CHAPITRE XIII
LA VILLE D'iTAPÉVA. — LES INBIENS-BUGBES ET LES
GUANHANANS.
La ville â^liapéva ; son histoire ; sa position ; ses maisons ; son église ; ses moyens de communication. — Le district d'itapéva; ses limites ; sa population; ses productions; sa pauvreté; progrès sensibles. — Nouveaux détails sur la disette.— Le capitâo môr d'itapéva. — Le Rio Taciiarhy. — Habitation de Fazendinha, — Les campagnes voisines. — Le hameau d*Itareré. — Le Rio da Barra ; sa chute. — Le SUo Itareré ; sa disparition; cascade. — Terre des environs de Tltareré ; leurs productions. — Les Indiens-Bugres. — Les Guanhanans ; leur langue ; un jeune homme de cette horde. — Les Indiens dltapéva ; leur histoire ; le baron û^AntoniiM,
Itapéva, doDt le nom , emprunté à la lingoa gérai y signifie perra jplate (1), est situé dans un pays fort inégal» coupé de bois et de campas (2). Cette ville n'a pas tou-
(1) Ita, pierre, apeba, plat. Itapéva signifie aussi lame de fer (Dicc. port. bras. 9 24), et c'est cette dernière étymologie qu'admet M. Francisco dos Prazeres MaranhSo ; mais la première me parait plus vraisemblable.
(2) Pizarro, qui, comme on Fa vu, place Itapitininga par le 23* degré 30' latitude australe, dit qu'Itapéva est situé par le 23* degré 19' 30"; mais, comme la position de cette dernière ville estcertaiuementplus méridionale que celle de la première, il est évident qu'il y a erreur dans l'une ou l'autre indication, de fait et beaucoup d'autres prouvent combien il serait essentiel que les anciennes déterminations fussent vérifiées par quelque
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jours été le cbef-lieu da district da même nom. Le pilori j qai , comme l'on sait , distingae particulièrement les villes y a?ait d'abord été placé dans un alàm appelé Fascina y qu'on trouve à S ou 5 Ugwis de la route (1); plus tard il a été transporté à Itapéva» mais, à r époque de mon voyage, on appliquait assez généralement à ce dernier endroit le nom de l'ancien cheMieu, et on l'appelait Faxina (S) ou Itapéva da Faxina. Itapéva est certainement la ?ille la moins considérable de toutes celles que j'avais vues depuis que j'étais au Brésil (3). Elle n'avait pas, en 1820, plus de vingt-cinq à trente maisons, dont la plupaxl étaient en fort mauvais état , ^t qui formaient trois groupes principaux. Le plus considérable était situé, avec l'église paroissiale dédiée à Sainte- Anne (Santa Anna) 9 sur le sommet d'une colline, au-dessus de laquelle coule, dans un vallon étroit et profond , le Riache Fundo (ruisseau profond), qui va se jeter dans le Rio Tacuarhy, affluent du Parannâ. Un autre groupe s'élevait sur le penchant de la colline, et le troisième sur le bord du ruisseau.
savant accoQtamé à rexactitiide qu*«n sait porter Aujourd'hui dans les trayaux de ce genre.
(1) Oo a dit que le nom dUtdpéva et celui de Faxina n'avaient jamais indiqué qu'un même endroit {Dicc, Braz., l, 362, 497). Je n'ai pas été au véritable Faxina; mais il m'est difficile de croire que les habitants du pays se soient trompés sur l'existence d'un lieu situé, disaient-ils, à 2 ou 3 legoas de chez eux.
(2) Farina ou Fachiiui veut dire tout à la fois fascine et destruction. Je serais porté à croire que c'est cette dernière signification qu'a ici le mot Faxina^ parce que les Indiens du pays étaient considérés comme de grands destructeurs.
(3) Depuis que la vanité fi fait créer tant et tant de villes dans les provinces de Minas, de Goyaz et de S. Paul, il est fprt possible qu'il jr en ait de plus petites encore que celles dltapéva.
Des rochers plats et unis, au milieu desquels croissent quelques plantes, garnissent, de distance à autre, le flanc des collines qui bordent le Riacho fundo.
Itapéya jouit d'un avantage dont toute cette route était encore privée en 1820, celui de pouvoir communiquer avec la mer, avantage qui , par la suite , pourra faire un point Assez important de cette «spèce de hameau. À environ 15 legoas du cûté de F Océan est située la petite ville d'Apiahy (1); il existe un chemin qui va dltapéva à cette vjlle, et de là on peut, quoique avec difficulté, descendre sur des pirogues jusqu'au petit port dlguépe, par la rivière appelée [Ribeirào d*Iguâpe. En 1820 on se servait déjà de cette voie pour faire arriver le sel dont les bestiaux ont si grand besoin , et il revenait à un prix beaucoup moins élevé que lorsqu'on le tirait de Sorocâba <2).
Le district d'Itapéva s'étend depuis le Rio Paranapitanga jusqu'à l'Itareré, où commence celui de Castro ; en 1820 il ne comprenait pas tout à fait 2,000 âmes et était
(1) Apiahy, situé au milieu des montages de la chaîne maritime, doit son origine à Tor qu'on trouvait autrefois dans ses environs. U parait qu*on y avait formé quelques lavages assez importants ; mais un nombre considérable d'esclaves périt dans un éboulement dû, sans doute, à Timpéritie des mineurs, et actueUement il n'y a plus à Apiahy que des faiscadores. Le nom d' Apiahy vient des mots guaranis apia et yg, dont le premier, qui a plusieurs significations , signifie tache et membre viril.
(2) M. Manoel Felisardo de Souza e Mello, président de la province en 1844, dit, dans son discours à l'assemblée législative {Diseur so, etc., 32), que, suivant les informations fournies par le sénat municipal d'Apiahy, il a été commencé, entre cette ville et Itapéva, une route qui doit donner passage aux chariots, et sctra plus courte que T^ncienne de 6 à 8 legoas.
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administré par des juges ordinaires (juizes ordinarios). Dans ce district le nombre des esclaves est peu considérable, non-seulement parce que les habitants sont fort pauvres, mais encore parce que Tédocation des bestiaux, dont on s'occupe principalement, exige peu de travafl. Itapéva fournit une assez grande quantité de bètes à cornes à la ville de Rio de Janeiro ; mais il parait que la plupart des fazendas de ce canton, qui , au reste, sont en petit nombre, appartiennent à des hommes riches, qui ne les habitent pas et qui , bien différents des fazendeiros de Minas, mangent leurs revenus ailleurs (18âO). De là il résulte que le pays est , comme on Ta vu, fort misérable, et, s'il y circule un peu d'argent , c'est aux caravanes venant du Sud qu'on le doit principalement (1). Dans les bonnes terres le maïs rend de ISO à 200 pour 1 ; on ne peut cultiver la canne à sucre, à cause des gelées des mois de juin et de juillet, époque de l'hiver dans l'hémisphère austral.
Ainsi que j'ai déjà eu occasion de le dire, il n'y a, dans le district d' Itapéva, de réellement blancs que quelques nouveaux venus; tous les anciens habitants sont des hommes de sang mêlé. Cependant, comme il se trouve, parmi ceux-ci , des individus dont le teint est le même que celui des descendants d'Européens de race pure, ils veulent absolument passer pour blancs; les blancs véritables les repoussent, et les uns et les autres se détestent.
Tel était, en 1820, T état de ce pays; mais, depuis cette époque, il s'y est opéré, s'il faut en croire Daniel Pedro
(1) Tout le monde sait que Tabsenee des propriétaires riches est uoe des causes de la pauvreté des paysans irlandais.
Millier, de sensibles progrès. La population était, en 1838, de 4,000 âmes, et par conséquent, dans l'espace de dixhuit ans, elle avait plus que doublé (i); le nombre des esclaves, signe déplorable de la richesse, qui, en 18i5, ne dépassait pas 240 (S), s* élevait toujours, en 1838, à 657 : en choisissant probablement des localités favorisées d'une manière spéciale, on avait fabriqué un peu de sucre, on avait récolté une énorme quantité de maïs (230,000 alqueires), et fait 2,094 élèves de bètes à cornes (3).
On a vu, par ce qui précède, combien, à T époque de mon voyage, la disette était grande dans tout le tertna d'Itapéva. Ce n'est pas de l'année 1820 qu'elle datait; il y avait déjà deux ans qu'elle avait commencé. En 1818 les bambous fleurirent, et il arriva ce qui, en pareil cas, a également lieu à Minas Geraes; des nuées de rats attirés par les semences des bambous dévorèrent une grande quantité de maïs, d'abord dans les plantations, et ensuite dans les granges (4). Quant k la récolte de 1819, elle avait été presque nulle, comme je l'ai déjà dit, à cause de l'ex* cessive sécheresse ; aussi le prix de la farine, qui est ordinairement de 480 reis Yalqueire (5 fr. les 40 litres], avait-il été poussé jusqu'à 4,000 reis (25 fr. les 40 litres], et moimême je payai cette denrée 2,800 reis. Les habitants du
(1) Od trouve, dans Futile Diecionario geographieo do Brazil , le cbiffre de 2,000 pour la population du district dltapéva (I, 497). Il est clair, d'après ce que dit Pizarro, que cette indication se rapporte à peu près à 1822 ; elle était probablement un peu exagérée, et peut-être en est-il de même de celle de 1838.
(2) Spix etMart., Reise, I, 238.
(3) Miill., Ens. estât., tab. 3.
(4) Ce fait, attesté par des bomnies qui vivent à quelques centaines de lieues les uns des autres, ne peut guère être révoqué en doute.
pays, après avoir longtemps vécu de bourgeons de palmier, de gabirôbas (1) et autres fruits sauvages, avaient commencé à cueillir le maïs aussitôt que les grains avaient été formés. La plupart d'entre eux étaient d'une maigreur extrême^ et ils avaient ce teint blanc et luisant , qui est le triste indice des souffrances de la faim. La dyssenterie commençait déjà à attaquer quelques personnes, et il était à craindre qu'elle ne devint plus générale.
Avant d'arriver à Itapéva, j'avais envoyé José Marianno en avant, avec une lettre de recommandation du capitaine général de la province pour le capitào mor. Celui-ci était à sa fazenda; mais un sergent de la milice me procura, en son absence, une maison fort commode. Aussitôt après avoir reçu la lettre du général , le capitào môr partit pour la ville; malheureusement j'étais couché lorsqu'il y arriva. Dès le lendemain matin, il me rendit visite; il m'envoya ensuite à déjeuner, à diner, à souper dans la maison que j'occupais, et vint prendre ses repas avec moi. Son gendre apportait les plats, et, suivant l'usage du pays, il nous servait portant une serviette sur l'épaule. Le capitào môr, qui probablement était le plus aisé des propriétaires demeurant dans le pays , avait à peu près la tournure de nos riches fermiers de Beauce. Il me fit beaucoup d'excuses de ne s* être pas présenté en uniforme; il portait une redingote de gros drap bleu, un gilet de velours noir, et un
(i) Comme je Fai dit aUleurs (Voyage à GoyaZy II, 278), on donne le nom de gabirôba à toutes les petites espèces de Psidium h baies arrondies. Les Psidium guazumœfolium corymbosum mtil^t/lottim, Aug. S. Hil., Juss., Camb., sont des gabirôbas. Le Myrlus mucronata, A. S. H., J., C, est encore un gabirôba.
chapeau rond dont la forme était , à sa partie inférieure, entourée d'un galon d'or.
Les personnes les plus notables du pays vinrent aussi me voir; mais on me fit peu de questions. Ces hommes n'avaient ni l'esprit ni la curiosité des Mineiros ; ils étaient étrangers à tout ce qui se passait dans le monde, et pouvaient à peine parler des objets qui les entouraient. Beaucoup de cultivateurs de ce pays ne savaient même pas ce que je voulais leur dire quand je leur demandais combien » par an, rapportait le mais.
En arrivant à Itapéva, je fis faire des recherches pour avoir des vivres ; il fut impossible de trouver ni poules, ni lard 9 ni viande. Sans le capiiào môr^ qui fut pour moi plein d'égards et de complaisance, je ne sais ce que je serais devenu. Il me procura des provisions, et ne re^^ut d'argent que pour celles que lui-même avait achetées. Avant mon départ de la ville> il me fit faire un dîner réellement trop abondant pour un temps de disette , et voulut absolument m' accompagner pendant une demi-lieue, jusqu'à la petite rivière appelée Tacuarhyy dont j'ai parlé plus haut (1).
Cette rivière, guéable, en cet endroit, pendant les temps secs, cesse de l'être après de longues pluies; les gens de pied pouvaient cependant la passer sur un petit pont en bois qui avait été construit tout récemment, lorsque l'otividor d'Hytû, auparavant juiz de fora à Curitiba, avait passé par cette route pour prendre possession de son nouvel emploi. En général , si, dans ce temps-là, on trouvait
(1) Od se rappeUera qae le tableau général qui se trouve au commeucement du chapitre précédent se rapporte non-seulement au pays qui s^étend d'itapitininga à Itapéya, mais d'Itapéya à Tltareré.
quelque commodité sur les chemins, c'était presque toujours au passage des généraux et des ouvidors qu'on le devait ; le rancho de Guarda môr, sur la route de Goyaz à MatogrossOy avait été fait pour Joâo Carlos d'Oeynhausen, le chemin de Caldas pour Fernando Delgado, etc. (1).
Le capitào mor dltapéva avait mis deux personnes en réquisition pour m'aider à passer la rivière* Mes malles furent portées à dos d'homme sur le petit pont ; les mulets traversèrent l'eau à la nage.
Peu d'instants après que nous nous fi!lmes remis en route y la pluie commença à tomber, et nous arrivâmes fort mouillés à l'habitation de Fazendinha (petite habitation), où nous devions coucher (2). En général, dans la saison des pluies, quand il ne tombe pas d' eau pendant la journée entière, il en tombe au moins le soir; mais il arrive rarement qu'il pleuve le matin, et que le soir il fasse beau : c'est ce que j'avais déjà observé, pendant deux saisons de pluie, dans la province de Minas Geraes.
L'habitation de Fazendinha, où je fis halte (le 23 janvier), était du nombre de celles qu'on appelle fazendas de creoTy parce qu'on y élève des bestiaux ; elle appartenait à une dame de SorocÂba, qui y entretenait un gérant [feitor) avec quelques esclaves, et qui n'y venait jamais. Je ne sais trop, en effet , où elle aurait pu se loger, car il n'y avait à Fazendinha qu'une misérable chaumière presque en ruine, remplie de blattes, et où l'on n'avait pas de place pour se retourner.
(1) Voir mon Voyage aux sources du Rio de S, Francisco et dans la province de Goyaz, H, 156, 209.
(2) Je D*ai pas besoin de dire qvC'û ne fant pas confondre cette habitation avec le sUi^ de Fazendinha, dont j*ai parlé plus baat.
Au delà de cette habitation, dans un espace de 3 legoas et demie, le pays est sùùvent presque plat ; les bouquets de bois et tes pâturages forment un mélange charmant ; la verdure létait admirable. Les jours précédents, j'avais déjà vu ies Araucaria au milieu du eapôes; ce jour4à, j'aperçus un bouquet de bois qui en était entièrement composé. Il s'élevait en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, et , conune les branches des Araucaria aboutissent à la même hauteur, tous ceux de ces arbres qui étaient placés sur une même ligne horizontale formaient une sorte de plate-forme allongée et d'un vert sombre ; le plan supérieur en présentait une seconde, et elles se succédaient ainsi jusqu'au sommet de la colline.
Ce même jour, je traversai plusieurs ruisseaux qui coulent entre deux collines, sur un lit de rochers très-plats, et sont eux-mêmes bordés de rochers aplatis {lagedos). Je fis une assez belle récolte de plantes au milieu de ces derniers. Des bouquets de bois entièrement composés à* Araucaria et des rochers très-plats sur le bord des eaux, c'était l'annonce des Campos Geraes, où j'allais bientêt entrer.
Avant d'arriver à la fazenda de Perituva^ où je fis halte (34 janvier) , je passai sur un pont en bois fort étroit une rivière du même nom (Rio de Perituva)^ qui, m'a-t-on dit, se jette dans le Tacuarhy.
L'habitation de Perituva (i) appartenait à un homme très-riche de S. Paul, qui n'y venait jamais et laissait à des esclaves le soin de ses troupeaux; il ne faut, par^conséquent, pas s'étonner s'il n'y avait , dans cet endroit, que
(1) Le nom de Perituva vient des mots de la lingoa gérai pery, jonc, et iyba, abondance, réunion (lieu où il existe beaucoup dejoncê).
quelques misérables chaamières en fort mauvais état : ce fut dans l'une d'elles que je m'établis.
Avant de commencer à travailler, je fis la visite de mes malles, pour voir si, la nuit précédente, il n'y était pas entré de blattes. La maison où j'avais couché était, comme je l'ai dit, remplie de ces odieux insectes qui souillent et dévorent tout; il s'en était introduit un grand nombre entre le bois et le cuir des malles, et je ne pouvais espérer de m'en débarrasser que par des visites faites avec soin et longtemps répétées.
Tandis que je continuais mon voyage y les provisions dont j'étais redevable au bon capitào mor d'Itapéva me rendaient peu à peu les forces que j'avais perdues. Pendant quelques jours, j'avais pris une fort mauvaise nourriture; à mon arrivée à Itapéva, je me portais mal, j'avais les nerfs très-irrités, et je serais probablement tombé malade, si j'avais continué à manger des haricots cuits simplement dans de l'eau avec du sel.
Au delà de Perituva, toujours de magnifiques campagnes. Après avoir fait environ 1 lieue et demie à partir de cette habitation , je passai par celle du Rio Verde , qui appartenait au même maître, et où on élevait également des chevaux et des bêtes à cornes. Il n'y avait à Rio Verde (la rivière verte] que deux ou trois chaumières beaucoup plus misérables encore que celles de Perituva. Ce furent les seules que j'aperçus pendant toute la marche de cette journée, qui fut très-longue.
Je devais d'abord m'arrêter à la fazenda de S, Pedro, qui est située à quelque distance du chemin, et qui avait encore le même maître que Perituva et le Rio Verde; mais on me fit renoncer à ce projet , en me disant que les blattes
étaient tellement nombreuses dans cette habitation , que mes malles et les bâts do mes mulets en seraient bientôt remplis.
Les fazendas de Perituva, Rio Yerde et S. Pedro réunies formaient un territoire plus étendu que bien des principautés. Plus de deux cents personnes avaient obtenu du propriétaire la permission de demeurer sur ses terres , et ils plantaient, ils élevaient des bestiaux sans payer de rétribution ; mais, il faut le dire, le peu de valeur du sol rendait cet acte de bienfaisance moins méritoire qu'il ne paraîtrait à un Européen étranger à la connaissance de ce pays. Quoi qu'il en soit, les hommes qui profitèrent de la bonté du propriétaire de Perituva n'avaient qu'une existence précaire; un nouveau propriétaire pouvait les expulser ou leur imposer de dures conditions. En s'éloignant de quelques lieues, ils auraient trouvé, du côté de la mer, des terres qui étaient encore sans maître et où les sauvages ne se montraient jamais; mais ils n'avaient pas même assez d'énergie pour faire un aussi léger effort.
Le climat de la province de S. Paul n'a point changé ; les autres influences auxquelles notre espèce est soumise dans cette province, du moins dans la partie occidentale, n'ont pas changé davantage : comment se fait-il que les métis qui habitent le pays situé entre Sorocâba et les Campes Geraes, issus, sans aucun doute, des anciens Mamalucos, soient si différents de leurs pères? Nous ne pouvons admettre que les croisements multipliés qui les ont rapprochés de notre race les aient détériorés ; n'est-il pas plus vraisemblable que les anciens Mamalucos étaient sortis temporairement de leur état normal ? Ces hommes n'avaient pas moins d'apathie, sans doute, qiie leurs descendants ,
peut-être même en avaient-ils naturellement davantage ; mais ils étaient excités par l'exemple des blancs , ils voulaient se montrer les égaux de ces derniers , et échapper, par leurs cruautés envers les Indiens , à la honte de descendre de cette race méprisée et proscrite.
Ke voulant pas, comme je Tai dit, m' arrêter à la fazenda de S. Pedro ^ à cause des blattes qui y pullulaient, je pris le parti d'aller plus loin, et je fis, ce jour-là, une marche de 5 legoasy la plus longue que j'eusse faite depuis S. Paul.
A quelque distance de la fazenda de Rio Yerde, je passai à gué la rivière du même nom (Rio Verde, la rivière verte), qui coule sur un lit de rochers plats. A peu près depuis cet endroit > on voit, à droite du chemin , d'immenses forêts.
Peu à peu j'avançais, quoique fort obliquement, vers le Sud ; par conséquent, la végétation devait m' offrir quelques changements. Je trouvais effectivement, dans les campos découverts, beaucoup de plantes que je ne connaissais pas encore ; mais aussi j'en voyais beaucoup qui croissent également dans les campos de Minas, de Goyaz et au nord de la province de S. Paul. Je puis citer, pour exemple, des individus nains du pequi {Caryocar Brasiliense, A. S. H., Camb., Juss.), dont le fruit porte ici le nom assez singulier de fruto ingles (fruit anglais). Depuis mon départ de Sorocàba, j'avais retrouvé, mais en petite quantité, le horuU (Brosimum). Un jour, avant d'arriver à Itapéva, j'avais encore vu des individus nains de la Guttifère à grandes feuilles glauques et fleurs roses {Kielmeyera speciosa, A. S. H., Camb., Juss.), si commune dans les campos de Minas. Enfin la plante vulgairement appelée faux Mangabeira [Manga-^ ^ beira falsa) n'est nullement rare dans ce pays. La Floie de cette partie de la province de S. Paul forme le comiaal-
cernent de la transition de celle des provinces tropicales à la végétation de Rio Grande.
Le capiùo m6r d'Itapéva m'avait donné une lettre de recommandation pour un caporal de la garde nationale (milicia) qui commandait au hameau d*Itareré (1), où je fis halte (25 janvier). Je dépéchai José Marianno pour porter cette lettre , et il me fit préparer la meilleure maison du village, ce qui certes n'est pas beaucoup dire. Je fus reçu par le caporal » qui était un homme blanc, fort honnête et neveu du capiûio môr.
Le hameau d'Itareré porte le même nom qu'une petite rivière qui coule dans son voisinage (Aïo d'Itareré)^ et se compose de quelques misérables chaumières fort petites, extrêmement basses, obscures, bAties avec de la terre et des bâtons croisés : il n'entrait dans leur charpente ni tenons, ni mortaises, ni chevilles, ni clous; les filières étaient supportées par quatre poteaux terminés par une fourche , et toutes les pièces de bois attachées avec des
lianes.
Je passai un jour dans ce hameau pour étudier un assez grand nombre de plantes que j'avais recueillies la veille et aller visiter la rivière d'Itareré.
Je partis k cheval, vers le milieu du jour, avec le caporal auquel j'étais recommandé, et, après avoir traversé de
(1) Itareré vient des mots guaranis ita et rare, pierre que le rut#aeau a creusée (Ruiz da Montoya, Tes, guar., 179). On m*avait dit que ce nom signifiait pierre qui tmirne^ meule; mais alors il faudrait supposer qu'il dériye dHitaire, qui en diffère beaucoup plus qu*t(arar«, et d'ailleurs ^ comme on le verra bientôt, le nom de pierre que le rui9' seau a creusée conyient parfaitement à tout ce canton. Dans aucun cas, on ne doit pas, avec les laborieux auteurs du Diccionario do Brazit , écrire Itereré.
4U TOTAGB DANS LES PHOTINCES
vastes pAtarages, nous aperçûmes le valloD où coule l'Itareré, on, comme disent les habitants du pays, le Tareré. Nous nous dirigeâmes vers un endroit qu'où appelle Barra [confluent], parce quec'est là qu'une petite rivière du même nom (Rio da Barra) et l'Itareré confondent leurs eaux. Les collines qui, en cet endroit, bordent ce dernier sont fort marécageuses; d'abord elles s'étendent par une paite douce, et n'offrent que des pâturages : plus près de la rivière, il y croit des arbrisseaux, principalement la Mimosée 1,397 bis; puis tout à coup elles descendent à pic jusqu'au fond du valloa. La petite rivière de Barra arrive k ce dernier sur un lit de rochers aplatis , et , après avoir bondi plusieurs fois, elle se précipite d'une hauteur considérable dans l'Itareré, en formant une nappe d'eau verticale. Au-dessous de cette cascade, l'Itareré s'échappe dans un ravin profond et disparaît aux regards du voyageur; en cet endroit, les rochers qui le bordent se rapprochent, le recouvrent , et ne laissent plus apercevoir qu'une fente de peu de largeur. Cependant , au milieu des pâturages, les sinuosités de la rivière se reconoaissent aisément, dessinées par la verdure sombre d'un fourré épais d'arbrisseaux et de petits arbres qui s'échappent des rocs taillés i pic dont le ravin est bordé. Parmi ces végétaux pressés les uns contre les autres, il est impossible de ne pas distinguer des Palmiers élégants, et le Cltisia criuva, A. S. H., Juss.. Camb., aux fleurs blanches en corymbe et aux feuilles luisantes. Ce n'est guère qu'au bout de 1 lieue que l'Itareré recommence à se montrer. Il ne reparaît d'abord qu'avec une largeur d'environ 6 à 7 décimètres; puis tout à coup il s'ouvre un lit qui peut avoir 6 à 7 mètres de large, et il fuit avec rapidité , encore encaissé entre des rochers à pic au
DE SAINT-PAUt ET DE SAmTE-GÂTHERINE. 453
milieu desquels croissent un grand nombre d'arbrisseaux. A l'endroit où il reparaît, un ruisseau dont on boit Feau dans le village vient se réunir à lui , et forme une jolie cascade en se précipitant du haut des rochers entre les arbres et les broussailles. Après avoir encore parcouru un certain espace, ritareré, me dit mon guide, s'élargit brusquement une seconde fois, et peut avoir alors environ 16 braças (34 mètres] ; jusque-là il est très-profond , et ses eaux sont peu agréables à boire.
D'après ce que m'assura le caporal, les terreà des environs de ritareré sont excellentes, et généralement propres à la culture du maïs, du riz, des haricots et du manioc. Le maïs rend jusqu'à 400 pour 1 . La grande Fougère s'empare promptement des terrains médiocres ; mais elle ne parait point dans les meilleurs : ceux-ci, cependant , se fatiguent facilement , et au bout d'un certain nombre de récoltes on est obligé de sarcler les mauvaises herbes, ce qu'on ne fait point dans un sol encore neuf. Le coton produit encore ici. La gelée; il est vrai, se fait sentir tous les ans, mais seulement après la cueillette des derniers fruits.
Depuis S. Paul, tous ceux que nous rencontrions venant du Sud nous parlaient des Indiens dltapéva, et effrayaient mes gens par mille contes tragiques. Il est très-vrai qu'à cette époque des hordes de sauvages habitaient les forêts voisines de la route, que depuis Itapéva ils se rapprochaient beaucoup de cette dernière, et qu'ils se montraient principalement entre l'Itareré et le Rio Jaguaryaiha; il est très- vrai encore qu'ils avaient souvent détruit des habitations situées près des bois ; mais il était extrêmement rare qu'ils se hasardassent sur le chemin. En général, les sauvages n'attaquent guère qu'à coup sûr, et ceux qui habitaient ce
canton devaient savoir que les voyageurs ne le traversaient guère isolément et sans armes. Tous les ans^ les gardes nationaux (mtVtm) dltapéva se réunissaient et s'enfonçaient dans les bois pour faire la chasse aux Indiens sauvages; ils y étaient fort habiles , et revenaient rarement chez eux sans avoir pris des femmes et des enfants : leur ardeur était excitée non-seulement par le désir d'éloigner des voisins dangereux, mais encore par celui de faire des prisonniers, car il était permis d'employer ceux-ci gratuitement pendant quinze années et de les vendre pour cet espace de temps.
A peu près depuis S. Paul jusqu'à la frontière occidentale de la province, et même à Sainte-Catherine, on donne aux Indiens, en général, le nom de Bugres (1), qui vient évidemment du français, mais dont on a détourné la signification. Quant aux Indiens d'Itapéva , on les distinguait spécialement par celui de GuanhananSy qui paraissait être aussi peu connu des hommes auxquels on l'appliquait que le nom de Coyapôs l'est des Indiens de Goyaz (S): Je présume que les noms de la plupart des peuplades indiennes ne sont autre chose que des mots qui auront frappé les Portugais dans la conversation des hommes de ces peuplades et qu'ils auront appliqués, en les défigurant, aux peuplades elles-mêmes. Il serait aussi fort possible que le nom de Guanhanan^ ne fût autre chose que celui de Guaianazes ou Guaia-
(1) Comme on Fa va dans mon Voyage êur le littoral, II, 309, on donne aussi le nom de Bugres aux Indiens sauvages dans la province d'Espirito Santo. Je n*ai pas besoin de dire qu*on ne doit écrire ni Bugros ni Boogres.
(2) Voir mon Voyage aux sources du Rio de S, Francisco et dans la province de GoyaSy II.
nâS| que Ton donnait, comme nous le savons, aux habitants delà plaine de Piratininga (1), et qu'un souvenir historique aurait fait transporter à la horde dltapéva.
Pendant que j'étais dans cette ville, on me montra un jeune Guanhanan qui avait été Cait prisonnier depuis deux années, et qu'avait acheté un propriétaire du voisinage. Je lui trouvai tous les traits de la race américaine; son teint était fort bistré, d'ailleurs je ne remarquai rien en lui qui le distinguât particulièrement. Je voulais obtenir de ce jeune homme un petit vocabulaire de sa langue; mais il me fallut d'abord vaincre sa timidité, et ensuite il se trouva qu'il avait oublié la plupart des mots que je lui demandais. Les noms des animaux sauvages étaient ceux qu'il se rappelait le mieux, ce qui n'est pas fort étonnant, car les Indiens tirent de ces animaux leur principale nourriture , et ils en sont sans cesse occupés. Vivant avec eux dans les bois et leur faisant une guerre continuelle, ils étudient leurs mœurs et leurs ruses ; ils apprennent à contrefaire leurs voix , ils savent les épier, les surprendre, et ils leur attribuent souvent une intelligence et des dessins auxquels la brute ne peut s'élever. Le Botocudo Firmiano m'oJBFraît une preuve continuelle de ce que je dis ici.
(1) Il ne faat pas oublier que, dans la langue portugaise, les lettres nh se prononcent comme le gn des Français , ce qui rapproche singulièrement les mots Guaianâs et Gtianhanans, M. Joâo da Silva Machado, baron d'Antonina, propriétaire» en 1843, de Thabitation de Perituva, confirme entièrement ce que je dis ici, car il ne donne pas d*autre nom que celui de Guaianazes à la peuplade barbare qui avait infesté les environs d*ltapéva {Revist. trim., 2" ser,, 231). Il est à remarquer aussi que le vieux Pauliste Fernando Diaz Paes, qui , avant de découvrir Minas, avait parcouru les déserts voisins du Rio Tibagy, y avait pris un grand nombre dlndiens qu'il appelait Guaianazes (Baltazar da Silv9 Lisboa, Annaes de Rio de JaneirOy 11, 280).
456 T0YÂ6E DANS LES PROYINGES
Voici les mots que me dicta le jeane Quanhanan :
Dieu,
Soleil,
Lune,
Étoiles,
Homme,
Mère,
Petit garçon,
Petite fille.
Yeux,
Pied,
Morceau de bois,
Jabotfcaba (fruit).
Cheval,
Tapir,
Eau,
Tupé (1).
Levé.
Câssime.
Clingué.
Dofuve.
Ningtave.
Cofuve.
Jacrove.
Caneve.
Opéve.
Cave.
Meve.
Mingbagare.
Cojuru.
Goiô (le dernier o ouvert comme dans le mot or).
(1) n est remarqaable que Ton retrouve ce nom , avec de légères mo-
dificatioDS, daos ane immense partie de rÂmériqne, chez des peuples
qui n'ont jamais en de communications entre eux, et qui parlent des
langues fort différentes. Je présume que souvent il aura été transporté
d*une nation chez une autre par les missionnaires, qui croyaient, sans
doute, pouvoir le faire comprendre des Indiens avec plus de facilité que
le mot équivalent appartenant aux langues d'origines grecque et latine.
Avec plusieurs auteurs j*ai indiqué, d'après le P. Vasconcellos, le mot
iupân comme signifiant V excellence terrifiante; mais M. Ferdinand
Denis a attiré mon attention sur un passage du P. Antonio Rniz da Mon-
toya, qui donne une étymologie plus satisfaisante et qui s'exprime
comme il suit : « Tu, particule d'admiration, et pa, interrogation ; quel
est-il ? nom qu'ils ont appliqué à Dieu {Tesoro de la lengtm gtuiranit
402). » Malte -Brun, dans sa Géographie universelle, a déjà donné du
mot tûpân une traduction semblable ; mais il ne dit pas de qui U l'a
empruntée, et ne décompose point le mot lui-même.
Cerf,
Singe,
Grand,
P^it,
Jaguar,
Feu,
Perroquet,
Jacu (oiseau),
Lambari,
Kinbeve.
Cajere.
Crangue.
Carove.
Mingue.
Finfinve.
longiove.
Maïs,
Farine,
Haricots,
Citrouille, Flèche, Perdriï, Chien,
Penhe.
Clingloforce (les deux 1, dans ce mots, participent du son de IV).
Nheré.
Manenfu.
Ingrô [in se prononce comme en latin, l'o est ouvert) .
Pacove»
Dove.
Curupepé.
Fogfogve.
Je dois prévenir le lecteur que , dans les mots qui précèdent, ïe non accentué se prononce fermé, qu'au contraire IV doit se prononcer très-ouvert, comme en portugais. La répétition de la syllabe ve à la suite d'un grand nombre de mots ferait presque croire qu'elle indique l'addition d'un article. D'ailleurs j'ai comparé ce court vocabulaire avec ceux des langues des Coroados du Rio Bonito, des Malalis, des Monoxôs, des Macunis, des Botocudos, des Machaculis, des Coyapôs, des Chicriabàs (1), et n'ai pas
(1) Voyage dans leê provinces de Rio de Janeiro et de Minas Geraes, l, 46, 427; I, 47, 154, 213.— Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, U, 293. — Voyage aux sources du Rio de S, Francisco et dans la province de Goyax, II. 108, 261, 289.
trouvé la moindre ressemblance. J'ai fait davantage : j*ai rapproché les mots qui m'ont été dictés par le jeune Guanbanan dltapéva de trois des dialectes de la lingoa geraU et je me suis convaincu qu'il n'existe pas non plus le moindre rapport. Les langues non écrites » comme je l'ai montré ailleurs (1), s'altèrent, se modiCent très-facilement; mais» en deux siècles, elles ne peuvent changer complètement et prendre un autre caractère. Or les anciens Guaianazes parlèrent la lingoa gérai, puisque c'est deux qu'Anchieta l'avait apprise; par conséquent , les Guanhanans
d'Itapéva n'ont rien de commun avec cette nation que leur nom, et y comme je l'ai déjà dit plus haut, celui-ci leur aura été donné par les premiers blancs ou métis qui se sont établis dans ce canton , sans doute parce que les Guaianazes étaient les seuls Indiens qu'ils connussent ou dont ils eussent conservé le souvenir.
Quoi qu'il en soit , il parait que les Guanhanans sont placés moins bas sur l'échelle de la civilisation que beaucoup d'autres hordes de sauvages. Ils croient à l'existence d'un pouvoir souverain ; ils font des plantations de haricots et de maïs , et. si les hommes vont entièrement nus , les femmes se couvrent les parties naturelles.
Ces Indiens, qui, à l'époque de mon voyage, inspiraient une si grande terreur, ne sont point encore détruits; mais ils ont cessé de se montrer dans les environs d'Itapéva.
A peu près deux cents indigènes appartenant à une autre nation vinrent , il y a déjà un bon nombre d'années , s'établir sur la rive gauche du Rio Tacuarhy , à une distance peu considérable de la capitale du district. Ils étaient en
(1) Voyage aux sources du Rio de S. Francisco t etc, I, 41.
DE SAINT-PâUL et DE SAINTE-CATHERINE. 459
gnerre avec les Guanbanans; ceux-ci , se croyant trop faibles contre leurs ennemis réunis aux Paulistes, s'enfoncèrent davantage dans les déserts» et cessèrent d'inquiéter les hommes de notre race (1).
Les nouveaux venus étaient d'un caractère docile et pacifique ; ils se firent aimer des blancs, leurs voisins , et souvent ils se rendaient à la ville pour échanger contre du fer et des vêtements la cire et le miel qu'ils allaient , avec beaucoup de peine» recueillir dans le désert. Cependant le service qu'ils avaient rendu aux blancs ne tarda pas à leur devenir fatal : ces derniers» n'ayant plus rien à craindre des Guanbanans» se mirent à cultiver les terres excellentes dont ils n'osaient approcher auparavant; les Indiens se
(1) Il n'est nallemeot ioTraisemblable qae les Gaaiao&s dont parle Azara (Voyage dans r Amérique méridionale, II, 75), et qui, dit-U, habitent è Forient de rUrngaay et du Parannâ, soient les mêmes qae les Guanbanans de S* Paul; les premiers sont aussi peu étrangers k l'agriculture que les Guanhanaos, et chez les uns comme chez les autres les fenmies montrent quelque pudeur, tandis que les hommes restent ^tièrement nus. — Ou trouve, dans le Voyage pittoresque de M. Debret, une planche représentant les sauvages goyanas do Mar Pequeno, et voici Texplication qu'en donne Fauteur (I, 29) : a Le site dans lequel se passe cette scène offre tt UQ double intérêt, en ce qu'il donne non-seulement la vue de la forêt
« vierge au point où se trouve la source du fameui lac dos Patos ,
« mais encore parce qu'il témoigne de l'industrie des Goyanas, qui entre^ « tiennent, avec leurs canots, une navigation utile aux voyageurs pour « parcourir le littoral de la province de Rio Grande. » C'est à peu pré» comme si l'on disait que les paysans du Berry ont de petits bateaux sur la Manche, source du Rhône ; qu'ils y reçoivent les voyageurs, et qu'ils leur font visiter les côtes du royaume des Algàrves. On doit regretter que M* Debret, qui avait fort bien observé les scènes de la vie domestique des habitants de Rio de Janeiro, n'en ait pas représenté quelquesunes de plus, et qu'il ait sacrifié son pinceau à figurer tant de plantes qu'il connaissait très -mal et tant d'Indiens qu'il ne connaissait pas du tout.
trouvèrent bient6t resserrés dans un étroit espace» et le gibier dont ils faisaient leur nourriture flnit par leur manquer. Dans cette extrémité, neuf individus de la tribu se présentèrent) le 1" septembre 1843, à la fazenda de Perituva dont j*ai parlé plus haut, et qui alors appartenait à JoÂo DA SiLVA Maghado, BARON d' ÀNTONiNA ; ils lui firent part de leur détresse et du dessein qu'ils avaient formé de se retirer bien loin dans les forêts. Le baron d'Antonina s'empressa de réclamer, pour ces pauvres gens, des secours du gouvernement provincial ; mais, dans le premier moment, il ne fut pas écouté. Alors il prit généreusement les Indiens sous sa protection, les établit sur ses terres près du Rio Yerde et de Tltareré, et fil pour eux tout ce que ses moyens lui permettaient (1). Il parait cependant qu'en 1844 le président de la province se ressouvint des Indiens de Perituva ; il envoya au baron divers objets que celui-ci fut chargé de distribuer à ses protégés, et pour les instruire dans la foi chrétienne on leur donna un des missionnaires capucins que le souverain pontife avait envoyés au Brésil, sur la. demande du gouvernement central. Attirés, sans doute, par le bon accueil que le baron d'Antonina faisait aux Indiens , de nouveaux venus se joignirent aux premiers , et en 1847 la petite colonie se composait à peu près de 400 individus. Le missionnaire capucin demanda qu'on fit à ces malheureux la concession d'un terrain qui pût assurer leur subsistance et qu'on donnât à leur village un titre légal ; mais le président de la province, pour 1847, déclare, dans son discours à l'assemblée législative, qu'il ne sera fait droit à cette requête qu'après la nomination du
(1) J. J.. Machado de Oliveira, NoL racioc. in Revist. trim,, vol. I, 2' ser., 247.
DE SAINT-PAUL ET DE SAINTE-CATHERINE. i61
directeur qu'on se proposait de mettre à la tète des In-* diens (1). Tant de directeurs ont été, pour les indigènes, d'affreux tyrans, qu'il est permis de concevoir quelques craintes pour l'avenir des Indiens de Perituva, destinés à être soumis à un régime qui souvent fut destructeur et toujours fut despotique.
Quant au missionnaire, il aura peut-être rencontré bien des obstacles de la part des Indiens adultes, probablement déjà corrompus par leurs rapports avec les blancs et les esclaves ; il se sera consolé en appelant à lui les enfants et en jetant, dans leurs âmes, des semences de vertu. Selon les sages conseils d'un de ceux qui l'ont précédé dans sa noble carrière, « il faut dresser l'arbre tandis qu'il est <K jeune, et l'enter dès le commencement. Pendant que la « cire est molle on lui imprime tel caractère qu'on veut, « et pendant que l'argile est moitte on forme tel vase (c qui vient en fantaisie. Je ne puis icy oublier ce mot « d'Horace, que le vase garde longuement l'odeur et le a goust de la première qui luy est infuse; et le papier la « première écriture, et teinture (2). »
(1) Discurso recitadopelo présidente Manoel da Fonsecd Lima e Silva no dia 7 de Janeiro de 1847, p. 13.
(2) Le P. Maurille de S. Michel, Voyage des isles Camarcandes en VAmériqtie^ 151.