CHAPITRE VIEIL
« Le grand jeune homme, » — Traité avec les Indiens, — Célébration du dimanche, — Arrivée de Mr King avec deux bateaux. — Opération chirurgicale. — Incommodité des canots indiens. — Conduite de l'équipage. — Construction d'un nouveau logement. — Arrivée des Indiens. — Leur tactique. — Vieille femme indienne, — Visiteurs affamés. — Vengeance tirée d'un acte d’inhumanité. — Description du Thlew-ee-Choh. — Observatoire. — Etrange aspect de l'aurore. — Nous sommes encombrés d'Indiens. — Leurs idées superstitieuses. — Nous sommes à court de vivres. — Installation dans notre nouveau logement que nous nominons fort Reliance (Confiance). — Les vivres nous manquent de nouveau. — Akaitcho. — Je donne congé à De Charlôit et à deux Iroquois, ainsi qu'à La Charité. — Tristesse des Indiens. — Histoire d'un jeune chasseur, — Infraction à la loi indienue. — Mort de la vieille femme. — Jour de Noël. — Petite distribution. — Expériences. — Froid excessif. = Arrivée de M. Mac-Leod. — Atroce cruauté, — Histoire révoltante d’un Indien,
M. Mac-Leod me dit qu'il avait attendu au Fort de la Résolution l’arrivée du chef indien, le grand jeune homme. Ce dernier avait feint d’abord un vif désappointement én ap-
prenant que Je ne voulais pas de ses services :
mais sa mauvaise humeur s'était peu à peu dissipée sur l'exposé de nos ressources et des règlements sévères auxquels leur exiguité nous forçait à tenir la main; fiialement, après avoir reçu en compensation de la perte de son temps
la valeur de quarante peaux de castor, il s'était
retiré tres satisfait.
M. Mac-Leod assisté des Indiens était arrivé
le 22 août, après avoir recueilli La Prise dans
mon canot à la rivière Hoar-Frost (rivière de la Gelée - Blanche ); à l’aide de quatre hommes seulement, il avait réussi à élever la charpente en bois dont j'ai déjà parlé. Leur travail ayant été sérieusement interrompu par les maringouins , et il ne leur avait été possible de le continuer qu’en s’entourant de nuages de fumée par la combustion des arbrisseaux verts dont ils étaient environnés, Un nouvel établissement formé aux bords d'un lac fonde surtout son espoir sur le produit de la pêche ; une provision journalière de
truites et de poissons blancs trouvée dans nos
DU CAPITAINE BACRK,. 229 filets, semblait justifier les prédictions qu’on nous avait faites à cet égard, et nous offrait pour l'avenir une. perspective encourageante. Les Indiens avaient aussi apporté, dans la saison, de la viande, dont M. Mac-Leod, prévoyant une grande consommation de vivres, avait prudemment réduit le prix au-dessous du taux ordinaire. Cette innovation ne fut pas vue avec grand plaisir; mais, comme nous étions à cent cinquante milles au moins de toute habitation, les Indiens avaient intérêt à supporter la réduction; car, si leurs bénéfices étaient moindres, en revanche ce débouché, voisin des pays de chasse, leur permettait des retours plus prompts. L
Le lendemain étant un dimanche, nous lüumes l'office divin et nous offrimes humblement à l'Éternel nos faibles actions de grâces en reconnaissance de la protection qu'il avait jusqu'ici daigné nous accorder; et bien que, sous ce climat rigoureux, chargés de tant de
travaux, le temps nous fut certainement tres
précieux, je sentis néanmoins que la premiére lecture du livre saint dans ce désert reculé ne devait être profanée par aucun mélange de soins vulgaires; j’accordai donc toute cette journée à la paix et au repos.
Lorsque nos hommes furent rétablis des
accidents qui avaient suivi les piqüres des,
moustiques, auprès desquelles leur fatigue n'était rien ; nous les envoyämes à la recherche de la viande que nous avions cachée sur notre route; en revenant par un chemin différent, ils eurent le bonheur de trouver un bouquet d'arbres sans nœuds et propres à faire des planches à bateaux d’une dimension conveuable. Cette découverte était d’une grande importance, car nous reconnümes ensuite que ce bouquet d'arbres était le seul convenable pour notre but; et si un hasard heureux ne l'eut placé sur le passage de nos hommes, l’ennui, la dépense et la fatigue qu’eüt entrainés une expédition de cent milles sur la glace pour
aller chercher du bois, eussent ralenti, sinon
tot
sui
DU CAPITAINE BACK. a31
totalement paralysé nos efforts pendant l'été suivant.
Le 16 septembre, j'eus la satisfaction de voir arriver dans le f8t mon compagnon, M. King, avec les deux bateaux chargés, et leur lourde cargaison , qui n'avait pas souffert, malgré son inexpérience du pays. Il avait subi, comme on devait s’y attendre, les impôts habituels que les anciens J’oyageurs se croient en droit de percevoir sur les nouveaux, et par conséquent il avait souvent eu à essuyer des désagréments personnels.
Par la négligence de l'équipage, M. King avait dépassé les sources de goudron, dans la rivière de l’'Élan (Elk-river), sans s’y approvisionner; en sorte qu’à son arrivée au Fort Chipewyan, il s'était trouvé dans l’obligation d’y renvoyer.
Je lui avais enjoint de se procurer des vivres pour un mois; mais le commis de service n’en pouvait livrer même pour quinze jours, parce
qu'il fallait en réserver pour les brigades du
lac de l’Esclave et de la rivière de la Paix. Comme M. King avait reçu l'ordre positif de conserver intégralement nos soixante sacs, à moins d’une famine pressante , il @mmencçait à faire appréter les filets lorsque l'apparition opportune de M. Charles, facteur en chef du district, qui vida les magasins en sa faveur, dissipa toutes ses inquiétudes.
Pendant son séjour à Chipewyan, M. King avait fait ævec succès une opération à la lèvre supérieure d’une femme , horriblement défigurée par un cancer, provenant, à son avis, de l'habitude invétérée de la pipe, dont l'usage est si commun chez les métis, 11 s'était déjà assuré de deux ou trois cas sembiables, incurables et d'un aspect repoussant, entre autres au Fort William.Ilavait étéaccueilliavecenthousiasme, dans tous les postes au-delà de la rivière Jacques , par les naturels et par ceux qui vivaient avec eux; et ne pouvait revenir de son étonnement en voyant à quel point les maladies
étaient répandues dans cette partie dela contrée.
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Après s’étre procuré du goudron, M. King, embarqué ayec quatre hommes sur nn canot de moyenne grandeur, avait suivi les bateaux qui naviguaient en avant, ]l n'avait d'autre pilote que James Spence, un de mes hommes de la dernière expédition, qui, pour m’accompagner dans celle-ci, avait pris la place d’un Canadien : c'était un excellent garçon, mais d’une mémoire fautive, de telle sorte que le canot faillit être entraîné dans les chutes et les rapides effrayants de la Cassette, où l'on n'avait encore jamais osé s’aventurer. La pointe où on doit s’arréter pour le portage était dépassée , lorsque les Iroquois, placés à l'avant, déclarèrent qu'il n’était plus possible d'avancer ni de reculer. Heureusement on se trouvait près de terre et on put aborder; remorquant donc le canot avec leurs ceintures changées en autant de touées, les hommes parvinrent à remonter le courant et à rentrer enfin dans la bonne voie. — En
descendant la rivière de l'Esclave, M. King ren-
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contre quelques Indiens, et se fit conduire
dans le petit canot de l’un d’eux au Fort de la
Résolution , afin de gagner du temps; il nous décrivit cette manière de voyager comme très peu confortable. « Je demeurai quarante heures dans ce canot indien, nous dit-il, et c’est bien certainement le temps le plus pénible que j'aie jamais passé de ma vie. Je ne pouvais remuer un seul membre; et je me sentais oppressé par un assoupissement auquel j'eus beaucoup de peine à résister, bien qu’en y succombant j'eusse pu entrainer la perte du canot. » Une forte dose de thé lui ayant rendu l'usage de ses facultés, il arriva au Fort, et y trouva les bateaux mouillés depuis quatre jours (1).
L’équipage, suivant le rapport de M. King,
s'était conduit aussi bien qu’on pouvait l’at-
(1) Le savant secrétaire de ià1 société d'horticulture , M. Lindley, avait eu la bonté de me remettre des semis de diverses espèces, dont nous laissions quelques uns à chacun des postes par lesquels nous passâmes
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tendre d'hommes de cette classe et dans de semblables circonstances, à l'exception néanmoins de deux d’entre eux, d'autant plus inexcusables qu’on leur avait toujours montré beaucoup d’égards et que le comité arctique d’Angleterre les avait traités avec beaucoup de générosité. Je saisis cette occasion d’assembler tout mon monde, et j'infligeai aux délinquants une réprimande publique et sévère. Je rappelai à tous la teneur des engagements, et je donnai une courte explication de la manière dont le service devait être fait. Je leur montrai combien ils avaient intérêt à se conduire comme de braves et honnûtes gens, et je leur rappelai qu'ils étaient attachés à une expédition dont l'issue heureuse ou malheureuse obtiendrait toujours l'approbation publique. Après cette admonition, je leur présentai M. Mac-Leod comme un des officiers de l'expédition et celui à qui seraient confiées la surintendance et la direction de notre futur établissement.
Notre habitation projetée devait s'élever
sur un banc uni de gravier et de sable, couvert de mousse de rennes, d’arbres et d’arbrisseaux; il ressemblait beaucoup plus à un parc qu'à une forêt américaine. Il était situé à l’extrémité nord d'une baie, longue de douze ou quinze milles, et large de trois à cinq, laquelle reçut le nom de mon ami Mac-Leod.
La baie recevait les eaux du Ah-hel-Dessy du côté de l’ouest, et du côté de l’est celles de la petite rivière dont nous avons précédemment parlé; elle était entourée de collines, ou, comme disent les Indiens, de montagnes granitiques de feldspath gris et couleur de chair, de quartz, et parsemées en quelques endroits de larges plaques de mica. Cependant ces collines qui s'élevaient de 500 à 1500 pieds, loin de nous protéger, conduisaient au contraire sur nous les vents compris entre l'E. S. E. et l'O. S. O. qui soufflaient de temps en temps avec une grande violence. Les longs bancs de sable qui couraient entre les deux rivières, et les enfon-
cements étroits qui découpaient le rivage, sem-
blaier blanc en co profit No tache liére :
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quel
DU CAPITAINE BACK. 237 blaient offrir une retraite assurée au poisson blanc pendant le temps du frai ; nous tendimes en conséquence un grand nombre de filets pour profiter de cette aubaine.
Nos hommes furent divisés en divers détachements chargés chacun d’une tâche régulière : ceux-ci coupèrent les arbres et les équarrirent en poutres et en solives, d’autres eurent à scier les dosses et les planches; ici un groupe s’efforçait de tailler le granit informe pour lui donner une certaine régularité; là un autre détachement, à bord d’un canot, cherchait de la vase et du gazon pour faire une sorte de mortier. Cette scène animée, encadrée par nos tentes blanches et nos huttes de cuir enfumées, contrastant , avec les montagnes et le feuillage vert de la forêt, présentait un coup d'œil intéressant et pittoresque.
En peu de jours, la charpente de la maison et de l'observatoire fut construite; mais la petite dimension des arbres et la distance à la-
quelle il fallait les aller chercher ne nous permi-
rent pas de combler rapidement les interstices
des murs. En même temps,nousnous aperçümes
d’une diminution dans le nombre des poissons
blancs, qui étaient remplacés par les truites; après examen, nous reconnümes que ces dernières avaient mangé le frai des poissons blancs.
Nous étions à peine installés dans notre nouvel établissement, qu’une petite troupe d’Indiens vint nous apporter un peu de viande ; ayant obtenu en échange ce dont‘:ils avaient besoin, ils se retirèrent laissant derrière eux un vieillard infirme. Deux autres Chipewyans âgés le rejoignirent peu après, l’un d’eux portant son fils que le manque de nourriture avait fait tomber en faiblesse. Bientôt une foule de malades et d’affamés nous assaillit de toutes parts dans l'espoir d'obtenir de nous les aliments que nous avions achetés à leurs compatriotes. Indiffgrents aux souffrances de leurs compagnons, les chasseurs vigoureux égalent presque l’activité des animaux qu’ils pour-
suivent, ets’en remettentàl’humanitédes blancs
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du soin de nourrir leurs parents infirmes ou affamés. Dans un poste permanent dont les ressources sont assurées, on peut, jusqu’à un certain point, tolérer un semblable calcul; mais, dans notre position, déjà obligés nousmêmes de nous mettre en quête pour renouveler 1o0s provisions, nous devions aisément prévoir que trop de condescendance nous plongerait dans d'inextricables difficultés. Dans cette conviction, je résolus de tenir bon; et; bien que les suppliants ne fussent jamais renvoyés les mains vides, je ne leur permis pas de rester sur notre territoire. — Dans ce pays, un poste n'est pas plus tôt établi, que non seulement les malades y viennent par besoin, mais qu’une multitude d’autres visiteurs s’y donnent ren: dez-vous : ce sont des femmes, des enfants, des vieillards et des oisifs, attirés pa:: un sentiment avide, ou par la curiosité, ou, comme ils disent, «venant voir leurs parentes »; ils entendent par ce terme les femmes métisses qui accom:
pagnent souvent les oyageurs. Heureusement de L]
nous n'avions parmi nous aucune de ces parentes; par conséquent, nous n'eûmes point à essuyer les civilités importunes de leurs familles indiennes. Ce qu'il y a de certain, c’est que, pour justifier leurs visites, le degré de parenté leur est fort indifférent ; ainsi, comme je demandais à un Indien qui m'appelait son beaufrère, pourquoi il me donnait ce titre d’affection, ilme répondit avec une grande naïveté : « Quoi! le chef oublie-t-il donc que je lui ai » parlé à Chipewyan? »
Le 29 septembre, un feu parut de l’autre côté de la baie. Je dépêchai un canot en reconnaissance, et il revint bientôt apres , non point avec une bonne cargaison de viande, comme nous l’avions espéré, mais avec une pauvre vieille femme, écrasée à la fois sous le poids de âge et des infirmités, et horriblement défigurée par la faim et la maladie. Toutes les misères de la nature humaine semblaient accumulées sur sa tête, et le Dante lui-même n’eût pu con-
cevoir une apparition plus hideuse,
Cou yeux | désor qu'elle parfai!
pardoi d'une milian cruel « ne fu était d on ou ses co leur la » vivre donnée » un 1] » de gi » le pc
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DU CAPITAINE PACK. 241 Couverte:de peaux de daim , toute ridée, les yeux presque fermés, les cheveux sales et en désordre, supportant à peine, avec un bâton qu'elle tenait à deux mains, son corps cassé et parfaitement horizontal , elle offrait, qu'on me pardonne l'expression, l'aspect repoussant d’une brute humaine, C'était un spectacle humiliant pour notre nature, et qu'il me serait cruel de revoir. Pauvre misérable! Son histoire ne fut pas longue: vieille et décrépite, elle était devenue un fardeau pour son propre sexe; on oublia ses services et ses travaux passés set ses compatriotes lui dirent froidement, dans leur langage figuré : « Bien que vous sembliez » vivre , vous étes déjà morte, » puis ils l’abandonnèrent en ajoutant : « Non loin d'ici est » un nouveau fort, allez-y; les blancs sont » de grands médecins, et ils auront peut-être » le pouvoir de vous sauver. » — Cela s'était passé un mois auparavant ; depuis cette époque , elle avait rampé et s'était traînée le long des rochers où quelques rares baies avaient
prolongé son existence; mais encore un jour ou
deux, et ses souffrances eussent été terminées. Les nuits commençant à devenir froides,
nous vimes diminuer nos chances de prendre
du poisson; aussi n'en trouvâmes-nous un jour
que vingt-sept d’une espèce fort médiocre, dans une étendue de filets de quatre cents fathoms (731 mètres). Comme le produit de cette pêche ne suffisait plus à nos rations quotidienues, nous dûmes à regret recourir à notre provision de campagne, au pemmican.
Octobre.—Des Indiens affamés continuaient à déboucher de tous les points de l'horizon, racontant que le gibier avait abandonné les terres stériles où jusqu'alors il avait coutume de se trouver à pareille époque, et que non seulement les Couteaux-Jaunes, mais les Chipewyans étaient dans le dénuement le plus complet. — Ventre affamé n'a point d'oreilles; j'en sais quelque chose : il n’y avait donc qu'un parti à
prendre, c'était de satisfaire les Indiens le plus
promptement possible; car, si je leur eusse re-
fusé suad obéi A le di aussi de fa et lu dont leurs Ayan pérés en te étaie ments l’ho qui fi Une « cutio interf ce qt ête b
fusé des secours, peut-être auraient-ils pu se persuader que la force constitue le droit lorsqu'on obéit à l'instinct naturel de la conservation.
À l’un des postes de la compagnie situés dans le district septentrional, le gibier se trouva aussi tellement rare que les naturels, mourant de faim, implorèrent la générosité du directeur et lui demandèrent quelque peu de la viande dont ses magasins regorgeaient, pour reprendre leurs forces avant de se remettre en chasse, Ayant essuyé un refus, ils se retirérent désespérés daus leurs quartiers d'hiver. De temps en temps ils tuaient un orignal, mais longs étaient les intervalles de jeüne ; et dans ces moments de privation poignante, l’inhumanité de l’homme blanc éxcitait une indignation sauvage qui finit par s’exhaler en projets de vengeance. Une occasion se présenta de les mettre à exécution : ce fut l’arrivée dans leurs cabanes d’un interprète envoyé par la factorerie pour voir ce qui s’y passait. Cet homme n'avait jamais
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éte bien vu parmi eux, et la part qu'il venait
de prendre au rejet de leur dernière demande avait aggravé le ressentiment dont il était l’objet. I ne lignorait pas, et, en sa qualité de métis, il était doué de cette prudence soupconneuse qui caractérise l’Indien. Cependant la bienveillance et le calumet de paix qui l’accueillirent cornme à l'ordinaire lors de son entrée dans iss huttes, diminuérent ses appréhensions; le don de quelques viandes sèches, pour la consommation du fort, fait avec une gaieté apparente, acheva de jes dissjpar. Deux Canadiens, qui l'avaient accompagné, partirent avant lui; il les rejoignit une heure après. Mais lorsqu ii se fut perdu dans l'épaisseur des bois, les Indiens saisirent leurs fusils, gagnèrent par un sentier détourné un lieu favoràble à leurs desseins, se mirent en embuscade à dix pas, et là ils attendirent patiemment l’arrivée des trois hommes. À un signal convenu, trois coups de feu partirent; deux des voyageurs tombèrent morts; le troisième prit la fuite et fut poursuivi
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r'egat leine séren la ma ils en aprés causé Cet tourn
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poussaient ‘des hurlements horribles, La peur donna des ailes au Canadien ; il échappa aux regards de ses ennemis et se cacha, hors d’haleine, entre quelques rochers. Les Indiens passérent auprès de lui sans l'apercevoir; arrivés à la maison du directeur, qui était encore couché, ils entrérent furieux dans son appartement, et, aprés lui avoir reproché toutes les souffrances causées par sa dureté, ils le massacrèrent.
Cette cruelle vengeance accomplie, ils retournèrent dans leurs forêts sans commettre le moindre acte de spoliation. Le Canadien et un homme à qui, par extraordinaire , ils n’avaient fait aucun mal, se hâtérent de gagner les postes voisins où ils firent connaître cette sanglante catastrophe. On plaça desrenforts dans ce poste, et définitivement les meurtriers furent pourchassés par leur propre tribu, triste mais salutaire leçon pour les hommes blancs comme pour les Peaux-Rouges.
Nous étions au milieu d'octobre, et nous
n'avions encore vu que des oiseaux de neige ct