‹ Voyage de Benjamin Bergmann. Chez les KalmuksChapitre 3 sur 49 · XI · texte numérisé non relu

XI

ignorance ou préjugé , les personnes qui fournissaient des renseignemens aux écrivains, avançaient des choses absurdes que ces derniers copiaient fidèlement sans faire la moindre recherche. Lorsqu'on veut donner la description exacte d'un peuple dont les usages et la manière de vivre s'éloignent autant des autres nations, il faut que les rapports étrangers, c'est-à-dire, ceux qui ne viennent pas immédiatement de ce peuple même, ne soient considérés comme véridiques, qu'autant qu'ils sont conformes aux rapports de quelques personnes instruites du pays. C'est à quoi n'a pensé , comme il le paraît, aucun des écrivains qui nous ont donné des mémoires sur les kalmuks à l'exception de Pallas. La plupart n'eurent recours qu'aux rapports des commandans russes employés dans les hordes kalmukes, et fort peu d'entre eux possèdent les connaissances nécessaires pour de pareilles observations, ou bien ils les font avec un esprit prévenu pour donner plus de poids à leurs vues particulières. Chaque jour on peut se persuader de la vérité de ce que j'avance, lorsqu'on se trouve dans les hordes, parmi les kalmuks. Ils ne se font pas scru-

pule de refuser toute espèce de vertus à ces tartares , lors même qu'ils ont occasion d'en avoir des preuves. Les kalmuks, disent-ils, sont un peuple grossier, brutal et abominable, qui ne possède aucune sensibilité, et qui ne mérite aucune estime : ils honorent, continuent-ils, Satan sous l'image de plusieurs milliers de Dieux, et toutes leurs cérémonies sont si horribles qu'on ne peut y assister sans commettre un péché. Lorsque des personnes qui ont vécu plusieurs années chez les kalmuks parlent ainsi, comment blâmer , après cela , le voyageur qui croit à la vérité de ces rapports , et nous induit en erreur à son tour ( * ).

Plusieurs de ces erreurs doivent aussi leur origine à une connaissance peu approfondie des peuplades mongoles. Des voyageurs, après avoir traversé le pays des kalmuks,

(* ) On trouve des preuves de cette manière de penser dans un écrit russe qui, sous le titre &Abervega, traite des superstitions de la Russie, et dans les aventures d'un, certain Opitz, polonaisallemand, qui a vécu prisonnier chez les kalmuks. Ce dernier écrit est un vrai roman : les peintures des mœurs et des usages kalrnuks y sont tellement absurdes que tout ce qu'on en dit ut mérite aucune réfutation.

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