‹ Voyage de Benjamin Bergmann, chez les Kalmuks. Traduit de l'allemand par m. MorisChapitre 42 sur 55 · LETTRE XXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXVI

Le 3o octobre.

Je suis déjà depuis quelque temps chez le second fils de Tchoutchei, parce que la hutte dans laquelle je logeai jusqu’ici, a été placée ailleurs, depuis l’arrivée du grand-pristaw.

L’esprit religieux de mon hôte me fournit l’occasion de vous parler de la peinture kalmuke.

Les riches et les gens de distinction, considèrent comme une action méritoire , de faire peindre, dans la khouroull , des images de Bourkhan. Le prix de l’image est arbitraire, suivant la volonté de celui qui la commande } car 1 eghclloung, peintre ( il n’y a que les prêtres qui osent s’occuper de peinture ) , regarde comme un péché de demander quelque chose pour son travail ; mais plus celui qui commande la peinture paye, plus son mérité est grand dans la vie future.

Le fils du prince avait fixé à cent roubles le prix de l’image de Soukouba , qu’il faisait peindre. Je lui dis qu’un peintre russe ferait la même image, aussi bien , pour cinq roubles; mais il me répondit, qu’il avait destiné cent roubles au salut de son âme , quoique l’artiste put se contenter de cinq roubles.

Le peintre est un des plus riches de la khouroull t car il possède plus de cinq mille têtes de bétail, dont six cents chevaux Cette opulence lui est venue par héritage. Quant à son talent , il n’y a qu’un seul prêtre qui le surpasse ; mais il est également bon tailleur , bon cordonnier ; il passe pour être un des meilleurs selliers , et en même temps un des plus rusés coquins de la horde : le nom de cet homme à cent talens, est Zagaenghèlloung.

La toile dont on se sert ici pour peindre est faite de lin; les couleurs sont délayées et broyées , dans de l’eau de colle de poisson , au moyen d'une boule de cristal fixée à un manche de bois.

La première opération du peintre, fut de fixer un morceau de toile sur un carré formé de quatre bâtons noués ensemble , aux

entaillnres qyi se trou vaientà leur extrémité, et la toile lut tendue fortement , comme un «tambour. Cette occupation préliminaire lui prit toute la matinée, et je l’aidai même un peu.

Après midi , le peintre avait préparé de la craie délayée, dont il exprimait l’eau qui était de trop , en la suçant avec sa bouche.

Avant d’étendre la craie sur la toile, il fit une prière, pour demander la bénédiction de la divinité Soukouba. Pendant que la première couche de craie séchait, on faisaitcuire dans une cuillère de fer, de la colle de poisson , pour en enduire les deux côtés de la toile que l’on polit, lorsqu’elle fut sèche , en se servant d’une dent de loup ou de sanglier. Cette seconde partie du travail occupa tout l’après-midi.

Avant de mettre aucune couleur sur la surface de la toile , plusieurs lignes diagonales furent tirées pour déterminer la place que devait occuper Soukouba', et une feuille de papier chinois, sur laquelle les contours de l’image étaient dessinés avec de l’encre de la Chine, servit au peintre pour tracer l’esquisse de la divinité, après quoi il mêlales couleurs.

et les étendit. Mais la couleur d’or fut réservée pour la dernière. Aux coins de l’image, étaient peintes plusieurs petites figures for-* mant encadrement.

Le tout fut ensuite collé sur un plus grand morceau de toile, entouré d’étoffe de soie, et des cylindres furent adaptés en haut et en bas , pour rouler et attacher la peinture.

D’après le travail du premier jour, vous pouvez juger que cette image dût demander beaucoup de temps pour la finir; mais comme le fils du prince n’avait pas d’autel chez lui, il l’envoya chez son frère, pour l’y suspendre.

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