PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Le goût qui se manifeste en France pour les productions des littératures étrangères a décidé la traduction d'un grand nombre d'ouvrages. lien est cependant encore dont personne ne s'est occupé, parmi lesquels il faut compter celui de Benjamin Bergmann sur les kalmuks ( * ). Cet ouvrage en quatre vol. in-8°. , imprimé à Riga en 1804 > a eu beaucoup de succès en Allemagne, et il mérite d'être connu sous plus d'un rapport. J'en avais terminé la traduction complète , et mon intention était de la publier , lorsque j'appris que l'auteur s'occupait à St. Pétersbourg d'une nouvelle édition; comme elle
( * ) Benjamin Bergmannes nomadiche streifcrciea unta den kalmuken Inden jähren 1802 und i8o3, Riga 1804, ^ey ^' Ghartmeim.
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peut tarder à paraître, je me suis décidé, en attendant la publication de l'ouvrage entier, de donner la partie qui n'est pas susceptible de changemens. C'est la relation du voyage que Benjamin Bergmann a fait chez les kalmuks , et qu'il raconte dans une suite de lettres adressées à un de ses amis. Ces lettres sont d'un style facile ; il y règne cette sorte d'abandon que permet le genre épistolaire 5 défaut qui, si c'en est un, paraîtra plus sensible encore dans la traduction que dans l'original , parce que la langue allemande étant trois fois plus riche d'expressions que la langue française, la narration semble plus variée dans la langue de l'auteur que dans la nôtre. L'on remarque presque partout dans les lettres de Benjamin Bergmann un louable désir de dégager son esprit de toute espèce de prévention; il veut nous faire connaître le peuple qu'il a visité, tel qu'il est; il cherche à s'oublier lui-même et à se mettre à la place d'un kaimuk, pour voir, agir et sentir comme lui , afin de mieux nous dire ce qu'il a éprouvé. Quelque difficile que fût cette tâche , il s'en est acquitté de manière à satisfaire presque toujours un
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lecteur judicieux. Son ouvrage est plein de remarques et d'observations exactes et vraies; l'esprit de l'observateur se montre à chaque page de son livre, et quand on a lu les lettres de Benjamin Bergmann , il semble qu'on connaît le peuple nomade qu'il nous décrit , comme on connaît ses voisins. Leurs moeurs, leurs usages et leurs habitudes y sont racontés avec une simplicité qui fait que la mémoire les retient sans peine; on se familiarise même promptement avec une manière de vivre si éloignée de nos habitudes européennes.
Je n'entrerai point dans les détails du plan de l'ouvrage et dans les motifs qui ont déterminé l'auteur à le composer. L'introduction qui précède les lettres contient à cet égard tout ce qui peut satisfaire la curiosité du lecteur. Je m'étais proposé de joindre aux lettres des notes explicatives et des observations, mais j>e les réserve pour la publication complète de l'ouvrage ; je me bornerai seulement à faire remarquer en passant que l'hypothèse de l'auteur sur la ressemblance des kalmuks avec les huns est un peu hasardée, et que ce passage de
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son ouvrage réclame un examen plus approfondi ( * ).
J'ai joint à la suite des lettres un essai historique sur la fuite des torgotes en 1771 ( ** ). Ce mémoire m'a paru très-curieux. L'auteur a mis de l'intérêt dans sa narration. Les deux caractères d'Oubacha et de Zêbèk- Dorchi sont bien peints ; l'événement mémorable de la fuite des torgotes , dans l'histoire du nord de l'Asie mérite d'être connu particulièrement. Enfin le voyage de Benjamin Bergmann pourra offrir de l'intérêt nonseulement aux savans, mais encore à un grand nombre d'autres lecteurs. C'est sous ce double rapport que je me suis déterminé à en faire une publication , séparée de l'ouvrage complet.
( * ) Voyez à ce sujet, l'ouvrage de M. Abel-Rémusat, intitulé : Recherches sur les langues tarîmes ( tome i, pag. 246 ).
( ** ) On trouve dans le t. vol. des Mémoires concernant les chinois, un Mémoire sur la transmigration des torgotes, auquel nous renvoyons le lecteur , ainsi qu'à la vie d'Oubachi ( que Bergmann nomme Ouhacha ) , par M. Abel-Rémusat qui se trouve dans la Biographie universelle.