XXVI
Rien ne saurait égaler ma joie, lorsqu'après une absence de trois ans, je me retrouvai de nouveau dans les environs de Sarepta, et que je revis dans cette ville M. Neiz qui se fit un plaisir de m'enseigner la langue kalmuke.
Grâce à un travail suivi et opiniâtre , je me vis bientôt en état de traduire tout seul l'ouvrage mongol dont je n'avais pu comprendre que quelques feuillets qui m'avaient été dictés par M. Neiz. Je m'arrêtai deux mois à Sarepta, et je quittai cette ville pour me rendre au milieu des hordes pour y réunir les matériaux nécessaires à l'exécution de mes projets.
Le manque d'argent , de secours et d'égards, m'obligèrent au bout d'un an de renoncer à mon plan. Ce que j'offre maintenant aux lecteurs, est le fruit de mon travail pendant cette année.
J'ai choisi, pour la narration de mon voyage, le style épistolaire , premièrement, parce que cette forme me donnait plus de liberté, sans avoir besoin d'adopter un ordre systématique pour décrire les mœurs et les usages. Secondement, parce que j'ai supposé
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que cette manière de narrer exciterait davantage l'attention des lecteurs. Enfin, j'ai adressé ces lettres à un de mes plus chers amis, dont le souvenir est gravé dans mon âme avec des traits d'autant plus ineffaçables que c'est un de ces hommes rares qui, au milieu de cent beaux traits de caractère, ne présentent pas une seule tache. Feder Dai- ■vvidich Dubois, vous me pardonnerez si ces lettres ne sont pas écrites dans un style plus amical. Mes lettres particulières vous ont assez assuré de mes sentimens dans celles que je vous adresse ici, l'affection d'un ami n'en est pas le sujet.
La seconde partie de ce volume comprend un essai historique sur la fuite des kalmuks (1771), sous le vice-khan Oabacha.
Je me suis servi dans cet essai des mémoires de Rytkhow et de Pallas ; mais la plupart des faits sont décrits d'après les notions verbales que j'ai recueillies d'un témoin oculaire. Je ne dirai rien ici de ce témoin, M. de Weseloff, ni de ses aventures, car j'en ai parlé en détail dans une notice placée à la fin de l'essai historique. J'ai demeuré près de lui pendant plus de six mois;