TOME II. G
soin, de trop s'avancer au large, et de plonger trop profondément, ainsi que nous l'avons déjà observé.
Un ennemi bien plus redoutable attend ces animaux sur la terre. . . .
C'est l'homme Nous avons eu occasion de rapporter que
quelques individus étoient entraînés par les cOurans et les tempêtes sur le continent de la Nouvelle-Hollande ou sur la terre de Diémen. Aussitôt que les sauvages de ces régions viennent à en découvrir un , ils l'enveloppent : vainement celui - ci tente de regagner le rivage ; toute retraite lui est interdite : armés de longs morceaux de bois enflammés par un bout, les sauvages assiègent le malheureux naufragé ; à peine il a entrouvert la gueule pour présenter les seules armes qu'il reçut de la nature, qu'on lui enfonce à-la-fois dans la gorge plusieurs de ces torches ardentes. Le géant amphibie pousse de longs mugissemens , agite avec violence son énorme masse , et meurt bientôt suffoqué par le défaut de respiration et par la douleur. Alors des cris de joie s'élèvent de toute part ; on ne pense plus qu'à la curée : les féroces vainqueurs se groupent autour de leur victime ; on la déchire de tous les côtés à-la-fois ; chacun mange, dort, se réveille, mange et dort encore. L'abondance avoit réuni les tribus les plus ennemies entre elles ; les haines paroissoient éteintes ; mais dès que les derniers lambeaux corrompus de leur proie ont été dévorés, les ressentimens se réveillent, et des combats meurtriers terminent ordinairement ces dégoûtantes orgies. Il y a quelques années que , dans les environs du port Jackson, une double scène de cette nature eut lieu parmi les sauvages du comté de Cumberland , à l'occasion d'une Baleine énorme qui y avoit échoué , et sur les ossemens de laquelle ils s'entr'égorgèrent.
Les animaux dont nous parlons, guidés par un sage instinct, avoient su jusqu'à ce jour se dérober à la fureur de l'espèce humaine. Loin des lieux qu'elle habite , retirés sur des îles sauvages et solitaires, ces grands Phoques pouvoient, sans ennemis, sans alarmes,
y multiplier et y croître à l'envi. .... Tout est changé désormais pour eux ; et s'il leur fut possible de trouver un abri contre la voracité des habitans de ces climats , ils n'échapperont point à l'avidité mercantile, qui paroû avoir juré l'anéantissement de leur race En effet , les Anglois ont envahi ces retraites si longtemps protectrices; ils y ont organisé par -tout des massacres, gui ne sauroient manquer de faire éprouver bientôt un affoiblissement sensible et irréparable à la population de ces animaux.
Les pêcheurs Anglois se servent, pour les tuer, d'une lance de 4o à 50 décimètres [1 2 à 1 5 pieds] de longueur, dont le fer, extrêmement acéré, n'a pas moins de 6 à 10 décimètres [24 à 30 pouces] : ils saisissent avec adresse l'instant où l'animal , pour se porter en avant, soulève sa nageoire antérieure gauche ; c'est sous cette partie que la lance est plongée de manière à percer le cœur ; et les hommes chargés de cette opération cruelle y sont tellement exercés, qu'il leur arrive rarement de manquer leur coup. Le malheureux amphibie tombe aussitôt, en perdant des flots de sang.
Quelque doux et quelque paisibles que soient habituellement ces animaux, il est nécessaire toutefois d'épier avec la plus grande attention leurs mouvemens lorsqu'on veut les frapper ; comme s'ils pressentoient la fin qu'on leur prépare, ils réunissent toute leur vigueur pour s'élancer contre leurs meurtriers. L'amiral Anson perdit un de ses matelots , qui mourut peu de jours après avoir eu le crâne fracassé par un Phoque en furie. Mais, en général, la défense que ces amphibies peuvent opposer est bien foible : leur masse énorme ne sert qu'à les embarrasser, et leurs dents n'ont de redoutable que l'apparence. Vainement ils entrouvrent , comme par instinct, une gueule monstrueuse, hérissée de crochets menaçans ; ces armes , si terribles par elles-mêmes , sont mises en mouvement par des leviers si lourds et si grossiers , que l'animal ne sauroit en retirer à terre d'autre avantage que celui de l'effroi que leur première vue peut inspirer.
j2 VOYAGE DE DÉCOUVERTES
Rarement les femelles des Phoques opposent la violence ; elles ont reçu d'autres armes , mais plus impuissantes encore que celles des mâles. A peine elles se voient attaquées , qu'elles cherchent à fuir ; si la retraite leur est interdite , elles s'agitent avec violence ; leur regard porte l'expression du désespoir ; elles fondent en larmes. J'ai vu moi-même une de ces jeunes femelles en verser abondamment , tandis qu'un de nos matelots , homme méchant et cruel , s'arnusoit, toutes les fois qu'elle vouloit entrouvrir la gueule, à lui casser les dents avec le gros bout d'un des avirons de notre chaloupe : ce pauvre animal inspiroit la pitié ; toute sa gueule étoit en sang, et les larmes lui ruisseloient des yeux. Steller, cet habile observateur des Phoques de l'hémisphère Boréal , a fourni des détails curieux sur les mêmes signes de douleur, que donnent aussi les Ours marins [Oraria Ursina , N.J. Une femelle venoit d'être battue par un mâle : « cette malheureuse » , dit Steller, y> rampoit devant lui comme un ver; elle le baisoit [exosculabatur] , » et répandoit des larmes tellement abondantes , qu'elles couloient 3j comme d'un alambic sur sa poitrine , et l'inondoient. » (De Bestiis mar'inïs , pag. 353^ *•
II est, dans les massacres dont nous venons de parler, une circonstance qui dément ce caractère de générosité par lequel les Phoques à trompe se distinguent, et qui paroît sur-tout en opposition avec le principe qui tient ces animaux réunis en famille : c'est la froide indifférence qu'ils affectent alors les uns pour les autres; non-seulement , en effet, ils ne cherchent point à se défendre réciproquement , mais encore ceux qui survivent n'ont pas même l'air de s'apercevoir de ce qui se passe autour d'eux.
Quand ils ne tombent pas immédiatement sous le coup qu'on leur porte, mais qu'ils se sentent grièvement blessés; au. lieu de
0 Ailleurs, en parlant d'un mâle, Steller vulnera conlingit , vel post gravem illalam
ajoute: Simili more ut fœmellci , adeo largiter injuriam quant ulcisci nequit. Observavi Phocas
lacrymabat , ut lotum pectus ad pedes usque captas simili ratione lacryman. (STELLER,
lacrymis inundaret , quod et post gravia infikta op. cit. pag. 353.)
retourner à la mer, ils se traînent dans l'intérieur des terres, aussi loin que leurs forces peuvent le leur permettre ; ils se couchent au pied d'un arbre , et y restent jusqu'à la mort. Cette habitude singulière, que nous avons indiquée déjà en parlant des maladies du Phoque à trompe , se reproduit dans le Lion marin du Nord [Plioca jubata , Lin.J . Alors même qu'il vient d'être blessé mortellement dans les flots, il en sort pour venir mourir sur le continent. (Steller, op. cit., pag. ffo.) Kracheninnikow a fait la même observation sur les Phocacés du Kamschatka. (Voye^ son Histoire du Kamschatka, tom. i.er , pag. 287-)
Quelque facile et quelque prompte que puisse paroître la manière dont les pêcheurs Anglois tuent les Eléphans marins, elle n'est cependant pas la plus expéditive ni la plus simple ; les pêcheurs même ne l'emploient que pour déterminer une effusion de sang qui doit contribuer à rendre meilleure l'huile qu'ils préparent. En effet , ce qu'on auroit peine à croire, si les navigateurs n'en avoient répété l'observation sur presque toutes les espèces de Phoques , sans en excepter celle dont nous parlons , c'est qu'il suffit de quelques coups , et parfois d'un seul coup de bâton appliqué fortement sur le bout du museau de ces amphibies, pour les tuer à l'instant. Les anciens connoissoient déjà cette fragilité de l'existence des Phoques.
Non hami pénétrant Phocas, saevique tridentes
In caput incutiunt , et circùm tempora puisant. .... Nam subitâ pereunt capitis per vulnera morte.
O ppian us.
« La pêche de ces animaux », dit Frézier, « est très-facile; » on en approche sans peine sur terre, et on les tue d'un seul » coup sur le nez. » (Frézier, Voyage à la mer du Sud, fn-4.0 )
Pag-7fel7J-)
En voyant un matelot féroce, armé d'un lourd bâton, courir quelquefois pour s'amuser au milieu de ces troupeaux marins , assommant autant de Phoques qu'il en frappe, et s'entourer en
peu de temps de leurs cadavres, on ne peut s'empêcher de gémir sur l'espèce d'imprévoyance ou de cruauté de la nature, qui ne semble avoir créé des êtres si puissans, si doux et si malheureux,
que pour les livrer en marâtre à tous les coups de leurs ennemis
C'est d'ailleurs un des phénomènes les plus singuliers de la physiologie animale, que cette espèce de foudroiement des Phoques par un seul coup de bâton sur le museau.
En ouvrant l'estomac de ceux qu'on vient de tuer, on y trouve ordinairement un grand nombre de becs de seiche, beaucoup de fucus, de pierres ou de gravier; jamais on n'y aperçoit des débris de poisson ou de tout autre animal osseux. Je dois observer ici que, malgré l'assertion de quelques anciens voyageurs , il n'est pas vrai que ces animaux paissent l'herbe du rivage , ou même broutent le feuillage de certains arbres ; les pêcheurs Anglois m'ont assuré que le fait étoit absolument controuvé, et nous n'avons nous-mêmes jamais rien vu de pareil. Au surplus , les expériences directes de Pages à ce sujet sont plus que suffisantes pour montrer toute l'invraisemblance de cette assertion. (Pages, Mémoire sur les Phoques.)
A l'égard des pierres qu'on a coutume de rencontrer dans l'estomac du Phoque à trompe, cet animal a cela de commun avec la plupart des Phocacés connus. Quelquefois même ces pierres sont si nombreuses et si grosses, qu'on a peine à concevoir comment les parois de l'estomac qui les contient ne sont pas déchirées par leur pesanteur. UOtaria Cinerea , N. de l'île Decrès m'a offert en ce genre une particularité remarquable ; trente-trois pierres de diverses grosseurs étoient accumulées dans l'estomac d'une seule Otarie. Forster avoit fait une observation non moins singulière ; «Nous reconnûmes, dit- il, avec surprise, que les estomacs de » plusieurs de ces animaux étoient remplis de dix ou douze pierres >? rondes et pesantes , chacune de la grosseur des deux poings. » ( Forster, z.e Voyage de Cook, tom. vin, pag. j&. )
La faculté extraordinaire qu'ont les Phocacés de vivre presque
indifféremment au milieu de l'atmosphère ou dans le sein des eaux, a fixé depuis long-temps l'attention des physiciens et des naturalistes. Buffon avoit cru pouvoir en assigner la cause dans l'ouverture du trou de Botal, qui, suivant ce grand homme, persistoit dans les animaux de cette famille, tandis qu'elle s'oblitère dans les autres mammifères, aussitôt que la circulation pulmonaire a remplacé celle du cordon ombilical. Tout le monde connoît cette ingénieuse théorie de Buffon, et les expériences curieuses qu'il fit sur divers fœtus pour l'appuyer ou pour la défendre. Malheureusement le fait principal , s'il existe dans quelque espèce , est bien loin d'être général ; et dès-lors la supposition du célèbre naturaliste François devient insuffisante. En effet, M. de Labillardière , Steller et plusieurs autres observateurs avoient déjà constaté l'occlusion du trou de Botal dans diverses espèces de Phoques, et je l'ai reconnue moi-même dans cinq espèces nouvelles des mers du Sud.
Ce n'est pas sous le rapport de la qualité de leur chair, que des chasses régulières ont été dirigées contre les Eléphans marins ; elle est non-seulement fade, huileuse, indigeste et noire, mais encore il est presque impossible de la retirer du milieu des couches de graisse qui l'enveloppent. La langue seule fournit un aliment assez bon : les pécheurs salent ces langues avec soin , et les vendent au prix des meilleures salaisons. Nos matelots mangeoient aussi le cœur; mais la chair m'en a paru très-serrée, trèsdure et très -indigeste. A l'égard du foie, qu'on recherche dans plusieurs espèces de Phocacés, il paroît avoir, dans l'Éléphant marin, quelque qualité nuisible ; car les pécheurs Anglois ayant voulu essayer de s'en nourrir, ils éprouvèrent un assoupissement invincible , qui dura plusieurs heures, et qui s'est renouvelé toutes les fois qu'ils ont voulu goûter à ce perfide aliment.
La graisse fraîche du Phoque à trompe jouit aussi , parmi les pécheurs , d'une grande réputation pour la guérison des plaies :
c'est à cette substance qu'ils attribuent la cicatrisation rapide des blessures profondes que ces animaux se font entre eux, ou qu'ils reçoivent de leurs ennemis. Les Anglois eux-mêmes n'emploient pas d'autre moyen contre les coupures journalières et souvent très-grandes qu'ils se font en dépouillant ces animaux, en dépeçant leur graisse, &c; et rien n'est comparable, disent-ils, à la promptitude avec laquelle ces coupures guérissent.
La peau du Phoque à trompe présente de plus grands avantages que toutes les parties dont je viens de parler. Si , par la nature de son poil, très-court et très-rude, elle se trouve exclue de la classe des fourrures proprement dites , son épaisseur et sa force la rendent très-recommandable pour d'autres ouvrages domestiques : on l'emploie à couvrir de grandes et fortes malles ; on l'estime sur-tout convenable pour les harnois des chevaux et des voitures. Malheureusement celles des vieux individus, et dèslors les plus précieuses par leurs dimensions et par leur force, sont les plus mauvaises , à cause des nombreuses et larges cicatrices dont elles se trouvent couvertes.
Les petits avantages dont je viens de parler, entrent pour peu de chose dans le but essentiel des établissemens Anglois sur ces rivages. C'est à la graisse seule des Eléphans marins que les armateurs Britanniques en veulent ; elle est seule l'objet immédiat de leurs entreprises et de leurs expéditions lointaines : elle le mérite bien à tous égards , soit par son abondance , soit par la facilité de sa préparation, soit enfin par la qualité de l'huile qu'elle fournit. En effet , égal pour les dimensions à plusieurs grands cétacés , le Phoque à trompe ne le leur cède nullement pour l'épaisseur de la couche du lard qui l'enveloppe. Ans on n'a point exagéré , lorsqu'il a dit qu'elle étoit de plus d'un pied. Aussi la quantité d'huile qu'un seul de ces animaux peut fournir, est -elle prodigieuse. Les pêcheurs l'estiment, pour les plus gros individus, de 70Q à 750 kilogrammes, [ 14 à 1500 livres].
Aussitôt
Aussitôt que l'animal est tué , on le dépouille ; puis , avec de larges tranchoirs bien acérés , on enlève la graisse par longues bandes, à-peu-près comme cela se pratique pour le dépècement de la Baleine : on coupe ensuite cette graisse en petits cubes, et on la fait fondre à petit feu dans d'immenses chaudières dressées à cet effet sur le rivage : lorsqu'elle a reçu le degré de cuisson jugé nécessaire, on la coule dans des tonneaux. Toute cette opération est si facile et si prompte, que les dix hommes établis sur l'île King pouvoient aisément, par jour, faire 3000 livres d'huile, y compris le temps de la chasse, du dépouillement, du dépècement et du transport. Aussi toutes les futailles qu'on avoit remises à ces hommes, étoient-elles pleines depuis long-temps lorsque nous arrivâmes à l'île King, et le chef de cet établissement se plaignoit de ce que ses armateurs ne lui fournissoient pas la vingtième partie de celles qu'il auroit pu remplir.
La quantité de substance oléagineuse qu'on retire de chaque Eléphant marin, est assez constamment proportionnée au volume de l'animal , quels que soient d'ailleurs son sexe et son âge ; mais elle est infiniment moindre dans tous les individus, à cette époque singulière de la mise -bas et de la lactation, où. les mâles et les femelles restent plusieurs semaines de suite sans prendre aucune nourriture. Quant à la qualité, on n'observe aucune différence bien sensible entre l'huile fournie par les jeunes ou par les vieux, par les mâles ou par les femelles : chez tous elle est également bonne.
ROGGERS, ANSON, PERNETTY , FoRSTER , CoRÉAL, &C. ,
s'accordent à la vanter, et véritablement elle est encore au-dessus des éloges qu'ils en ont faits. Préparée par les pêcheurs Anglois, l'huile du Phoque à trompe est limpide, inodore, et ne contracte point ce goût rance dont on ne sauroit jamais dépouiller l'huile de baleine ou de poisson. Employée pour les alimens de quelque nature qu'ils soient, elle ne leur communique aucune saveur désagréable; elle fournit à la lampe une flamme extrêmement vive et TOME 11. H
pure, sans faire de fumée, sans exhaler l'odeur infecte de la plupart des huiles animales; enfin, elle dure plus que les autres produits de même nature ; car la seizième partie d'une pinte suffit pour entretenir une mèche ordinaire pendant douze heures. Ces détails m'avoient été communiqués par les pêcheurs Anglois , et nous avons pu nous-mêmes en reconnoître l'exactitude sur celle que leur chef, le brave Cowper, nous força d'accepter à notre départ 3. Toute cette huile est destinée pour l'Angleterre , où on l'emploie à divers usages économiques, mais particulièrement dans les manufactures de drap , pour adoucir les laines ; elle s'y vend , nous ont dit les pêcheurs, 6 shillings 6 pences [7 livres 16 sous] le gallon \ Il paroît certain, d'après les observations de Mortimer, que l'importation en Chine de cette substance scroit très-avantageuse; et je ne doute nullement qu'elle ne devienne bientôt pour les Anglois un nouvel et précieux objet d'échange.
Quoi qu'il en puisse être de ce dernier aperçu, la pêche des Eléphans marins offre tant de facilité, elle exige si peu de capitaux, elle assure des bénéfices si considérables, que tout a concouru, depuis quelques années , à lui donner un développement rapide dans les régions Australes. Déjà , sur l'île King et sur celles du Nouvel-An, deux pêcheries sont en pleine activité; une troisième existe à la terre de Kerguelen ; un quatrième établissement de ce genre se trouve, m'a-t-on dit, sur la terre de Sandwich; d'autres
a « Nous gardâmes pour la friture l'huile quadrupedum adipi longe anteponenda, Prœter-
35 qu'on retire de ces animaux jeunes ( il quam en'nn qubd diutissime , etiam calidissimis
«parie des Eléphans marins ), et nous la diebus , conservari potest , nec rancoran aut
» trouvâmes aussi bonne que l'huile d'olive. » fœiorem ullum contraint. Excocta ita dulcis est
(Voy. de CorÉAL, tom. 1." , pag. 1S0.) etsapida, ut omne butyri desiderium excusserit ,
On peut appliquer à cette huile tout ce que sapore ferme ad oleum amygdalarum didchnn
Steller dit de celle de la Vache marine, accedit , iisdemque usibus omnibus quibus buty-
ou Mainate du Nord. Pinguedo crassa , gïan- rum , destinari potest. In lampade clarè absque
dulosa , consistens , candida : soli veto exposita fumo ac fcttore ardet. .( SThLLER, op. cit.
butyri mdiaiis instar flavescens : ut gratissimi pag. 328.)
odoris, ita et saporis est , adeo ut cum nulla b Cette mesure équivaut à-peu-près à quatre
mannonnn animalium conjundenda ; quin imo pintes, mesure de Paris.
viennent de se former à la terre des Etats *. Les Malouines ne sont plus étrangères aux pêcheurs Angiois ; et de nouvelles troupes de ces hommes actifs ne sauroient manquer de se fixer bientôt sur l'île Juan-Fernandez , s'ils n'y sont pas prévenus par les Espagnols.
Ainsi donc cette grande espèce de Phoques va se trouver attaquée sur tous les points à -la -fois; elle va subir par- tout des pertes effrayantes , et qui deviendront de plus en plus irréparables. Il ne lui restera pas même la ressource qu'ont les Baleines, celle de pouvoir, en se réfugiant au milieu des glaces des pôles, s'entourer, contre l'homme, des horreurs de la nature. En effet, une douce température est absolument nécessaire aux Phoques : la terre est leur séjour habituel ; après avoir été le berceau de leur existence , elle devient le théâtre de leurs amours , elle reçoit leurs derniers soupirs Avec de pareils besoins , comment pourroient-ils se soustraire à la poursuite de leur principal ennemi ! . . . Pour eux, plutôt encore que pour les Baleines, doit se réaliser, sans doute, cette éloquente prédiction de l'un de mes premiers et de mes plus chers professeurs : « Cette grande espèce s'éteindra comme tant 33 d'autres; découverte dans ses retraites les plus cachées, atteinte 33 dans ses asiles les plus reculés, vaincue par la force irrésistible 33 de l'intelligence humaine , elle disparoîtra de dessus le globe : on » ne verra plus que quelques restes de cette espèce gigantesque ;
33 ses débris deviendront une poussière que les vents disperseront
» Elle ne subsistera plus que dans le souvenir des hommes et dans 33 les tableaux du génie. 33 (Lacepède, Histoire naturelle des Cétacés, j?ag. toi.)
Barrow, Nouveau Voyage en Afrique, Introduction.
Des Avantages que les Anglois retirent des Phoques des mers
Australes.
Ce n'est pas seulement par la singularité de l'organisation et des habitudes, par le gigantesque des formes et l'énormité des masses, que les Phoques des régions Australes méritent de fixer l'attention: devenus, depuis quelques années, l'objet d'un double commerce également précieux pour une grande nation rivale de la nôtre , ces animaux commandent un intérêt plus réel et plus particulier. Sous ce dernier rapport aussi , je n'ai rien négligé de ce qui peut compléter leur histoire; mais pour faire mieux ressortir toute l'importance de ces nouvelles considérations , il est indispensable d'établir quelques idées générales sur le commerce de l'Europe avec la Chine : il s'en faut beaucoup , ainsi qu'on le verra bientôt, que cette courte digression soit étrangère à notre objet.
Ce commerce, qui successivement a passé des Portugais aux Hollandois, et de ceux-ci aux Anglois, a pris, dans ces derniers temps sur-tout , un développement si prodigieux , il s'exerce d'une manière si particulière, qu'il devient de plus en plus impossible d'en calculer les résultats ultérieurs sur l'état politique de l'Europe. Ce ne sont plus quelques bâtimens qui s'y trouvent employés aujourd'hui; ce sont des flottes de trente, quarante et même cinquante vaisseaux, presque tous d'un très-fort tonnage, armés chacun de vingt, trente ou même quarante pièces de canon; montés par de nombreux équipages , capables , en un mot , de prêter le côté à des frégates et même à des vaisseaux de ligne a. Les dernières affaires de l'Inde ont dû convaincre tous les esprits de la haute importance, ou plutôt de l'énormité du commerce de l'Europe avec la Chine : les observations de Lettsom, consignées dans le précieux mémoire de M. Desfontaines sur le thé, le
3 Voye^ les dépêches de l'amiral Ll N o I S sur son combat contre la flotte de la Chine.
prouvent d'une manière non moins évidente. On y voit, en effet, que la quantité de cette dernière substance, importée de Chine en Europe depuis 1776 jusqu'en 1794* a été annuellement de 20, 25, 30 et même 36 millions de livres pesant : or, quel que soit le prix auquel on veuille porter maintenant cette marchandise , il n'en sera pas moins prodigieux. Qu'on y ajoute ensuite la valeur de ces riches cargaisons des plus belles soies, dont nos manufactures de gazes, de blondes, &c. ne sauroient se passer; de toutes celles que, d'après le rapport fait au Gouvernement par M. Verninac, préfet du Rhône, nous sommes forcés d'acheter à grands frais de la compagnie Angloise pour l'usage de nos fabriques de Lyon ; qu'on y ajoute encore toute la valeur de ces nankins également inimitables, soit pour la qualité du tissu, soit pour celle de la teinture; et l'on conviendra sans doute que, sans parler des vernis, du camphre, de l'encre, de la porcelaine, des étoffes de soie, de l'ambre, du musc, des drogues médicinales, et de quelques autres objets de moindre valeur, le commerce de la Chine est le plus considérable qui se soit jamais fait avec un seul pays.
Par malheur l'inconvénient qu'il porte avec lui est tellement grave, que si l'Europe ne parvient pas à y remédier, elle sera contrainte peut-être de renoncer à ses rapports avec, la Chine, faute des moyens nécessaires pour les entretenir. Ce dernier empire , en effet , avec une surface presque égale, en y comprenant la Tartane Chinoise , aux deux tiers de l'Europe, avec une population de 70 à 80 millions dhabitans3, réunit sur son sol excessivement varié, tous les objets nécessaires à ses besoins. Un orgueil national extrême , concourant d'ailleurs avec la religion et les lois à consacrer le mépris pour les nations étrangères, il en résulte que la voie
1 Caréri porte la population de l'Empire comprendre dans ce nombre exorbitant la po-
Chinois à 300 millions : PiNKERTON va plus pulation de la Tartarie Chinoise et du Tibet,
loin encore ; il compte jusqu'à 333 millions Tous ces calculs paraissent exagérés, pour ne
d'habitans en-deçà delà grande muraille, sans pas dire absurdes.
6i VOYAGE DE DÉCOUVERTES
des échanges, cette base essentielle du commerce des peuples, est presque entièrement nulle avec les Chinois. Des étoffés grossières de coton , du poivre , du sandal , du câlin , du riz , des tripans, de l'opium, des dents d'éléphant, de la cire, sont à-peuprès les seuls produits que l'Inde et les Moluques fournissent à la Chine ; et ces objets, à l'exception de l'opium et du sandal , sont généralement de peu de valeur. D'Europe, on y transporte quelques draps, de l'azur, de l'alun, du soufre, de l'étain, du corail, et un petit nombre d'autres articles de moindre importance. Tous ces objets réunis équivalent à peine à la douzième partie du prix d'achat des marchandises embarquées sur les vaisseaux Européens ; le reste se paie exclusivement en numéraire , et les négocians les plus instruits dans ce genre de commerce, estiment de 4° à 50 millions, au moins , le tribut d'argent que l'Europe et l'Amérique versent chaque année en Chine. Qu'on calcule maintenant la progression de ce commerce depuis trente ans, et l'on sentira que si les produits des mines du Brésil et du Pérou venoient à changer de direction, le commerce de l'Europe avec la Chine seroit bientôt anéanti.
Le Gouvernement Anglois, plus que ses foibles rivaux les Américains a et les Danois, a dû sentir combien les bases sur lesquelles repose le commerce de la Chine , sont ruineuses : il n'a rien négligé pour le ramener au principe général des échanges ; et s'il n'a pas complètement encore atteint à son but , du moins il a su se procurer de puissans palliatifs contre un si grand mal.
Les objets d'échange pouvoient être tirés de l'Europe elle-même
a Négocians habiles, navigateurs économes leur concurrence Déjà les plaintes des
et courageux, les Américains, depuis quelques armateurs Britanniques se sont élevées à cet
années, sont devenus des rivaux incommodes égard ; déjà des moyens ont été proposés au
pour les Anglois. En partageant avec ces der- Gouvernement pour exclure les Américains
niers le bénéfice du commerce des fourrures à des mers du Sud , et ruiner ainsi leur com-
la côte N. O. d'Amérique, et le bénéfice plus merce à Cantoung Dans le tableau
considérable encoredes pêches du grand Océan général des colonies Angloises aux terres Aus-
Austral, ils sont parvenus à multiplier leurs traies, nous insisterons plus en détail sur cet
relations avec la Chine, et à faire redouter objet intéressant.
ou des autres parties du monde. C'est pour les premiers que l'expédition du lord Macartney fut spécialement résolue. Sous prétexte des présens à faire , les vaisseaux le Lion et l'Indostan furent encombrés de tout ce que nos climats pouvoient offrir de plus précieux et de plus parfait en produits du sol , des arts et des manufactures. On fit naître avec adresse de fréquentes occasions d'étaler ces objets aux yeux des Chinois : soins inutiles ! Macartney lui-même est forcé d'en convenir ; il ne put inspirer à la nation , à la cour, le goût d'aucune des choses qu'il avoit apportées dans ses navires.
Pour ce qui concerne les productions étrangères , l'Angleterre vient d'obtenir des succès plus importans. En effet, les fourrures ont été de tout temps d'un grand prix à la Chine. Après le Canada, si malheureusement perdu pour la France, la côte N. O. de l'Amérique donne les pelleteries les plus belles et les plus faciles à obtenir. A la faveur de leurs foibles établissemens sur ces rivages, les Espagnols en avoient fait long -temps le principal commerce, sans y donner cependant toute l'extension dont il est susceptible. Sous des prétextes frivoles , l'Angleterre arme tout -à- coup, en 1790, une des plus belles escadres, dit Vancouver lui-même, qu'on eût encore vues dans ses ports ; et profitant de la terreur et de la foiblesse du Gouvernement Espagnol pris au dépourvu, elle le force à lui livrer le port de Cox, celui de Nootka - Sound , devenu le principal entrepôt du commerce des fourrures, et à reconnoître, en faveur de la Grande-Bretagne , le droit illimité de trafiquer tout le long du reste de la côte d'Amérique au Nord de Nootka.
Dans le même temps, l'Angleterre établissait à la Nouvelle-Hollande des colonies, qui, sous un rapport semblable, lui garantissoient des avantages plus précieux encore. Tous les voyageurs, en effet, avoient successivement parlé de l'énorme aflluence des Phocacés et des Cétacés vers les régions Australes. Les fourrures des Phoques, sans être comparables aux pelleteries de la côte N. O. et
du Canada, n'en étoient pas moins à la Chine d'un débit très-avantageux , et la facilité de les obtenir devoit suffisamment compenser l'infériorité de leur valeur. Les espérances du Gouvernement Anglois n'ont point été trompées. Chaque jour ce commerce prend un développement plus rapide, et les profits en deviennent, pour ainsi dire, incalculables. Eh ! comment pourroit-il n'en être pas ainsi d'une spéculation peu dispendieuse , si facile et si prompte à réaliser î « A midi, je descendis à terre avec quarante hommes » , dit Coréal, «nous entourâmes les Loups marins, et en une demi-heure nous » en tuâmes quatre cents. » (Voy. de Coréal, tom. il, pag. 1S0.) « Pendant les huit jours que nous restâmes dans la rade de Vla- » ming » , dit Mortimer , ce nous tuâmes douze cents Phoques , ^ dont nous emportâmes les peaux après les avoir fait sécher au yy soleil ; et si nous eussions pu donner quelques jours de plus à y> cette chasse, nous en aurions tué sans peine plusieurs milliers3. » Or, ces fourrures , dont on peut se procurer si facilement des milliers en quelques jours, se vendent à la Chine de 2 piastres et demie à 3 piastres, c'est-à-dire, de 12 à 16 francs la pièce, et les cargaisons en sont d'un débit certain et rapide. Les Chinois en paient la valeur avec du numéraire , qui est employé à l'acquisition des marchandises de retour. Par cette sorte d'échange , qui devient chaque jour plus considérable, l'Angleterre est parvenue du moins à diminuer de beaucoup , pour son propre compte , la proportion des espèces qu'elle étoit obligée de laisser annuellement à la Chine15. Sous ce rapport, la Nouvelle -Hollande est
? Tous les endroits étoient également bons quantité , qu'on en voit souvent tous les
pour chasser les Veaux marins , car toute ïa ro<?hers couverts. ( Frézier, Voy. à la mer
côte en étoit couverte. ( Cook , 2.c Voy. , du Sud, pag. 74. ) tom. vin, pag. sj. ) b Avant la guerre précédente avec I'Es-
Toutes les îles voisines delà terre des Etats pagne, l'Angleterre étoit parvenue à retirer
sont remplies de Lions de mer, d'Ours de de la compagnie des Philippines, en échange
r»ier, &c. (Cook, 2.« Voy., tom. VIII, des marchandises de l'Europe et de l'Inde
pag. 6i.) qu'elle fournissoit à cette compagnie, une
Les Loups marins s'y trouvent en si grande portion de l'argent nécessaire au commerce
devenue
devenue pour elle de la plus haute importance ; et son acte de prise de possession de tout l'Océan Austral , qui paroît d'abord illusoire, est, en effet, un chef-d'œuvre de politique. A la faveur de ce titre solennellement proclamé par-tout, la Grande-Bretagne peut écarter à son gré toutes les nations Européennes de ce vaste et précieux théâtre de ses pêches. Nous en avons rapporté dans le chapitre précédent une preuve aussi triste qu'évidente.
Tandis qu'avec les fourrures du Nord de l'Amérique, réunies à celles des régions Australes , l'Angleterre va solder à Canton une partie des marchandises qu'elle en tire, et qu'elle doit nous revendre à haut prix, la chasse de quelques autres espèces d'animaux marins lui procure en Europe des bénéfices plus directs encore et non moins importans. Peu satisfaite d'exploiter presque exclusivement aujourd'hui la pêche du Cachalot et de la Baleine au Nord, elle vient d'envahir cette même branche de commerce dans l'hémisphère Austral. Je reviendrai ailleurs sur ces pêches également avantageuses du détroit de Magellan, de la côte de Natal, de la terre de Kerguelen , de la terre de Sandwich , et sur-tout de la Nouvelle-Zéelande ; je dois me borner, en ce moment, aux avantages du même genre que la nation Britannique retire des Phoques.
Indépendamment du Phoque à trompe, il en est deux autres espèces qui ne fournissent pas une moindre quantité d'huile : c'est le Lion marin proprement dit [Otaria Leonina, N.] , qui se trouve
Britannique avecla Chine. Dans ces dei> Chinois; Ceylan, Amboine et Banda leur
niers temps, les Anglois avoient obtenu des assuraient le monopole exclusif des plus riches
avantages encore plus précieux : maîtres de la épiceries ; et par leur domination dans l'Inde
presqu'île de l'Inde, du cap de Bonne-Espé- et dans le golfe Persique, ils faisoient presque
rance et de la côte de Natal, ils l'étoient aussi exclusivement la vente de l'opium.. . . Ainsi,
du commerce de l'ivoire ; la conquête des îles l'univers entier étoit mis à contribution , pour
de Timor et de Solor leur avoit livré d'im- donner au commerce de l'Angleterre avecla
menses forêts de bots de s'andal et beaucoup Chine ce développement prodigieux qu'il a
de cire ; Ternate leur fournissoit des cargai- reçu dans ces derniers temps.. . . sons inépuisables du poivre le plus estimé des