, mais seulement, comme on vient de le voir, un changement brusque dans le niveau du terrain. Le nom de Furnas a sans doute été donné à ce lieu à cause d'une grotte assez profonde qui se trouve au milieu des rochers, et où les voyageurs ont souvent passé la nuit , mais qui , d'ailleurs, ne me parut avoir rien de remarquable ; je regrette de n'avoir pas songé à rechercher si elle ne contenait pas des ossements fossiles.

Après avoir traversé un bois qui s'étend au-dessous de la Serra das Furnas , nous nous trouvâmes dans u n lieu découvert extrêmement pittoresque. Regardant derrière nous , nous apercevions la cdte rapide que nous venions de descendre, et qui, à droite, n'offre que des rochers noirs absolument à pic , tandis qu'ailleurs elle présente des arbres et des arbrisseaux parmi lesquels domine le sombre Araucaria. Les bois s'étendent sur un terrain incliné, depuis la côte jus-

DE SAINT-PAUL ET DE SAlNTE-GATHERINE. 75

qu*i un campo ou sont quelques chaumières ; plus loin se voient encore des pâturages , mais ceux-ci , an lieu d'être entièrement découverts , sont parsemés d'Araucaria écartés les uns des autres. Ce paysage a dans son ensemble quelque chose qui rappelle ceux de la Suisse.

De là je fis encore i lieue pour arriver au sitio où je devais passer la nuit. Dans cet espace, le pays est montueux, plus boisé que les vastes solitudes qui lé précèdent , et en même temps plus pittoresque. A un bouquet de bois succède un pâturage de peu d'étendue , et celui-ci , quelquefois entièrement découvert , est plus souvent parsemé d*Àraucaria qui s'élèvent au milieu des gazons à des distances inégales. Jusqu'alors j'avais vu des bois entièrement composés d* Araucaria; j'en avais vu d'autres où ces Conifères se trouvent mêlées à des arbres de différentes familles ; c'était, ce jour-là, pour la première fois que je traversais des pâturages dans lesquels croissent, comme je viens de le dire, les Pins du Brésil épars çà et là. Dans ces pâturages surtout , on peut admirer le contraste charmant que forme le vert foncé de la cime parfaitement égale de ces végétaux majestueux avec les teintes adoucies des humbles Graminées.

Lorsque nous arrivâmes à la maisonnette où nous devions faire halte, la pluie commença à tomber par torrents. Je crois que, depuis Sorocéba, c'est-à-dire depuis le 6 janvier, nous n'avions passé qu'un seul jour sans eau, et nous étions alors au 18 de février.

Le 49 9 nous ne fîmes que 3 legoas^ et nous couchâmes à Castro.

La population de cette ville et celle des alentours étaient dans une grande consternation, parce qu'on voulait com-

76 VOYAGE DAEfô LES PROVINCES

pléter la garde nationale (milicia) du pays. C'étaient les colonels ou, en leur absence, les capitaines des compagnies qui faisaient cette opération. Chacun, comme cela arrive partout ailleurs en pareil cas, apportait ses raisons d'exemp* tien : l'un objectait ses infirmités, Tautre sa pauvreté qui ne lui permettait pas d'acheter un uniforme ; on sollicitait, on s'intriguait, on faisait parler ses amis.

Il n'est pas étonnant que les habitants du pays eussent tant de répugnance à entrer dans la milice. Environ deux ans et demi auparavant, on avait envoyé une partie du régiment à Rio Grande, où les Brésiliens se battaient contre Artigas ; presque tous les hommes requis étaient mariés, et leur absence avait plongé leurs familles dans F indigence. On avait assuré, il est vrai , qu'au bout d'un certain temps on les rendrait à leur patrie ; mais cette promesse avait été complètement oubliée. Tout nouvellementaussi on venait de donner ordre a un détachement de miliciens de se rendre à Sainte-Catherine, et quand les maris ne se montraient pas on rendait les femmes responsables.

I.e passage très-récent du colonel Diogo par ce canton avait encore ajouté à la terreur universelle. Lorsque plus anciennement, sous les ordres de cet officier, avait été commencé le chemin de Garapuava, dont j'ai parlé ailleurs (1), on avait forcé les habitants du pays à y travailler ; on ne les payait point et on les traitait avec une extrême sévérité. Plus de mille personnes avaient alors quitté le district pour se réfugier dans la province de Rio Grande do Sul , et la ville de Castro n'offrait plus, à l'époque de mon voyage, que des maisons abandonnées qui tombaient

(1) Voyez le volume précédent.

en ruines. Le colonel Diogo, que j'avais , comme on sait, rencontré à Morangéva, avait suivi la route directe, et, pendant que je faisais un long détour, il était arrivé à Castro. Il avait apporté de S. Paul Tordre de continuer le chemin commencé et celui de former une nouvelle paroisse k un endroit appelé LinhareSy où, déjà, disait-on, il existait quelques chaumières. Quand on avait su cette nouvelle, la désolation s'était répandue dans toutes les familles , et la plupart des habitants avaient pris la résolutioi^ de fuir plutôt que de s'enfoncer encore dans des déserts infestés par les sauvages, d'aller travailler, presque sans salaire, loin de leurs femmes et de leurs enfants, et d'être traités avec une extrême rigueur par un chef accoutumé à toute la dureté de la discipline militaire. Je ne sais si l'entreprise projetée aura produit im grand bien ; mais ce qui est sûr, c'est que, conduite avec un intolérable despotisme, elle avait commencé par produire un très-grand mal.

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