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Mais à partir de là il me fut impossible de m'orienter; je me rappelai que l’année dernière nous nous étions égarés dans ces parages. Apres avoir marché au hasard pendant long-temps, je me décidai à gravir une colline et je m'aperçus alors que nous appuyions trop à l’est. La route fut donc changée de six quarts; je n’écoutai, pour agir ainsi, que l'instinct d’un souvenir personnel, encore très vague et surtout rendu confus, comine je l'ai déjà dit, par l’aspect tout différent du pays. Nous semblions être à une égale distance des nombreuses découpures que formait la terre ; aussi était-il difficile de choisir l’une de préférence aux autres. Nos vieux voyageurs avouaicnt leur absolue incapacité pour déterminer laquelle il valait mieux prendre. Dans cette incertitude je me dirigeai vers un renflement de terre au N.0O., et, ne trouvant pas de passage à sa base, je gravis une autre colline élevée; j'aperçus une ligne noire d’eau libre qui semblait venir du
côté des goulets conduisant au lac Clinton-Col-
den. Ma supposition se trouva bientôt confirmée. Près de l'endroit que j'ai déjà décrit sous le nom de Passage-des-Daims ( Deer-Pass), je trouvai une riche cache contenant au moins la valeur de trois de ces animaux entiers, avec une note de Thomas Hassel, un pur Indien, qui avait été élevé à la rivière Rouge et que j'avais engagé comme interprète.
L'eau et le vent avaient tellement endommagé la glace sur le bord, que nous fümes souvent forcés de porter le bateau et les traîineaux pour passer sur des pierres, traverser des ruisseaux, et gagner le champ de glace voisin ; les glaces n'étaient pas très solides, car James Spencer s'y enfonça et ne fut retiré qu'après avoir pris un bain complet. Les traineaux souffrirent tellement, dans cette route difficile, que nous les aurions abandonnés si nous eussions : pu les remplacer. Néanmoins nos gens furent de tout cœur à l'ouvrage; nous campâmes à huit heures quarante minutes après midi et on
se mit immédiatement à réparer les traineaux.
Pour traverser le lac Clinton-Colden, le beau temps était de toute nécessité. Nos regards se portaient du côté du vent pour lire notre destindans l'atmosphère. Mais la brise de N. O. souffla dans la matinée du 20, de froides rafales et de fortes ondées continuèrent à réduire Ja glace et à en rendre le passage impraticable. A midi,rien de changé; comme chaque heure nous était précieuse, nous nous efforçcames de tenir tête au mauvais temps :
cela fut difficile, car le bateau, malgré la résistance des hommes qui le retenaient , dérivait toujours sous le vent. La glace se déliait de toutes parts, et deux fois elle fut sur le point de céder en masse sous nous; car, dans cet état de décomposition, elle ne se défonce point partiellement : il fallait courir rapidement et d'un pas léger. Les traineaux, quoique plus lourds, étaient moins en danger, parce qu'ils occupaient une surface plus large.
Je pris une direction plus à l’ouest que celle
de Maufelly l'année dernière, espérant ainsi
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accourcir la route; car il était si chanceux de se guider à travers le labyrinthe d’îles qui nous entouraient , que je préférai me fier à la boussole et à mon souvenir général des lieux. Le temps devint alors plus mauvais, on eut besoin de tous les bras pour le bateau , et M. King
se chargea de quelques traineaux; enfin, apres
de longs efforts, ou pour parler comme mes hommes, après un travail want, on put haler le bateau à l'abri du vent sous un rocher qui s'avançait sur le lac et que nous avions pris de loin pour l'attérage d’une baie. La pleine lune me faisait espérer un changement de temps. La nuit fut au contraire plus orageuse, et jamais au milieu de l'été on ne vit un temps plus sombre. Le ciel était gris plomb, traversé dans toute son étendue par des bandes de nuages couleur de brique rouge ; à l'exception toutefois du Nord, où une masse noire accumulée sur un seul point formait un contraste frappant avec la blancheur glaciale du sol. La
gréle, la neige, la pluie nous inondaient tour
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à tour et sans relâche; elles ne cessèrent que pour faire place à des rafales qui renversèrent Ja tente.
J'attendis jusqu’à midi quelques présages de beau temps, mais ce fut en vain; néanmoins J'exhortai mes gens à se remettre en route, bien que nous ne pussions espérer faire plus de quelques milles. Dans cet endroit le lac était si large qu’on y perdait la terre de vue. Marchant et nous reposant tour à tour, nous avançâmes peu à peu et nous fimes un trajet fort raisonnable; mais nous füûmes bientôt assaillis par de si fortes ondées de grésil et de neige, que nous ne pouvions presque plus distinguer les objets ; dans un pareil état il était difficile de ne pas dévier de notre route. Vers le soir, letemps s'éclaircit , et nous aperçûmes une ile que je crus reconnaître , bien qu’elle fût couverte de neige. Nous y trouvâmes en effet des traces qui nous rassurérent sur la direction que nous avions prise. Le bateau arriva fort tard; les hom-
mes n'en pouvaient plus. « La fatigue ne serait
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