‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 30 sur 115 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

Observations ^pologiques qui peuvent faire douter de la réunion primitive de la Nouvelle-Hollande avec la Terre de Diémen.

De toutes les observations qu'on peut faire en passant de la pi. l terre de Diémen à la Nouvelle-Hollande, la plus facile, sans doute, la plus importante, et peut-être aussi la plus inexplicable, c'est la différence absolue des races qui peuplent chacune de ces deux Pi.vm, xxiv. terres. En effet, si l'on en excepte la maigreur des membres, qui s'observe également chez les deux peuples, ils n'ont presque plus rien de commun , ni dans leurs mœurs , leurs usages , leurs arts grossiers, ni dans leurs instrumens de chasse ou de pêche, leurs habitations , leurs pirogues , leurs armes , ni dans leur langue , ni dans l'ensemble de leur constitution physique, la forme du crâne,

* En nous quittant au port Jackson pour France, a laissé perdre tous les travaux de

effectuer son retour en Europe, M. Depuch notre honorable collègue : irréparable perte

emporta tous ses manuscrits avec lui. II est pour les sciences, et pour notre expédition

pénible d'avoir à dire que l'ami de sa famille sur-tout ! . . . . chez lequel il termina ses jours à l'île de

les proportions de la face , &c. Cette dissemblance absolue se reproduit dans la couleur ; les indigènes de la terre de Diémen sont beaucoup plus bruns que ceux de la Nouvelle -Hollande : elle se reproduit même dans un caractère que tout le monde s'accorde à regarder comme le plus important de ceux qui servent à distinguer les diverses races de l'espèce humaine ; je veux parler de la nature des cheveux : les habitans de la terre de Diémen les ont courts, laineux et crépus; ceux de la Nouvelle-Hollande les ont droits , longs et roides.

Comment concevoir maintenant qu'une île de 60 lieues au plus, qui se trouve repoussée jusqu'aux confins de l'hémisphère oriental, et séparée de toute autre terre connue par des distances de 5 , 8, 12 et même 1500 lieues2, puisse avoir une race d'hommes absolument différente de celle du vaste continent qui l'avoisine ! Comment concevoir cette exclusion de tous rapports, si contraire à nos idées sur les communications des peuples et sur leurs transmigrations! Comment expliquer cette couleur plus foncée, ces cheveux crépus et laineux, dans un pays beaucoup plus froid i . . . Toutes ces anomalies si singulières, qui seront exposées plus endétail dans l'histoire particulière des peuples dont il s'agit, sont une preuve nouvelle de l'imperfection de nos théories, toujours relatives à l'état des connoissances du siècle qui les vit naître, toujours forcées de se modifier avec elles et par elles. Ici je dois me borner à déduire de cette première partie de mes observations, la conséquence importante, que la séparation de la terre de Diémen d'avec la Nouvelle -Hollande est antérieure à l'époque même de la population de ces deux pays : on ne peut guère douter, en effet, que si pour lors elles eussent été jointes, leurs habitans n'eussent appartenu à une race commune , et plus vraisemblablement à celle dont les féroces tribus occupent aujourd'hui toute la Nouvelle-

a Dans l'histoire particulière des peuples qu'ils diffèrent essentiellement de tous les de la terre de Diémen, je prouverai d'ailleurs autres peuples connus.

Hollande, des confins de la terre Napoléon aux brulans rivages de la terre d'Arnheim et de la Carpentarie.

Une seconde observation zoologique me paroît propre, nonseulement à confirmer l'antique séparation de la terre de Diémen d'avec la Nouvelle-Hollande , mais encore à reporter l'époque de cette séparation au-delà même des premiers temps de l'existence des animaux qui vivent dans ces climats. En effet, tous ceux que nous avons recueillis sur la terre de Diémen, et qu'on peut regarder comme plus particulièrement propres au sol, tels que les mammifères, les reptiles, &c. , sont spécifiquement difTérens des animaux de la Nouvelle-Hollande ; la plupart même des espèces qui peuplent ce continent, n'existent pas sur la grande île qui l'avoisine. Le Chien, par exemple, cet animal si précieux pour l'homme, ce compagnon fidèle de ses misères, de ses courses et de ses dangers, cet infatigable instrument de ses chasses lointaines, que nous avons retrouvé sur tous les points de la Nouvelle-Hollande, le Chien est étranger à la terre de Diémen; du moins, nous n'en avons nulle part observé la trace, nous n'en avons jamais vu avec les habitans, malgré nos communications journalières avec eux, et il ne paroît pas qu'aucun autre voyageur en ait aperçu.

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