‹ Voyage dans les provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine (volume 2)Chapitre 8 sur 24 · LA VILLE DE PARANAGDA · texte numérisé non relu

LA VILLE DE PARANAGDA

Histoire de la ville de Paranag^é. — La baie du même nom. — Position de la ville ; maisons ; raes ; églises ; ancien couvent des jésuites ; écoles ; commerce ; explorations. — Climat ; insalnbrité ; mangeurs de terre. — Population du district de Paranaguâ. — Sa garde nationale ; les ordenanças, — Ses productions. — Manière d'exploiter les bois. — Le maréchal qui commandait à ParanaguA. — Moyen de rendre praticable le cbemin de la Serra. — Mœurs peu aimables. — Rencontre d*un étranger. •— Environs de Paranaguâ. — L'Ile de Cotinqa ; un vieil Allemand. — La chapelle du Aocto ; une promenade charmante. — Le vendredi saint.

Le premier endroit de tout le Brésil où Ton ait reconnu la présence de For fut celui où est actuellement bâtie la ville deParanaguà. Avant même F année 1578(1), quelquesaventariers paulistes trouvèrent, dans ce. canton, des terrains aurifères, et commencèrent à les exploiter. Il parait cependant que leurs recherches n'eurent pas de grands résultats , car en 1613 on proclama comme tout à fait nou-

(I) Pizarro, i»/em. hUL, VJU, 311. -- 11, 114.

velle la découverte des mines de Paranagu6 , et Ton peut même douter qu'elles aient été sérieusement exploitées avant que Ton ait commencé à bâtir la ville de ce nom ou plus tard encore. Suivant Gaspar da Madré de Deos, ce fut Gabriel de Lara qui en jeta les premiers fondements , un peu avant Tannée 4653, et, selon Pizarro, elle fut fondée par Theodoro Ebano Pereira, ofQcier de la marine royale. Les mines de Paranaguà fournirent de Tor pendant un certain temps (i), et il faut même qu'elles en rendissent des quantités assez considérables , car le gouvernement forma dans la ville un établissement pour la fonte die ce métal [casa de fundiçao)^ établissement qui , suivant Caaal, existait encore en 4817 (2). Un hôtel pour la fonte de For serait aujourd'hui tout à fait inutile, car personne à ' Paranaguà ne m'a parlé des mines de cette ville, et ni Franeiseo de Paula eSil va Gomes , intéressé à vanter les richesses de

Cl) Pizarro, Pedro Tacques, MuUer etMartius coDsidèrent Ebano comme le fondateur de Paranaguà, mais ils ne sont pas d*accord sur les dates ; les deux premiers admettent Tannée 164S et les autres 1640. Si Theodoro Ebano Pereira avait fondé Paranaguà en 1648, il aurait fallu que, presque aussitôt, il se fût hasardé à franchir la Serra, et en 1654 il «Irak liéjà fondé une seconde yille, eelle de Guritiha (voir, plus haut, la aoCe de la page 115); cela n'est pas fort yraisemblable. Le fondateur des deux villes est indiqué, par Fauteur des Memoriat historicas, sous le nom de Theodoro Ebano Pereira ; selon Millier, le fondateur de Curitiba se serait appelé Heliodoro Ebano Pereira, et celui de Paranaguà simplement Heliodoro Pereira; Tonvrage de Pedro Tacqnes porte Leoodoro Ebano Pereira; enfin le roi de Portugal, dans une lettre écrite en i651, dit quMl a reçu des échantillons de mines découvertes auprès de Paranaguà par Theotonio do Ebanos. U serait essentiel de faire des recherches dans les. archives de la comarca de Curitiha ; peut-être y trouverait-on des documents qui lèveraient tous les doutes.

(2) Corog, Braz,, I, 217.

DE SAlNT-PAUi ET DE SAINTE-GATHERINE. 175

son pays 9 ni Danid Pedro Mûll^, n'en font aucan« mention.

Les 40 lieues qui formaient la partie la plus méridionale de l'ancienne capitain^ie de S. Amaro commençaient à Paranaguà. A peine cette ville était-elle bâtie, qu'dle se trouva mêlée dans les querelles» aujourd'hui si difficiles à comprendre , des héritiers de Pero Lopes de Souza ,* donataire de la capitainerie de S. Amaro ^ avec ceux de Martim Affonso, donataire de S. Yicrate. A la suite d'un procès très*imp(^tant » le comte de Monsanto avait été mis en possession des héritages de Pero Lopes ; ipais son fondé de pouvoir s' empara y en outre, de S. Vicente. Chassé de cette ville, l'héritier de Martim ASbnso érig^ en capitainerie la ville à'Itakaen qui lui restait encore. Alors le marquis de Cascaes, représentant des drcnts de Pero Lopes, eut l'idée de faire aussi de Paranaguà le chef-lieu d'une capitainerie ; mais cette création assez ridicule n'eut absolument aucune suite (1).

Lorsque la province de S. Paul fut divisée en deux comarcaa^ celle du nord et celle du sud , on choisit la ville de Paranaguà pour être le chef-lieu de la dernière. Mais, comme je l'ai déjà dit (3) , elle ne conserva cet honneur que jusqu'en 18i2; alors la résidence de Youvidor fut transférée à Curitiba , qui devint la véritable capitale de la

(1) Sar tous ces faits MM. Milliet et Lopes de Moura (Dicc, II, 236) Dé me fkaraissent nullement d'aceord avec Gaspar da Madré de Deos (JKfm. ^. Ftçtfiiie, 185}, ni avec Pedro Jacques {HUtoria da capUania de S. Vicente, in Revista trim., 1848). Ce sont ces derniers, parfaitement instruits de ce qui concerne Fancienne capitainerie de S. Vicente, <iae j*ai,cru devoir suivre ici.

(2) Voir plus haut, p. 116.

comarca; et, pour consoler les habitants de Paraoaguâ, on fit entrer le nom de leur ville dans celui de la comarca; on eut même soin de le placer le premier, et dans les actes officiels on écrivait comarca de Paranagm e Curitiba.

Sous le gouvernement constitutionnel on a pris des précautions plus grandes encore pour empêcher des rivalités toujours fâcheuses de naître entre les villes. On a prudemment désigné les comarcas par de simples numéros; l'ancienne comarca de Paranaguà e Curitiba est devenue la cinquième, et Ton a donné à la fois aux deux villes le titre de ddade.

Entre la Serra de Paranaguà , portionr de la cordillère maritime, et TOcéan, s'étend une plaine large de 42 à 45 lieues, extrêmement égale, basse, marécageuse, couverte de bois et coupée , dans toute son étendue , par un grand nombre de rivières qui prennent leur source dans la montagne et dont celle de Cubatâo est la plus considérable. Cette plaine était sans doute autrefois couverte par les eaux de la mer, qui se sont retirées peu à peu , et les terres que les pluies enlèvent aux montagnes l'auront successivement exhaussée. L'or que l'on trouvait autrefois à Paranaguà avait donc très-probablement son véritable gisement dans la Serra, et c'est là qu'il serait bon peut-être de faire aujourd'hui des recherches.

Les nombreuses rivières dont la plaine est arrosée portent leurs eaux dans une baie de forme très-irrégulière qui présente plusieurs criques, est parsemée d'iles , et a, dit-on, 7 lieues de long de l'ouest à l'est, sur 5 lieues dans sa plus grande largeur (i). Cette baie a été appelée par les anciens

(1) Cazal, Corog, Braz., l, 215.

habitants Paranaguâ (1), qui, dans la langue des Indiens, signifie la mer Pacifiqiœ, et elle mérite bien réellement ce nom, puisqu'elle est parfaitement abritée (2). Les Portugais, joignant des mots qui n'auraient pas dû se trouver ensemble, ont dit Baiade Paranaguâ^ et le nom de Paranaguâ a été appliqué par eux à la ville qu'ils ont bâtie près de la baie , à la rivière ou au bras qui s'étend au-dessous de cette ville, à tout le pays (district de Paranaguâ) et aux montagnes qui le bornent.

On peut entrer dans la baie par trois différents canaux ou passes (barras) que forment la terre ferme et deux îles : au nord, celle appelée ///la das Peças; et, au midi, vriha do Mel (île des pièces, île du miel). Le canal le meilleur et le plus fréquenté passe entre les deux îles et porte le nom de Barra grande. Celui du midi a été appelé, à

(1) Il est incontestable qu'il faut écrire Paranagfud (voyez une des notes du chapitre intitulé, La partie du territoire y etc) ; mais tout le monde, dans le pays, prononce Parnaguây et D. Gaspar da Madré de Deos, ainsi que Pedro Tacques {Memorias), s'est constamment conformé à cette prononciation.

(2) Il me paraît évident que c'est la baie de Paranaguâ qui eSt désignée sous le nom de Rio de Santo Antonio dans le précieux ouvrage du vieux Gabriel de Souza intitulé, Noticia do Brazil (in Not, ultram.^ parte 1*, 86), comme il désigne sous celui de Rio Alagado la baie de Guaratuba, dont je parlerai plus tard. Les premiers navigateurs prenaient pour des embouchures de fleuves les grands amas d'eau qu'ils voyaient s'avancer dans les terres , et de là, outre les noms que je viens de citer , ceux de Rio de Janeiro et Rio do Epirito Santo ; mais , lorsqu'on a formé des établissements fixes à Paranaguâ et à Guaratuba , les Douyeaux colons ont adopté les noms consacrés par les indigènes, et ceux que les navigateurs avaient donnés, pour ainsi dire en passant, ont été oubliés.

il. 12

cause de sa position, Barra do Sul (1), et est borné, du côté opposé à rilha do Mel, par la portion de terre ferme que Ton nomme Pontal de Paranagvé, Des navires d'un fort tonnage ne franchissent point la barre ; mais les petits bâtiments désignés par les Portugais sous les noms de lanch/is et sumacas peuvent, ainsi que les brigantins et les petits bricks, entrer dans la baie et mouiller devant la ville.

Cette dernière [cidade de Paranagvâ)^ située en face de l'extrémité occidentale de File de Cotinga, à quelques centaines de pas de l'embouchure d'une petite rivière appelée Rio de Paranagm , est un peu élevée au-dessus de cette rivière (2).

Quand on arrive de l'intérieur, où un si grand nombre de villages et de villes sont entièrement bâtis en terre , et qu'on entre dans Paranaguâ , ce qui frappe , c'est de voir toutes les maisons , tous les édifices publics construits en pierre.

La ville se compose de quelques rues qui s'étendent parallèlement à la rivière et sont coupées par d'autres rues fort courtes. Les premières sont, en général, larges et bien alignées ; on n'a nullement pris la peine de les paver, et

(1) Maaoel Ayres de Cazal (Corog, Braz., 1, 215) appelle Ifmpeluba ou Barra Falsa le canal du Sud.

(2) Cazal, suivi par Milliet et Lopes de Moura, place Paraoaguâ sur la baie elle-même, et Pizarro sur un bras de mer commiiniquant avec Ift baie {Corog. Braz.y 1, 226 . — Dicc, Braz,y II, 236 ; —Mem. Met, Vffl, 311). Ce qui a pu tromper le dernier de ces auteurs, c'est le mot bra^ (bras), souvent employé pour désigner les affluents d'une rivière moins considérable qu'elle.

cependant on n'y trouve jamais de boue, parce que le terrain est très-sablonneux.

Les maisons paraissent, en général, bien entretenues; mais presque toutes n'ont que le rez-de-chaussée.

II n'y a point à Paranaguâ de place publique.

On y compte trois églises ; deux qui n'ont pas une grande importance et l'église paroissiale. Celle-ci, dédiée à Notre- Dame du Rosaire [Nossa Senhora do Rosario) , a plus de largeur que la plupart de celles que j'avais vues jusqu'alors dans le Brésil.

• L'hôtel de ville est un bâtiment assez grand qui fait face à la rivière et a un étage. Suivant l'usage, le rez-dechaussée sert de prison.

Les jésuites avaient à Paranaguà un couvent qui existe encore; mais il s'en faut qu'ici ces pères eussent donné à leur maison les mêmes soins qu'à la plupart des édiflces qu'ils faisaient construire. C'était un grand bâtiment fort vilain et sans régularité. A l'époque de mon voyage, il servait de logement au curé et n'était pas entretenu. Miiller nous apprend (1) que, plus récemment, on en a réparé une partie pour en faire une caserne, et Milliet qu'on y a établi la douane (S).

En 1847, il y avait & Paranaguà deux instituteurs et une institutrice primaire, les premiers comptant ensemble 456 élèves, et la seconde 29 (3). Même avant 1820, on

(1) Ensaio estaiistieo^ 58.

(2) Diccionario, II, 237. — On lit aussi, dans le même ouvrage, que Parauagu possède actuellement un théâtre.

(3) Discurso recitado pelo maréchal de Campo Manoel da Fonseca Lima e Silvana aberlura da assemblea legiilativa provincial.

avait établi dans cette ville un professeur de langue latine qui est obligé aujourd'hui d'enseigner également le français (1).

Suivant Millier, il s'était formé à Paranagu& une société dite patriotique et protectrice ; mais un peu plus tard elle a eu le bon esprit de se transformer en confrérie de la Miséricorde [caza da misericordia), nom qui rappelle des idées un peu plus touchantes que celui qui avait été adopté d'abord. Ne voulant pas rester au-dessous de ses sœurs de S. Paul et de Santos, la confrérie de la miséricorde de Paranaguâ, reconnue par le gouvernement provincial, s'était déjà occupée, en 1838, de faire guérir les matelots malades et de secourir les indigents par des aumônes (2).

On voit à Paranaguâ un grand nombre de vendus et de boutiques bien garnies. Les négociants se fournissent à Rio de Janeiro des objets dont ils ont besoin , et envoient dans cette ville, ainsi que dans le Sud, du riz, de la chaux faite avec des coquilles, une grande quantité de planches, principalement AeiParova et de Canela prêta, du maté, des cordages faits avec l'espèce de liane appelée cip6 d'imbé ou avec des feuilles de Broméliées, et enfin divers petits articles. Il n'est pas douteux que le commerce de Paranaguâ ne devienne très-important, quand le chemin de la Serra sera praticable , et l'agriculture plus florissante dans les Campos Geraes. Déjà même, malgré la difficulté toujours existante des transports, malgré le peu d'encouragements que reçoit le pays, il a fait, depuis le commencement du

(2) Ensaio eslatislico, tab. 19.

siècle , des progrès ettrémement sensibles. De 1805 à 1807» les exportations de Paranaguà fournies non-seulement par le district de cette ville, mais encore par une partie du reste de la comarca de Curitiba avaient été évaluées (1) à 51,482,530 reis (à 160 reis pour 1 franc, 321,765 fr.), et dans la seule année financière de 1835 à 1836 elles se sont élevées à 197,900,470 (2) (à 225 reis pour 1 fr., change d'alors (3), 879,559 fr.).

Au temps de mon voyage, on comptait qu'environ cinquante petits bâtiments entraient annuellement dans le port de Paranaguà ; en 1836 le nombre des bâtiments entrants s'est élevé à cent trente-quatre (4), parmi lesquels il y a eu un danois, un français, un portugais, un anglais, un montévidéen, un chilien. Il est fort vraisemblable qu'au commencement du siècle Paranaguà n'entretenait de relations qu'avec d'autres ports du Brésil et tout au plus le Rio de la Plata ; en 1836 il partit de cette ville des navires non-seulement pour ces deux pays, mais encore pour le Chili et la côte d'Afrique (5). Parmi* les bâtiments qui, vers 1829, fréquentaient le port de Paranaguà, il y en avait une douzaine qui appartenaient aux habitants du pays; ce nombre n'est certainement pas resté station naire, mais je ne saurais dire jusqu'à quel chiffre il s'est élevé.

Les articles d'exportation sont aujourd'hui à peu près

(1) Piz., Mem., hist., VIU, 276.

(2) Mull., Ensaio est., tob. 12.

(3) Horace Say, Histoire des relations, tabl.

(4) MùlL, Ensaio est,, tab. 17.

(5) MùU., Ensaio est., tab. 17.

les mêmes qu'au commencement du siècle ; mais il est à remarquer qu'alors il sortait de ParanaguA du blé en grains et de la farine de froment, et qu'aujourd'hui ce port n'exporte ni Tune ni l'autre de ces deux denrées (1). Peut-être, au reste, n'est-il pas difficile de se rendre compte de ce changement. Dans les années qui suivirent 1800, les prix extrêmement bas du bétail (2) durent engager les propriétaires du district de Curitiba à chercl^r des ressources ailleurs que dans l'éducation des bêtes à cornes. Alors les lois portugaises et la guerre rendaient difficile l'arrivée des blés étrangers au Brésil ; les Curitibanais cultivèrent le froment avec ardeur, et l'on dit même que l'on avait construit un bon nombre de moulins auprès de S. José dos Pinhaes (3). Mais, lorsque là province de Rio Grande do Sul cessa d'envoyer des bestiaux à Rio de Janeiro, que ceux de Curitiba commencèrent à être vivement demandés et que leur valeur eut quadruplé ; lorsque des grains étrangers de trèsbonne qualité purent arriver sans peine et se vendirent à des prix modérés, les Curitibanais, qui avaient laissé altérer la qualité de leur blé (4), durent naturellement tâcher d'augmenter leurs troupeaux plutôt que de se livrer, comme auparavant , à la culture du froment qui leur donnait plus de peine et moins de bénéfices.

J'ignore à quelle somme s'éleva chacun des articles qui furent exportés par la ville de Paranaguâ en 1805 et en

(1) Piz., Mem, hist,, VUI, 276. — MûUer, Ensaio, tab. 12.

(2) Voyez plas haut.

(3) Cazal, Corog. Braz., I, 229.

(4) Millier n'indique aucune quantité de blé comme produite, en 1837, par les districts de Castro et de Lapa, et 10 alqueires seulement pour celui de Curitiba {Ensaio eit.y tab. 3).

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1820 ; mais D. P. Mûller nous apprend qu*en 1835 elle expédia, comme je l'ai dit, 84,602 arrobes de maté, valant 169,204,000 reîs (au change de 230,735,669 fr.]; de plus, 27,950 alqt^res de riz (111,800 litres) , évalués à 6,149,000 reis (au change de 23,026,734 fr.) ; des bois de charpente pour 3,591,320 reis; de la viande pour 8,504,000; de la chaux pour 1,607,600. Aucun des autres articles , toile de coton , tabac en corde , haricots , farine de manioc , ne monta à des sommes aussi importantes.

Au reste, quelque considérable qu'ait été, en 1836, la valeur des exportations, elle fut dépassée de 168,047,899 reis par celle des importations, consistant presque entièrement en marchandises d'Europe. Mais il ne faut pas oublier que les exportations de la comarcaie Curitiba ne sont pas limitées aux seuls articles qui sortent de Paranaguà. Cette comarca envoya encore par terre , dans des contrées plus septentrionales, des bètes à cornes, des chevaux , des tissus, des couvertures de chevaux, et, si nous pouvions évaluer ensemble tout ce qui sort de son territoire , nous trouverions certainement qu'elle fournit au dehors bien plus qu'elle ne reçoit.

Je reviens à la description de Paranagu&, que ces considérations générales m'ont fait interrompre.

Cette petite ville est certainement une des plus jolies de celles que 'j'avais vues depuis le commencement de mon séjour au Brésil ; mais il y fait à peu près aussi chaud qu'à Rio de Janeiro ; les vapeurs qu'exhalent les marais du voisinage y rendent F air extrêmement malsain ; enfin l'eau que l'on y boit, fournie par une fontaine éloignée des maisons de quelques centaines de pas, est extrêmement mé-

diocre. Quand on vient des Campos Geraes, la chalear que Ton ressent ici paraît insupportable, et après avoir respiré Tair pur des belles campagnes du district de Curitiba on ne peut s'accoutumer à Todeur de vase qui règne sur cette partie du littoral. Qn est frappé, lorsqu'on arrive à Paranaguâ, de Tair languissant et du teint jaune des gens du peuple et des enfants. Les marchands, qui forment la première classe de la société, se nourrissant mieux que les hommes peu aisés, souffrent moins de F insalubrité du climat; mais il parait qu'ils n'échappent pas à l'influence de la chaleur, car on les voit nonchalamment étendus sur les comptoirs de leurs magasins, attendant que quelque chaland se présente.

Ici et à Cruaratuba, petit port dont je parlerai plus tard, on trouve beaucoup de gens qui ont le goût bizarre de manger de la terre; ceux qui sont atteints de cette espèce de maladie deviennent jaunes ; des obstructions se forment dans leurs viscères; peu à peu ils maigrissent, se dessèchent et finissent par mourir. Aussi, quand on achète un esclave, a-t-on bien soin de s'informer s'il mange de la terre. Ce goût dépravé devient souvent une passion qui ne connaît plus de bornes ; on a vu des nègres qui avaient été muselés se rouler dans la poussière pour tâcher d'en aspirer quelques grains. Les mangeurs de terre préfèrent celle qui a été tirée des habitations de fourmis blanches, et il y a des gens qui envoient chercher par leurs esclaves des morceaux de ces habitations pour en faire un régal. Ces hommes font aussi un très-grand cas des morceaux de pots cassés, principalement de ceux qui viennent de la ville de Bahia. Les jeunes personnes surtout sont très-, friaqdes de ces derniers, et elles les cassent pour avoir le

plaisir de les manger (1). Le curé de Guaratuba faisait de ce goût étrange un cas de conscience à ses paroissiens, et non sans raison, puisque ceux qui s'y livrent prennent volontairement une sorte de poison. Lui-même me raconta qu'il ne confessait jamais un esclave ou un homme du commun y sans lui demander s*il n'avait pas mangé de la terre, des morceaux de pots ou d'habitations de termes, et il surprit excessivement un pilote étranger qui s'était adressé à lui dans le temps de Pâques en lui fais^t les mêmes questions par habitude.

Jusqu'à ces derniers temps le district de Paranaguà était borné, au nord, par celui de Cananéa ; au sud, par le territoire de Guaratuba; à l'est, par la mer; et enfin, à l'ouest, par les districts de Curitiba et d'Antonina. A présent que le territoire de Morretes a été détaché de celui d'Antonina, il est clair qu'il faut le mettre au nombre des limites occidentales du district de Paranaguà. Ce dernier a environ 20 lieues du nord au sud, sur 6 de l'ouest à l'est. On y comptait, en 1820, environ 5,000 habitants (2), et, selon D. P. Millier, il y en avait 8,891 en

Tandis que dans le district de Curitiba et celui de Castro

(1) Voir V Aperçu de mon voyage au Brésil, et Ylnlrodtiction à Vhistoire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay, XLIV.

(2) MM. Spix et Martîus, comme on le verra bientôt, indiquent 5,801 âmes pour Tannée 1815 {Reise, I, 238). Selon Pizarro, la paroisse de Paranaguà comprenait dans son ressort 5,677 personnes en 1822 ; ce serait une diminution bien singulière , si les deui nombres étaient exacts et que le territoire de la paroisse et celui du district fussent absolument les mêmes.

les hommes considérés comme blancs le sont bien réellement, il y a dans la ville de ParanaguA un grand nombre d'individus qui paraissent blancs au premier coup d'œii, mais qui doivent leur origine à un mélange d'indigènes et de Portugais. Ces métis se distinguent peut-être plus facilement encore que ceux d'Itapéva et d'Itapitininga des hommes qui n'appartiennent bien certainement qu'à notre race, et on les désigne par le surnom de caboclos (1), que l'on retrouve dans d'autres parties de la province de S. Paul et qui est un diminutif de cabocoy sobriquet injurieux appliqué aux indigènes en différentes provinces du Brésil. Il est à croire que l'origine des métis de Paranaguâ remonte à l'époque où des Paulistes arrivèrent pour la première fois sur cette partie du littoral; ces aventuriers n'avaient point de femmes dans leurs bandes , et les Indiens de la côte communiquaient sans peine avec eux : les ancêtres des Curitibanais, au contraire, étaient accompagnés de leurs familles; il n'y avait sans doute point d'Indiens* dans le pays où ils s'établirent, ou bien les anciens habitants prirent la fuite à leur approche.

Les tableaux suivants, tout approximatifs qu'ils sont, sans aucun doute, nous donneront une idée du mouvement de la population dans le district de Paranaguâ et

(1) Ce n*est point capoculos , comme Font cru les savants iUustres Spix et Martius, et le major Schaeffer. En général , les noms des divers métis ont été pins d'une fois défigurés ; j*ai cru déjà devoir relever quelques erreurs de ce genre (Voyage à Goyaz); M. le prince de Neuwied a montré aussi, dans le voyage du véridique Gardner, une fausse application très-probable du mot caboclo , et Ton fera bien de ne pas admettre sans de grandes restrictions la liste de métis qui se trouve dans la relation d'un de nos illustres navigateurs {Vaycige Vénus , 1).

nous conduiront à quelques considérations intéressantes. Je rappellerai qu'aux deux époques dont il va être question rétendue du territoire était la même.

1,858 blancs j

1,967 blanches j ^'®^^

249 mulâtres libres. . .

292 mulâtresses libres. .

174 nègres libres

188 négresses libres. . .

Indiyidus libres. . . . .

357 nègres. . .

327 négresses. .

177 mulâtres. .

212 mulâtresses.

Esclaves

Population totale, indiyidus (1).

2,436 blancs

2,462 blanches

1,162 mulâtres libres. .

1,147 mulâtresses libres.

20 nègres libres. . . .

25 négresses libres. .

IndiTidus libres. ...

636 nègres. . . .

645 négresses. .

158 mulâtres. .

200 mulâtresses.

1,073 Esclaves

Population totale, 5,801 individus (2).

L'accroissement de la population prise dans son ensemble a été plus considérable, à peu près dans le même espace de temps , à Paranaguâ qu à Curitiba ; dans le premier de ces districts il a été comme 1 à 1,55, et dans le second comme 1 à 1,46; mais il existe une différence inGniment plus grande dans la manière dont l'accroissement s'est réparti entre les différentes castes.

(t) Spix, Mart., Reise, I, 238.

(2) Mull., En$, cont, do append. a, tab. 5.

En effbt , a Curitiba, il a été chez les blancs comme 1 à 4,50, et chez les mulâtres comme 1 à 1,55, tandis qu'à Puranaguâ les blancs se sont augmentés dans la proportion de 1 à 1 ,28, et les mulâtres dans celle de 1 à 4,26. La différence que je signale ici, fort singulière en apparence, tient à deux causes : premièrement à ce qu'il règne moins de libertinage à Curitiba qu'à Paranaguà, port de mer et pays très -chaud , où le nombre des hommes mariés est moindre d'un tiers, et que, par conséquent, dans cette dernière ville , les unions illégitimes des blancs avec les mulâtresses doivent être plus fréquentes que dans la première ; elle tient encore à ce que les mulâtres, gens de métiers, matelots, pêcheurs, n'émigrent point pour Curitiba, où l'on arrive difficilement et où ils ne trouveraient pas les conditions d'existence qui leur conviennent, tandis qu'ils n'ont aucune peine à se rendre à Paranaguà et peuvent exercer leurs professions avec plus d'avantages même qu'ils ne feraient dans les autres petits ports de cette côte depuis Santos. Il est facile aussi d'expliquer pourquoi le nombre des nègres esclaves est devenu, en vingt-trois ans, moins considérable dans le district de Curitiba que dans celui de Paranaguà : sur le plateau on élève du bétail et l'on n'a pas autant besoin de noirs que sur le littoral où l'on cultive la terre ; les blancs n'y rougissent point de travailler, et ils craignent moins le travail, parce qu'il ne fait pas aussi chaud que sur le littoral ; d'un autre côté, comme Paranaguà est devenu le centre du commerce de tout le pays, il doit y avoir dans cette ville plus de richesses qu'à Curitiba; or, dans les contrées où l'on admet l'esclavage, l'augmentation du nombre des esclaves est nécessairement en raison directe de celle des fortunes.

J'ai dit ailleurs que la milice ou garde nationale de la eomarca de Curitiba formait deux régiments : F un de cavalerie, qui se composait des propriétaires de chevaux vivant sur le plateau [sora acima); Tautre d'infanterie, comprenant les habitants du littoral. C'était le district de Paranaguâ qui naturellement devait fournir la plus grande partie de» miliciens à pied. Un gouverneur militaire commandait tout le régiment dont les hommes étaient appelés tour à tour à faire le service de la place ; ces derniers, cependant, ne pouvaient être requis comme rameurs. Les ordenanças, soldats d'une milice inférieure composée des différentes sortes de métis , étaient seuls obligés de faire le service des barques employées pour le service du roi ; aussi les véritables gardes nationaux avaient-ils bien soin de porter à leurs chapeaux la petite cocarde rouge et bleue qui était leur marque distinctive.

D'après ce que j'ai dit précédemment, il est clair que le district de Paranaguâ doit être, dans toute son étendue, boisé, bas et marécageux , comme les environs mêmes de la ville. Les bananiers y sont communs ; on y mange de très-bons ananas et de bonnes oranges ; la canne à sucre y réussit assez bien ; le caféier y donne des fruits, mais ils sont d'une qualité inférieure, parce que cette plante ne se plaît bien que sur le penchant des collines et des montagnes ; le coton, qui devient si beau dans les terrains secs, meubles et légers, est ici d'une qualité plus inférieure encore que le café. De tous les arbres fruitiers d'Europe, il n'y a que les pêchers qui donnent des fruits, tandis que les pommiers, les pruniers, les abricotiers, etc., en produisent abondamment sur la partie correspondante du plateau.

J'ai dit que les planches étaient , pour Paranagùà, un article important d'exportation. Les arbres que Ton emploie se coupent de la même manière que dans la province d'Epirito Santo (i). On va les choisir au milieu des forêts , et on les abat à environ 6 à 10 décimètres de la terre. De cette façon , ils ne peuvent repousser, et il est évident que Ton anéantit les espèces les plus utiles. Je ne demanderai pas , sans doute , que pour quelques arbres on se donne la peine d'exploiter une forêt tout entière dont le bois serait perdu; mais, du moins, il faudrait, comme en Europe , couper tout à fait au pied les arbres que Ton veut mettre en planches, et en même temps dégarnir le terrain tout autour, pour empêcher les lianes et les autres végétaux d'étouffer les jeunes pousses. Si ce livre tombe entre les mains de quelque propriétaire brésilien, il rira de mes conseils , et ses petits-enfants ne

retrouveront plus que dans la composition de quelques vieux meubles les bois précieux qui auraient pu les enrichir.

Quand j'arrivai à Paranagué, on me fit débarquer devant la maison du capitào mor^ qui vint à ma rencontre. Il me reçut avec froideur, et me conduisit sur-le-champ à la maison qil'il m'avait destinée ; celle^^i, du moins, réunissait toutes les commodités qu'un voyageur peut désirer.

Aussitôt après m'être habillé, j'allai rendre visite à un maréchal de camp qui, dans un moment où l'on avait craint que les Espagnols n'attaquassent la côte, avait été envoyé à Paranaguâ pour la défendre. C'était un homme

(1) Voir mon Vùyage dans le district des diamants et sur le littoral du Brésil, II, 88.

DE SAimr-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. 191

Agé f gai et poli, qui paraissait désirer sincèrement le bien de son pays. Depuis qu'il était à Paranaguà, il s était beaucoup occupé des moyens de remédier aux défauts de police , malheureusement trop nombreux dans tout le district. Il avait assuré la subsistance des habitants de la ville en donnant des ordres pour qu'on amenAt du bétail des Gampos Geraes ; dans le but de rendre moins malsaines les villes de Morretes et de Paranaguâ, il avait fait couper les bois qui couvraient leurs alentours. Il avait pris des mesures contre les meurtriers» maintenu le bon ordre partout, et tout le monde s'accordait à lui donner des louanges.

Nous pari Ames beaucoup du chemin de la Serra. Il parait qu'il avait eu l'intention d'y f^ire faire quelques travaux ; mais il venait de recevoir l'ordre de se rendre à Santos , et bientôt, sans doute, ses projets auront été oubliés. Il est bien certain , cependant, que ce chemin n'aurait exigé aucun de ces grands travaux nécessaires pour rendre praticables les routes de nos montagnes d'Europe. Dans toute la partie de la Serra qu'il faut traverser, il n'y a aucun précipice, point de torrents à passer, point d'avalanches à craindre. Au lieu appelé cadeado ou encadeado il serait, à la vérité, indispensable d'adoucir la pente, en faisant décrire au chemin un certain nombre de sinuosités i d'ailleurs il faudrait seulement élargir quelques endroits , en paver d'autres , boucher quelques trous et couper les branches qui, arrètantles rayons du soleil, empêchent la terre de sécher. Il serait encore nécessaire de faire construire, de distance en distance, des ranchos où les voyageurs pussent, en tas de besoin, trouver un abri, et, pour que les malintentionnés ne les détruisissent pas, on y placerait des soldats qui seraient relevés à des époques fixes.

Quant à la Vargem ou plaine marécageuse , rien ne serait si facile que de la rendre praticable ; il suffirait d'y faire transporter les cailloux de la rivière de Cubatâo, qui coule à quelques pas.

Après avoir fait ma visite au maréchal , j'allai chez le gouverneur de la ville , chez le capitao m6r et chez la personne à laquelle j'étais recommandé. ACuritiba, les principaux habitants m'avaient comblé de politesses; ils avaient eu pour moi mille attentions : ici mes quatre visites me furent rendues, mais rien de plus, et, ne voulant pas recourir sans cesse au capitao mor, je n'eus personne pour m' appuyer auprès des ouvriers, qui, comme j'ai déjà eu occasion de le dire , négligent l'étranger dénué de protections. Depuis quelques années , on s'est beaucoup plaint du peu d'hospitalité que l'on trouve sur le littoral du Brésil (1), et j'en avais moi-même fait l'expérience dans la province de Rio de Janeiro ; mais on peut dire, pour excuser les habitants de la côte, que, voyant souvent des étrangers , et presque toujours des gens de mer complètement grossiers, ils doivent être beaucoup moins disposés à rechercher les voyageurs que ne le sont les colons de l'intérieur des terres. Je dois ajouter aussi que des Portugais sans éducation , marins et autres , viennent sans cesse s'établir au milieu de la population blanche des petits ports, et doivent nécessairement entretenir chez elle le défaut de politesse et des mœurs peu aimables.

Je reçus cependant à Paranaguâ beaucoup d'honnêtetés d'un homme qui m'aborda dans la rue en me parlant français ; mais il n'appartenait pas au pays plus que moi*

(1) Mawe, Travels, 61, 89. — Eschw., Brasilien, II, 72.

même. C'était le patron d*iin petit bAtîment espagnol qui allait partir pour Montevideo, chargé de maté. Cet homme me conduisit chez quelques ouvriers, et me fit faire connaissance avec le patrào môr da barra (le pilote de la barre), qui était fort poli et causait assez bien. Au milieu des habitants du Brésil , qui ressemblent si peu aux peuples de l'Europe, toute différence de nation disparaît entre les Européens. Ce qui rapproche des hommes de nations différentes dans un pays où ils sont également étrangers , c'est aussi , il faut en convenir, le plaisir qu'ils ont à pouvoir parler de c^ pays en toute liberté et à se communiquer leurs réflexions , presque toujours malignes , souvent fort injustes.

Je profitai de mon séjour à Paranaguâ pour herboriser dans ses alentours, où les moustiques y sont très-communes , et où l'air exhale souvent une odeur de marée fort désagréable. Partout le terrain est couvert de capoeiras au milieu desquelles abonde principalement la Tremandrée, 1645 ter. Parmi les herbes et les sous-arbrisseaux, j'en vis un très-grand nombre qui appartiennent aux terrains humides de Rio de Janeiro , entre autres la Mélastomée, n"" 1651. Cette ressemblance de végétation ne doit nullement surprendre, non-seulement parce que les plantes des lieux marécageux ou aquatiques peuvent se retrouver à de grandes distances , et souvent même former un lien entre des Flores très-différentes, mais bjen plus encore parce que le climat de Paranaguâ a la plus grande analogie avec celui de la capitale du Brésil. Ceci confirmerait, s'il était nécessaire , cette loi qui veut que sur les côtes , en général , il y ait une plus grande uniformité de température et de végétation que dans l'intérieur des terres.

laient pas , sur ce point ils sont très-scrupuleux^ et, quand on leur demande l'ouvrage qu'on leur a commandé , ils s'excusent toujours sur quelque fête. A la nuit, je rencontrai une procession dans laquelle le peuple s'avançait pèleméle et avec lenteur à la suite d'une grande croix accompagnée de deux lanternes qui ne donnaient qu'une lumière très-sombre. On récitait des prières d'une voix sourde, et de distance en distance on s'arrêtait, on se mettait à genoux et l'on baisait la terre. Cette procession avait quelque chose de lugubre assez bien approprié à la fête , et cela doit être remarqué, car nulle part on n'a aussi peu que dans cette contrée le sentiment des convenances pour tout ce qui tient au culte public et aux cérémonies religieuses.

Le samedi saint au matin , je vis des mannequins pendus dans presque toutes les rues de la ville ; ils devaient représenter Judas Iscarioté. Aussitôt que V alléluia fut chanté, les Judas furent dépendus, traînés dans les carrefours par les enfants , frappés de grands coups de bâton et mis en pièces. Cette farce populaire a été transportée du Portugal an Brésil. £n 1816, j'étais à Lisbonne pendant la semaine sainte ; on y pendit aussi Judas Iscarioté, et ensuite on le mit également en pièces.

Dans les provinces de Rio de Janeiro, Minas Geraes, Goyaz, une grande partie de la province de S, Paul, on voyage avec des mulets ; mais, sur le littoral, on ne se sert plus de ces animaux, et à Paranaguâ commencèrent Jes difficultés inconcevable^ que j'éprouvai, jusqu'à la villedeLaguna, pour le transport de mes effets et de mes collections (1).

(1) Voir mon Introduction à rhistqire des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay,

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