‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme] (volume 2)Chapitre 34 sur 51 · CRU · texte numérisé non relu

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quatre perdrix blanches, Les duims et les poissons avaient également disparu. Les Indiens, satisfaits de nos distributions de vivres, munis de hameçons et de portions de filets, nous quittérent l’un aprés l'autre, nous laissant seu. lement quelques vieillards. Deux de ces derniers nous dirent qu'ils avaient autrefois suivi le cours du Thlew-ee-Choh bien au-delà du lieu où s'arrétait ordinairement leur tribu, Ils nous en firent une description favorable, en nous assurant qu'on n’y rencontrait jamais de chutes, bien que cette rivière füt assez souvent interrompue par des rapides. On appréciera plus tard la valeur de cette assertion. Dans leur opinion, le Thlew-ee-Choh se dirigeait au nord et inclinait peut-être à l'est, bien que, d'après certaines montagnes bleues qui revenaient souvent dans leurs récits et qu’ils désignaient comme la limite de leurs excursions , il semblât dévier sur la gauche. Le rapport de ces vieillards vint aussi corroborer les

opinions précédemment émises sur le cours du

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DU CAPITAINE BACK. 417 The-Lew, qui coule dans un lit bas et marécageux et se lie avec un pertuis que sépare de la mer un étroit chenal dont les Esquimaux habitent les bords. Nos Indiens nous dirent encore qu'ils avaient fait la guerre à ces derniers de méme qu'aux Esquimaux habitant l'embouchure du Thlew-ee-Chob.

Nos constructions avançaient rapidement, bien que le mélange de vase et de sable dont nous nous servions au lieu de mortier fût aussitôt gelé que mis en œuvre. Notre observatoire fut bientôt terminé : il consistait en un carré intérieur de douze pieds, ayant un porche à l’ouest avec deux portes, dont l’extérieure ouvrait au sud. Le toit était angulaire et couvert de dgsses non dégrossies, dont le côté plat était tourné vers le plancher, tandis que les interstices de l’extérieur avaient été comblés avec un mélange de boue, de sable et de gazon sec. L'édifice avait quatre fenêtres en parchemin d'orignal, portant chacune un petit panneau

de verre et faisant face aux quatre points car-

dinaux. On avait soigneusement Ôté les pierres

de l’intérieur, et un tronc d'arbre, de sept pieds

de long et de deux pieds et demi de diamètre,

complètement desstché, fut solidement im-

planté dans un trou de trois pieds de profon-

deur au centre de l'appartement, où le main-

tinrent solidement de fortes couches de boue

et de sable. On l’entoura d’une charpente de

trois pieds carrés, à rainures et à mortaises,

et on remplit les vides de la même composition que celle dont on avait enduit les murs. Des que cette sorte de plâtre ent séché, on emmortaisa un ais carré très épais sur le poteau ; l’ensemble de cette construction devint alors aussi solide qu'un rocher. Le sol était planchéié, et, lorsqu'on eut fermé les portes, la différence de température entre l’intérieur et l'extérieur fut de 14°(7°,8. C.). Dans tout l'édifice il n’était pas entré un clou ni une parcelle de fer; pour le garantir de l'approche éventuelle d’individus armés de fusils ou de haches, je l’entou-

rai d'une palissade circulaire de soixante-dix

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DU CAPITAINE BACK. 24c pieds de diamètre (environ vingt-et-un mètres). Il était situé sur une petite élévation de terrain, à deux cents pas du lac et à cent de l'extrémité orientale de la maison. Un fort bâton , de quinze pieds de haut, fixé à l'extrémité nord du faite, portait une girouette; en outre de perches blanches, platées dans les directions du méridien vrai et du méridien magnétique, Je fis disposer une rose de vent horizontale au

nord de l'observatoire dans l’enceinte de la pa-

lissade, afin de reccrnaître avec plus d’exacti-

tude les gisements des phénomènes dont nous pourrions avoir occasion d'être témoins. — Nous mesurämes de ce point la hauteur äñigulaire des montagnes environnantes.

Nous observâmes immédiatement l'intensité marnétique et l’inclinaison avec des aiguilles de Han: et de Dollond; nous en e aussi une « ‘re taillée en losange d'après l: conseil du capitaine Beechey: mais, pour plus de clarté, toutes ces observations seront rejetées avec celles des autres phénomènes dans Pap-

pendix. Trois thermomètres (à l'esprit de vin ) furent établis dans l’intérieur de l'observatoire, quatre à l'extérieur au nord, et un au soleil, du côté du sud, Ils avaient été préalablement comparés entre eux, et pendant quelque temps nous en primes Îjes moyennes respectives ; mai plus tard nous abandonnâmes ce système , et les thermomètres les plus rapprochés de la moyenne nous servirent d’étalons pour les observations. L’instrument de déclinaison diurne, construit par Jones, d’après le plan du professeur Christies, et qui sera expliqué ultérieurement, fut disposé dans le méridien magnétique; nous eùmes soin de noter ses indications dix fois par jour, depuis huit heures du matin jusqu’à minuit. La température était enregistrée quinze fois dans les vingt-quatre heures.

Peu après l'installation de l'aiguille, nous vimes un étrange phénomène lié à celui de laurore boréale et que l’on m’excusera sans doute de rapporter ici, en raison de sa singularité, bien

que je doive y revenir plus tard. À cinq heures

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QU GAPITAINE BAUK. 291 trente minutes de l'après-midi, j'observais le passage d’une étoile, lorsque j'aperçus jaillir des lueurs derrière un nuage sombre, isolé, de forme oblongue, dans une positicn verticale, à VE. + S. E. (1); elles se projetaient en un arc ondulé de 38° de hauteur et rayonnaient latéralement au nord et au sud. Un autre arc, plus brillant et plus étroit, s'éleva soudain à JO. + N. O. et passa entre un nuage noir presque horizontal, et les étoiles qui n'étaient pas alors visibles à travers l'aurore. Je portai immédiatement mes regards sur l'aiguille, que je trouvai un peu agitée, mais sans vibrations ; en relevant les yeux je fs surpris de voir que le nuage noir et horizontal de l’ouest avait changé de forme, ayant maintenant celle d’un ballon et s’allongeant évidemment vers le zénith. En regardant à VE. je m'aperçus que là aussi un nuage noir changeait rapidement d’aspect. A la

vue d’un spectacle si extraordinaire, j'appelai

Qi) Gisement du compas.

259 VOYAGE, mes deux compagnons MM. King et Mac-Leod ; nous vimes que le nuage noir et épais de l’ouest se dilatait graduellement comme pour joindre l'autre qui s'élevait aussi vers le zénith. Le ré-

résultat de cette jonction fut un arc d’un gris

‘obscur s'étendant de l'E, + S. E. à l'O. 1 N. O.

en passant par le zénith et cachant completement les étoiles, bien que de chaque côté de l'arc celles-cise manifestassent par un éclat etun scintillement remarquables. En même temps l'aurore prenait successivement toutes sortes de formes, particulièrement celle d’arcs frangés et ondulants, plus ou moins larges, élevés de 30 à bo°, entourés de lueurs et de rayons qui s’en échappaient à angles droits. L’arc nuageux était aussi illuminé à son extrémité N. O., près de l'horizon, tandis que des rayons et des trainées de feu en ligne courbe se jouaient à l'E. autour de l’autre extrémité, dont, en quelques secondes, la partie la plus voisine de horizon prit une forme de zigzag semblable au sil-

lonnement d’un éclair; immédiatement l’extré-

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DU CAPITAINE BACK. 299 mité ouest répondit à ce mouvement en subissant des transformations rapides qui échappent à la description. L’agitation des deux extrémités ne tarda pas à affecter le centre de Parc, qui, s'affaiblissant graduellement, finit par disparaître tout-à-fait, laissant désormais les étoiles briller de tout leur éclat. Les masses isolées demeuraient cependant encore sous. des formes diverses, mais l’aurore se jouant autour d'elles les enveloppa promptement, surtout du côté de l’orient, et en fit disparaître jusqu’au dernier vestige.

Dans cette occasion, l'aurore était tres 0 vée, et par conséquent n’exerça pas une grande influence sur laiguille dont la sensibilité était pourtant très grande; mais j'eus occasion plus tard de constater une déviation de huit degrés, comme le reconnaitront ceux de mes lecteurs qui compulseront les tableaux de appendix..

La petite riviere à l'est et les bords du lac gelerent dans les derniers jours du mois; mais

le temps étant très doux, une forte brise rom-

25/4 VOYAGE pit de nouveau la glace dans l'espace de quelques heures. Cest à cette douceur inusitée de la température qu’il faut attribuer la misère extrème des Indiens, qui, amaigris et exténués par la fatigue, continuaient à nous arriver en foule des terres stériles, d’où, contrairement à leurs habitudes, les daims n'étaient pas encore sortis, et où ils se tenaient à une trop grande distance pour pouvoir être poursuivis. Un pauvre Indien n'avait pas: mangé depuis dix jours, et il eùt succombé en route s’il n’eût été soutenu par l'espoir de nous rencontrer.

Dahs l'état de dénuement où nous nous trouvions, il était impossible de faire pour ces infortunés ce que nous dictait notre compassion.

Entre autressuperstitions, ces Indiens vinrent à s’imaginer que les instruments de l’observatoire, dérobés à leurs regards par M. King et moi, étaient la cause mystérieuse de toutes leurs infortunes ; cette opinion n'avait rien de trop extravagant pour eux, car, un Jour, au

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de nos visiteurs écoutérent, et, n’entendant par intervalles que deux mots isolés, comme ceux-ci® /raintenant. , arrete. , auquel succédait toujours un profond silence, ils se regardérent l’un l’autre, se hâtéèrent de sortir de l'enceinte avec un mouvement d’épaules fort significatif, et allèrent conter à leurs compagnons que j'évoquais le diable.

Pour tâcher de dissiper les croyances superstitieuses des Couteaux-Jaunes, je leur dis qu’ils s'étaient trompés sur la nature de cet instrument mystérieux dont la vertu consistait, non à disperser, mais bien à attirer les animaux, comme ils pourraient s’en assurer en allant à la chasse. Cette assertion, bien que pure plaisanterie, sembla pourtant devoir se vérifier, car, le jour même, on tua un vieil ours, qui fut dévoré avidement malgré sa maigreur et la dureté de sa chair. Nous étions tant de monde que chacun eut à peine de quoi y goùter; néanmoins cet événement excita chez tous

les Indiens une légere animation; mais ils re-

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tomberent bientôt dans le même dénuement:

c'était un spectacle déchirant que de les voir se tenir aupres de nos hommes au moment du repas, suivant chaque bouchée avec des regards d'envie, et dédaignant toutefois de proférer une plainte. La malheureuse vieille femme dont j'ai parlé était trop accablée d’infirmités pour apprécier notre protection et nos bons traitements; et, bien qu'on lui eût promis de prendre soin d'elle, elle ne manquait jamais d'assister aussi à notre maigre repas pour implorer de mon domestique, avec une sorte de râlement faible et monotone, la permission de râcler le fond des chaudières.

Nous avions essayé divers endroits pour la pêche, mais, après la première épreuve, les filets restaient invariablement vides. Pour remédier autant que possible à cette déplorable pénurie, nous divisames nos hommes en détachements, qu’à Pexception d’un seul, employé à finir la maison, nous envoyämes à divers en-

droits du lac pour chercher à se procurer des

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vivres. Quelques uns réussirent, mais les autres revinrent après une courte absence, désolés d'avoir perdu deux filets et tout-à-fait découragés. Il ne me resta donc plus qu'à réduire les rations journalières et à supprimer sans pitié celles des chiens, dont plusieurs dépérirent au point de n'avoir plus la force d’aboyer; je ne puis encore concevoir comment ces ani= maux ont résisté.

Au milieu de ces désastres, nos esprits furent un peu ranimés par l'arrivée fortuite de deux jeunes chasseurs qui , après avoir quitté Akait-. cho pour chercher des daims, avaient eu le bonheur de rencontrer un grand troupeau de ces animaux et en avaient tué quelques uns; mais, en venant annoncer cette bonne nouvelle au chef, ils s'étaient égarés dans les brouillards, et se trouverent, lorsque le temps fut éclairci, à une journée de marche de notre établissement; ils n'avaient pu résister au désir de venir nous offrir de la viante fraiche en échange d’un peu de tabac que nous leur donnâmes bien volon-

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