XIII
après s'être assis pendant quelques instans dans leurs huttes, après avoir vu leur manière de manger et de boire, après avoir observé quelques images de leurs Dieux, et recueilli quelques traditions superficielles^ ont cru pouvoir hasarder de décrire les mœurs des peuplades mongoles. Il était naturel qu'ils vissent plusieurs choses sous un faux jour: ce qui n'était que fortuit, , fut affirmé comme habituel : enfin ce dont ils n'avaient qu'une idée incomplète, ils l'ont arrangé et ont ajouté, dans leur imagination, ce qui leur paraissait manquer ; de sorte qu'ils nous ont donné leurs erreurs pour la vérité : quelques exemples vont rendre ceci plus évident.
Les européens prétendent généralement que les kahnuks sont lâches et craintifs 5 dans les Mémoires mongols , vol. 1e1*., page 225, nous trouvons le passage suivant à l'appui de cette opinion. « Dans la dernière action , y est- il dit , que les kalmuks eurent en 1769, contre les koubains, ces derniers furent repoussés par un nombre fort supérieur. Quarante-trois des principaux et des plus vaillans , bien cuirassés, s'étant retirés
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avec leur chef Koslamlek dans une vallée , ils y descendirent de cheval , et se préparèrent à vendre chèrement leur vie, parce que la retraite leur était coupée. L'armée kalmuke était forte de trente mille chevaux ; cependant elle n'osa pas attaquer ce petit groupe de koubains. On se contenta de leur tirer de loin quelques coups de fusils. Lorsque leurs chevaux furent reposés , ou lorsque la crainte les décida à partir, ils marchèrent vers la montagne, et aucun kalmuk ne s'avança pour les attaquer , de manière que cette petite troupe se retira, après n'avoir perdu que quelques hommes. Les kalmuk s sont très-vaillans au premier choc, mais dés qu'ils trouvent de la résistance ou qu'ils voient du danger, chacun prend volontiers la fuite ».
L'événement dont il est ici question est un fait connu j mais on le verra sous un autre jour, lorsqu'on saura que les trente mille kalmuks qui, à ce qu'on prétend, n'ont pas osé attaquer les quarante- trois koubains téméraires, avaient peu de temps auparavant, non dans le premier choc, mais après un combat opiniâtre, fait mordre la
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poussière à plus de cinq mille koubains. Des kalmuks qui, depuis long-temps, n'avaient pas eu d'ennemis, attaquent une armée de soldats du Caucase, remportent Ja victoire., et se laissent effrayer ensuite par quarante-trois vaincus : il est évident qu'en cette occasion , les kalmuks ont eu d'autres motifs pour ne pas attaquer. Mais quels motifs donc ? Je pris des informations à ce sujet auprès de M. de Weseloff qui, peu de temps après cette campagne d'Oubacha, fut conduit comme prisonnier à travers une grande partie des steppes des kirghises. M. de Weseloff fut d'autant plus en état de satisfaire ma curiosité, que son père s'était trouvé à ce combat, et les explications qu'il me donna, m'ont fait juger le fait bien différemment du point de vue sous lequel il est représenté par Pallas. Oubacha avait expressément défendu d'attaquer ces koubains , ne voulant pas verser inutilement le sang des vainqueurs. Les quarante- trois héros étaient dans une position si avantageuse, et leur résolution était si déterminée, que, pour les vaincre, il aurait fallu sacrifier homme pour homme.
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Oubaclia, qui avait déjà formé le projet de fuir de l'empire de Russie, ne s'était engagé dans ce combat avec les koubains , cjue pour essayer la valeur de ses kalmuks , qui depuis Ion g- temps n'avaient pas vu d'ennemis; et il voulait savoir d'avance, s'il pouvait compter sur leur vaillance. Le combat avait été heureux pour ses troupes, et s'étant assuré de la valeur des siens, il ne jugeait plus nécessaire, pour tuer quelques fuyards, d'exposer la vie de ses soldats. Le prince kalmuk avait fait la guerre pour une souveraine dont il espérait quitter bientôt les états, et il lui était indifférent de tuer quelques caucasiens. 11 commanda de les cerner et de les faire prisonniers, s'ils voulaient se rendre; ce qui n'eut pas lieu. Ces téméraires, vers la nuit, formèrent une espèce de bataillon carré et s'approchèrent de l'armée kalmuke^ décidés à forcer le passage ou à périr. Les kalmuks s'attendaient à cela , mais ils furent obligés de suivre les ordres d'Oubacha , et de les laisser passer. Dans toute cette action , on voit que ce n'est point la crainte qui a déterminé la conduite des kalmuks. Enfin parmi les troupes des kalmuks, se trouvaient