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TEMPLE DES BOUFFONS

Milan, Son Ut porte Tolta,

Di tout les limixoù rampe la fourmi humaioe, il n'en est p&s beaucoup où I'od puisse froncer le sourcil avec plus de dégoût, qae dans le faubourg où te me misa errer, ce jour-IA.

11 est, aux portes de Milan, un Uicétre inonuiiK oui

qui donne, soir et matin, les émotiont du drame a

I>euple; et d'ailleurs, quand c'est son tour d'y paraître,

hacun joue son r6le dans la tragôdie, et plus d'un

devance le tempe, parfois.

Une réonioo de ge&s, comme A la foire. e( où ne

lanquent même pu totbétes, frappe d abord la rue.

>:tte aseemblée geeticoltit étrangement ; la mimique

était solennollf. Tous ces paurrcs acteurs avaient

«^ndotsé leurs habits du diminohe. (kMama U y trait

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des vieillards en grand nombre, et beaucoup de petits nfants, toutes les modes se coudoyaient sur l'immense scène. Les arbres semblaient grimés ; un haut cyprès, taillé eu cierge, faisait croire à un cierge noir taillé en cyprès; mais après tout, ce n'était sans doute qu'un portant, et s'il tenait droit, c'est qu'on le dressait à force de câbles, dans la coulisse.

Comme les |)aysages sont à l'imago de notre âme, quand ils la séduisent, la foule dans les allées de ce jardin avait les traits du (aux arbre. Tous étaient ridicules, à cause de leur costume roide, et d'un air solennel, qu'ils avaient pris en entrant. Une famille était à table, mangeant des poires; une autre entourait un fauteuil à oreilles, où un vieillard croupissait. Ils avaient tous leur air de cérémonie, empesé comme leur linge; et des bourgeois eux-mêmes, le frac sur le dos, étaient gênés aux entournures. Ils faisaient le bras rond, comme dans les bals le jeune ouvrier offre son coude à celle qu'il préfère : car. ici ou là-bas, tout finit de la bonne manière, et par des mariages. Une femme en mantille se promenait dans une robe à cinq volants entre deux hommes blêmes, l'un grand et maigre, l'autre court et gras, mais tous les deux d'une dignité inaltérable, et vêtus dun long manteau, précaution contre l'hiver : tous les trois allaient d'un pas si sérieux qu'on avait peine à les croire à la promenade : cependant, comme la femme tenait uo gros bouquet de dahlias stupides, l'homme

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maigre un parapluie, et le gras uoe canne à bec de canard, on ne pouvait douter qu'ils ne fussent dans cette campagne pour leur plaisir.

U foale était cossue, éloquente en tes mines, silencieuse toutefois. Les enfanta eux-mêmes paraissaient aoocieui ; ils veillaient à ne point salir leurs petites robes, leurs beaux souliers à lacela, ni leurs guimpes. Us concouraient pour le prix de sagene, sous les yeux attendris et moroses de leurs parents. Le vent ne jouait point dans les naUea det petites fliles. Un marmot pourtant fainit des pAlés dans le sable, d'une bt^che prudente; il pétrissait la terre; un autre la coillait de •on seau, l^n garçon en culottes. la veste tournée en queue de poule, poussait un étrange cerceau, ^pais et blanc comme U pierre.

Que l'air éiait lourd et moqueur dans Cf jardin I On pouvait eompler les mailles des dentelles sur la tête det femmes, et la brodeuse eût reconnu le point. Voici venir un vieux birbe, dont It houppelande ett scellée de wpt boutons d'or, sans en ométtn deux à la taille,

deux autres à la pointe des btsques, tel l'œil sur la plume du paon ; on reconnaît mr les boulous l'efTigie du fffince BofèDe, et l'on admire jus(}u'où uo assidu des ventes a poussé l'amour de la Uévolution.

Uoe vieiUe dame au nés eroux, qui ût fortune dans

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le coiniueroedes fruits wcs, porte un collier de noi^etic» et trois bracelets d'avelines. Un chien suivaitson maître, en tirant la langue; un diplomate pressait un carlin sur son gilet, tandis qu'une marquise tenait un éventail et on maneluMi. Nombre d'hommes, le bras tendu, montraient lepoingaux nuages; quelques femmes l)aissaieut les yeux'et comptaient les boutons de leurs Ujtlines; «ne mariée, empêtrée dans son voile, ployait un front chargé de fleurs pesantes et sans parfum.

Tout ce peuple avait firoid, sous la lumière jaune de l'été, en dépit des manteaux et des fourrures. Ilsalluicui, la plupart tête nue; mais beaueoup aussi coiflaient le diapeau blanc, des plumet et des écharpes. Us avaient l'air de parler haut, chacun pour son compte; un grand nombre criaient; quelques-uns chantaient: pas un ne semblait seulement entendre la voix de son voisin. Ïjq geste obstiné, ils déclamaient insupportablement. Nul en fatuité ne le cédait aux autres, lis proclamaient leurs noms et leurs qualités, avec une emphase atroce. Certes, on ne vit jamais une troupe si outrée ni si morne de comùdiens.

Je m'aperçus alors que ces pauvres gens jouaient eu farce la plus illustre et la plus antique tragédie du monde. Car ce théâtre, ce monument de laideur et do vanité, cette scène éhontée où la parodie de la douleur s'étale, j'en dis enfm le nom : c'est le cimetiève de MiJan.

LA MÉLANCOLIE DE CRÉMOr(B

CtTAtT l'heure où le soleil se met à l'afTût de la joar> née el tire sur les tours des ièehflt biiiies, qui font saigner les briques.

Li irieille ville e pris ioa &ir d'ardente tragédie.

La lumière immobila a au le firieeoo. Le jour a eeseé de brûler oomme un eieme deaB la darlé tranquille. Et la ehalear de jniD B'dtait plai ee drap d'or biese, que lee elœhera parai«ijnl leadre enr l'aprti midi

Dea auéas noirea nifgiwait du levant, et oouniNat à la reooootre de l'autre horisoa. Un soufDe de raolbnieqne passait, parfois, eaire ciel el terra, «cmmm pour balayer les maiaMM, «i le ealme idgnait «aasile. Le soleil B'éUit jamiia Ma. Tmm k te 4b Jev Ail m l'Dg crépuscule, plelb de flw el de violenee. L'onze

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éclata soudain, vif et bref : il vint sur les tours et sur les dAmes comme une bande de grands rapaces, aux ailes larçes, aux plumes de pourpre et d'or noir.

Quelques vastes éclairs, dégainés en cimeterres, enveloppèrent les toits et les corniches. I/?8 sillons de la foudre déchiraient le ciel vers le sud. Et cinq coups de tonnerre formidables ponctuèrent ces traits aveuglants.

La pluie violente et courte, oblique comme une lanière de fouet, donna les verges aux murailles. Elle tombait en balles sur les dalles torrides. Elle cessa bientôt. Tout le monde avait fui la Grand Place. Le milieu du ciel restait sombre, et le soleil rouge reparut.

Je m'enivrais de ces ombres sanglantes. Je ne pouvais quitter le bas de la Tour, et ce magnifique plateau où Crémone est servie, le Champ des Morts à côté du Baptistère, le Dôme h côté du Beffroi, et les palais de la Commune l'un contre l'autre. Que cette place est belle 1 Qu'elle est grande et variée, mélancolique et forte! L'énorme tour n'écrase point le sol. La puissance a raison de la lourdeur. Elle finit en pointe. On envie de ne point rester en bas, et de monter les cinq cents marches. Au dôme, la façade de marbre blanc et rouge m'émeut; sous le soleil, elle ruisselle de sang, sombre et violente. Je ne vois que la couleur. C'est un visage qui s'empourpre de colère et qui se plombe de honte. Et face aux églises, les palais mâles, cruels ettaciturnes, sont des fauves, des tigres prêts à bondir.

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La place de CrémoM est une tragédie lyrique du style le plus fort et le plus sévère : toute l'âme de la ▼ille y cluuile. Rien n'y manque qu'une chapelle aux violons.

Voilà un as de ville, comme je n'en ai point vu eooore : plutôt une suite de places qu'une place, uu cœur à quatre lobes, avec les gros viiaseaux du saog, au rythme puissant et large. La vie de l'antique commune y bat, je l'enteuds qui se soulève. Un vieux peuple libre, plein de foi et de patience. 11 a tout souffert, et Blâme des princes plus féroces que des loups enragés, pour ne point recevoir la loi d'autnii. Enfin, quand il s'est dooDé à Venise, nul n'a été plus lidèle à la cause de la «08 République, et à la dévotion de Saint Marc. Au Campo Santo, dans le coin le plus retiré, une vieille rooniiiiie exprime le ■mtiiDent de la foule chrétienne, la prière des oasan pneifiquet dans les temps de toute violence, quand la guerre civile n'avait de relftcbe que sous le talon des bandes étrangères, au milieu du sac et de l'ineendic. La Piélé esl blenée au flanc par la Cruauté fbrieuse; et la Foi arrache la langue à la Discorde.

Cette Crémone a du eoBur ei des larmes. Elle est •èrieose et chaude. Quel passant, de ceux qui ne cher chant que le plaisir, ne la troinresa pea looifare el triste? Ses arbres même, perdus entre les mnrailles qu'ils caressent d'ombfa, ne l'égayent |>as. Mais elle a

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le charme de l& mélancolie; ei certes, à la voir, on l'entend : on sent bien qu'elle était faite pour la musique.

Une pensive gravité réside sur los façades de brique; ces figures hàlées, qui :oéditent, se regardent avec ardeur, et ne s'imitent pas. Elles ne sont point mornes oi maussades. De fortes arètea varient le jet du Torrazzo, qui enfonce sa flèche conique, comme une pointe de cactus dans le ciel rouge. Par les galeriea ouvertes, aux deux étages les plus hauts, les martinets aux longues ailes passent, aigus, et repassent.

Quel goût hardi et sévère a élevé le Palais Public sur de It'-gères arcades, i côté du Palais des Capitaines, masse si puissante qu'elle n'a peut-être pas sa pareille dans l'Italie du Nord. Il serait monstrueux, ce palais des Gonfaloniers, s'il ne respirait une énergie redoutable : c'est la maison du glaive. Sur le ciel sanglant, elle porte la couronne d'admirables créneaux. Et sa corniche est vraiment le diadème d'une puissance crénelée et royale.

Je n'oublierai jamais 1 ardeur de Crémone.

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