Que cet animal ne sauroit se passer d'eau douce
3.0 Qu'on ne le trouve que dans les plus grands lacs et les principaux fleuves de l'Afrique, tels que le Nil, le Niger, le Sénégal, la Gambie, le Zaïre, la rivière Orange, &c. ;
4-° Qu'il est même assez rare de le voir descendre jusqu'à l'embouchure de ces fleuves (rarior ad osiia fiaviorum , F.RXL.y
Mais, de ce qu'il est bien démontré que l'existence de l'Hippopotame se rattache essentiellement à celle des plus grandes réunions
a ce Nous prîmes quantité de Chiens-marins, » que nos matelots mangeoient de fort bon » appétit. Nous en prîmes un, entre autres, qui « avoit 11 pieds de long: l'espace entre les « deux yeux étoit de z.o pouces, et il y en avoit « 18 d'un coin de la bouche à l'autre. Son » estomac étoit comme un sac de cuir fort «épais, et si dur, qu'à peine un couteau bien » affilé put le couper : nous y trouvâmes la » tête et les os d'un Hippopotame, dont les » lèvres velues étoient encore saines et la mâ- »choire ferme; j'en tirai plusieurs dents, deux
» desquelles étoient de la grosseur du pouce, » et avoient 8 pouces de long; elles étoient » déliées au bout et un peu crochues; mais les » autres n'avoient pas plus de la moitié de cette «longueur. L'estomac du chien -marin étoit » rempli d'une gelée qui sentoit fort mauvais, « ce qui ne m'empêcha pas de garder ses dents » et sa mâchoire, et de donner la chair à mon « équipage, qui eut soin de n'en laisser rien «perdre. « (Dampier, Voyage aux Terres Australes, tom. lV,pag. 102. )
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d'eau douce, l'observation de Dampier porteroit tout naturellement à penser qu'il en existe de pareilles à la baie des Chiens-marins; une telle conséquence se trouvant appuyée d'ailleurs par quelques particularités de la navigation du capitaine Anglois a, et sur-tout par l'ignorance absolue où il nous avoit laissés sur tous les détails de ce vaste enfoncement, on ne sauroit être surpris que plusieurs géographes aient cru pouvoir fixer à ce point l'embouchure de l'une de ces grandes rivières qu'on s'obstine à vouloir donner à la Nouvelle-Hollande. Cette dernière hypothèse ayant été complètement détruite par la belle reconnoissance de MM. Freycinet et Faure (chap. x), il nous restoit à découvrir quel étoit l'animal qui pouvoit avoir trompé un observateur aussi habile que Dampier, et toutes nos recherches avoient été vaines jusqu'alors. Un heureux hasard nous fournit enfin la solution du problème, et cette dernière découverte fut encore le résultat de la mission de M. Ransonnet dans le havre Hamelin.
Tout près de l'endroit où LefÈvre faillit être dévoré par un requin, gisoit étendu sur la grève un animal de 20 à 22 décimètres [6 à 7 pieds] de longueur, à demi décomposé déjà par la putréfaction, et qui parut à nos matelots assez différent des phoques, pour que ces bonnes gens crussent devoir m'en rapporter au moins quelques débris; ne pouvant se charger de la tête entière, à cause de la puanteur extrême qu'elle exhaloit, ils en arrachèrent sept dents, qu'ils vinrent m'offrir. II me fut facile de reconnoître que ces dents avoient appartenu à un animal herbivore, il est vrai, comme l'Hippopotame, mais qu'elles différoient essentiellement d'ailleurs de celles qui caractérisent ce dernier genre. Elles provenoient , en effet, d'un Dugon , mammifère marin peu connu, et qui paroît être relégué dans l'Océan Indien. « Cet animal », dit Léguât, et cet ancien voyageur est celui qui en parle avec le plus de détail, « parvient jusqu'à la longueur de 20 pieds. . . .
a Op. cit.pag, iojj 104, ioj.
» Il part par troupeaux comme des moutons , à 3 ou 4 pieds
x> d'eau seulement Nous en trouvions quelquefois trois ou
3î quatre cents ensemble, qui paissoient l'herbe au fond de l'eau. . . » Nous n'avons pas remarqué que cet animal vienne jamais à terre; » je doute qu'il s'y pût traîner, et je ne crois pas qu'il soit amphi- » bie. » Léguât, Voy. tom. \,pag. jjj.-jjô'.
« Chacun de ces poissons prodigieux, dit Barchewttz, avoit y> plus de six aunes de long; le mâle étoit un peu plus gros que la y> femelle : leur tête ressembloit à celle d'un bœuf. . . . Lorsqu'on y> les tua, ils se promenoient (à quelques toises de profondeur), » et mangeoient d'une herbe verte qui croît sur le rivage. » Barchewitz, Ost-Indian Reise-Beschreib. pag. 381.
C'est à ce caractère d'herbivore, que le Dugon seul dans ces régions partage avec l'Hippopotame, qu'il faut attribuer sans doute l'erreur deDAMPiER; erreur d'autant plus excusable, que ce célèbre voyageur n'avoit eu sous les yeux qu'une tête à moitié décomposée par la digestion. A l'égard des deux dents plus longues dont parle Dampier, et qui vraisemblablement auront aussi contribué à l'abuser, elles appartiennent également à l'Hippopotame et au Dugon, avec cette différence essentielle, que le premier de ces deux animaux les porte à la mâchoire inférieure, et le dernier à la mâchoire supérieure; mais le silence du navigateur Anglois exclut ici tout moyen de distinction, et même toute possibilité de comparaison.
Du reste, nous n'avons vu nous-mêmes aucune trace de Dugon dans ces parages; à moins peut-être qu'il ne faille rapporter à ce genre l'animal monstrueux qui , dans la rivière des Cygnes , causa tant d'épouvante à nos compagnons. Ce hurlement terrible , semblable au mugissement d'un bœuf, mais beaucoup plus fort , et qui par ois soit sortir des roseaux (tom. \,p. i<!?j) , ne sauroit appartenir, en effet, qu'à l'une des plus grandes espèces d'animaux que l'Océan Indien nourrisse dans ses flots : or, de tous ceux que l'on y connoît, le Dugon seul présente des dimensions analogues au bruit terrible dont il s'agit.
Une telle présomption se trouve confirmée, d'ailleurs, par tous les détails que nous avons donnés déjà sur la rivière des Cygnes, ou plutôt sur le long bras de mer qu'on désigne sous ce nom.
Ainsi, grâces à l'intérêt que de simples matelots vouloient bien, à l'exemple de leurs officiers, accorder à mes travaux, nous nous trouvons conduits à une solution aussi simple que précise de deux problèmes également importans pour la zoologie et pour l'histoire physique de la Nouvelle-Hollande.
Toutes nos recherches à la baie des Chiens-marins étant ainsi terminées, nous appareillâmes le 23 mars au matin, pour nous porter directement à la terre de Witt ; et dès le lendemain, nous passâmes, pour la sixième fois, le tropique du capricorne. Le thermomètre se soutenoit alors de 20 à 24 degrés; le baromètre varioit de 28 pouces une à deux lignes; le ciel étoit couvert, nébuleux, et l'hygromètre indiquoit de 90 à 95 degrés d'humidité. A cet ensemble de caractères (tom. I, pag. 32), il étoit facile de reconnoître les régions équatoriales au milieu desquelles nous devions pi. 1. désormais naviguer.
Le 27, nous atteignîmes la hauteur du cap Murât, où finit la terre d'Endracht et commence la terre de Witt ; c'est sur ce dernier et périlleux théâtre que nous allons nous trouver placés dans le chapitre suivant.
N.B. P É R O N a dirigé l'impression de ce volume jusqu'à la fin du XXX. c chapitre; il avoit même commencé la rédaction du XXXI. c, quand la mort vint l'arrêter au milieu de sa carrière. II a fallu nécessairement refondre ce travail pour le compléter sous divers rapports ; le manuscrit de PÉRON forme cependant la base et la partie principale de ce chapitre.
(Note du Continuateur de l'Ouvrage.)