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apercevraient la tente, dont la blancheur tranchait fortement sur les terres stériles où nous nous trouvions.
Le thermomètre s'arrêta à 33° (—0°,5. C. ); la neige tombait accompagnée d’un vent froid, aussi étions-nous transis malgré nos manteaux ou nos couvertures. Il était deux heures du matin : comme je n’avais pas encore diné, Jj'éprouvais de violents tiraillements d'estomac; il fallait les apaiser. Je soupirais après un bon {eu et quelques mets bien chauds. Nous ramassàmes quelques branches humides, nous cherchâmes à les enflammer, ce fut à qui soufflerait pour les faire prendre; mais la mousse et les buissons‘ imbibés d’eau ne s’allumaient pas. Nous nous imaginâmes pouvoir faire prendre feu aux bouleaux nains, et, à tour de rôle, nous nous mimes à souffler : vains efforts! ils fumaient, s’embrasaient un instant, mais ils se consumaientsans s'enflammer. Chacun de nous prétendait à l'honneur de la réussite. « C’est la
moindre chose, dit lun en soufflant vigou-
DU CAPITAINE PBACK. 29
reusement, bien qu'il se tint du foyer à la distgnce de trois pieds. — Qu'est-ce que vous faites ? reprit un autre, là, ça va prendre, c'est fait. — Non. Retirez-vous; à mon tour » , répliqua un troisième; et, s’'approchant, il usa si largement de la vigueur de ses poumons, que le reste de la braise fut dispersé comme les étincelles d’un cratère en explosion. « Nous ne pourrons faire de feu», me dit mon domestique qui avait été spectateur tranquille quoique intéressé de cette scène, « mais j’ai pour
vous ; monsieur, du pemmican et un peu d'eau
froide. » Le bourreau !
Comme les Indiens ne paraissaient pas encore vers midi, j'envoyai des hommes allumer des feux sur les collines voisines où la mousse était sèche. Ce signal devait les rappeler aussitôt qu'ils l':uraient aperçu. J'étais très inquiet, je l'avoue, de leur absence : réduits à nous-mêmes, nous ne devions pas espérer trouver directement notre route, du moins
sans retards insupportables et sans détours
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30 VOYAGE inutiles, sur le lac étendu que nous avions devant nous, et où Maufellÿ lui-même s'était plusieurs fois égaré l'année précédente. En été, peut-être aurions-nous rencontré moins de difficultés; mais, dans cette saison, le pays avait tout-à-fait changé, et ce changement est si grand que les naturels eux-mêmes, bien qu'ils y soient habitués, ségarent quelquefois. En suivant la côte occidentale du continent, nous aurions de beaucoup accru la longueur de notre route ; dans ces circonstances, je résolus, si les Indiens ne venaient pas, de couper vers notre but aussi directement que pourraient le permettre les sinuosités de la côte. Pour leur donner encore la chance de nous trouver, car ilne me vint jamais à l’esprit qu’ils nous eussent abandonnés, je restai toute la nuit, malgré le froid.
À la fin, lassés d'attendre, nous nous mimes en route à dix heures avant midi, le 18 juin, dans l'ordre‘accoutumé. Je pris néanmoins les
devants pour servir de guide, ayant envoyé
ceux qui m'accompagnaient à l1 découverte des caches. Te thermomètre: marquait 36° (29,2. GC.) Un vent de N.0., tres froid et tres violent, nous força à garantir nos yeux. Je trarchais de mémoire ; car, comptant sur les Indiens, je n’avais pas songé à emporter mon plan de l’année dernière ; aussi ne dois-je attribuer qu’à un heureux hasard d'avoir avancé en ligne directe, par un endroit fort étroit, où cependant déjà le courant qui était appréciable était parvenu à s'ouvrir un passage. Sur les bords de ce goulet croissaient quelques saules isolés : en m’approchant de l'un d'eux, je trouvai un billet placé dans l’entaillure d’une branche remarquable, et j'appris par là qu’on avait fait pour nous deux caches dans une baie que nous venions justement de passer. Je pensai qu’elles n'échapperaient probablenuen vas aux recherches de ceux qui me suivaient ; néanmoins
pour éviter un désappointement, j'envoyai Pe -
ter Taylor avec le billet à M. King. Pour abré-
D ae 6 mn RE
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ger le chemin, mon messager s'aventara sur de la glace d’une teinte noire (ce qui, en cette saison , indique généralement de la glace en décomposition ); elle céda sous lui. Heureusement, c'était un gaillard alerte, ct, à l’aide de son fusil qu'il plaça en travers, il put sortir du trou où il s'était enfoncé. Sans sa présence d'esprit, il aurait certainement péri. M. King trouva une des caches, et expédia deux hommes lestes à la découverte de autre.
Il était plus facile de mettre le bateau à l'eau et de le conduire ainsi sur toute la longueur du détroit (environ un quart de milie ), que de le tirer sur la glace le long des bords inclinés et glissants. Nous n’y manquàmes point; après quoi, nous le replaçämes sur lès traineaux pour le lendemain, et nous campâmes. Une troupe d'oies, des mouettes et deux loons se jouaient sur la surface de l'eau ;, mais tous se tinrent prudemment hors de notre portée. Une
perdrix que je tuai était entièrement blanche;
qu
ge
DU CAPITAINE BACK. 33 celles que nous avions vues jusqu'alors aux environs du lac de l'Esclave, près du fort, étaient en partie brunes.
La nuit fut froide ; nous eûmes les mêmes rafales de N. 0. avec des ondées de grésil et de neige;le 19juin, la matinée fut si sombre, que nous ne comptions pas nous mettre en route avant midi; mais,-encouragés bientôt par quelques pâles rayons de soleil, nous nous décidàmes à partir. M. King alla dire à ses hommes, qui étaient un peu à l'écart, de se préparer ; à sa grande surprise, il les trouva endorimis sous leurs couvertures, ne se doutant pas le moins du monde du temps qu’il faisait ; la neige était tombée en si grande quantité, que nous ne pouvions distinguer la glace solide d'avec celle qui ne l'était pas; nous marchions au hasard : fort heureusement, nous nous tiràmes assez bien d'affaire, et nous fûmes quittes pour quelques bains de jambes. Nous trouvâmes, comme consolation, deux beaux daims mâles ‘tués par
M. Mac-Leod lui-même.