‹ Voyage de Charles-Quint par la FranceChapitre 12 sur 30 · Eu marge · texte numérisé non relu

Eu marge

...tarde crescentis olive (Virg. Géorg. II, 3). ...ramos (/. sylva) vivacis olive (Virg. Géorg. II, i8i).

Tardive a croistre, afin que long temps vive. »

A l'entour d'elle, il y a quelques seps 625

Infructueux, ce semble, et ja tous secz. Vers culx se tourne : ilz furent a merveilles Pleins de boutons et de petites fueilles :

a C'est au dangier, » disoient les vignerons, « De la gelée, ou grand vinée aurons. » 63o

Près d'elle aussi le bled j a grand s'espic. Et au sentir de fleurir a envye ; Pruniers, peschiers et poyriers et pommiers Fleurissoient la, croy je bien, les premiers.

Puis or, argent et toute aultre richesse 635

Gettoit aux gens, et l'on crioit : « Largesse! »

Encore contre y a aultre escharfault Dessus lequel Discord forcené sault ; Sa barbe en sonne et ses cheveulx hérissent. Et ses gros yeulx de cruaulté s'emplissent. 640

Sur une dame il court l'espée au poing ; Que feroit elle? Elle s'enfuyt au loing; Elle s'escrie : a 0! vive qui peult, vive! » Pasmée chet, a tout le ciel plainctive. En sangloutant de tout son bel et bon 645

Aniclîilé en cendre et en charbon, Sa belle enfant enlevée et forcée, A son visaige, ou d'excès trespassée.

Frerc, mary, filz tuez ou meurdris, Seurs se tenoient ou ilz ont esté pris, 65o

En leur église ensemble violée, Pleine de meurdre, effondrée, bruslée.

Ung espicier, de noir tout veloutté, Suyvoit a pied l'Empereur, de cousté, Suant, soufflant : « Je vous plains, » luy va dire Ce bon Auguste, et ung peu se retire, 656

Que tant ne feust le vieillard oppi'essé.

L'Empereur mal ne s'estoit adressé :

Toute sa vie avoit courru l'Hespaigne, Flandres, Braban, Hollande et Alemaigne, 660

En traficquant; si luy a respondu, Comme marchant hardy et entendu :

« Sire, l'on n'a ung tel honneur sans peine, » Et, ce disant, se mettoit hors d'haleine.

« De cinq eslatz, orfebvres, espiciers, 665

Et bonnettiers, pelletiers et merciers.

De chacun quatre esleuz entre aultres sommes, Comme povez estimer, tous preudhommes, Pour les appuis de ce poelle porter Chacun son tour; il reste supporter 670

L'insuffisance et petitesse nostre Vers la haulteur de la Majesté Vostre. »

Ainsi disoit, mesland de l'alemand,

65 1. — En marge : a Comparaison honteuse de l'église violée d une fille, prononcée par une mère transportée. ')

652. — En marge ; « Ceulx qui ont droict en l'aris de porter le poelle. »

Du portugais, genevois et flamniaud;

Ce que scmbloit l'Empereur tresbien prendre, 67.5

Mais pour le bruyt ne povoit tout entendre.

Tel doulx acueil, qu'est ce, sinon ung peu De sa bonté? Et cest homme tout meu En devint fraiz, comme sentant quelque umbro D'une forest mère d'abres sans nombre. 680

Or l'Empereur est desja sur le pont De Nostre Dame, et l'air encor respond A mil canons, dont la noble Bastille L'avoit entrant salué pour la ville.

Hz furent faictz pour briser et tuer, 685

Et maintenant servent a saluer !

O le bon temps! O le bien heure siècle ! Secle dormant soubz le vol de cest aigle, Secle a seurté de la fouldre des cieulx, O comme tout desja se tourne en mieulx ! 6go

Sur ce long pont estoit mise une porte A chacun bout, ou, en superbe sorte, A double chief, cest aigle, coronné Et de maintz grans escus environné De tous pays, ores joinctz a Bourgongne, GgS

L'Empereur cstre ung grand terrien tesmongne.

Ung ciel y a de l'hierre tout verd, A lacz d'amour et lampes d'or, couvert Encor dessus d'une gente courtine.

Le long du pont, de belle toile linc. 700

35 REXÉ MACÉ

Oultre plus, mil serenes et tritons, Et soubz chacun leur amoureux dictons ; Encor dessoubz, aux ouvroirs et fenestres, Mil petis corps de déesses terrestres : Toute jeunesse en leur acoustrement 703

De chief, de corps assis tresproprement. L'une est Brugeoyse et l'aultre Bruxelloyse, L'aultre Ganthoyse et l'aultre Hollandoyse ; Toutes le moins elles ont de Paris Fors doulz maintiens et naturelz soubris. 710

A leurs mariz ou leurs frères soubrient, Passans en ordre, et leurs filles les crient; Sur mulles font vers César leur debvoir. Et elles la, mais les pourra l'on veoir?

Les beaux tappis troussent, cueillent, atachent : De batre ainsi dessus les yeulx leur fâchent ; 716 Trop longz ilz sont, pour ce on les a troussez.

D'aultres beaultez y a par tout assez; Ung peu le train de devant se retarde. Afin que mieulx l'Empereur le regarde. 720

A tant parvient, non sans cstre moult las Du bruyt des gens, non obstant mil soûlas, A Nostre Dame, ou Chanoynes, en belle

-14. — En marge ; « Le Roy .ivoit commandé que tous estât/, feisseut leurs debvoirs envers l'Empereur, et pour ce je l'ay faict en ce présent traicté ; si je n'eusse este malade ce caresme , j'eusse plus tost monstre diligence. »

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