CHAPITRE XXXI
Deuxième Campagne à la Terre de Witt; nouvelle Reconnaissance de l'archipel Bonaparte ; Mouillage aux îles de l'Institut; Rencontre d'une flottille Malaise ; Pêche des Holothuries ou Tripans.
[Du 27 Mars au 28 Avril 1803.]
De toutes les parties de la Nouvelle -Hollande, il en est peu qui aient été l'objet d'autant de tentatives de la part des navigateurs Européens, que la terre de "Witt (tom. \,pag. 12S) ; et cependant tous les détails de cette terre immense restoient encore à-peu-près inconnus, à l'époque où nous l'abordâmes nous-mêmes pour la première fois. Alors une multitude d'îles sauvages et de hauts -fonds dangereux furent découverts ou fixés par nous d'une manière exacte ; alors plusieurs points de la terre continentale furent reconnus avec soin; et en prolongeant le grand archipel Bonaparte dans toute son étendue, nous avions marqué la limite des dernières terres vers le N. O.
Cependant tous ces travaux, quelque intéressans qu'ils fussent, étoient bien loin de présenter l'ensemble de la géographie de ces vastes régions : il nous restoit à pénétrer au-delà de ces récifs et de ces archipels nombreux qui nous avoient arrêtés dans notre première campagne ; il nous restoit à reconnoître ies détails de ces mêmes îles dont nous avions déterminé l'ensemble ; il nous restoit
enfin à aborder sur cette terre continentale, dont toutes les productions étoient encore inconnues à l'Europe.
Aguerris par une longue navigation de ce genre, aidés par le Casuarina, nous espérions , plus heureux que Guillaume de Witt, que Vianen et les autres navigateurs Hollandois, triompher des obstacles qui jadis avoient forcé deux fois Dàmpier à s'éloigner de ces parages, et qui depuis avoient également repoussé Saint-
Allouarn Flatteuses illusions, qui ne tardèrent pas à
s'évanouir !
Immédiatement \ l'Est du cap Murât, est une espèce de grande baie de 20 milles d'ouverture environ, vers le fond de laquelle nous crûmes distinguer quelques coupures ; c'est à ce point de la terre de Witt qu'appartient le groupe des îles de Rivoli, dont nous avons déjà parlé dans le précédent volume (pag. 127) : plus loin , en remontant vers le N. E. , se trouvent deux autres îles, de 3 à 4 milles chacune, dont la plus Septentrionale fut désignée sous le nom à' île Rosily , en l'honneur du navigateur célèbre à qui la marine françoise est redevable de tant de cartes précieuses de la mer Rouge, du golfe Persique, de la Cochinchine, des Philippines, &c.
La journée du 27 mars fut remarquable par la rencontre que nous fîmes de plusieurs récifs. Dès la pointe du jour, la couleur blanchâtre de la mer parut annoncer des hauts-fonds ; nous continuions cependant notre route , lorsque l'agitation des vagues nous permit de distinguer un brisant dangereux dont nous n'étions plus qu'à la distance de moins d'un mille.
Bientôt après, de grands bancs de sable se firent apercevoir en avant de la terre que nous cherchions à rallier; nous les prolongeâmes à la distance d'une lieue. Enfin nous atteignîmes le continent : il étoit sur ce point extrêmement bas , sablonneux et stérile ; une ligne légèrement onduleuse en dessinoit le profil; nous y reconnûmes successivement le cap Poivre , le cap Malonet et le cap Dupuy.
Déjà
Déjà nous nous félicitions de ces découvertes , lorsqu'un nouveau banc de sable, environné de brisans, se découvrit à nos regards ; en vain, pour l'éviter, nous nous pressâmes de virer de bord, le sable qui parut se mêler avec l'eau de mer , dans la ligne de notre sillage, fit assez connoître que nous avions effleuré la surface du banc : dans ce moment critique, le commandant ordonna de suspendre les sondes , qui , devenues inutiles , ne pouvoient plus qu'alarmer l'équipage. Notre latitude, à midi, se trouvoit de 20" 31' 52" Sud, et notre longitude de 1 1 2.0 59' 42" à l'Est de Paris.
A peine échappés à ce dernier péril, nous voulûmes revenir sur la terre ; une nouvelle chaîne de hauts - fonds et de récifs trèsétendue nous obligea de renoncer à cette entreprise. Tout le reste du jour fut employé à tourner ces brisans par le Nord. Plusieurs d'entre eux nous parurent devoir rester en partie découverts à marée basse.
C'est à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer, sans doute , la multiplicité extraordinaire des animaux marins sur cette partie des côtes de la Nouvelle-Hollande : d'innombrables légions de Pétrels, de Mauves, de Goélands, de Sternes, de Fous, de Cormorans, &c. planoient dans les airs; des milliers de poissons de diverses sortes se pressoient autour de nos navires, et de longs reptiles marins sillonnoient rapidement la surface des flots.
Le 28 mars fut plus particulièrement consacré à reconnoître les îles de Montebello : elles sont au nombre de trois, et chacune d'elles n'a pas moins de 1 o à 12 milles de circonférence ; stériles d'ailleurs , comme toutes celles de ces parages , elles paroissoient être inabordables du côté de l'Ouest, à cause des redoutables récifs dont je viens de parler.
De ces trois îles , celle du N. O. seulement avoit été aperçue
lors de notre première campagne à la Terre de Witt, et désignée
sous le nom â'I/e l'Hermite ( tom. I, pag. 128); les deux autres
furent appelées lie Lowendal et lie la Trimoiiille. Cette dernière est