VOYAGE DE CHARLES -QUIXT
En si bon prince il n'y a coulpe nulle.
Il me vient vcoir! Soyez tresbien venu, i65
Monsieur mon frère! -a Et parloit le chief nud.
Tandis pourtant, la royne de Hongrie Es Pays Bas commande que l'on prie Pour l'Empereur : on faict processions, On jeune, on va aux prédications, 1 70
Qu'il plaise a Dieu mitiguer du Roy l'ire Vers son beau frère. On a eu beau luy dire Qu'il n'y passast, il y est obstiné, De son proave il n'a pas fortligné ; Conseil ne quiert de rien qu'il doibve faire, 173
Bien des moyens de son vouloir parfaire.
Toute la court, les dames mesmement, Suyte luy font tresque reveremment Jusqu'à Paris, ou souvent en soy mesme Il s'esbahist comme France tant l'ayme : 180
« Grand quantité de leurs pères sont mortz, Voire par moy, et n'en ont nulz remordz ! Il plaict au Roy qu'ilz oblient leurs pertes. Et ilz n'en ont, semble, nulles souffertes. »
167. — Marie, sœur de Charles-Quint, avait épousé, en iSai, Louis II, roi de Hongrie. — En marge : « L'amour des Arthoysiens et Flammandz vers leur seigneur, »
174. — En marge : « Charles, duc de Bourgoigne, estant deci vant Beauvais, dit a ses gens et conseilUers qu'il ne leur deman- I' doit conseil s'il debvoit aller a Rouen, mais seulement comme il « y debvoit aller; il feit plusieurs autres exécutions sans conseil. »
RKNE MACE
Bon Empereur, oultre que c'est péché i85
De nourrir heyne, ung coeur d'elle empesché Soy mesmes moult de sa fureur se vexe ; Sa propre peine au meffaict est annexe Et dessus tous aux grans en appartient Estre oblieux, car leur heyne ne tient 190
Qu'a tresgraridz maulx tant privez que publicques, En quoy ce jour voz vertus heroicques Se monstrent bien, quand de voz haultains coeurs Injuriez vous devenez vaincqueurs.
Par noz péchez vostre hevne est venue, iqS
Nous repentans n'a aulcune tenue.
Or le Daulphin et le duc d'Orléans Le costoyent tousjours, le recreans D'humbles propos, en habitz de pareure Esmerveillable, et tresbravc monteure aoo
Reniflant feu, sur le pavé clacquant Du fer clicquant menuz saultz quant et quant.
Laquais èntour, le saphir a l'oreille, Tous de velous et argent traict en fueille, Housine en main toute (iere d'anneaulx ! 9.o5
Et le Légat avec dix cardinaulx Marchoit devant, tous en chapel et chappe. Hier avoit fait son entrée, et le Pape Paul, tiers du nom, de Romme l'a transmis. Chérir pour luy ces deux princes amys. 210
Consequemment va la maison royale,
En tout maintien tresque seigneuriale :
Premier Vendosme et Loraine et Nevers,
Guyse, d'Aumallc et aultres a travers,
Vestuz de noir, a ce jour mal propice, •> i 5
Mais c'est le dueil de leur impératrice.
Plnfres, darons, trompettes et tabours, Devant, derrière, a droict et a rebours. Le hault, le bas et le gros et le grelle, Le long, le dru, tout respond pesle meslc. aao
Encor devant va Poyet, cbancellier, Premièrement advocat singulier, Puis président : l'on monte par science D'ung degré l'aultre a toute preminence.
Le seau royal, en coffret de velous aaS
A fleur de lis, couvert d'ung voile doulx, Va devant luy sur blanclie hacquenée, Menée en main, de drap d'or atournée.
Entour ce seel huyt ses officiers vont, La teste nue ; et emmanthelez sont 23o
ai3-2l4. — Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et gouverneur de Picardie (l537), plus tard loi de Navarre (i555). — Antoine le Bon, duc de Lorraine et de Bar (1489-1544). — François P'' de Clèves, duc de Nevers depuis l'érection du comté de Nevers en duclié-pairie (l539). — Claude, duc de Guise (iSc-S), plus tard (l544) duc ''^ Lorraine. — François (Monsieur d'Aumale), duc de Guise en i55o.
221. — Guillaume Poyet, clianceller de France (1474-154S), auteur de la fameuse ordonnance de Villers-Cotterefs, ht Giiillclmine (iSSg), relative à l'administration de la justice.
REXE MAC F.
Ou de velous ou d'escarlato fine :
Et part montée, et part a pied chemine.
Encor devant marche le Parlement, Et tout l'Estat des Comptes suyvamment.
Et Chastellet, et Fecclesiastlcque 9.35
Dévotion, portant mainte relicque, Recteur, docteurs de l'Université, En leurs habitz de saige antiquité.
Ayant le Roy disné avec la Roy ne.
Sur le chemin du petit Sainct Anthoyne, i \o
Dedens l'hostel nommé Montmorensy, Voit voulentiers l'Empereur estre ainsi Embesoigné entre ceste grand presse De toutes gens qui luy mesmes oppresse.
Le Connestable ayant l'espée au poing, 9-45
Crioyt Nansey, et luy, en plus grand soing, Crioyt La Voulte, et La Voulte a grand course A ses archiers, mais pour néant s'encourse.
Le bruyt est tel que quand la mer mouvant Tonne dens soy en rappelant son vent, aSo
Dont n'y a boys ne mont qui n'en responde
241. — Eu marge ; u Ledisner du Roy et de la Royne a l'iios- « tel de Montmorensi sur larueS. Anthoyne. »
246. — Joacliira de La Châtre, seigneur de Nançay, capitaine des gardes du corps eu i533, gouverneur de la ville et duché d'Orléans en l538.
247. — La Voulte était le grand prévôt de la « connestahlerie « et inaresnl\nucce » de France.
VOYAGli DE CHARLES-QU1^T l'S
Lieue et demye d'horreur sombre et profunde ; A tant chevaulx de la se sont tirez, Leurs parenientz toutefibis dessirez.
On avoit mis, au carfour qu'on appelle aSS
Porte Baudet, une monstre tresbelle D'ung ange armé et d'ung mouton doré.
Et nymphe entr'eulx de viaire asseuré, Qui sur son bras portoit ce mot : «. Europe. »
Icelle fille oza jadis, en croppe 260
D'ung fier taureau, oultrepasser la mer, Et Jupiter la daigna bien aymer, Tant estoit noble ; et encor du nom d'elle Le tiers du monde, en mémoire éternelle, Est appelé : elle voulut parler, 265
Mais ne laissoit ce grand train a aller.
Qu'eust elle dit? A part moy je devine : « Dieu gard Paris ! Le bruyt de vostre digne Resjouyssance, a ce beau jour icy, M'a faict venir pour me y trouver aussi; 270
Ensemblement pour n'empirer la feste, Vous est venu ceste tresnoble bcste.
Ce doulx aigneau de si riche toyson,
256. — Voy. plus loin (v. 44i) l^* note relative à la porte Baudoyer.
257. — En marge : « S. Michel » et « la Toyson d'or. » 259. — En marge : « Il y avoit le jour de l'entrée de l'Empe-
• reur gens de toutes pars d'Europe a Puris. »
l4 RENK MACÉ
Lequel pour veoir jadis le preu Jasou
Prit tant de mal; et quand par sa proesse 275
L'eut conquesté, Orpheus par my la Grèce
Gens a danser de sa harpe assembla.
O! que moult beau ce mouton leur sembla!
Et sçavez vous comment si belle layne
Luy est venue ? On le diroit a peine : 280
Oncq de mouton il ne desnatura,
Paisible et coy tousjours il pastura,
Et ce pendant sa toyson s'est dorée
De une herbe en fleurs presque ainsi coulorée,
Et de ce encor l'entretient et nourrit. 285
Veoyez aussi ce céleste esperit, Le glaive en main, et ceste grand bellue Qu'i foule aux piedz de tous venins pollue : Le glaive, c'est finale Vérité,
Et le serpent vielle Cupidité, 290
De tous péchez la mère originele.
Mouvant les gens a guerre criminelc.
0! soit a tant tenue ainsi soubz pied, Que les vivans vivent en amytié.
281. — Eu marge : k L'interprétation de la Toysoii d'or. Allusion a ce que dit Vergil » :
Nec varies discet mentiri lana coloi'es, Sponte sua sandix pascentes vestiet agnos. » (Virg. Bue. IV, 42 et 45.)