‹ Voyage dans les steppes de la mer Caspienne et dans la Russie méridionaleChapitre 5 sur 26 · PRÉFACE, V · texte numérisé non relu

PRÉFACE, V

bals le soir, empressement et obligeance universelle, autour des deux voyageurs, etc.; il fallait cependant quitter tout cela pour aller faire des nivellements daiis

' les jsteppes, entre la mer Caspienne et la mer Noire :

c'était là en efiétle but que se proposait M. de Hell, et sa femme n'hésita pas k l'accompagner .

« Le lendemain donc d'un bal délicieux, l'oreille en-

> core pleine des quadrilles français exécutés par un or-

chestre de toutes les nations ; après avoir fait ses adieux à la société d'Astrakhan en vers meilleurs que ne le

f ' sont d'ordinaire les vers de société et de voyage,

Mme de Hell partit avec son mari pour parcourir le

\ désert des steppes, n'ayant plus à espérer d'autre abri

que les kibitkas kalmoukes ; emportant des provisions de riz , d'huile , de sucre , de café , de thé , de galettes sèches, car le premier soin à prendre dans les steppes, c'est de ne pas mourir de faim. Mais contre ce danger,

r nos voyageurs avaient, outre leurs provisions , le fau-

con de l'officier qui commandait l'escorte , et qui leur servait d'excellent pourvoyeur. Mme de Hell dit qu'à Astrakhan , on la plaignait et on l'admirait fort du voyage qu'elle allait faire à travers les steppes de la

t mer Caspienne. En vérité il y avait bien de quoi. Cette

longue traversée des steppes avec l'of âge, ?a pluie et le vent est à faire frémir, n'était le joli faucon de lofficier, qui chasse les oies sauvages, nourrit la caravane

VI PlRÉFACE.

et anime le yoyage. Mme de Hell s'habitue peu & peu à cette vie singulière, bien plus, elle Taime et la fait aimer.

« Nos voyageurs, devenus presque Kalmouks, rejgrettèrent leurs steppes quand il fallut les quitter, et surtout leur fauc(m nourricier; mais ils Sfi consolèrent vite, comme cm se console ^i voyage^ par de nouvelles impressions. Ils entraient dans le Caucase et dans le pays des Gircassiens. C'était là que les attendait un dernier contraste.

« Au milieu des gorges du Caucase sont situés les bains de Piatigorsk et de Kislovodsk. C'est là que le beau monde russe va prendre les eaux» Tout a été mis k contribution pour que les baigneurs puissent se plaire dans Ces montagnes. Jolis sentiers tracés audessus de l'abîme , routes de voitures conduisant ^ux sources d'eaux les phis élevées ; kiosques bâtis pour ménager des repos et dés points de vue aux promer neurs ; harpes éoKennes disposées çà et là afin de re-^ cûeiUir les soupirs du vent ; docteur aimable et passionné pour la musique , concerts bien dirigés , bal§ eharmants, causeries spirituelles, guérisons merveilleuses, mais qui ont toujours besoin d'une seconde visite aux bains ; et tout cela en présence du Caucase ; à côté de ces terribles Circassiens dont oiï voit les aoules indépendantes nichées, comme l'aire de l'aigle,

PRÉFAGfî. vn

au sommet des rochers ; dont ou entend raconter les hardis exploits, tels y par exemple, que d'enlever plus d'une baigneuse imprudente qui diefche trop loin des points de.vue pittoresques ; voilà les hains de Piatigorsk et de Eislovodsk; mélange curieux des soins et des rafBnements de la civilisation malade ou oisive, des sublimes horreurs de la nature, tournées en plaisir, et des émotions de dauger qne donne le voisinage des barbares les plus intrépides, les plus beaux et les plus richement armés qu'on puisse imaginer. Les bains de Piatigorsk après les steppes de la mer Caspienne, précédés eux-mêmes d'un bal à Âstvakhan , sont un piquant exemple des contrastes qui abondent dans le voyage de M. et de Mme de Hell.

a Ai-je besoin de dire que ce qui fait le fond de l'esprit cosmopolite des villes de la Russie méridionale est l'esprit français? Partout nos voyageurs retrouvent les traces de cette influence irrésistible de la civilisation française, non qu'on soit tenté d'adopter nos institutions, mais ce sont nos mœurs , nos idées, nos coutumes qu'on suit d'instinct. On nous prend volontiers pour précepteurs, on cède à notre influence, tout en se cabrant contre l'idée de notre prépondérance; il est même de bon ton de critiquer notre esprit révolutionnaire. A ce sujft, Mme de Hell raconte fort plaisamment une scène à laquelle donna lieu Mlle Georges ,

Page 1