‹ Voyage de Benjamin Bergmann. Chez les KalmuksChapitre 23 sur 49 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

Le 24 mai.

D ans ma lettre précédente , je vous ai fait connaître la disposition des livres kalmuks , et la manière dont ils sont écrits, je vais aujourd'hui vous donner de plus grands détails à ce sujet.

L'écriture mongole, suivant la tradition du pays,, fut inventée par Sagdcha-Bandita > grand Lama du Tliibet, peu de temps après Tcliingiskhan. Ce Lama raconta ce qui suit : il rêva un jour, que le premier objet qu'il verrait à son réveil devait représenter la forme de l'écriture mongole, dont l'invention l'occupait depuis long-temps.

Le premier objet qui s'offrit à ses regards > fut une femme portant un long fer à tanneur ; et dès-lors la forme de cet instrument fut destinée à servir de base à l'écriture. Il est possible que cette histoire soit vraie.

Peut-être, en considérant l'écriture mongole, aurez-vous eu occasion de remarquer certaines figures ayant de l'analogie pour la forme, avec l'instrument dont nous avons parlé ; quoiqu'il en soit, il nous suffit de savoir, que les premières figures de l'écriture mongole ont été inventées par ce Lama, et perfectionnées dans la suite par les soins des princes mongols.

L'inventeur ayant pris les caractères chinois pour modèles , le nouvel alphabet , au lieu d'être composé de lettres simples , le fut de syllabes représentées par des signes y et comme les mots mongols sont tous formés de syllabes courtes , cet alphabet syllabique fut très-abrégé, et le nombre des signes fut déterminé par celui des voyelles et des consonnes.

L'alphabet mongol-kalmuk est composé de sept voyelles et de quatorze consonnes, d'où il résulte quatre-vingt-dix-huit signes syllabiques.

Les caractères des mongols et des kalmuks se tracent perpendiculairement, de khaut en bas. Les voyelles occupent la première ligne de l'alphabet ; et les consonnes

suivent dans un ordre tout particulier, ainsi que vous pourrez le voir dans les planches. Dans tous ces signes , vous trouverez les voyelles plus ou moins exprimées, les points et les autres lignes appartiennent aux consonnes. La première consonne LZ n'est exprimée que par) un point. C H se distingue de S par deux lignes tranversales et un zéro. La différence entre D et C est exprimée par une position particulière de la figure ovale ; et entre M et L par des lignes courbes, et entre J et K elle est indiquée par une seule ligne. Si vous considérez la simplicité de ces différences, vous verrez combien il est facile de lire le mongol.

Les mongols et les kalmuks, qui peuvent en effet se vanter d'avoir une belle écriture, sont si exacts à donner à leurs caractères une forme agréable , que la plupart des traits qui terminent leurs lettres^ soit à la fin, soit au milieu des mots, sont arrondis.

Quand , dans les expressions étrangères , il y a des lettres qui manquent à l'alphabet mongol , on les remplace par des lignes que les kalmuks nomment galih. Pour çq qui a rapport à cette dernière écriture ,

je vous renvoie à la gravure qui se trouve dans la seconde partie des mémoires sur les kalmuks, par le conseiller d'état , Pallas.

Vous trouverez, dans ce même ouvrage , l'alphabet des mongols ( liv* 2, pag. 363)$ mais par la négligence du graveur , la plupart des signes sont très-mal représentés.

Quant à la prononciation, les syllabes sont rendues avec une certaine expression, et les mots longs sont indiqués par de pe^ tits accens placés à la droite.

La ponctuation comprend trois signes :

après les phrases courtes, qui ne forment souvent pas un sens complet, on met deux lignes £5! 5 après des phrases loiigues , qui expriment un sens complet, on place quatre points \ \ y à la fin d'une section, d'un chapitre ou d'un livre, on répète ces points trois fois à une certaine distance.

Les kalmuks avaient jadis des imprimeries sur les bords du Volga 5 et l'on imprime encore, en Chine, des livres mongols, par ordre de l'empereur. Quoique je n'aie vu aucun de ces ouvrages, je suppose cependant que toute l'habileté des taxtares, en fait d'impri?

merie, se borne à faire des gravures sur bois. Mais serait- ii impossible d'imprimer des livres mongols avec des caractères mobiles ? J'espère vous en faire voir la possibilité , par quelques réflexions qui vous rendront la cliose plus claire.

L'écriture mongole est composée de mots qui peuvent être exprimés par un seul signe, et la plus grande difficulté , pour imiter ce signe unique, consiste à bien rendre la ligne intermédiaire qui unit les signes , parce qu'en raison du bon effet qu'elle produit dans les manuscrits, elle ne devrait pas être négligée dans les livres qu'on imprimerait.

Ces signes uniques de mots pouvant se séparer er&voyelles et en consonnes , le graveur peut aussi, afin de ne pas multiplier inutilement les signes, séparer les voyelles des consonnes. Ceci ne peut avoir lieu que pour des syllabes ou voyelles qui sont jointes aux lettres M L E à l'S dur et à PS doux, ou S C H et Z. Le signe final peut facilement être séparé des voyelles ou des consonnes qui le précèdent. L'accent peut, en quelque sorte, être réuni dans la même ligne que les lettres, de manière à ne laisser aucun

vide , parce qu'on le considère comme une lettre.

Vous voyez par-là combien il serait facile d'imprimer des livres mongols. Le nombre des lettres différentes ( accens et points calculés ), qu'une casse devrait contenir, s'élèverait tout au plus à cent. Dans l'imprimerie de la musique, il y avait des difficultés bien plus grandes à surmonter, et cependant on est parvenu à les vaincre. Combien ne serait-il pas plus facile de réussir pour l'écriture dont nous parlons ?

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