‹ Voyage de condottièreChapitre 7 sur 24 · ROMANS ET PORTRAITS · texte numérisé non relu

ROMANS ET PORTRAITS

Dam k$ muêé«$ (k MUam.

Un nouvelle espèce d'huistien porte-chatnes garde les mutées, A prteeut : Us lool pleins de docteurs, qui ne permelteot pas tox ptseante de rdfer devant les OBUTTSs : Us ont pris l'habitude de croire qu'elles leur appartiennent. Parce qu'ils n'en sauraient jamai» iniafiner aucun, ils te donnent l'air de mépriser nos romans et nos poèmes. Mais on rit de U défense. Bl je me permets tout ce qui ne leur sera jamais permis.

A chacun son métier. Je ne parcours pas .e monde pour leur plaire, ni |H>ur tenir registre de leon erreun. t'o musée n'est qu'un catalogue pour les maîtres d'éoole et les critiques. I\)ur les poètes, c'est une allée des Chainps-Êlyiéee, où chacun réreille les ombr<^ heureuses de sa dilectioo, où il s'entretient avec les

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beautés de son choix. Paix aux érudils dans leurs catacombes : mais qu'ils nous la laissent. Je ne voyage pas pour vérifier leurs dates : je me suis mis en route pour délivrer les Andromèdes captives, pour faire jaillir les sources, et prendre au vol les images. Je veux ouvrir les palais dormants avec ma clé. Je suis oiseleur et chevalier errant.

MoifNA Velena

A Poldi Pezroli, PoUajuolo nous tend le piège d'une figure étrange et séduisante. Dans une salle dorée, non loin d'un tapis persan, qui tient pour l'œil un accord somptueux et magnifique, une jeune femme fait le guet : elle est en relief, de profil, collée à la muraille. C'est presque une jeune fille, mais sans gaieté : elle ne médite pas : elle laisse le hasard méditer sur elle, et lui abandonne, pour ce qu'il voudra faire, avec ce corps fragile, ce visage pensif et mutin. Je l'appelle Bianca Velena.

Elle est si froide, et pourtant si vive dans son corsage. L'œil un peu étonné, la bouche avide, dans un retrait naïf et triste. Elle est pâle et n'a presque pas de goi^e. Son col est trop long : on ne voit que lui, nu, plein de force, et de santé sensuelle. Qu'il est tentant, ce col I 11 tentera le fer peut-être ; il appelle le baiser de la hache.

Nice, mais le feu n'est pas allumé en elle. Celui qui fera roucouler cette colombe, donnera le vol à des

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ardeurs retoutables. Ce petit nei frémit déjà à la pro> messe : quelles narines curieuses^ et comme elles s'ourrait à des parfums lointains, peut-être sanglants 1 Dans cet œil, trop tranquille pour n'élre pas mélancolique, la flamme jettera de durs éclairs. La petite fille a une figure de vierge empoisonneuse.

Un jour, celte petite tète sera tranchée.

La Béatrice de Léonard (!) n'est pas si redoutable : tout le monde connaît cette belle petite amoureuse, un peu lente, un peu surprise, et si jeune. Elle a la bouche gonflée des baisers qu'elle reçoit et de ceux qu'elle donne. Elle en attend. Le bout de son nez est gourmand. Elle est neuTe, et se platt à toutes earaaies. On devine qu'elle eti gaie, qu'elle a l'humeur plaisante et un rire d'enfluit A la naissance dt sa gorge frêle, la nudité a une saveur exquise. On sent la tiédeur des »eins menus à travers le corsage. Tout le portrait respira mw chaleur déUdeiite. Léooard de Vinci est le seul Ilalieo qui pot donner taol d'esprit, de charme, de finette aimable à une figure, avec un dessin si fluide ei tanide goût dans la couleur.

La SAiim CAmnuNi di Lvnii.

Luini eti le seul peintre lombard. Je ne tais s'il a tant prit de Léonard qu'on veut le dire. Je le voit austi (1) ▲ rAabroldMat.

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prodigue d'œuvres que le Vinci en est avare. Sa couleur est aussi claire que celle de Léonard l'est peu. Et quand au sourire de ses femmes, il semble qu'il fut propre aux Milanaises de la Renaissance : le sourire de Florence est plus aigu.

Luini est une femme. Il est doux, amoureux, faible, coquet, élégant, comme elles sont, quand elles veulent plaire. Il a une sorte de poésie romanesque. 11 aime d'aimer. Comme il est abondant, on le croit facile ; mais il a toujours le goût délicat. C'est une femme qui chante, comme le Schumann de la peinture : un peu monotone, un peu mignon ; mais la voix italienne est mieux en chair, plus solide et plus heureuse que la voix allemande.

La Sainte de Luini n'est plus Catherine, la fille du roi Coste, qui fut instruite dans tous les arts libéraux. Grâce au ciel, ce n'est point la terrible vierge qui discute avec l'empereur Maxence, • conformément aux divers modes du syllogisme, par métaphore et par allégorie » ; cellequecinquantedocteursdeSorbonne n'ont pu réfuter, en Ég}'ptc ; et qu'elle confond, au contraire, par des raisons si bien déduites, que réduits au désespoir et au silence, dans la douleur de ne pouvoir plus braire, ils s'en vont pendre incontinent. Il est dit de cette vierçe formidable, qui provoqua d'innombrables massacres, qu'ayant eu la tête tranchée, de son col jaillit du lait au lieu de sang. Les anges recueillirent alors ce corps

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sacré, et le tnmsportèrent sur le Mont SinaT, pour l'y ensevelir (1).

\je grnlil Luini ignore les fureurs de la martyre, et de l'absurde Maxenee, 6et ours enragé qui n'ouvre la bouche que pour mordre, déchirer, et ordonna des supplices.

Gomme il se promenait sur les rives natales, au bord du lac, entre Lui no et Laveno, à Lugano peut-être, il a trouvé la jeune fille sur un lit de fleurs. C'était la propre nymphe de l'idylle, qui venait de quitter les fraîches demeures du Roi Lugano. son père. Il la voulait marier à un fleuve, riche et beau comme l'été. Mais la vocation de la nymphe était de rester vierge, et de n'épouser que le ciel. Elle est montée sur le flot ; elle a posé le pied sur la prairie. Et l'air de la terre l'a tuée.

Trois anges, alors, trois anges ao visage de femme, qui sont des (ées, Tolent d'en haut, comme l'alouette deacend ; ils viennent quérir la fillette pour la mettre dans un bean lit de inart>re, orné d'hippocampes, où quand la lane sera levée, elle se réveillera afin de monter au ciel qui l'attend, légère comme un de ses dieveui dorés, sur un rayon de lumière laiteuse. I.es trois fées sourient avec piété à leur sœur endormie. Elles la tiennent sur leurs mains, par la ceinture et les jambes. L'une soutient la télé et Taulre les pieds chastement joints. La rêveuse est étendue, bien serrée dans son

(f ) A la Brtn.

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manteau. L'air est tout ému des ailes battantes. Ces beaux oiseaux palpitent, et sentent à peine le poids de la inorle charmante.

Que de goût dans la libration légère de ces figures, suspendues comme une belle accolade au-dessus du sépulcre rigide. La ligne droite du marbre les fait paraître encore plus aériennes. Voilà le rythme, et la poésie.

Gaston de Foix

Que sait-on de cet Augustin Serabaglio, dit le Bambaja? Il vivait au temps du Vinci ; il était Lombard, et il a laissé une statue admirable : Gaston de Foix, couché sur son tombeau (1). François I" lui commanda de la faire, et il s'y mit trois ans après la mort du fameux capitaine. Elle reste seule d'un monument qui, par bonheur, n'a pas été achevé.

Plus qu'un héros, il semble l'archange de la guerre. Ni dieu, ni déesse : il a la pureté des vierges et la force de l'éclair mâle. Sa figure est d'une Pallas guerrière, laquelle est issue de Jupiter par le front, et n'a point connu la faiblesse d'un sexe ni la violence passionnée de l'autre. Il faut que l'artiste ait vu Gaston de Foix, qu'il en ait eu le portrait sous les yeux. Ou il ne s'en fût pas tenu là dans l'invention créatrice.

Une pureté éclatante, c'est le trait dominant de celte

1) Ao Masée dn Cbâteaa Sforza.

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figure. Elle n'est même pti froide: elle a le coupanl des cimes oeigeow ; et, comme la glace, elle illuiniDe. Eoflo, ee oorpa magnifique de guerrier est une épée, qui porte à la garde une tète sublime.

Elle est ceinle do laurier. Et tel est le goût de I oroement, que la couromie semble un rinceau naturel de la ooiflfùre, comme leadwveox, taillés droit sur le front et pendants sur lee oôlét, sont la ')>arure naturelle de la téie. La cheTelure entoure le crâne comme un casque, le heaume ouvert

D ne dort paa. D rè?e, il médite ; il tient le mot de la Tictoire. La plut violoite toergie ne lui coûte pas : elle est en lui comme l'odeur ou la blancheur du lys est au lys odorant et candide.

La divine vertu de ne rien craindre, voilà ce que ce corpa exprime. Et, selon la loi, celui que n'atteint pas la crainte, est celui que n'a jamais visité ni le péché ni le crime. Le courage sans fard el tant limite est la face de la pureté parfaite, tournée ven l'action. Si Gaston de Foix eut cette innocence légendaire, qui le sait? Non image funèbiv ferait oroiieà une perte que rien n'a pu compenier.

Le eorpe do béroa eal iflunenat : Oetton de Foii était un géant, long, élégint, anigis dn bM, large da toiw, a taille mince et les épaulea vaalee. Cette ttatue m dédie elle-même à tous les prince* de la guerre.

La diaateté virile comporte «ne pmrté où la plus

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vierge des jeunes filles n'atteint jamais. La Tierga échap]>e à son destin : tandis que le pur héros le fait.

L'artiste a couché le corps sur un brancard de pierre, drapé de linge virginal. Il lui a croisé los mains sur la grande épôe brisée par le milieu ; et la ceinture fait les quillons & la fusée. Les mains, l'une sur l'autre posées, sont allongées avec douceur, formant un beau triangle dont la pointe est au giron. Comme des ailée, iet manches et les brassards sont gonflés d'un soufQe.

Le col est nu. Sur la poitrine, le collier de Saint- Michel est une dentelle d'honneur souverain et de chevalerie. Et la belle tète re(>ose sur un double coussin de marbre, brodé d'une guipure charmante. Que cette tête est pure, pAle, fière, mélancolique et calme 1 Elle est longue comme la fleur héraldique. Le grand nez tourne court à la pointe et reste comme un roc abrupt, comme un cap au milieu du visage. La bouche est d'un enfant, mais dans un monde où l'enfant a la force des dieux : sincère, et chaste et naïve. La lèvre supérieure eu cerise avance un peu sur l'autre : bouche admi> rable, si grave, et qui dut être rieuse aussi. Le menton puissant fait une sailHe vaillante, une borne ronde à rov?le. Pour moi, je crois voir Saint Louis à vingt ans.

L'œuvre d'art est accomplie, quand, au bonheur que la beauté donne, de prime abord, ne manque pas non plus le rêve qu'elle propose, le poème qu'elle inspire au passant et à l'artiste.

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