‹ Voyage dans les régions arctiques [microforme]Chapitre 59 sur 103 · TERRE: ES · texte numérisé non relu

TERRE: ES

278 VOYAGE wyahs se dirigèrent aussi vers Athabasca , et nous laissérent dans notre demeure froide et solitaire.

Les instruments furent placés dans l’observatoire; Jes observations météorologiques et autres furent reprises, et nous employämies notre temps à construire la carte, à écrire notre journal, à faire des dessins. Tous les deux jours nous consacrions une heure à l'instruction de nos hommes; quant au repos du dimanche il fut toujours religieusement observé.

Notre paquet d’Angleïer:. arriva de bonne heure et allégea un peu l'ennui de nos longues soirées; il renfermait , outre les lettres, des recueils périodiques, et une collection de l’Albion de New-York, gracieusement envoyée par le gouverneur Simpson.

J'avais préparé quelques économies de vivres our régaler les hommes à l’époque du nouvel an; en conséquence je les fis tous venir des pêcheries avec M. Mac-Leod. La soirée com-

mençÇa par des tours d’escamotage et de cartes.

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J'avais fait habiller les acteurs d’une manière analogue à la circonstance : ils portaientde grosses barbes et des moustaches de poil de bison, avec un bonnet de même étoffe; ainsi costumés, leur tournureétait si grotesque, et leu: :nquiétude dese mal acquitter de leurs rôles si plaisante, qu’à les voir seulement on ne pouvait s’empécher de pouffer de rire. La santé du roi fut portée .avec trois vivat. La régalade se composa de gâteaux de mélasse avec de la viande frite dans une espèce de pâte faite d’eau et de farine. Après quoi l’on chanta, l’on dansa , et, pour me servir de l'expression même de mes hommes, « on eut du grog à gogo. » Le fait est qu'ils furent tous fort contents, et je ne l’étais pas moins de les voir en si belle humeur. Peu de jours après ils retournèrent chacun à leurs stations, et le silence régna de nouveau dans notre solitude.

Il se présenta ensuite d’autres visiteurs :

messires les loups, maigres et affamés, au

nombre de dix-huit. Il nous fallut garder nos

chiensla nuit dans le Fort, car, lorsque tout était tranquille , ces coquins rôdaient autour de la porte. Comme nous observionssouvent l'aiguille pendant la nuit, ils avaient pris l'habitude de se tenir à soixante pas de nous, sur les bords du lac ou sur la lisière du bois, mais ils battaient toujours en retraite au premier mouvement. Nous en primes deux dans une trappe et en tuâmes un autre avec un fusil à ressort; leurs camarades les dévorerent si promptement que le lendemain on n’en trouva que les têtes et les jambes. Ils se mettaient quelquefois en embuscade ; et deux ou trois couchés sur la glace à peu de distance de nous, essayaient d'attirer nos chiens, qui, en effet, se laissaient parfois tenter à leur courir sus; ils réussirent enfin. Mon petit terrier, qu'is avaient déjà mordu deux nuits auparavant, courut avec cinq autres chiens à cinquante pas des loups couchés ; aussitôt le plus grand de ceux-ci le poursuivit vivement, et, après l'avoir man-

qué deux fois, le saisit par la nuque et l’em-

porta en toute hâte. En ce moment, je regardai par hasard à travers un des panneaux, et j'aperçus mon pauvre animal dans la gueule du loup; je donnai l'alarme, on lächa les chiens, et l'on fit une chasse générale. Les loups se contentérent d’abord de se sauver au petit trot, mais se voyant serrés de près, celui qui tenait le terrier le posa à terre, le reprit de nouveau par le dos, s'enfuit alors d'un pas plus rapide et gagna les bois; il y fut rejoint après une longue chasse par l'interprète et Taylor, au moment où il commençait à prendre sa première bouchée sur mon terrier, en présence des autres chiens, dont i se souciait fort peu et qui n’osaient l’attaquer. Le fusil de l'interprète rata; néanmoins, le loup effrayé se sauva, abandonnant sa victime, qui mourut de ses blessures bientôt après. Dans le cours de l'hiver, nous le rattrapâmes avec quatre autres; le reste de la bande voyant qu'il n’y avait rien

à gagner pres de nous et ne trouvant pas de

quoi manger, finit par disparaître.

Le temps fut d’abord fortedur, mais après le mois de janvier il s’adoucit extraordinairement. J'avais besoin d'effectuer personnellement mon retour par le Canada; je fis disposer, à cet effet, les traineaux et les chiens au commencement de mars. Je donnai l’ordre à M. King de se rendre au moment favorable avec nos hommes d'Europe, à la factorerie d’York, où il s’emharquerait avec eux pour l'Angleterre dans un navire de la compagnie.

Je pris congé de lui, le21 mars. et je me rendis aux pécheries pour faire mes adieux à mon digne ami, M. Mac-Leod; puis je gagnai le fort Résolution. Le 10 avril, j'atteignis le fort Chipewyan, où je reçus l'hospitalité de M. E. Smith, facteur en chef de la compagnie.

J'y appris que l’hiver avait été excessivement doux aux environs, ainsi que dans le voisinage de la rivière de la Paix (Peace river), et qu'il était tombé très peu de neige en ces deux en-

droits. Les tableaux météorologiques tenus sur

lesbordsdelarivière Mackenzie fournissaientun résultat semblable. Cependant, au fort Reliance, le froid, bien qu’inférieur à celui de l’année précédente, avait été si vif, qu'on ne pouvait se rendre au bois, derriere le fort, sans courir grand risque d’être atteint par la gelée. La plupart de nos gens souffrirent beaucoup dans les trajets des factoreries à l'établissement, tandis qu'un peu à l’ouest le temps s'était maintenu doux et presque chaud. Il est donc évident que le degré du froid dans une localité ne fournit aucune donnée certaine pour les localités voisines.

Vers le commencement de mai, la glace noircit sur tout le lac et entra en décomposition ; il se forma d'abord des flaques d'eau, puis un chenal qui s’étendit peu à peu parmi les iles et le long des écueils de la côte. Le 15, apparurent en nombreuses troupes les cygnes, les oies et différentes espèces de canards, avant-coureurs désirés du printemps, gibier de chasse, et nour-

riture fraiche; suivirent les martins et d’autres

284 VOYAGE petits oiseaux, La végétation fit aussi de rapides progrès; les anémones vinrent en fleurs; les chatons des saules poussèrent à vue d'œil, et les petites feuilles des bouleaux pointerent. Plusieurs Indiennes arriverent au fort et s’employèrent à recueillir la sève de cesarbres pour en faire un sirop sucré dont elles sont trés friandes.

Les patates et l'orge viennent quelquefois à Chipewyan ; mais tout avait manqué la saison précédente, sans doute parce que les lieux de culture, trop voisins du lac, étaient exposés aux vents piquants de l’automne et du printemps. En ce moment cependant on faisait une nouvelle tentative.

Le 23 mai, quelques bateaux chargés de pelleteries arrivèrent du poste de la rivière de la Paix, d'où ils portaient .une vache et un veau , nourriture de luxe inconnue jusqu'alors à Chipewyan. Peu de jours après, deux messieurs revinrent des établissements de la com-

pagnie les plus éloignés au S. O. des monta-

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gnes Rocheuses:ils avaient accompli ce long et pénible voyage partie à cheval et partie en canot. Ils se trouvérent sensiblement affectés du changement de température; il leur semblait, disaient-ils , passer subitement de l'été à l'hiver.

Un vent piquant de N.E. domina pendant prés d’une quinzaine ; il amena d'énormes quantités de glaces flottantes qui bloquerent le chenal. J'étais impatient de m’en aller, mais J'étais retenu par l'absence de l'interprète Thomas Hassel. Il était demeuré volontairement au fort Résolution, en remplacement de l'interprète de cet établissement, qui, étant tombé malade , s'était rendu au fort Reliance, auprès de M. King, dont les bons soins le guérirent prompiement. Cependant le temps devint si beau le 28 mai matin, et le chenal se trouvait si libre de glaces, que je me prénarai immédiatement à partir avec un autre interprète,

que Hassel devait suppléer à son arrivée au fort.

Je pris alors congé de M. Smith, dont je suis

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heureux de reconnaître ici les bons offices et les attentions délicates.

Des coups de vent m'arrétèrent plusieurs fois, mais j'atteignis enfin Norway-House dans la rivière Jacques, le 24 juin; plusieurs personnes y souffraient de l’Influenza. M. Simpson, obligé de se rendre au Canada, avait laissé les ordres nécessaires pour que rien n’arrétât mon voyage. Ayant donc examiné et réglé les comptes des objets qui m’avaient été fournis par la Compagnie, et laissé quelques courtes instructions pour M. King, je partis pour Montréal avec un équipage d’'Iroquois et de Canadiens , en remplacement de mes hommes. qui me demanderent leur congé. Je traversai ensuite le lac Winnipeg, et j'arrivai au fort Alexandre , où je pris un grand canot plus convenable pour remonter la rivière.

Aux approches‘ dulac de la Pluie, nous apercûmes sur les deux bords de la rivière de nombreuses huttes appartenant aux Indiens Sau-

teaux. Ceux-ci se placent en général près des

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rapides pour y percer à coups de lance les esturgeons qui luttent contre lé courant. L’arrivée de ce poisson est pour eux ne époque de joie; car, par suite de la destruction presque entière des grands animaux, ils sont fort embarrassés pour se procurer de la nourriture; ils ne pourraient résister à la famine sans le riz sauvage qui heureusement croît de lui-même aux environs du lac, et dont ils font sagement provision pour l'hiver. Néanmoins la plupart des jeunes arbres dont ils enlèvent et mangent l’écorce fournissent une preuve palpable de la misérable condition à laquelle ils sont réduits. —Ce peuple est, ou du moins était, quand je le vis, doué d’un air de vigueur peu commun, et d’une prestance bien supérieure à celle des Indiens du Nord. Leur état de guerre continuelle avec les Sioux les rend audacieux, et leur donne une démarche fière et hardie. Quelques uns vinrent une fois vers nous avec du poisson,

dans le but apparent de l’échanger contre du

tabac, mais en réalité pour saisir l'occasion de nous dérober qüelques objets; nous les surveillâmes avec.Soin , et ne perdimes rien. Mais au moment du départ je vis un de mes Iroquois sauter sur la grève, courir lestement vers un hcrme âgé nonchalamment assis au bord d’un rocher, le jeter de côté et ressaisir son chapeau que le vieux coquin avait dextrement fourré sous ses habits. Le Sauteaux, doublement vexé, fit pleuvoir sur nous une grèle de pieryes lorsque nous passämes au large; mais il n’osa continuer lorsque je le menaçai du geste.

La rivière Kaministiquoya était si basse que trois ou quatre hommes de l'équipage dürent marcher le long de la gréve. En voulant couper à travers le bois pour abréger, ils,se perdirent; Jun d'eux grimpa sur un pin pour tàcher de retrouver son chemin; il eut le malheur d’accrocher une branche où s'étaient établies des guépes, et fut aussilôt assailli si vigoureuse-

ment par l’essaim, qu’il se laissa tomber plutôt

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