‹ Voyage de Charles-Quint par la FranceChapitre 17 sur 30 · En m;irge : « Ex commentariis iu Pyudaram · texte numérisé non relu

En m;irge : « Ex commentariis iu Pyudaram

KENE WACE

Et son gent col de plumettes dorées Envii'onné, il semble d'ung collier, Tout de pur or faict, pour son col lier.

Ainsi la part du monde qui abonde 9g 5

De plus grans biens il circuit et circonde, Et est tout seul ; trop heureux on seroit Quand deux phoenix sur la terre on verroit.

Ne fut ce pas hardiment faict a l'aigle D'aller choisir, en ung champ plein de segle, 1000 Ganimedès, le royal jouvenceau?

Entre plusieurs suyvant ung lappereau, Il lempietoil; les chiens après jappèrent, Ses gouverneurs leurs bras en hault levèrent. Que feront ilz? Que ne l'ont ilz gardé ioo5

Soigneusement ? Après bien regardé Qu'il deviendroit, ilz le perdoient de; veue.

Bien fut des dieux ceste proye receue, Et le Troyen est des premiers des dieux : Que le plainct on? Perdu n'est qui est mieulx. 10 10

994- — En marge : « Si tost que le Roy revint d'Hespaigne, je luy fais présenter par M. de La Cliesuaye ung prologue sur mon premier livre de Hue Capet ou je deduisois plus a plain la nature du Phoenix. » -^ Ce prologue se retrouve au commencement de la Chronique ri/née de René Macé (Bibl. nat., ms. fr. 4966). Il s'agit sans doute ici de Nicole de La Cbesnaye, conseiller au Parlement et auteur de la ]\'e/ de santé,

looi . — Macé, en marge, renvoie à l'épigrarame d'Alciat sur Ganimède. (Cf. Selecta epigr., Bàle, 1329, p. iSg.)

Le beau phoenix en une lande heureuse Fut espié d'une nymphe amoureuse Et de luy elle. 0 ! n'est ce au feu d'amour Qu'il se consume en piolant entour? D'amour aussi la nymphe se consume, ioi5

Amour les coeurs de Tung et l'aultre allume; La nymphe en Gaule apporta son amy Dens son giron doulcement endormy.

En lieu qu'il soit, il n'y a phoenix aultre, Qu'on cherche bien, le phoenix est toutnostre; 1020 Amour Loeda et son cygne ayt uniz, Mieulx est la nymphe au gré de son phoenix.

Aigle jamais ne mourut de viellesse.

Par son art propre il refaict sa jeunesse : Tant croit par temps la corne de son becq loaS

Qu'il ne peult paistrc, et s'en trouve tout sccq :

« Meurje de faim? » dit il en son couraige, (c Et j'ay conquis si ample droict d'usaigc Sur plume et poil ! » Il assault quelque roch Et a grandz coups rompt de sou becq le crocq; io3o Le feu en sault, ses estaintes prunelles Reboy vent la du graiz les estincelles ;

1018. — En marge : « Plinius dicit iilioenicein fabulosum. » — Pline (Hist. nat., Liv. VII, cliap. 49), parlant des fables relatives à l'âge des hommes et des animaux, en cite quelques-unes qu'il attribue à Hésiode, et il ajoute : « et reliqua fabulosius in plioenice. »

1026. — Macé nous dit ici s'être inspiré de S. Augustin;

t)2 REXli MACi:

Apres se paist, et de laid devient beau, De foible fort, tout jeune, tout nouveau.

Le beau phoenix, père et filz de soy mesine, io35 Passe mil ans, et en cest aage extrême Cherche une palme, et après long recueil D'odeurs et fleurs en faict la son cercueil : D'aelles et becq tant se y bat et s'eschauffe Qu'il vient en feu, tant est de fine estoffe. 1040

Alors Phoebus appelle tous les dieux : « O escoulez ung chant armonieux ; C'est le phoenix qui pour vivre se tue : Son ame est cendre, avec l'air s'esvertue. »

Le rengendrer premier s'en faict ung ver, io45 Puis ung pouUet, a l'entrée de ver.

Infiniment l'Empereur puisse vivre Et le bon Roy plus lerapasser qu'ensuyvre! Mortz soyent tous deux, encor ne mouront pas, Le vray bonheur naist après le trespas. io5o

Premier entra lEmpereur en la sale, Tant qu'elle est grand tapissée a royale Magnificence : « Icy sont, » dit le Roy, a Nez devanciers, » et luy monstroit du doy Sur longz pilliers les sacrées ymages io55

Des deffunctz roys, faictz a grans personnages.

Charles le Grand lors devant les yeulx vint

io56. — Ces statues de rois existaient effectivement au Palais de Justice.

A l'Eniperour, et pensif en devint :

Charles a nom, et est empereur comme

Charles le Grand, puis que grand on le nomme. 1060

Qu'a il tant faict? Dont a il emporté

Ce nom sur tous, que par priorité

Du temps tenu dessoubz sa telle quelle

Principaulté en son père nouvelle ?

Ce temps cy mesme est a soy envycux, 106 5

Ses faict/, luy sont a ouyr ennuyeux : Fuie doncq tost le présent transitoire ; Si l'on ne peult qu'au futur avoir gloire, Gloire a cela que plus va vieillissant. Plus reverdit et plus est fleurissant. 1070

Or l'Empereur, veoyant l'architecture De ce palays d'admirable structure, Le Roy luy dit ; « Cest hostel tant qu'est grand Inventa faire ung nommé Enguerrand De Marigny, soubz Le Beau roy Philipe, 1 07 5

Dont en honneur avec luy participe; A la justice ilz bastirent ce lieu Dens ceste ville, en ce noble meillieu.

Jadis n'cstoit ma nation françoyse Tant adonnée a discord et a noyse 1080

1064. — En marge : « Pépin, père de Cliarlemagne, usurpa le royaulme : maximum vero michi semper visum est commodum possessionis. »

1074. — Enguerrand restaura le Palais de Justice.

Que maintenant : en amour les voysins

S'entretenoient, ne frères ne cousins

Pour biens partir venoient devant le juge ;

Ou s'il falloit y aller, au refuge,

Pour quelque doubte en droictz non apparentz, io85

Au premier jour ilz estoient comparentz

Devant celluy qui tenoit le bailliage

Sur leur terroy, fut ou ville ou village.

Et se tenoient a ce qu'en avoit dit. Sans quelque appel, pour l'estime ou crédit 1090 Du bonbaillif ; mais depuis que Avarice Vint a bender Tunicque oeil de Justice, Le peuple cheut en obstination De mespriser leur jurisdiction,

A demander et delays et absences logS

Et appeller de toutes leurs sentences.

L'on a espoir que ung baillif incogneu Et qui n'aura des playdans nul cogneu, Pas ne vouldra, par amour ou rancune.

Se porter mal envers personne aulcune. 1 100

Pour finir doncq ces appeaulx, les bons roys Font lors status qu'en l'an deux fois ou troys Ou quatre au plus, c'est assez, ce leur semble. Leurs conseilliers adviseroient ensemble De les juger ; et estoient conseilliers i io5

Privez au Roy et des plus familiers, Suyvant sa court, car hors la Court royale

IV'avoient ailleurs assiete spéciale ;

Ou que le Roy allast, il y menoit

Dame Justice et près soy la tenoit. 1 1 lo

Bon faisoit veoir telle Prudence a dextre Du père au peuple et Force a la senestre.

Depuis pourtant qu'en maint lieu trop longtain Les roys alloient, et estoit incertain Quand appellans auroient leurs audiences, 1 1 1 5

Ce que leur fut a gros frais et despences ; Sur ce Le Bel, a Paris, ou les roys Et tous les pairs estoient souventesfois, Fait ce palays propre siège et eslable, De sa justice a chacun redevable. » 1 120

De tel propos le Roy se pourmenoit Avec César et l'en entretenoit.

Le jour passoit que la nuict palle et morne Dessoubz la lune a blanche et double corne Descouloroit des choses la beaulté : 1 1 aS

Chassée fut par force de clarté Dehors la sale a belle cire vierge, Dont a troys filz estoit faict chacun cierge, Voire, et chacung, en son chandelier gent,

1112. — En marge : « Prudence. Prudentia de liis que mutantur, inde juris prudentia. Force. Salomon ne demanda a Dieu sinon la science de sçavoir bien juger les differens de son peuple ; et Dieu luy en donna davantaige, mais ceste jurisprudence fut la principale. »

Tout nouveau faict de pur et fin argent, 1 1 3o

Pendoit de liault a cordeletz de soye,

Que les vers font poxxr les roys a grand joye.

Buffectz y a aultant que de pilliers, Chargez de beaux ouvraiges a milliers; Et tout autour par degrez semblent joindre 1 1 35 Aux piedz des roys, tant hault en est le moindre.

Le mengier vient : le Roy la de rechief Vers l'Empereur faict tant, tousjours nud chief, Qu'il se va seoir au lieu plus honnorable, Et le premier. D'ung long marbre est la table, i i/jo Le Roy le suyt, mais de si loing que deux Eussent peu estre aysement entredeux ; Et le Daulphin et Orléans son frère Suyvoient après, mais tresloing de leur père ; Après, le roy de Navarre, et après i i/jS

Dqcz, cardinaulx et contes près a près ; Et leurs enfans, en tresriche pareure, Portoient la serte ; ilz servent a ceste heure, Mais a leur tour ilz seront ducz aussi. Contes, marquiz, et servis tout ainsi. i i5o

1145. — Henri d'Albret, roi de Navarre, qui avait épousé, en iSaô, Marguerite d'Orléans, sœur de François l".

1 146. — « Les cardinaulx de Bourbon et de Lorraine furent assis.... au dessus d'Antoine, duc de Vendosme... » (Bibl. nat., coll. Dupujr, 478, fol. 35 r" et 38 V.)

MONTMORENsi, conncstable et grand maistre, Se feit ce jour a grand planté cognoistre En tous debvoirs : ce convive il servit A droict grand maistre, et l'Empereur le y veit De tresbon gré, mais le dit plus propice 1 1 55

Au branc porter en son greigneur office.

Puis le matin tousjours avoit esté Vis a vis luy en vraye majesté De connestable, et son espée d'armes Tousjours en main, dont tant de beaux faictz d'armes Il a parfaict. O tresnoble seigneur, i i6i

Ouyr un g jour puisses en quel honneur Petis et grans parlent de tes proesses !

De te tuer jour et nuyct tu ne cesses.

Ii56. — Macé nous apprend, en marge, que ces six premiers vers sont « du brave gergon de la table ronde. » A défaut d'exactitude cette note a du moins le mérite de nous montrer qu'au xvi'^ siècle on lisait encore les romans du xiu".

RETVE MACE

Pour donner ordre aux affaires du Roy, 1 165

Qui sont si grans, et tous gisent sur toy ;

Soubz mil perilz Gloire a toy s'est cachée

Des ta jeunesse, et l'as si bien cherchée

A tout labeur que tienne tu la tiens.

Tienne pourtant toute ne la retiens : 1 1 70

Donnée l'as a France et sa couronne,

Et a surcroist France te la redonne.

Aux navigans ung bon vent est moult doulx, Grans goufres ont et abismes dessoubz ; Passent pourtant. Ainsi ton ame attaincte 1175

De bel espoir, de milz dangiers n'eut crainte ; Les dangiers sont de ton loz fructueux : Plus y sont grans, plus y es vertueulx.

La mer tant soit hydeuse et tempestée.

Si a double ancre est la nef arrestée, 1 180

Vaincquit le temps : tu as pareillement Art et povoir, desquelz deux joinctement As surmonté, dont ta gloire redonde, Toutes noz grans adversitez du monde.

En noz malheurs nous gisions accropis, 1 185

N'ayans aulcune attente que du pis, Et relevez nous as de ta main haulte, Maulgré du temps l'infamie et la faulte.

Ce que pensans devenons esbahiz ; Qu'est ce d'avoir le coeur a son pays! 1 190

De tel amour suyvois tes entreprises,

VOYAGE DE CHARLES-QUINT 5g

Au vray honneur de France toutes mises, Que le plaisir les labeurs y passa ; En travaillant ton coeur se y délassa.

Nous avois tu bien préservez en guerre ? i igS La paix au ciel, ce croy je, tu vas querre Pour tout le monde. 0 ! que sans ta vertu Tout alloitmal! Aussi ne sentois tu.

En ce jour d'iiuy, ces triumphales gloires Tiennes parties, après dignes victoires. 1200

L'Empereur n'eust aultant de la moictié Prise du Roy, tant soit grand, l'amytié, Sans que premier eust senty ta vaillance Ou geut l'image et fortune de France.

Et ore, entrant soubz le poelle, honteux 1 2o5 De tant d'honneur, mesme en son dueil piteux, Quand luy as dict qu'encor le Roy commande Luy faire plus, a protesté, en grande Discrétion, qu'a luy tant n'appartient.

Et que dens France Empereur ne se tient, 12 10

Car ce nom vient de France en Alemaigne ; Mais, comme il soit des petis roys d'Hespaigne, Capable n'est des honneurs du grand Roy.

Bien quelque goutte encor il garde en soy

1196. — Anne de Montmorency avait aidé au rapprocliement entre François P"' et Charles-Quint, et c'est d'après son avis que l'Empereur fut autorisé à traverser la France pour aller cliàtier les Gantois révoltés. (Voy. v. 146.)

RE^'E MACF,

Du sang de France, et sa maison d'Aultriche 121 5

De reste part plus que d'aultres est riche.

Si noble sang on ne peult honorer

Suffisamment ou qu'il puisse durer :

Non a moy doncq, mais a la vostre race

Faictes cecy, et bienfault que j'en face 1220

Au gré du Roy, et de ce peuple cy.

Preu connestable, ore il s'expuse, ainsi Qu'il est changé. Que Dieu te favorise, Faisant par toy faictz de si grand maistrise ! De tes labeurs Europe le fruict prend, laaS

Toute pourtant ta gloire n'en comprend.

Nombre petit de noblesse d'Hespaigne Et Pays Bas l'Empereur accompaigne, j\Iais toute grand. Pour ung le duc d'Alva, De Rocandof, Pierre de la Coefva, 1280

De Saint Vincent, Bures par la régente Transmis vers luy pour quelque chose urgente, Puis Aigremont, puis d'Artès, puis Lachaux.

121 5. — Chailes-Quiut se rattachait à la maison de France par son père P)iilippe-le-Beau, duc de Bourgogne, descendant par sa mère, Marie de Bourgogne, de Philippe, 4"^ fils du roi Jean.

1229-1233. — Nous Usons dans le Journal de Vandenesse, publié par M. Gachard, Bruxelles, 1874, p. i54 : [L'Empereurl « print la poste et partist accompagné de ceulx qui s'ensuyvent : du duc (TAlve, du seigneur de Bossu, de don Pedro de la Ceve, inaistre d'hostel, du seigneur de Rye, sommelier de corps, le

VOYAGE DE CHARLES-QUINT 6 l

Or aux Françoys Flammandii et Hespaiguolz Estoienl mcslez et es plus haultes places, i235

Pour leurs estatz, tous de tresbonnes grâces.

L'Hespaiguol a quel([ue propre fierté, Que luy siet bien, et sent sa majesté.

Il faict bon veoir la grand cerimonie Qu'on faict entour si noble baronnie : 1240

Françoys a boire Hespaiguolz invitoient, Hespaignolz eulx a reboire incitoieut.

Christ, seigneur Christ, si vraye amour t'agrée, Et si tu as l'eau clere consacrée.

Comme tu as, la transmuant en vin 124^

Toy au bancquet du paovre Archilriclin, Présent aussi sois a ceste tablée En amytié mutuelle assemblée ;

conte il''Eginoiit, don Emicque de Toledo, les seigneurs de La Cliaulx, de Fhiigny et à'Arbaix, gentilzhomrnes de sa chambre, etc.. )i — De Saint-Fincent est sans doute François Bonvalot, abbé de Saint-Vincent, qui fut amliassadeur de Charles-Quint. — Le comte de Buren a joué uu rôle assez important par ses rapports avec les Gantois, sous la régence de Marie, sœur de Charles- Quint, reine douairière de Hongrie. Voy. plus haut v. 167. — Guillaume, comte de Rnghcndorff, était seigneur de Condé en Huinaut. — La plupart de ces noms sont ici estropiés.

ii!fi. — Tel est le nom que tout le moyen-âge a donné, dans les Chansons de geste et les Mystères, au seigneur des Noces de Cana;ce n'est pas autre chose que le mot latin architricUnus, maître d'hôtel, devenu nom propre.

KENE 31ACE

Beny ces roys et leur postérité

A perdurer en ceste charité ! laSo

Veoyant le Roy tout seul, ainsi disoye, Le coeur et l'oeil me larmoyant de joyc.

Or a la table ou l'Empereur estoit, Par six degrez tapissez on montoit, Pour la froideur du marbre, dont la sale i255

Est carrelée, et plus seigneuriale Magnificence en tout gardée adoncq.

Et aux costez se veoyoient, tout au long De ce palays deux aultres belles tables.

Vers le luysart sont aulcuns Iresnotables 1 260

Chevaliers, chiefz de guerre, gouverneurs, En tout maintien sentans leurs grandz seigneurs.

A l'aultre main, vers la chambre dorée, Siet Parlement, qui a veoir moult aggrée A l'Empereur, pour leur bruyt ancien 1263

D'avoir tousjours esté fort gens de bien.

Tout descouvert, la Royne couronée,

laSo. — En marge : « Les grâces de Mons. l'Aulmounier. >. Le grand aumônier du roi était à cette époque Jean Le Veneur, évéque de Lisieux, cardinal en i533, mort en i543.

1261. — L'Ordre tenu (f cij v°) nous apprend qu'au dîner servi au Louvre le maître d'hôtel était le connétable de Montmorency, l'écuyer tranchant M. d'Engliien, frère de M. de Vendôme, le pannetier le duc d'Aumale, fils du duc de Guise, et l'échanson Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon. — Voy. aussi le vol. 478 (fol. 35 ro et 38 vo) de la coll. Dupuy à la Bibl. nat.

Pour le debvoir de si noble journée, Considérant que tandis qu'on dansoit Et qu'on mommoit, son frère ailleurs pensoit, 1270 A tant voulut se meclre a sa senestre ; Luy se levant l'arrestoit a la dextre.

Elle vaincquit, o quelle royaulté !

Chacun eust dict que pour estre en beaulté Toutes vertus reposoient en sa face. 1275

Elle entrex'onipt d'une riante grâce, Aux yeulx de tous, doulcement complaisant, Le dur penser de son frère en disant : ce Poinct esbahy ne soyez si je affecte Vous costoyer; je me plais et délecte 1280

Non seulement que l'on dit : C'est sa seur, Ou Dieu m'a faict ung fort merveilleux heur, Mais en estant l'ung ainsi près de Taultre, Sembleray mieulx ung peu tenir du vostre, Soit en maintien, ou couleur, ou regard. i285

O! Dieu vous gard, monseigneur! Dieu vous En vous veoyant, feu nostre tresbon père [gard! Me vient au coeur. Au monde il ne fut guère, Mais moult grand bien y laissa vous laissant, Et tout le ciel ores le chérissant 1 290

Compte, peut estre, en commune plaisance Vostre tresriche et dorée abondance De tous beaux faictz et de ce sainct accord Avec tel Roy, après tant de discord.

Dieu luy pardoint, jamais ne feit grand guerre; 129.5

Fut neantmoins tant estimé sur terre,

Et telz trésors d'espargne on luy trouva!

Mais en fureur et toute ardeur s'en va

Communément des princes la jeunesse ;

Guerres ilz font, monstre de leur noblesse, 1 3oo

L'aage venant, leur verdeur se meurit;

Hz font du fruict qui leurs peuples nourrit.

Mais bien sçavez que a Roninie et a Boulongne,

Vous y entrant, on feit aultre besongne;

Et vous cuydiez, ce croy je bien, Paris, 1 3o5

Ains que le veoir, estre de plus hault piis.

— Aulcun, » dit il, « croyt il cela, madame? » Elle respond : « Nul fors moy; je suis l'ame De ce pays la moins bonne envers vous.

— Mais, » respond il, « la meilleure de tous i3io Que soyent vivans et a qui pour cfcste heure

Doy plus d'amour, et tenu je demeure.

— Tenu? » dit elle, « a mon gré, non assez. Quand sans rien veoir seulement vous passez.

I2g5. — En marge : « L'archiduc Pliilippe fut prince paysible. » Le règne de Philippe-Ie-Beau ne dura que trois mois (l5o6).

i3o3. — L'eu sait que Charles-Quint, après le sac de Rome (1527) et la paix de Cambrai (i52q), se fit couronner à Bologne roi de Lombardie et empereur des Romains.

i3ii. — En marge : « L'emper[eur] ue peult oblier sa feue femme. » (Cf. plus haut v. 886.)

VOYAGi: DE CHARLES-QUINT 65

— Ce poinct, » dit il, « qui m'afaictmectre en voyc, Requiert qu'a Gand dedens ung raoys je soye.

— Vous estes moult, » dit elle, <c diligent : i3i7 Le cas de Gand vous semble il plus urgent

Que de Paris, vostre aussi bien que nostre?

Et pour marcher, vouliez vous raison aultre 1 320

Que venir veoir vostre frère et aniy?

— Amy, » dit il, a a moy, son ennemy?

■ — Ennemy, voire, et moy or vostre amye, » Dit elle, « lors vostre grande ennemye.

— Mon ennemye, » il respond, « vous n'estiez, Quand en s' amour tousjours me remettiez. iSaG

— Premier, » dit elle, ce en s' amour m'aviez mise.

— Aussi, » dit il, « s'amour m'aviez promise.

— A luy, )) dit elle; « avois la vostre aussi.

— M' amour, » dit il, « et tout moy tient icy. i33o

— Tenu l'avez plus longuement, » dit elle.

— J'en ay, » dit il, « recompense tresbelle.

— Plus belle fust, » dit elle, « bien je vueil

Que le croyez, mais tout sent vostre dueil. i 334

— Peut on, » dit il, « aux roys mesmes plus faire ?

— Amoy,»ditclle, « onfeitmieulxpourvousplaire. « Le Roy survint, le propos se fina ;

Puis l'Empereur en sa chambre on mena,

ï3i(i. — Les Gantois, refusant de payer leurs impôts, s'étaient révoltés contre l'Empereur; c'est à cette occasion que Charles- Quint avait demandé à traverser la France.

Laquelle dicte est et sera la chambre

De V Empereur, afin qu'on s en remembre i34o

D'ung si grand hoste en ce palays logé.

En ceste nuyct n'a voit beaucoup songé : Voulut escrire a Carabray, Valenciennes, Mont en Henault et aultres villes siennes, Que la venu ne veit que fleurs de lys. 1 345

Tous ses pays estoient desja remplis Des nouveaultez faites a ses entrées.

Des que le poste eut ses lectres monstrées, Il fut chery, embrassé, arresté, Jusques a tant qu'il leur en eust compté. i35o

a 0 grâce a Dieu ! » disoit le populaire , En l'escoutant, « o le roy débonnaire !

« L'Empereur vient, t> dit le poste, « et le Roy Messieurs ses filz luy laisse pour convoy. Avecq eulx vient aussi le Connestable; i355

Et, si n'estoit ce trouble misérable De noz Ganthoys, ou l'Empereur sera Embesongné, dont traicter ne pourra A son plaisir, tant le Roy que la Royne, i^og

Tous deux viendroient, mais le temps n'est idoyne. »

Le populaire a ce mot souspiroit :

i345. — Nous trouvons plusieurs pièces relatives à l'aiTivée de l'Empereur en l'iaudres (Kelation des trouhhs de Gand, p. 65ij- 668)

VOYAGE DK CHARLKS-QUINT 67

Tresvolontiers Roy et Roync vcnoit.

Ne diront ilz quelque mot aniyable A TEmpereur, pour ce cas pitoyable?

Les Ganthoys ont leurs faultes en horreur, i 365 Et sus leur vient l'ire de l'Empereur ! Dur justicier ayt au moins souvenance Qu'en telle ville il a eu sa nayssance : Son père grand, feu Maximilian, Afin qu'en feust patron et gardian, 1870

Au bon espoir du peuple le y feit naistre.

Luy mesme ung jour eust occasion d'estre Fasclié contr'eulx, pourtant s'amodera.

Mais a ce coup on ne sçayt que sera.

Pourroit on bien en excuser Fortune ? 1373

Ils ont fourny et refourny pecune Contre Pcronnc et Thoroucnnc, afin De veoir du Roy et de France la fin , Et leur seroit peut estre necessaii'e Trouver le Roy piteux en leur affaire. i38o

Guerre, ce n'est que meschief et péché. Le repentir soubz sa queue est caché.

Puis le seigneur d'Ymbercourt décolèrent, Ne pour leur dame a genoulx désistèrent : Les mains joignoit toute en chicf devant eulz. 1 385

1369. — Petit-fils (le iVLixirnilien, Cliarles-Quiiit ctait ne il Gand, le 23 février i5oo.

i335. — Ce n'était pas la première lois ({ue Ganil se révoltait

REXE MACE

Et ore on veoyt que le conte du Roeulx, Sourfilz de luy, va vers eulx en expresse Authorité de l'Empereur. 0 ! qu'est ce D'espandre sang qui loing degouste ? Il peult Les empirer ou amender, s'il veult ; i^go

Gand sent encor ses fureurs anciennes.

Or le courrier venu a Valenciennes, De l'Empereur bien patrimonial, Le maieur faict mandement spécial D'assembler tous les doctes de la ville, 1 3g5

Pour deviser quelque entrée gentille.

Il prise la Paris fort plainement D'avoir tout faict tresmagniûcquement, Et Orléans et Poictiers et Baronne, Mais rien ne plaict a chacune personne 1400

Entièrement. Corvilain lors respond :

a Ce que Paris a bien faict, correspond

contre les comtes de Flandres; déjà sous Marie, fille de Cliarlesle-Téméraire, les Etats de Flandres, furieux que leur souveraine eût essaye de négocier personnellement avec Louis XI, avaient fait condamner à mort et décoller Hugonet, le chancelier de Marie, et le seigneur d'Imbercourt , son homme de confiance (3 avril 1477)-

l386. — Après avoir négocié avec les Gantois, Charles-Quint leur avait dépêché Adrien de Croy, comte de Rœux, sans obtenir meilleur succès par cette ambassade. (Voy. Relation des troubles de Gand, p. 28-33.)

1401. — Pierre d'Outremau, qui raconte l'entrée de Charles- Quint à Valenciennes avec les enfants de France fHistoire de

A son renom, toutesfois je regrette

Que quelque croix de marcque il n'en a faicte,

Comme l'on feit a Londres, en record i4o5

De l'Archiduc : je dirois nostre accord

Estre non fainct, mais real et durable ;

De petit coust fut chose fort valable.

Pour le moins quelque, ou poète sçavant Ou cronicqueur de ce mette en avant 1410

Ung chief d'ouvraige : en argument si digne Il survivroit, quoy qu'il en fut indigne.

Mais quant au poinct, puis que le Daulphin vient, Monstrer a pied et cheval nous convient. Gens de frontière, ailleurs soit la richesse, i4i5

Nous abondons de noblesse et junesse.

On lèvera cinq centz hommes de pied.

Chacun au poing, en signe d'amytié.

Le fust sans fer, et tous d'une livrée De damas blanc a bord de noir ouvrée, 1 4-20

Sur bonnets noirs de beau plumaigc blanc.

Premiers iront, et troys a chacun ranc, Et le tabour a chacune centaine, Et tous a piedz soubz ung seul capitaine.

falenciennes , p. 194) ne parle pas de cette harangue de Corvilain ; nous ne trouvons pas non plus ce nom dans les Entrées à Falenciennes (Voy. V Introduction).

l4o5. — Nouvelle uliusion (Voy. v. 91a) au séjour tant soit peu

REXE MACF.

Gaillardement et richement monté, 1425

Et ses laquays deux a chacun costé.

Aultres cinq centz montez a l'avantaige, Quant aux couleurs de semblable équipage, Mais en velous et a chacun ranc deux.

Iront après, et encore après eulx 14^0

Aultres cinq centz de noz joueurs d'espée, En beau pourpoinct et chausse decouppée, Et tout de noir l'espée nue auront Dessus Tespaule, et troys de ranc iront.

Chercher iront jusques a une lieue 1 4 3 5

La Majesté, et après l'avoir veue, La noire bende en fronc premièrement A planera les chevaulz suyvamment, En devançant les seigneurs, et derrière Viendra la bende an sortir la première. » i44o

Ainsi donna Corvilain son advis, Et fut conclud de suyvre son devis.

Quant a dresser escharfaulx, tabernacles, Jeux theatraulx, mystères et spectacles.

Cela requiert le loysir de y songer, 144^

Pareillement de inventer et forger Quelque oraison de grand sens et succincte. Et des seigneurs entendible et distincte : Mais ilz ne sont encore a Sainct Quentin.

forcé de Philippe-le-Beau à Londres et à la réception que lui fit Henri VII.

Or l'Empereur eut sa messe au matin i/jSo

Dedans la Saincte et Royale chapelle ; Ainsi du roy sainct Loys on l'appelle.

Il la fonda . Les relicques y veyt Et moult d'honneur a tel trésor il feit, Joinct qu'en esprit il rendoit a Dieu grâce i455

En se plaisant, qu'il venoit de la race De ce roy sainct : « De telle saincteté Du Roy et moy vient la proximité, Et l'ung sur l'aultre ozons tirer le glaive ! «

Ainsi son coeur, tant qu'est noble, s'esleve 1460 En dur remord ; il semble espouventé.

Ung nouveau mot de la Paix est chanté ; Se tourne la tant qu'il dure, et au Louvre, Ou il disna, prie qu'on lui recouvre Ce beau motet; les cnfans de présent i465

Prient pour luy : a tous il feit présent, Comme chacun il mettoit en richesse, Qui luy offreit auculne gentillesse.

En ce matin son aulmonnier alla Parles prisons, et, tant qu'il trouva la 1470

De criminel/, remeit de mort a vie.

1451. — La première pierre de l:i Sainte-Chapelle fut posée en 124?) par Louis IX lui-même; en 1248, l'édifice, couvre de Pierre de Montreuil, était aclievc.

146JJ — Voy. plus liant la note du v. 12G1.

Laquelle grâce avoit tousjours suyvie Depuis le port ou son maistre arriva, Mais a Paris quelque estrif s'en trouva.

Morin avoit destourné hors la ville lA?^

Les plus chargez, en nombre près de mille.

De par la court Granvelle, chancellier Impérial, vient vers Poyet prier Qu'on ne restraigne ainsi du Roy la grâce Et que ce grief a son maistre on ne face. 1480

Poyet luy dit : « Tout ce que le Roy peult, L'Empereur peult, et plus, le Roy le veult; Mais, quant a luy remission ne donne.

Si non es cas que la loy luy ordonne. »

Telz termes tint, il l'avoit festoyé i485

Six jours devant ; après l'a convoyé, Quoy que tout las se senleist, jusqu'à Louvre. D'humanité son refus ainsi couvre.

Louant qu'en tout il a si bien guydé La Majesté sacrée, et moult aydé 1490

1.475. — Morin, comme nous l'apprend une note marginale du ms., était lieutenant criminel.

1477. — Le chancelier Granvelle était Nicolas Perrenot de Granvelle, père du cardinal Antoine ; ayant succédé en i53o au chancelier Gattinara, il mourut en i55o, pendant la diète d'Augsbourg,

1483. — En marge : « J'ai présenté au Roy le jour de la Saint Jehan dernier (24 juin iSSg) ung livre de mon liystoire ou je parle bien amplement de ces remissions. « — Le vol. 85 de la

VOYAGE DE CHARLES-QUINT ']'i

Geste assemblée, oeuvre tresmeritoire Vers toute Europe, et pleine de sa gloire.

Astrée aller les contemploit des cieulx, Car quoy que soit ce monde vitieux.

Tous les vivans ne sont pas d'une sorte; 149^

Aux plus prudentz plus d'amour elle porte Et faict pour mieulz tous les aultres humains Estre conduictz et dressez par leurs mains, Car d'elle pend l'addressc et la droicture En terre et ciel de toute créature, 1 5oo

Et mes désirs manie et mené aussi A illustrer ou dénigrer ainsi Que l'on désert la fleur d'ung bon langage : C'est vérité envers tout personnage.

Le Louvre a vcoirsent bien son bon chasteau, i5o5 En telle ville hors du bruyt et sur l'eau, Et près des champs la Majesté Royale Y recueillit moult bien l'Impériale ; Et bien sembloit, a veoir ces deux seigneurs. Que fust leur propre eslargir tous honneurs. i5io

Gloire pareille, entr'eulx contencieuse.

Va d'ung a l'aultre; et l'amour curieuse De s'entreplaire et de s'entrehonnorer Tant vcult en l'ung qu'en l'aultre demourer.

coll. Dupiiy (le la Bibl. nat. (fol. i3i)) nous a conservé le texte d'une lettre de rémission, signée à Paris par CIiarles-Qiiint en favenr d'un René de Bellanger, écuyer.

Leans partout n'y a que broderie i5i5

Dor sur argent et menue pierrie, A bord d" enfants sur cornetz ou lyons, Poyssons, oyseaulx et aultres bestions.

Entre plusieurs batailles anciennes Tissues la signamment les Troyennes ; iSao

Le fier Ajax énormément corpsu Rue a Hector de son long bras bossu Son voulge long et gros comme une poultre, Dont a le veoir perser leva tout oultre.

Hector s'escoule et s'encourt arracher iSa^

D'ung mont herbu ung long pend de rocher, Et sur Ajax pied levé le fouldroye, Criant : « Hector! Vive Hector de Troye ! » Il ne l'attainct. Ajax au bout d'un pré La bourne empoigne et l'en eust démembré, i5'io Et tout a dent l'entrebucha par terre.

Mais Apollo qui veoioit ceste guerre, L'enveloppant d'une grand nue, va Le relever, car seul ne se leva.

Tandis prioicnt les Troyennes matronnes, i 535 Les bras tenduz devant les sacrés throsnes De Jupiter et Neptune leurs dieux, Oue a tant revint Hector victorieux.

l5i6. — En marge : a Pierrerie m'escorche la langue. » iSao. — En marge : - Pris d'Homer en l'Iliade. » [^Iliari. VII, l82-3l2.)

VOYAGE DE CHARLES-QUINT 'jS

Les sainctz horaiiltz, Idée et Taltibore, Troycn et grec, vcoyans que Ajax encore i S^o

Court sus Hector, se gectent au meillieu Avecq leur sceptre, envoyez la de Dieu.

A tant Hector, son bracquemart a manche De fin argent luy pensant sur la hanche, A longue escharpe, en foureau veloutté, i545

Va débouchant, deux mains a ung cousté ; Puys embrassant Ajax, il le luy donne, Et quelques motz, ce semble, luy sermone.

Ajax le prend, et tandis se desceinct Du beau baudrier cramoysi qu'il a ceinct, i55o

Et de bon coeur a Hector le présente.

Hector le prend, puis chacun d'eulx s'absente, L'ung vers ses Grecz, l'aultre vers ses Troyens : Interroguez de tous sont des moyens De tel retour, or en nette escripture i555

Six petis vers sont la mis pour conclure.

C'est faict de Dieu que telz grans ennemys, Et qui souvent en effort s'estoient mis L'ung contre l'aultre et, leur gloire soubmise, A tout hazard ont amytié conquise i56o

Par leur vaillance, ainsi victorieux, Sont l'ung de l'aultre et amys, cjui vault mieulx.

De ceste hystoire ouvrée a liaulte lice De grand richesse et plus grand artifice Vivifié, huyct longues pièces sont i565

En une sale, ou tresbeau lustre font

Tout d'ung cousté, et est la grande sale

Ou noblement menge Tlmpei-iale

Magnificence ; au malin et au soir

Le Roy tousjours premier le y menoit seoir. 1570

Presque tout d'or cstoient les candélabres Que l'on servoit haultz comme petis abres.

Or l'Empereur depuis le vendredi Qu'il y entra, y fut jusqu'au juedi ; Les Roys y feit; et tandis, pour l'esbatre, i575

On commença a courir et combatre, Ou se monstroient jeunes gens en leur feu, Chacun de luy voulant bien estre veu.

Il se y trouvoit et la Royne peut estre Tousjours près luy, chacun a sa fenestre, i58o

Les luy nommoit, quand ilz avoient couru, Quelque bon chocq et bien adroict féru.

Monsieur le chief des tenans eut la grâce De bien courrir, a chacun coup il quasse, Et luy advint trente foys ou peu près i585

Durant ung jour, et en partit tout frès.

Hespere ainsi, le premier des estelles, Se levé au ciel, et tant toutes soyent belles, Est le plus beau, et le dernier s'en va

1574. — Nous trouvons « l'ordonnance des joustes et tournoy faict au cliateau du Louvre », à la suite àeVOrdre tenu et gardé... (Voy. V Introduction).

Encor plus vif que grand il se leva. i Sgo

Quand l'Empereur y veit venir Vendosme, Dit a la Royne : k 0 le filz du preudhomme i Faillir n'y peut de bon exemple avoir.

En mon chemin de Cambray, j'en vueil veoir Vostre grand mère ; elle est la débonnaire, iSgj Tousjours ouvrant, m'a Ton dit, a La Faire.

— Veoy la Nevers, et l'aultre c'est Roussi, » Disoit la seur a son frère, « et veoicy Rocheguyon, d'Anguyan et d'Aumalle, Rohan, Laultret, tous d'aage presque égale. » 1600

Entremeslez eulx et aultres couroient, Tous jouvenceaulx, et faveurs acqueroient Selon leur faict, puis a sons de trompettes

1391. — Voy. plus liant v. 213-214.

i5gS. — Il s'iigit ici ds M;iiie de Luxembourg, comtesse de S' -Paul, qui avait épousé en premières noces Jacques de Savoie et en secondes noces François de Bourbon, comte de Vendôme ; elle mourut eu 1046, âgée de 76 ans.

1597-1600. — Nous avons déjà vu quelques-uns des noms que nous retrouvons ici. (Voy. Y Index). — François, comte de la Rochefoucauld et da Roucy était seigneur de Verteuil ; sa mère, Anne de Polignac, avait reçu le 6 décembre iSSg [Journal des voyages de Charles-Quint, p. 1 55) l'Empereur et les enfants de France dans son château de Verteuil. Charles-Quint s'en était beaucoup loué (P. Anselme, IV, 427). — Louis de Rohan, seigneur de Guéniené, et Louis de Silli, seigneur de hi Rochegujon, étaient beaux-frères, et avaient épousé, l'un en i526 Marguerite, dite Catherine de Laval, l'autre en iSjg Anne de Laval. — M. à'Enghien était le frère de M. de Vendôme (Cf. v. 1261).

rem: macl

Sailloient, faisans leurs gaillardes retraictes.

Noble jeunesse aguerrie desja i6o5

A tant d'honneur, Dieu, qui tes coeurs forgea, Imaginoit moult haultes adventures Au los de France en ce monde futures.

J'en veoy le sang sur le Nil et Gangès, Et leurs grans roys se rendre noz subjectz. 1610

Vierges d'Aon, vierges du saint Parnasse, Quelque oeuvre hault des ceste heure j'en face, En allongeant jusqu'alors mon plaisir.

Plus ne soyc jeune, encore ay je désir 161 4

Veoir ce beau temps, ce temps heureux et riche !

Or d'ung cousté assemblera l'Aultriche Sa noble force, et pour elle sera Tout le pays qu'elle subjuguera.

En mesme jour, la proesse de France Sur aultre part estendra sa puissance, 1620

Et ses conquestz elle fera pour soy; J'ordonne ja leurs bendes a part moy ; Car cy va France et par la va Bourgongne.

Mais trop du jeu du Louvre je m'eslongne. Si tost qu'y vint le beau duc d'Orléans, lôaS

Sur son roussin en armes tant seans.

Tout l'air sembloit s'esclater de lumière.

La Royne l'oeil raeit dessus la première, El jusqu'au bout soubriant l'ensuyvit.

Or l'Empereur ce long passetemps veit, i63o

Et l'on eustdit, a veoir sa contenance, Que voulenticrs eust soubstenu la lance D'aulcuns foibletz, et que son coeur par foys Il leur prestoit a tronçonner leur boys.

Nouvelles eust de sa seur la régente i635

De Cleves, Gand, afin qu'il diligente.

Luy doncq estant sur l'arrcst de partir, Ung jour devant, Pelou va l'advertir Que la Maison de la Ville a la porte Prie d'entrer, et que l'on luy apporte 1640

Quelque présent. La chaize il demanda Ou voulcntiers chacun le regarda ; Il seit, estant de corps trape et robuste : Séant il sent pleinement son Auguste.

Les eschevins cstoient encores tous i645

Gomme a l'entrée en robes de velous :

<( Sire, » luy dit le Prévost, « vostre ville Paovre, petite, imbécile, incivile A recevoir la Vostre Majesté, Pertinemment vouldroit avoir esté i65o

i635. — Voy. plus Jiaut v. I22y-i2j3.

l638. — Le seigneur de l'eloux (Cf. Relation des troubles de Gand, p. 293) était un agent de Cliailes-Quint.

1647. — En marge : u Superbe hareiigue du prevost des marclians sentant encor ung petit sa vielle prevosté. ». Ce prévôt des marcliands, qui paraît dès le v. i8, était Ktienne de Montmirail, conseiller au Parlement, qui succéda à Augustin de Thou.

RliXE 5IACE

Plus suffisant, mais au fort nostre faulte

Se peult moins veoir soubz vostre, plus est haulte,

Illustrité, et de tout vous prions

Nous pardonner, et vous remercions

De tant d'honneur; nous en demourons vostres, i655

IMaintenant nous, et a jamais, les nostres.

Si vous ozons faire encor ce présent

D'ung Hercules libicque, trcsdecent

A vous et nous, pour nostre monstre et gage

D'estre alliez, vous et nous, de tout aage ; 1660

Car Hercules, qui THespaigne hanta,

i658. — Nous lisons clans la Relation des troubles de Gand, f . .

p. 5o : « Ceulx de la ville de Paris luy offrirent et présentèrent,

a sa bienvenue en icelle, ung Hercules d'argent doré, lequel estoit

de la haulteur d'un grand liorame et roboustere... » D'autre part,

dans La Vie et les actions héroïques et plaisantes de Vinvincible

empereur Charles V, II, 87, nous trouvons ces détails : « La

ville de Paris voulut faire honneur à nôtre héros, et luy dressa des

Trophées dignes de sa grandeur, et de son mérite. On ne voyoit

par tout qu'une infinité de Bannières , sur lesquelles estoient

peintes les Colonneî fabuleuse[s] d'Hercules, avec la devise de

Cbaries V. »

i66i. — En marge : « Baptiste Manth. en son Dionisius. Je

m'ayde de tout pour embellir Paris. ». — Macé s'inspire ici

assez maladroitement de quelques vers de Baptiste le Manlouan,

empruntés au poème De Dionysii Areopagitx conversione, etc :

Nam quaudo Alcides per Iberica littora ad hortos

Transiit Hisperidum, dédit bis persistere campis

Parrbasios quosdara, qui florida rura videntes

Sequanicas juxta posueruut mœnia ripas.

[OEuvres compl., Anvers, 1576, II, fol. 182).

VOYAGE DE CUARLES-QUI>fT 8l

Alors en troys royauhucs qu'il osta

A Gerion, que aux troys corps on appelle,

Veit ce pays. Ce n'est chose nouvelle

Que les vaillans, et spécialement i665

Les rois d'Hespaigne y viennent droictement ;

C'est leur chemin. Il avoit quelque troppe

De Parrasins qu'il, afin que je coppe

Trop long discours, leva de Parrasus

En Archadie. Or venu au dessus 1670

D'aulcuns brigans tenans fort en nostre ille

Et regardant ce quartier tresfertile,

Pour le garder y laissa garnison

De Parrasins, l'en prians a raison

Qu'ils estoient las de si longue traynée. 1675

Pi'emiex's ilz ont nostre ille gouvernée Soubz Hercules, dont nous portons leur nom ; Le treslong temps n'en a changé, sinon Quelque durté : Parrasiens est rude ; Parisiens sent la sollicitude 1680

De noz maieurs d'estre humiiins mesmemeiit En leur parler. Ainsi l'on veoit comment Paris affin est a la vostre Hespaigne,

1669. — L'opinion, qui confond dans une même tradition mythologique, empruntée à Baptiste le Mantouau, Apollon Parrhasius (de l'harrasie en Arcadie), Hercule et les Parisii se trouve aussi dans Gilles Corroiet, La Fleur des Antiquité: de Parisf (réimpression de i53a), p. 8-9.

82 RENÉ WACÉ

Si toutcsfois l'Hespaignol ne dédaigne

Telz vielz amys. » Ainsi il harenguoit, i685

Et les murs faicts par Jules alleguoit.

L'Empereur lors : ce Vrayement, » dit il, « j'alloue L'affinité, et de vous je me loue; Ne m'espargnez, ou je soys près ou loing ; Parisien je seray au besoing. 5) 1690

Sept pieds de long avoit ceste statue D'argent massif, (!n escharpe vestue Saulvaigement d'un cuir a poil doré ; Viaire, bras, tout y est nature : i6g4

Pour borne en mer deux grans coulonnes plante ; L'eau en tressault, boullante et escumante, Et alentour « Plus Oultue » est engravé. Hercules la faroit quest achevé ; Tous ses lidîeurs Charles a passé oultre, 1^99

Et des enfance a pour son mot: « Plus Oultre. »

1686. — En faisaut allusion à cette prétendue enceinte de Paris, Macc reproduit l'opinion de Jean de Huntville qui, dans son poème YArchithreiùus, fait un éloge <le la ville de Paris {Hist, litt., XIV, 569-576).

1700. — Plus oïdtre était la devise de Charles-Quint.

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