‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 21 sur 33 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Foyage à Madjari.

Description du Caucase par Reineggs. — Kalmuks Kiref. — Colonistes arméniens et géorgiens sur les bords du Kouma. — Ruines de Madjari — Vladimirovka. — Petit Madjuri.-^ Burgund-Madjar. —Vignobles. — Haras du général Saveliev. — Djan ali, ak-sakal des Nogaï. — Notions sur les Turcomans. — Kara-kalpak. — Voyage d* Ahmed chez les lemoud. — Autres tribus turcomanes. — Chanteur. — Ermite dans le désert. — Labyrinthe d*eau dans les steps. — Description du saïgak. — Kolos de Strabon. — Jugement sur le voyage de Reineggs. -^ Voyage du major Blankennar gel à Khiva.

Kassaî (i), le 7 mars^ ^^793-

Après un hiver assez constant, le printemps paraît s'être décidé, et , comme disaient les Grecs , le souffle du dieu Pan a réchauffé la nature. Impatient de respirer son haleine bienfaisante, j'ai quitté les recherches, les compilations, les commentaires, les scolies, les traductions, et je me

(i) Le nom de cet endroit ne se trouve indiqué sur aucune carte. Je suppose que c'était un aoul ou campement des NogàC- Kasscii ( Voyez page aaS, note 3 ), dont une partie fut transplantée avec les Naurouz près du Kouma supérieur, entre lea« ruisseaux. Tanlyk et Psémouka, Kl. ^

suis rois en route. Je fais ce voyage avec le général Saveliev. Nous lirons ensemble la relation de Reineggs. (i) — Le général Verovkin^ qui est aussi avec nous, possède une traduction russe du même ouvrage, faite sous les yeux de l'auteur. Elle est manuscrite et diffère, à quelques égards, de l'im-

(i) Jacques Reineggs était le fils d'uu barbier d*£isleben eo Saxe , nommé Ehlkh, Ce ne Ait qu'après être sorti de TAllenugne qu'il prit le nom de Reineggs, Né eu 1744» ii partit à Tàge de dix-huit ans pour Leipzig , eo qualité de garçon barbier , étudia la médecine et la chimie ; puis , ayant fait des dettes, disparut dans un état assez pauvre. Au bout de quelque temps on le vit reyenir ayant tout en abondance ; après tm court scjour il repartit et joua la comédie à Vienne. Après plusieurs ayentures peu honorables, il lia connaissance avec un comte hongrois nommé Kohaiy^ qui le prit avec lui dans le Levant. Il visita , avec son protecteur, Smyrne et Consiantinople, traversa l'Asie mineure, et vint par l'Arménie à Tiflis. Dans celle ville mourut le comte Kohary, et Reineggs s'appropria tous les effets qu'il laissa. Cet aventurier a composé une espèce d'autobiographie daus laquelle il se vante d'une foule de choses qui ne sont pas vraies -, p.e. d'avoir perfec^ tionné en Géorgie la fabrication de la poiulre et la fonte de canons, d'avoir établi une imprimerie à Tiflis, etc.; le fait est qu'il fut chargé par le roi Héraciius de faire des essais de la fonte des minerais de Somkhéthi et d'autres provinces, et de rétablissement d'une verrerie. Il fit, à Tiflis , le médecin , mais n*ayant pas pu sauver la vie d'un aventurier persan, qui s'était em])oisonné avec de l'opium , il fui maltraité par le roi, quitta Tiflis et se rendit en Russie. Il sut bientôt gagner la confiance du prince Potemkin, auquel il fit accroire que la Géorgie et tout le Caucase méridional étaient extrêmement riches en mines d'or et d'argent. Potemkin guùla ses proposi-

primé allemand. Ce dernier, il faut le dire, aura grand besoin d'amendemens , et la carte que l'on y a jointe n'a qu'une légère ressemblance avec les^ pays qu'elle devrait représenter.

Le 8 mars à Pokoinoe.

Nous sommes arrivés sur les quatre heures à la horde des Kiret; ce sont des Kalmuks qui, mécpntens du prince qu'ils avaient alors , ont passé le Kouban « il y a plus de soixante ans, pour embrasser la religion mahométane. Ils ont ensuite suivi les Nogai jusque sur les bords du Dniestr et du Da» nube. Mais après les grandes pertes que cette nation a faites, etles cessions de territoire auxquelles on a forcé l'empire ottoman , les Kiret sont revenus dans leur ancien step, où ils gardent une sorte d'incognito , évitant également le voisinage des^ Nogaî et des Kalmuks et celui des villages Russes. Us viennent de planter le piquet auprès des colonsde Madjari, dont le vin les attire avec un charme irrésistible. — Comme nous sommes précisément du jour du Bairam, il était fête chez ce peuple re-négat , et nous avons vu des groupes de femmes-

tioDS, qui avaient pour but de soumettre la Géorgie au sceptre^ russe. Reineggs traversa cinq fois le Caucase avec des missions russes , et hâta, en 1788 , la soumission dHéraclius au sceptre de Catherine. Il fut nomme directeur de Tinstitution des élèves, en chirurgie, et secrétaire perpétuel du collège impérial demédecine. Il mourut en 1793. Sa Description du Caucase fui publiée par un éditeur ignorant , d'après nn brouillon qu*oik avait trouvé après sa mort C'est un ouvrage rempli de fautes grossières. Kl.

( »86 ) habillées dû couleurs fort vives, mais comme nous

en étions séparés par des marais , nous avons continué notre route, et sommes arrivés en une demi-heure à la nouvelle colonie. L'emplacement qu'elle occupe était destiné aux Arméniens nouvellement venus de Chirvân. Ceux-ci n'en ont point voulu. Alors des Arméniens et Géorgiens de Kizliar, mécontens de leur municipalité, se sont déterminés à profiter des offres du gouvernement. Le nombre des familles est de trente qui habitent sous terre, en attendant des maisons; mais on bâtit à force. Les habitans n'ont pas tardé à nous entourer, et comme je témoignai avoir grand'faim, on nous conduisit dans une hutte souterraine, spacieuse et très propre, où l'on nous présenta un goûter assez, splendide , composé d'olives, de fruits secs, et d'une certaine espèce de pain qu'ils appellent lauacli. Il est aussi plat qu'une grosse serviette et peut se plier de même; le goût en est excellent. Le vin qu'on nous servit était aussi très bon; et si c'est celui qu'ils vendent auxRiret, je ne suis pas surpris qu'il les apprivoise. Ainsi, dans l'enfance des nations, les familles errantes se rassemblaient autour de celui qui pressait les grappes, qui soufflait en mesure dans les roseaux, enfin autour de tel autre inventeur qui leur procurait une jouissance nouvelle. Je ferai observer à ce sujet que la vîgnesauvage croît en abondance sur lesbordsdu Terek et du Kouban , et que l'on en a tiré un très bon vin. Je crois même que celui des Arméniens était de cette espèce.

( ïSy )

Je ne puis exprimer à quel point j'ai été frappé de l'air d'activité et d'hilarité qui animait les physionomies , le langage et l'action de ces cultivateurs, lorsque je songeais aux mines hâves, soucieuses et mystérieuses de leurs compatriotes de Rizliar/Mais- . c'est que les autres possèdent, et que ceux-ci espè^renf ^ ce qui est bien une autre jouissance que de jouir réellement. Us m'ont raconté que les riches de Kizliar avaient accaparé toutes les terres des environs de la ville, et que les pauvres n'y pouvaient parvenir à aucune possession, mais qu'enfin ils allaient travailler pour eux-mêmes, et ils voyaient déjà en imagination leurs vignes futures et leurs jardins à venir. Ces bonnes gens étaient fort contens de leurs voisins nomades, mais ils se plaignaient des paysans russes d'un village qui est de l'autre coté de la Kouma. Comme ils se sont engagés à ne point toucher aux ruines de Ma-djari(^i\ ils veillent à leur conservation; et derniè-

(i) Le premier auteur qui a parlé des ruines de Madjari a été le colonel Gœrùer, qui avait fait la guerre en Perse sous Pîeïrfe- le- Grand ; c*est aussi lui qui a débité le premier Topinioiï que les Hongrois étaient venus de Madjar; cette assertion a été répétée par plusieurs auteurs qui ont eu occasion dfe parler de ces ruines : Tantôt c'était « la ville détruite des Ma- « gyiars, d*oii les Hongrois sont sortis; » tantôt Madjari étsât bâti par les Hongrois dans le temps que ce peuple occupait les steps situées entre le Palus-Méotis et la mer Caspienne, où les véritables Magyiars n ont vraisemblablement jamais habité , puisqu'ils vinrent des pays ouraliens et se dirigeaient par Kiev potir entrer en Hongrie. Le nom de Madjar on Matfy'arèqxie Toa donne à ces ruines ^ est uu ancien mot turc qui signî^e édifice

( i88 ) rement iU ont attrapé un voleur de ruiqes qui était de ce village.

Lçs ruines sont à une couple de verst de la

en briques. Les Nogaï et les Turcomans , qui demeurent dans le voisinage, les appellent Kirk Madjar^ ou les quarante bâtimens en briques. Kirk signifie ici , comme en turc, non seulement quarante , mais aussi un nombre indéterminé dont on se sert pour exprimer une grande quantité. Les Turcs Basîans, qui habitent dans les hautes montagnes du Caucase , aux sources du Tcheghem et du Tcherek, prétendent être origimores de Kirk Madjar.

Le Grand et le Petit Madjar étaient sans doute des villes fondées par des tribus turques qui habitaient sur les bords do Kouma avant l'établissement de l'empire des Tchinghiz-khanidès du Kiptchak; le Derbend-nameh mentionne déjà ces villes comme existant du temps de la domination khastre. Cependant les mooumens sépulcraux que j'ai trouvés à Madjari ne sont pas plus anciens que le XIV* siècle, l'un étant de 747 ( 1345, 1346 ) de l'hégire et l'autre de 777 ( i373, 1376 ). Il existe aussi des médailles è^Oazheh-khan^ frappées à Madjari en 710 et 7i5 de l'hégire (i3io et i3i5) et d'autres de Jfohamed-kltan de 774 ( 1^72) sur lesquelles on lit ». frappée dans le nouveau Madjar. »

Les chroniques russes parlent également de Madjari comme d'une ville, et je trouve dans l'Histoire de M. Karamziii (vol. ly, pag. 176) le passage suivant qui ne laisse pas le moindre doute sur son existence en i3i8 de notre ère. Après l'assassinat du grand -duc Michel « Georges envoya lo corps du • grand-duc à Madjary^ ville marchande (sur la rivière « Kouma, dans le gouvernement du Caucase), où, à ce qu'il « paratt, habitaient autrefois les Hongrois , chassés par les « Petcheneghes de Lebcdias. » — Dans la note 238, M. Karamzin donne les paroles de l'historien même , qui ne dit rien des Hongrois. A cette occasion, M. Karamzin prétend que, dans

colonie; il aurait été à souhaiter que Ton eût plus tôt les mêmes soins pour leur conservation, car il ne reste plus que quatre chapelles des cinquante que Guldenstœdt y a vues. Je remets à demain à en parler plus au long, parce que mon intention est d'y revenir et de les dessiner.

Depuis les ruines j'ai encore fait sept verst, et suis venu au village de Pokoïnoe, où j^ ïïic suis séparé de mes compagnons de voyage que je retrouverai à Vladimiroifka (i), colonie appartenant au général Saveliev.

Le 9 mars. Les ruines de Madjari couvrent un terrain qui peut avoir au moins deux mille pas de

lé XIII* siècle , Ruisbroek avait encore trouvé des Hongrois à Madjari. Si l'historiographe russe avait connu mon Voyage , publié déjà en i8ia, il n'aurait sûrement pas répété en 1817 l'étTiiuge assertion que les Hongrois avaient habité la ville de Madjari; mais il est inconcevable qu'il ait si mal compris Ruisbroek. Ce voyageur iie mentionne en aucune manière cette vijle^ et il dit simplement, en parlant des Alains ou Acars: « Us s'en- • quirent aussi de nous, comme aussi firent plusieurs autres « chrétiens nusiens et hongrois , comment ils se pourraient sau- « ver en buvant du cosmos et mangeant de la chair des bétes» « mortes et tuées par les Sarrasins et autres infidèles. »

Il est probable que Madjari fut détruit pendant les troubles qui suivirent le règne de ToAtamych, vers la fin du XIV* sièéle, époque à laquelle l'empire du Kiptchak fut ébranlé par des guerres intestines. Peut-être aussi que ce fut Timour qui ruina ' les deux villes de Madjari pendant l'expédition qu'il fit contre •Azak ou AzoPy que les historiens musulmans placent dans l'année 1 39^ de J. C. Kx.

(i) Ce village, situé sur la droite de la Kouma, y fut établi en 1786. Kl.

( '9^ ) diamèlre; il «'en reste plus sur pîçd que ies quatre chapelles dont je parlais hier. Ce sont des carrés de seize à vingt pieds dans œuvre, surmontés de coupoles et ornés d'un fronton dont le cintre est - brisé et forme une pointe. Les proportions sont du meilleur style arabe. Les briques sont des carrée de neuf pouces anglais de côté sur deux d'épaisseur. Les briques de la bâtisse sont d'une mauvaise qualité, et liées avec de l'argile mêlée de paille. Mais le revêtement et l'architecture sont en briques bien cuites, et liées avec un ciment. Dans un des frontons, une partie du cintre porte sur des planches qui n'ont pas l'air fort anciennes ^ et j'ai trouvé chez mon hôte un fragment de corniche où il y a une inscription arabe dont le caractère n'est point kufique, mais semblable à celui dont on se sert à présent. Enfin , l'on trouve dans les ruines des briques couvertes d'émail, comme celles des ruines de Saraï et de Dijd-hadji. Tout cela n'annonce pas une grande antiquité.

J'ai trouvé l'intérieur des chapelles occupé par des essaims de mouches déjà très actives et remuantes; aussi le temps est-il déjà très chaud, et la chaleur du jour est fort augmentée par les grands incendies que l'on fait dans la campagne. — On venait de mettre le feu aux roseaux dans une étendue de plus d'une lieue. Le fond du paysage que je dessinais était un vaste rideau de fumée très noire, entremêlée de flamme d'un rouge foncé. Les ruines s'y détachaient admirablement^ et j'aurais bien voulu placer le tout ensemble dans mon des-

jjl

( 19' ) sîn , mais je n'ai pas espéré pouvoir le rendre avec des moyens qui ne sont que du crayon et du bistre. J'ai fait deux dessins, dont l'un ne représente qu'une seule chapelle, et l'autre les embrasse toutes les quatre. Ensuite j'ai été chez les Kiret, mais cette visite n'a été qu'en blanc, car ils avaient décampé dans la matinée. Je n'ai plus trouvé que des enceintes circulaires en roseaux, des feux encore allumés, quelques manteaux de feutre, des pelisses et deux chiens. L'un paraissait malade et l'autre semblait être resté pour le soigner, ce que je ne voudrais pourtant pas assurer; car il ne s'agissait peut-être entre ces deux amis que d'achever quelque béte morte dans les environs.

Autant que j'en ai pu juger hier, les Kiret ont gardé l'usage des ghirs^ mais ils les surmontent d'un auvent à la manière desNogaï. J'ai cependant aussi distingué quelques karatchou\ enfin ils ont aussi adopté l'usage des arba , tandis que les autres Kalmuks ont une véritable aversion pour tout ce qui s'appelle roues et voitures. On m'a dit que le nombre des Kiret va à cent cinquante familles, qui parlaient nogaï aux étrangers , et Icalmuk entre eux ; mais que ni les Nogai ni les Kalmuks ne contractaient point de mariages avec eux. Mes dessins et mes visites m'ont pris presque toute la journée, et je n'ai pu être rendu au gite qu'au soleil couchant. Encore une observation qui tient à l'histoire naturelle , et que je ne fais qu'à mon grand regret , c'est que ma chambre est pleine de cousins , déjà très actifs et mordans; de plus, il s'y

( '9^ ) trouve des blattes asiatiques, plusieurs espèces àe tarakanes, des fourmis, enfin des sauterelles, dont le derrière est armé d'un aiguillon semblable à celui des mouches ichneumons. J'en avais déjà hébergé tout Fhiver à Ghégorievsk , mais elles étaient petites, et ne s'écartaient point du fourneau. Celles-ci sont au contraire très grosses, et viennent infester mon lit où elles m'incommodent beaucoup.

Le lo mars, à Vladimirovka. Le Petit Madjari est à douze verst du grand. On appelle ainsi un groupe de tertres sépulcres , au milieu duquel étaient six chapelles dont il ne reste que les fondemens. Autant que j'en ai pu juger, elles n'avaient point de fronton ou vestibule, et elles étaient plus petites que celles du Grand Madjari , à l'exception d'une seule , qui doit avoir été plus grande.

Les ruines sont à deux verst de Burgund* Madjar (i) , belle colonie fondée par le général Skarjynski^ ci-devant gouverneur d'Astrakhan. U a donné ce nom comme un heureux augure pour les vignes qu'il y voulait planter, et elles rèpondeat déjà à ses espérances. Son vin, sans valoir encore ceux de l'autre Bourgogne, est déjà évidemment supérieur aux vins d'Astrakhan et de Kizliar. Celui de l'année dernière a été presque entièrement consommé parles Kalmuks-Derbètj qui ont hiverné xlans les environs; ils y ont pris tant de goût,

(i) Sur les cartes russes Borgon Madjar, ou Kavkaskoï Ouswat, au dessous de Tembouchure de la Soukhaia Buivolay dans la gauche du Kouma. Kx^.

( «93 ) qùTA sera difBcile que l'on efti réserr^ d'une année à Tautre (i). J'avais conçu l'espoir que je trouve* rais des inscriptions à Bur^und-Madjaf, mais je n'y ai trouvé que des pierres sépulcrales , chargées d'ornemenS arabesques. Depuis Burgund^^Madjar j'ai toujours cotoyélesificendies. Leurs divet^ plans, qui avançaient les tins sur les autres^ formaient comme des coulisses et une décoration enflammée. Le vent venait de notre côté ; sans quoi noild n'aitrions pas osé nous approcher de ces vastes émbréi- 9emens , qui ne sont pas sans danger pour les Yoyageurs. On m'a parlé d'un irégiment qui avait ainsi perdu ses bagages.

Fladimiroifka , colonie appartenant au général Saveliev, est dans un état florissant. Le vin que l'on y fait a du corps et promet beaucoup. J'ai retrouvé ici mes compagnons de toyage ; et nous avons commenoé notre lecture méthodique des relations de Reineggs.

Le 1 1 mars. Comme je désirais beaucoup avoir un saîgak mort ou vif, on a mis des chasseurs en campi^ne) ils en ont vu beaucoup , mais n'ont rien tuéw Nous avons eu la visite de quelque^

i 1 1,> « I I II r I I I I I > t I f r ■ • I. • , t t ,, ' .,.

(i) Oo s'est borné , en établissant ici les vlghôbles , à là sieiilé qualité des plants ée6 i^isitis nôlrd du Dell , qui mùrisseiiC de bonne heure, ainsi que le blanc kychmjpch sans pépins; ce sont ceux dont la contrée pevit retirer les plus grands ilv^tages. La vigne croit à merveille sur le sol argileux, élevé séiilemènt d'une jusqu'à deîix toises au dessus du niveau de la Koudià , saèr^ le àer:0>irs dés irrigutiobs , et on la taille un peu kingttetttéfeit' qtiatk) m ^Hèut Kii dotiner la feigne de treiHis. Kl.

nomades Kalmuks et Nogaï. Ils on( dit que les Turcomans tiennent cour plénière à vingt verst d'ici. Nous irons demain la voir.

Le i!2 mars. Nous avons suivi la rivé gauche du Kouma , et sommes arrivés au bout d'une heure au haras du général Saveliev. Il consiste en huit cents jumens tcherkesses,bien choisies, avec des étalons arabes, iemouds et persans; c'est sûrement une des plus belles propriétés de ce genre que j'aie jamais vues ; là, nous avons eu la visite de DjanrAli^ aks-akal des Nogaï.^A-^aAâ^/fveut dire bai'be blanche. C'est le titre qu'on donne aux sénateurs nogaï et turcomans , parce que chez eux tout homme qui a la barbe blanche entre de droit au sénat. Mais comme l'abus ne manque jamais de se glisser dans les plus sages institutions , il arrive aussi que les hommes riches et puissans prennent le titre d'aksakal lorsqu'à peine leur barbe commence à grisonner.

Puis nous nous sommes mis en route , et nous sommes arrivés à une horde de cent cinquante familles de Kalmuks baptisés, qui appartiennent au général. C'est un don que lui a fait la couronne. Il n'exige d'eux aucun cens, et ne les emploie qu'aux soins de son haras.

Là, nous avons quitté les bords du Kouma, et nous avons coupé à travers le step , guidés par un Kalmuk. On ne peut pas dire que cet homme nous montra le chemin , car il n'y avait rien qui ressemblât à une route, et je ne sais, en vérité, sur quoi il se dirigeait. Toujours est^il certain qu'il

(. ^95 ) nous a fait arriver tout droit au campement des Turcomans, où nous avons trouvé leur assemblée nationale. £lle était composée de soixante membres qui siégeaient en rase campagne; ils se sont levés à notre arrivée, et ont voulu nous faire les honneurs du pays. Mais je lésai priés de ne point interrompre leurs délibérations, et je me suis retiré dans une tente avec quelques lettrés auxquels je voulais faire des questions relatives k l'histoire turcomane»

D'abord j'ai appris qu'ils se donnaient à euxmêmes le nom de Turkmen et de Tark-Turkmen.

Le nom ô^Ouzi ne leur est point étranger; mais ils ne le donnent qu'aux Turkmen qui demepr rent sur le Amou-Daria que nous appelons 0«^;5hek. Ils composent la race don^inante dans la Boukharie ; car les Sartes (j) sont la race. sujette. Ils descendent des Sogdiens; mais les Turkmens sont les J'orki de Nestor ou de ses continuateurs, les Ou^^i de la Byzantine, les Ghoz des Arabes et les CumaniNigri des historiens Hongrois.

: Les Turkmen donnent aux Kirghiz les noms de KarU'kalpakij ou Kaz^ak-kara-kalpaki ^ et depuis long-temps je conjecturais que les chroniques entendaient les trois hordes des Rirghiz, lorsqu'elles disent : Vsié tchernoï- kohhukie , c'ést-à-dire , tous les bonnets noirs \ car kara-kalpak a la nién^e significalûoû en tiare. Mais aujourd'hui on n« donne « ■« • I I ■■ t > ■ ■ ' ' - ■ — — ■ • ' ■ ' ■

(i) Voyez plus haut , page 47» 6t ma Note sur les Boukhars^ jau'on trouvera 9 la fia de ce voliuime. Kl.

plus ce nom qu'à une seule race peu nombreuse.

Il se trouvait dans notre petit cercle littéraire an homme dont la conversation m'intéressa particulièrement. C'était unTurkmen appelé^Ai?r^//,quia fait, il y a deux ans , un voyage chez les lemoudj chai^ d'une commission particulière par le comte Yale-^ rien Zoubov qui commandait alorsl'arméeen Perse.

Ahmed s'est embarqué sur un navire russe, et il a abordé à la rade de Tcherekin^^n pied du mobt Balkan , à sept journées au nord d'Astrdbâd. Là il a trouvé une petite horde de Iemoud,qui vivaient principalement de la pèche de phoques.

Puis il a passé le mont Balkan et la rivière Gurghen , et il est arrivé à la horde principale, le cinquième jour après son départ de Tcherekin.

La race des lemoud ou lomoud est composée de 3o,ooo familles. Les deux autres races des Turkmens sont Teke et Kerklen (i); elles ont chacune 5o,ooo familles. Chacune de ces races se subdivise en plusieurs autres qui sont gouvei^nées par des khans égaux en pouvoir, et dont aucun n'a de supériorité sur les autres. Ahmed m'a montré lessignatures ou cachets de cinq de ces khans, dont les noms étaient : Choukour-virdi^khan , Khangildiy Khan- Mohammed^ Ourous- Mohammed khan^ Karhan^kilydj^khan .

Quelques hordes de ces trois races qui vivent sur les terres de Rhiva et Boukhara , sont soumises aux khans de ces contrées. Les Turkmens d'ici ont

Il -■ - ■ - ^ . — — - — ■ - - -- ■Il ,1 r

(i) M. do Moiiraviev les appelle Keklen, Kl.

été, çqmn\e ron sait, ameués par le« khan^s des l^lmuks-Torgaut, et y sont restés après leur désertion. Mais toutes ces races se ressemblent entre elles, et ont la même manière de vivre, et le même dialecte, qui tieqt plus du turc osmaly que du turc oriental. Ahmed avait aiyssi écrit les noms des races particulières dont se composent les trois grandes races lemoud, Teke etKèrklen(Kèklen); voici cette liste telle qu'il me l'a donnée (i).

(i) Cette liste roanque dans le maDuscrit; je la remplace par une autre qui se trouve dans Voriginal russe du voyage de M- de Mouraviev à Khwa ; je joins ici quelques observations sur ce peuple.

L'origine des Tarcon^ans est difficile à déterminer: ce sont des tribus turques, qui, dans les XI* et XII* siècles ont passé le Djihoun, et se sont établies dans le Khorassân ; de là ce peuple s'est répandu sur toute la Perse septentrionale et plus à l'ouest, jusqu'en Syrie et en Asie mineure. Pour expliquer ie nom de Turkmân^ les Persans prétendeut que cette natioQ desceuflait des Turcs, qui dans le Khorassân avaient pris des femmes persanes; mais comme elle avait gardé Tidiome et la grossièreté de leurs ancêtres , on lui avait donné le nom de Turkmdn , c|m signifie semblable aux furcs. Cependant comme la partie de la nation (|ui es.t restée au delà du Djihoun, porte le même nom , iL paraît hasardé de vouloir le dériver du persan.

Les OuZ'bek sont un autre peuple, d'origine turque, qui passa le Djihoun dans le XVI* siècle ; c'est la nation dominante dans le pays de Balkh, dans le Kharizm, dans la Boukharie et dans leFerghana ; leurs principales tribus sont quatre:

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