‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 2 sur 115 · DE L'IMPRIMERIE ROYALE · texte numérisé non relu

DE L'IMPRIMERIE ROYALE

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PRÉFACE

1 ÉRON a pu se dispenser de mettre une préface en tête du I.er volume de cet ouvrage ; mais je me trouve dans la nécessité de présenter ici au lecteur diverses considérations, pour justifier PÉRON lui-même des reproches qui lui ont été adressés, et pour expliquer les motifs de la marche que j'ai suivie en terminant cette relation.

La mort de cet intéressant voyageur, aussi affligeante pour les amis des sciences qu'elle le fut pour les siens propres, vint interrompre , en i 8 i o , ïa publication de X Histoire du Voyage aux Terres Australes , ouvrage qui avoit coûté beaucoup de peine à l'auteur, et dont une partie fut écrite sur son lit de mort, avec un courage dont il y a peu d'exemples.

En mourant, PÉRON légua ses manuscrits à son ami le plus intime, au fidèle compagnon de ses travaux et de ses recherches sur l'histoire naturelle, au bon et modeste M. Lesueur.

Ce dernier et moi nous eûmes toujours, depuis la perte

vj PREFACE.

de notre ami commun , Je désir de voir nommer un continuateur de son ouvrage, qui mît en ordre et publiât des matériaux précieux, impatiemment attendus du public; mais ïes démarches réitérées que nous fîmes à cet égard, demeurèrent long-temps sans succès. J'étois alors occupé, par ordre du Ministre de la marine, de la rédaction de la partie Géographique et Nautique de notre voyage.

Lorsque ce travail fut achevé, le Ministre de l'intérieur me chargea de finir le second volume de la relation, commencé par PÉRON. Ce n'est point un sentiment d'orgueil qui m'a décidé à entreprendre cette nouvelle tâche ; ïe talent du premier rédacteur ne pouvoit que m'interdire un pareil sentiment : mais j'ai dû sacrifier mon amour -propre à la gloire d'une expédition qui a produit de brillans résultats ; ii m'a paru que je devois à la Marine françoise en général, et à mes compagnons de voyage en particulier, de mettre sous ïes yeux du public des faits qui les honorent, et qui doivent être pour eux des titres à la bienveillance du Gouvernement et à l'estime des savans de l'Europe. J'avois sur-tout ce devoir à remplir envers ceux de mes respectables collaborateurs morts victimes de leur zèle pour le progrès des sciences.

II étoit indispensable que j'apportasse quelques modifications au plan que PÉRON avoit adopté ; et cependant je m'y suis conformé autant qu'il m'a été possible. L'auteur, qui a surveillé lui-même l'impression du texte jusqu'à la page 231, vouloit donner à la fin de son livre un tableau de la

PRÉFACE. vi)

géographie physique de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Diémen : mais il n'a laissé aucune trace des vues qui dévoient le diriger dans cette partie de son travail ; j'ai d'ailleurs traité ce sujet assez au long dans le texte Géographique et Nautique de notre voyage. En évitant ici ce double emploi, j'ai cru devoir y placer d'autres matériaux qui ne sont pas sans intérêt, tels que le fragment d'un mémoire de MM. PÉRON et LESUEUR, sur l'art de conserver les animaux dans les collections zoologiques ; un mémoire de M. Lesche- NAULT, sur la végétation de la Nouvelle -Hollande et de la terre de Diémen ; une notice sur l 'habitation des animaux marins , par MM. PÉRON et LesueuR; enfin j'ai terminé ce volume par le touchant Éloge de PÉRON , par M. Deleuze.

Le portrait de notre savant voyageur manquoit au frontispice de cet ouvrage. II paraîtra aujourd'hui d'autant mieux placé , qu'on aimera à y trouver ses traits rendus avec la plus exacte fidélité par son généreux ami M. Lesueur.

La disposition des cartes qui dévoient composer la seconde livraison de l'atlas, exigeoit aussi quelque modification. PÉRON avoit jugé convenable de faire graver vingt-quatre cartes ou plans différens sur deux cuivres de format grand colombier et de format Jésus. Cette disposition étoit peu élégante , et sur- tout peu commode; j'ai préféré de couper ces grandes planches de manière à en faire douze d'un format égal à celui des gravures déjà publiées.

Je sens tout ce que certaines parties de la nomenclature

viij PRÉFACE.

géographique suivie dans cette relation, peuvent avoir de fâcheux et de pénible pour le lecteur ; mais je ne pouvois employer d'autres dénominations que celles qui sont usitées dans le premier volume. PÉRON avoit conçu le projet de tous ïes noms qui dévoient désigner ïes différens lieux que nous avions visités, dont nous avions déterminé la position ou fait la géographie ; ce projet avoit été adopté par l'autorité : il devoit donc porter l'empreinte de l'époque à laquelle notre expédition avoit été entreprise et des circonstances où PÉRON en écrivoit l'histoire.

Avant de publier moi-même la partie nautique du voyage et de continuer la relation de PÉRON , j'aurois voulu changer une nomenclature que repousse aujourd'hui la situation politique et morale de la France et de l'Europe; mais le premier volume étoit déjà dans le commerce depuis plusieurs années , le second étoit impatiemment attendu par un grand nombre de souscripteurs ; et sans doute on a eu raison de penser qu'il étoit plus important de satisfaire le public, que de supprimer la suite d'un ouvrage dont , en dernière analyse , la nomenclature ne peut nuire à la nature ni à l'importance des faits. Au reste, tous ceux qui ont partagé ïes fatigues et les misères de cette expédition , seront les premiers à gémir de se voir ainsi enlever au moins une partie de la faveur que ïe public pouvoit accorder aux résultats de leurs dangers et de leurs travaux.

E>ans la préface de la partie Géographique et Nautique de

notre

PRÉFACE. ix

notre Voyage, j'ai promis11 de répondre, avec plus de détails que je ne l'ai fait alors, aux réclamations du Capitaine anglois Flinders, qui, dans la relation de son Voyage aux Terres Australes b , se plaint que les François ont voulu lui ravir ses droits à la découverte d'une partie de ïa côte Sud-Ouest de la Nouvelle-Hollande.

Je vais remplir cette tâche ; mais pour procéder avec ordre et ne rien laisser à désirer à ce sujet, j'extrairai, en le traduisant, le paragraphe qui contient l'ensemble des plaintes du Capitaine Flinders , et je mettrai mes réponses en marge.

« Le 8 avril 1 802, « dit cet habile na^

vigateur c, « je fus à bord de

33 la corvette françoise ( le Géographe) , •>-> qui avoit aussi mis en panne.

3> Comme je n'entendois pas le fran- 33 çois, notre naturaliste M. Brown vint 33 avec moi dans le canot. Nous fûmes 33 reçus par un officier qui nous montra 33 le Commandant , et ce dernier nous 33 conduisit dans sa chambre. Je priai le 3> Capitaine Baudjn de me montrer son 33 passe-port de l'Amirauté ; et quand je 33 l'eus parcouru , je lui offris celui que 33 j'avois du Ministre de la marine fran- 33 çoise : mais il le mit de côte sans 33 l'examiner. II m'apprit alors qu'il avoit 33 passé quelque temps à explorer les 33 parties Méridionale et Orientale de la

1 Pag. ix.

h A Voyage to Terra Australis, prosecuted in the years 1801, 1802 and 1803 , &c. by Matthew Flinders, Commander of the Investigator j London, 1 8 1 4e Voy. Flinders's Voyage, &c. tom, I , pag, 188 — 193.

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