I. Inde contemporaine , lulroducU D
verneur en conseil, à qui on pouvait appeler de la rnaijor's court, était investi du droit de juger tous les cas ciiminels, sauf ceux de haute trahison, et de former une court of requests pour les condamnations pécuniaires d'un chiffre élevé. Les employés de la colonie étaient donc tout à la fois juges et parties dans les diverses affaires, et comme il arrivait souvent qu'un membre du conseil remplissait des fonctions subordonnées, il en résulta de graves abus auxquels on peut attribuer les difficultés et les embarras qui ont entravé dans la suite les affaires de la Compagnie.
Durant toute cette période il régna une anarchie générale, accompagnée de guerres incessantes, dont le but n'était rien moins qu'honnête. Le gouvernement anglais marchait sur les traces de ses prédécesseurs asiatiques, levait les impôts avec une rapacité toute tartare, et administrait la justice avec moins de loyauté et moins d'intelligence que les musulmans. La conquête ne fut jusque-là un bienfait ni pour les indigènes ni même pour l'Angleterre.
En 1773, l'étendue des possessions territoriales acquises par la compagnie éveilla l'attention du gouvernement anglais ; le ministère, prétextant les embarras financiers de cette compagnie et les abus qui s'étaient glissés dans son administration, présenta au parlement deux bills qui furent favorablement accueillis et qui, tout en constatant les droits qu'avait la couronne d'Angleterre sur tous les pays commis dans l'Inde, enlevait aux cours, ou conseils des directeurs et des propriétaires d'actions, une partie de leurs anciens pouvoirs.
Quelques années plus tard, le fameux bill sur l'Inde proposé j. ar Pitt établit un bureau de contrôle [board of contiol) composé de six membres du conseil privé. Ces membres, au nombre desquels deva'ent toujours se tiouver deux ministres, étaient à la nomination du roi.
Le président de ce bureau était, de fait, ministre de l'Inde et responsable de l'administration de cette vaste colonie; car le conseil de surveillance avait la haute direction sur toutes les affaires civiles et militaires, il revisait ou approuvait toutes les dépèches, lettres, instructions (pie la cour des directeurs se proposait d'envoyer au gouvernement colonial , il avait le droit de faire rédiger et envoyer telles dépêches qu'il lui plaisait, il pouvait même transmettre directement des ordres aux gouverneurs sans avis préalable des directeurs. . On peut donc dire que depuis 1784 la souveraineté réelle de l'Inde anglaise fut enlevée à la compagnie et replacée dans les mains des ministres.
Au commencement de ce siècle, les affaires de la Compagnie étaient en très-mauvais état, et le gouvernement métropolitain dut l'exonérer d'un long arriéré pii montait ù plusieurs millions de livres sterling.
La charte de 1*433 renouvela les privilèges de la compagnie sous la surveillance du board of control, moins toutefois le dioit de monopole ; les Européens purent posséder des terres.
Le choix du gouverneur général fut bien encore laissé à la cor.r des directeurs, mais dut être approuvé
VOYAGE DANS L'INDE
par le roi. Ce fonctionnaire en conseil pouvait édicter des lois applicables à toute l'Inde anglaise ; mais le Parlement avait le droit de casser ses actes, et le court of directors pouvait les désavouer.
Cette dernière période, qui s'est prolongée jusqu'à la grande insurrection des Cipahis, a donné de meil-
leurs résultats que les précédentes au peuple indou et surtout à la nation anglaise.
La suppression de la compagnie et la substitution du gouvernement direct de la couronne à celui de la cour des directeurs ont élargi la voie déjà ouverte.
Le commerce et l'industrie ont pris un grand essor ;
Mendiant religieux. — Dessin de Émile Bayard d'après une photographie de l'album de M. Grandidier.
les travaux d'utilité publique, routes, canaux, chemins de fer, écoles, entrepris sur une échelle, jusque-là sans antécédents dans l'Orient , promettent à l'Inde une nouvelle ère.
Quoi qu'il en soit, les Anglais ont été heureux d'a-
voir rencontré dans ce grand et magnifique pays un peuple doux, industrieux, civilisé et de longue date façonné à tous les jougs.
Alfred Grandidier.