DEUXIÈME SECTION
Observations ipologiques propres à constater l'ancien séjour de la mer sur le sommet des montagnes de la Terre de Diémen, de la Nouvelle - Hollande et de Timor.
L'un des plus beaux résultats des recherches géologiques modernes, l'un des plus incontestables aussi, c'est la certitude du séjour de la mer à de grandes élévations au-dessus de son niveau actuel. Sur presque tous les points de l'ancien et du nouveau monde, les preuves de ce phénomène sont aussi multipliées qu'évidentes. Les Terres australes seules restoient à connoître sous ce
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rapport; et comme, par leur immense étendue, elles pouvoient offrir une exception importante à l'universalité de l'antique domination de l'Océan, les géologistes les plus éclairés attendoient avec impatience les observations nouvelles dont la science avoit besoin. Heureusement , pour remplir cette importante lacune , il suffisoit, en quelque sorte, d'aborder à ces rives lointaines; et la facilité des recherches de ce genre m'ayant permis de les multiplier dans les divers lieux où nous séjournâmes , l'intéressant problème dont il s'agit me paroît être désormais résolu. En effet, sur la terre pi >I# de Diémen, sur plusieurs points de la Nouvelle-Hollande, sur le sommet des montagnes de Timor, j'ai rencontré par- tout de ces précieux débris, irrécusables témoins des révolutions de la nature: mais comme il seroit trop long, et sur-tout trop inutile, d'entrer dans tous les détails de mes observations à cet égard, il suffira d'en exposer les principaux résultats.
A. Coquilles pétrifiées.
i.° A la terre de Diémen, vers le fond de la rivière du Nord, à 200 ou 230 mètres [600 ou 700 pieds] au-dessus du niveau de la mer, j'ai découvert de grosses masses de coquilles pétrifiées; elles appartenoient au genre Lime, Lam., et constituoient une espèce dont je n'ai pu retrouver, aux mêmes lieux, l'analogue vivant. (Tom. I,pag- ij-iï-J
pi.i«M,n.»2. 2.0 Sur divers points de la côte orientale de l'île Maria, on observe des couches régulières, horizontales, d'un grès coquillier blanchâtre , qui reposent sur des roches granitiques , à plus de 130 mètres [4oo pieds] au-dessus du niveau de la mer. (Tom. I,pag. 300.)
pi. 1 bis. n.°s 9 3.0 A l'île Decrès, aux îles Joséphine, et sur la portion du continent située derrière ces îles, toujours des observations analogues, toujours des coquilles pétrifiées, à des distances plus ou moins grandes vers l'intérieur des terres, et à des hauteurs plus ou moins considérables. (Tom. II, pag. 76 et uj,)
PI. I lis, n.° r.
et r
4-° Vancouver et Mainziès en avoient observé déjà dans le port pi. 1 <", n.° 6. du Roi-George (Vanc. Voy. tom. I, pœg. p?8)r,et sur ce point, en effet, j'en ai recueilli divers échantillons. (T. Il, p. yiï, nj ', 13 4-)
5.0 A la terre d'Édels, les îles Louis-Napoléon offrent aussi des pi. 1 /«•, n.° ;. couches immenses de coquilles pétrifiées, et le même phénomène se reproduit sur le continent voisin, à de grandes distances du rivage de la mer. (Tom. I,pag. i/j), 180 , 186 , 188.)
6.° Il en est de même, à. la terre d'Endracht, des îles diverses ?i.iiis,n°t6. qui concourent à former la baie des Chiens-marins, et de toute la partie du continent que nous avons pu visiter dans cette baie. (Tom. 1, pag. 11 0, ni et 204. )
7.0 D'un autre côté, tout annonce, dans les archipels de la terre PU/'«,n.°s5,
1 wr • • 1 r 1 1 • • 1 6> i7;pl. vi,vn.
de w itt , une origine semblable et une composition analogue. (Tom. I, chap. VII , tom. II, chap. xxxi , passïm.)
8.° Cette constitution est bien plus évidente encore à Timor; Pi.rr«r,n.°*. sur le sommet des montagnes de cette île, gisent, à 500 et même 600 mètres' [1 (00 et 1 800 pieds] au-dessus du niveau de la mer, une multitude de coquilles pétrifiées : quelques-unes affectent des proportions gigantesques; elles appartiennent au genre Hippope et Tridacne de M. de Lamarck, et m'ont paru tout-à-fait semblables aux testacés des mêmes espèces qu'on trouve vivans sur la plage. Parmi ces dernières coquilles, il en est qui, sous le rapport de la grandeur, ne le cèdent guère aux individus fossiles; indépendamment, en effet, d'une valve de Tridacne que j'ai vu servir d'auge à cinq ou six cochons, il y en avoit une autre au fort des Hoîlandois, dans laquelle les soldats de la garnison lavoient habituellement leur linge, comme dans un large baquet. La couleur blanche, commune aux Tridacnes vivantes et fossiles , établissoit de nouveaux et précieux rapports entre elles Une analogie bien plus frappante encore se retrouvoit entre plusieurs grands madrépores qui vivent dans la baie de Coupang, et quelques-uns de ceux qui forment les montagnes voisines
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Malgré toutes ces analogies, la solution du problème dont il est question se complique de tant d'élémens délicats, elle est d'un intérêt si particulier pour les diverses branches de l'histoire naturelle, que je n'oserois garantir l'identité des espèces dont je parle y quelque probable, d'ailleurs, que cette identité me paroisse. Dans tous les cas, il convient de signaler Timor comme un des endroits du globe les plus favorables aux recherches de ce genre.
B. Des Incrustations singulières qu'on observe sur divers points de la Nouvelle - Hollande.
De tous les phénomènes géologiques particuliers à ce grand
continent, il n'en est point de plus étonnant, peut-être, que celui
dont nous allons traiter dans cet article. PI. ibis,n.«9. C'est à l'île Decrès, en remontant du Sud vers le Nord, qu'on
observe, pour la première fois, ces incrustations extraordinaires.
(Tom. II,pag.yp) pi.ifo,n.° 12. On les trouve aux îles Joséphine et sur la portion du continent
qui leur est opposée. (Tom. II, page niï.) pi. i. Dans la baie de l'Espérance , à la terre de Nuyts, les compagnons
de l'amiral Dentrecasteaux furent saisis d'étonnement à la vue
d'un pareil phénomène. (Bul. phil. Eloge de Riche, par Cuvier.J pi. i ter, n.° 3. Quelques incrustations de ce genre existent à la terre de Leuwin ,
particulièrement sur les bords de la rivière Vasse. pi.iw,n.o5i Elles reparoissent à la terre d'Edels avec des caractères non pIV" l moins imposans que sur les rivages de l'île Decrès et dans la baie
de l'Espérance. (Tom. l,pag. 179.) pi. 1 Us, n.° 16; On les trouve à la terre d'Endracht, sur les îles diverses et sur
la portion du continent qui forme le vaste contour de la baie des
Chiens-marins. (Tom. I, pag. uo et 204.) pi. vi, vu. Enfin, tout annonce que les côtes sauvages de la terre de Witt
ne leur sont pas étrangères. (Tom. I, c/iap. vu; tom. II, ch. xxxi ,
passim.J
Ainsi,
Ainsi, dans un espace de 25 degrés en latitude, sur une éten- pi. i. due pareille en longitude, ce singulier phénomène se reproduit au Sud, à l'Ouest et au N. O. de la Nouvelle-Hollande.
Ces incrustations remarquables ne sont pas bornées aux rivages; on en retrouve dans l'intérieur des terres, à des distances plus ou moins grandes , à des hauteurs plus ou moins considérables au-dessus du niveau de l'Océan : elles ne s'exercent pas seulement sur les galets ou sur les diverses productions marines; elles attaquent les feuilles, les fruits, les branches et les racines des végétaux, les ossemens des quadrupèdes et jusqu'à leurs excrémens; les arbrisseaux, les grands arbres même, ne sauroient toujours s'en défendre, et les troncs nombreux qu'on voit incrustés dans le sol annoncent évidemment que cette opération de la nature remonte à une des plus anciennes époques de son histoire. ... A la vue de telles métamorphoses, on seroit tenté de croire avec le malheureux Riche , qu'un nouveau Persée promena la tête de Méduse sur ces lointains rivages \
Quelque variés, quelque imposans que ces phénomènes puissent être, ils me paroissent cependant pouvoir se rapporter tous à la même cause, et cette cause est aussi simple qu'énergique : en effet, les nombreux coquillages qui pullulent dans ces mers, rejetés par millions sur la grève, soumis à la double influence d'un soleil ardent et d'une humidité pénétrante, ne tardent pas à subir une espèce de décomposition chimique dans leur substance. En perdant une portion plus ou moins considérable de leur acide carbonique, ils
1 « Après avoir côtoyé quelque temps la les couches ligneuses et tous les autres accimer, je rencontrai cet amas de bois pétrifié dens durables de la végétation; quelques tiges dont je donne la description dans mes obser- avaient près d'un pied de diamètre.. . . Cette vations minéralogiques ; une vallée enfoncée forêt détruite occupait toute la vallée , et entre des dunes de sable, était couverte de semblait se prolonger sur les dunes. Les antroncs d'arbres calcaires , cassés vers leurs ciens auraient cru reconnaître les traces du racines, et dont les tronçons debout ne s'éle- regard de la Gorgone sur un vallon autrefois vaient pas à plus d'un pied de hauteur. Au fertile. » ( Riche, Voy. de DentrecASniveau du terrain, on distinguait les noeuds, TEAUX, tom, I , pag. ic/6.)