‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme]Chapitre 30 sur 103 · ET ADR · texte numérisé non relu

ET ADR

New-York, rivière Buchanan, nous aperçûmes un grand nombre de marques semblables distribuées sur des points particuliers et sur les éminences qui commandaient le rivage; elles avaient sans doute pour but, ou d’effrayer les daims, aussi nombreux ici qu’à l'ordinaire, et de leur faire prendre une direction particulière, ou de servir de lieux d’embuscade lorsqu’on venait à la chasse de ces animaux. Cette derniére interprétation me parut la plus vraisemblable ; car, à certaines distances le long de la ligne de ces marques, je remarquai des espèces de guér'tes semi-circulaires bâties en pierres, ayant leur face verticale, de deux ou trois pieds de hauteur, et tournées du côté de l’intérieur du pays, et leur talus du côté de la rivière. Les chasseurs, en effet, peuvent se cacher sous les bords de la rivière en allant à leurs gites d’embuscade; tandis que, soit que le gibier se tienne en avant des marques, soit

même qu'il se trouve entre elles et le bord de ]

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DU CAPITAINE BACK. 119 l'eau, les gucrités peuvent encore servir de couvert , et il est facile de communiquer de l'une à l’autre en rampant.

La riviere variait alors en largeur d’un’ quart de mille à un inille et demi, et, ce qui me causait lé plus grand plaisir, elle se dirigeait vers le nord. Le pays devint tout-à-fait montueux; il offrait un bizarre mélange de ravins, de collines de sable d’une forme conique, couvertes au sommet d’une mousse noire, et de rocs isolés qui s’élevaient comme des forteresses sur le sol vert et jaune äu côté de l’ouest. Il semblait que des inondations contiauelles avaient entrainé la terre légère, et laissé ces masses solides comme des monuments de leurs ravages. Nous nousdirigeämes vers un promontoire bleu et lointain; nous laissâmes de côté un groupe d'îles, dont une se faisait remarquer par les saules qui la couvraient entièrement, tandis que les autres étaient aussi

stériles que le désert. Serrant la terre à

l'ouest, nous arrondimes une pointe avancée ;

et nous entrâmes dans une baie profonde qui recoit les eaux d’une large riviére. Je donnai à cette rivière le nom de mon respectable ami, sir Charles Bullen, le capitaine surintendant de l'arsenal de Pembroke, sous le commandement duquel j'ai eu autrefois ke bonheur de servir. Il est difficile de former des conjectures satisfaisantes relativement à ses sources; mais, d’après son influence sur le courant à deux milles de son embouchure, on ne peut douter qu’elle ne déverse dans le chenal un volume d’eau immense. Un peu plus loin, une grande baie à l’ouest nous donna quelques tentations d'y chercher une issue, le courant s'étant tellement ralenti qu’il devenait imperceptible. De nombreuses iles et des ouvertures de plusieurs côtés nous jetèrent d’abord dans l'incertitude relativement à la route qu'il fallait rendre; puis , après nous être un peu engagés dans l’intérieur, nous découvrimes un champ de glaces fort étendu qui nous fermait le passage. Nous

regagnämes alors le courant, et, nous aban-

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donnant à sa faible indication , nous fümes de nouveau ramenés dans l’est.

Le temps avait été variable, et le thermométre était monté à 68° (20°,0. C. ) dans l’apresmidi; mais le ciel se couvrit bientôt; de gros nuages noirs commencèrent à rouler dans le nord-ouest , et crevérent sur nous en ondées de grésil accompagnées de fortes rafales. La tourmente cessa cependant, et la soirée fut assez belle pour nous ramener des essaims de moustiques qui ne manquèrent pas de jouir des biens que le ciel leur envoyait, lorsqu'à leur grande satisfaction nous campâmes par force sur les bords d’un marais.

D’après le caractère plus montueux des rives et l'aspect général du pays, je conçus l'espoir d'être bientôt amené dans le nord; je soupirais après les formations de gneiss, bien certain que si la riviere atteignait la mer dans la direction désirée, elle devait traverser des roches de cette nature ainsi que je l'avais précédem-

ment observé pour la rivière Mac-Kenzie et la

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riviere Mines de Cuivre. Empressé d’avoir quelques connaissances de plus sur notre route, j'allai gravir une colline éloignée. De son sommet et à l'aide de ma lunette, je distinguai plusieurs nappes d’eau dans des aires de vent presque opposées; l’une d’elles s’étendait directement vers le sud, mais l'élévation des rochers et l'inégalité du terrain pendant environ deux milles dans cette direction, ne me permirent pas de déterminer si ces diverses nappes d’eau étaient séparées ou si elles n’en formaient qu'une seule sans interruption. Ce doute néanmoins fut éclairci le lendemain matin de bonne heure (19 juillet}; car le courant avec lequel nous nous laissions dériver vint tomber luimême dans un vaste lac entouré de profondes baies. Derrière l’une de celles-ci s’étendait un horizon clair et sans limite, mais fermé par des glaces compactes.

Nous nous dirigeâmes encore plus au nord qu'auparavant, et âprès avoir passé deux ou-

vertures d'environ 15 à 90 milles d’étendue,

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DU CAPITAINE BACK. 119 nous primes terre sur une ile pour y faire une troisième cache de pemmican. Là je pris divers gisements, et Je vis une autre ouverture presque entièrement couverte de glace non brisée. Un débris de vieux Kieyak (canot d’'Esquimaux) que le temps avait blanchi, et des restes de quelques autres ouvrages des Esqui-

maux, me prouvérent que ce lieu était fré-

quenté par cette nation à une certaine époque

de l’année. La nappe d’eau fut nommée par moi, lac Pelly, d’après le noble et généreux gouverneur de la compagnie d'Hudson.

Laissant l’île, un faible courant nous conduisit à un rapide près duquel je pris hauteur. Cette observation me prouva que, malgré nos infatigables efforts, nous n'avions gagné que bien peu vers le nord , et que nous avions encore à travailler rudement avant de pouvoir goûter l’eau salée. La majorité de nos matelots était disposée à ajouter foi aux récits d'un In-

dien que je n'avais pas vu, et qui leur avait

conté précédemment une foule de particulari-

tés sur les pays que nous allions visiter. « Avant d'arriver à la mer, leur disait-il, on trouvera un lac immense, avec des baies si profondes, que jamais les Indiens n’en ont fait le tour. Ces baies sont à l'est, mais il faut avoir soin de prendre au contraire à l’ouest. En suivant cette route, on atteindra une chute d’eau considérable entre des roches élevées; le canot ne pourra la franchir; mais de là il vous sera facile de vous rendre par terre à la mauvaise eau, près de laquelle on rencontrera certainement les Esquimaux.»—Or, s’il était vrai que nous avions considérablement dévié de la direction ainsi indiquée, et parcouru plus du double de la distance à laquelle ce naturel avait placé la mer, il était vrai anssi que nous rencontrions un vaste lac dentelé par des baies, et répondant à la description que l’Indien avait donnée; d’ailleurs peut-être pouvions-nous en trouver un autre encore plus vaste; après quoi mes hommes pensaient que le reste des indica-

tions précédentes devait se vérifier.

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Le fort courant qui s’échappait du rapide nous fit présumer que nous étions au bout de nos incertitudes etde nos enn"is; mais nous n’avions pas fini d’errer à droite et à gauche, ni de tâtonner. Nous nous trouvämes bientôt dans un espace sans limites, rempli d’iles formées par des collines de sable, et où parfois se montrait au S. et au N..0. un horizon dégagé. La dif- {iculté de trouver la riviere s’accroissait à mesure que nous nous engagions dans ce labyrinthe; par des échappées de vues nous apercevions des terres fort éloignées. Nous avions aussi le chagrin de voir briller les glaces.

De temps en temps nous nous retrouvions dans

un courant, mais c'était pour subir une nou-

velle déception :il fallait revenir sur nos pas. À la fin nous observâmes une foule d’ombres (grayling), se jouant dans un goulet et s’élevant à la surface pour happer les moucherons que le vent jetait à l'eau. Sachant que ces poissons fréquentent ordinairement les issues et

chenaux qui ratthchent les pièces d’eau les unes

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aux autres, nous en acceptâraes l’augure et profitämes avec succés de l'indication. Malheureusement, sur le soir, nos espérances furent de nouveau détruites par la vue alarmante de champs de glace compacte étendus à perte de vue, Complètement arrêtés par cette barrière, nous campämes sur place au milieu de pierres régulièrement disposées en rond, qui sans doute avaient déjà servi aux Esquimaux pour le même objet.

Nous étions sur. une ile. Les sillons et cônes de sable d’une élévation ordinaire se couronnaient d'immenses blocs détachés, revêtus de lichen grisâtre; on eüt certainement cru ceuxci placés en ces lieux à dessein, si impossibilité de mouvoir ces masses énormes n’eût incontestablement attesté un ouvrage de la nature. Mon cœur se serra à un point indicible, lorsque du haut d’une de ces roches je distinguai un banc solide de glacés qui paraissaient encore paisiblement ins'allées dans leur quartier d'hi-

ver. Le point le plus rapproché de nous était

DU CAPITAINE BACK. 193 un massif de roches faisant pointe à dix milles au nord; lereste des terres de cette partie se perdait dans l'éloignement et le vague. Du côté du sud Qi: ÿ

l'apparence de la côte promettait encore moins; (l

à l’est, où se trouvait évidemment notre route, 4

LENTE à une immense plaine de glace s’étendait jus- dl. A ï qu'à l'horizon et s’y terminait par une ligne

noire que je supposais être de l’eau. Sauf des

mares d’eau libre entre notre camp et une 1

colline de sable dans le sud-ouest, et de petits El (l

trous trop éloignés les uns des autres pour HE ot

être de la moindre utilité, il ne se présentait sh (

vraiment aucun passage probable. Néanmoins | nous tentàmes l'aventure le matin suivant un 4 peu après trois heures; et quoique sans espoir | d'atteindre la colline de sable, je fis cependant dl. porter sur elle : en quoi faisant nous eumes bientôt perdu tout indice de courant. Le pas: sage devenait de plus en plus étroit, et finit enfin par ne plus laisser que juste la place de | Ë l'embarcation que nous dirigeâmes alors en L

poussant à la gaffe. Loin d’être en décomposi-

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tion, la glace de cette partie était épaisse de deux

pieds, verte, compacte, et nous offrait un triste

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présage de ce qui nous attendait plus au nord.

Nous atteignimes enfin notre île; je montai

sur le point le plus élevé; et je ne vis auw’une plaine de glace éblouissante, s'étendant dans toutes les directions, et offrant de toutes parts un lituniforme d’aspérités aiguës et raboteuses, qui eussent réduit en poudre le fond du bateau si nous eussions tenté d'y pousser une bordée; il n’y avait point à songer à un transport, le

bateau était trop lourd et trop imbibé d’eau.

J’envoyai à la découverte en divers points du pays, les patrons habitués, par suite de leur longue expérience des glaces, à juger sainement des difficultés. Leurs recherches n’eurent aucun succès; ils revinrent convaincus qu’il fallait attendre de Îla nature la démolition de la barrière des glaces.’ Cette opinion ne leur était suggérée par aucun sentiment de tiédeur, car ils désiraient ardemment mener à fin cette

pavigation; et ils montrèrent la plus grande

DU CAPITAINE BACR. 129 joie lorsque je leur dis : «Hé bien! allons toujours; nous verrons tout ce que peuvent faire de vieux voyageurs.» J'avais en effet découvert, par ma lunette , une certaine trace que je supposais être de l’eau. C'était précisément dans le nord-est, direction vers laquelle tendaient invariablement toutes les marques d'Esquimaux que j'avais vues , et où j'avais espoir de trouver, non seulement la rivière, mais la mer ; on apercevait aussi des taches particulières sur la glace, entre l'eau et la terre opposée ; et il paraissait probable que si nous pouvions atteindre seulement la côte méridionale, où le manque de profondeur de l’eau, et une plus grande réflexion de la chaleur favorisait la fonte de la glace, nous parviendrions, à l’aide d’un petit nombre de portages, à gagner l’eau ouverte. En tous cas, que nous réussissions ou non, cette tentative occupait mes hommes et les empéchait de s’appesantir sur des craintes préconçues et des périls imaginaires.

Pendant plusieurs heures, nous nous trainà-

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