VIENNENT SE FAIRE PAYER LE DROIT ACCOU- TUMÉ DE PASSAGE, NOMMÉ KHOUÉ
Marche huit heures et demie, direction Ouest, temps serein mais vif et froid, terrain parcouru en pâturages unis, halte à El-Djamouz.
A El-Djamouz, il y a plusieurs amas d’eau de pluie assez bonne qui nous servit à renouveler celle de nos outres. Nous avions laissé derrière nous le Wady-Hedjelan, où l’on trouve un lac que les chaleurs mettent à sec dès le mois de juin. Ce lac est situé à mi-chemin entre notre station et le Wady- Hedjelan, que nous dûmes dépasser le jour précédent en le laissant à droite. C’est une gorge étroite, bordée de petits tertres et de roches que l’on croirait entées les unes sur les autres par la main des hommes.
Non loin de Wady-Hedjelan, vers le Nord-Ouest, on voit la colline de Guida, couronnée par des pyramides de pierres amoncelées par les Arabes pour leur servir de repères.
Le soir, une vingtaine d’Anazès vinrent à la. caravane se faire payer le droit accou-
tumé de passage nommé khoué (1). Parmi eux se trouvaient Mohammed-Kharif, Ebn- Gubeïn et El-Douchy, tous deux cousins germains et chefs de la puissante tribu des Fédans, jouissant, d’ailleurs, d’une très grande considération parmi les Bédouins.
Après avoir fait compte avec Mansour et reçu la somme qui leur revenait, ils demandaient en sus cent sequins d’Egypte pour la taxe particulière du takthréwan, qui avait éveillé leur cupidité ; mais il me fut aisé de juger, par leur facilité à en venir à un accomodement honnête, combien cette cupidité est moins tenace et dangereuse chez les Arabes que chez les Kurdes de la Mésopotamie, dont j’ai éprouvé plus d’une fois l’inflexible et odieuse exigence. En effet, moyennant trente piastres et deux abas qui leur furent accordées, toutes les difficultés s’aplanirent et je me vis hors d’embarras.
Parmi cette bande d’Arabes se trouvait le
(1) C’est trois quarts do piastre par charge, indépendamment des présents que l’on fait aux. chefs en café, habillements, tabac, etc Le khoué est perçu six fois de suite par autant de tribus différentes appartenant à la horde des Anazès. Ces tribus sont celles des Fedans, des Djadjérés, dos Moustaférés, des Mulliem, des Messalik et des Ouled-Aly, qui ont pour chefs respectifs Mohammed-el-Gubeïn, Ebn-IIereïmès, Ebn-Teïf, El- Muhenné, El-Rady, Fendij et Teyar,
kalib ou chapelain du prince des Wehabis, personnage grave et impertinent qui, quoique attaché au chef d’une secte ennemie des Anazès, n’en est pas moins vénéré par ceux-ci à cause de son prétendu savoir et de ses saintes pratiques. Il est presque toujours en courses, et va de tribu en tribu édifier la jeunessebédouineparses discours instructifs, jugeant souvent en dernier ressort des démêlés domestiques du désert. Quelques minutes après le coucher du soleil, ce katib se mit en oraisons et récita ensuite à haute voix divers versets du Koran ; mais je remarquai que nos Ergueils affectèrent d’être occupés à panser leurs chameaux et à refaire les charges, afin de ne pas prier avec lui.
Traite du 5 Décembre. Renseignements sur