‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 66 sur 115 · Un petit paquet de cheveux · texte numérisé non relu

Un petit paquet de cheveux

y.° Un petit morceau de bois de forme cylindrique, d'un pouce de longueur.

A d'autres cordelettes pendoient quelques grains de verre.

Cet homme sembloit porter depuis long-temps cette volumineuse relique ; car elle étoit fort malpropre. M. Leschenault desiroit la lui acheter; mais, quoiqu'il lui offrît en échange des objets d'une assez grande valeur, l'insulaire refusa de la céder, et fit entendre qu'à la guerre elle le préserveroit des coups de l'ennemi.

Il seroit long de reproduire ici toutes les pratiques superstitieuses qu'une fausse religion a introduites parmi les Malais ; je ne puis cependant me refuser de transcrire à ce sujet ce dont MM. Taillefer et Maurouard furent témoins lors de notre précédente relâche.

Au retour d'une promenade dans l'intérieur de l'île, ces messieurs, pressés par l'extrême chaleur du jour et invités par la beauté

du site , cherchoient un lieu où ils pussent se reposer, lorsqu'ils aperçurent une habitation dont ils s'approchèrent , espérant y trouver quelques rafraîchissemens. Mais laissons parler M. Taillefer lui-même. «Nous étant avancés, dit-il, vers cette cabane d'une apparence assez modeste , nous aperçûmes à son entrée deux vieillards assis en face l'un de l'autre, aux deux extrémités d'une natte. L'un d'eux paroissoit plongé dans une profonde douleur; l'autre avoit une contenance grave et imposante. Ils nous accueillirent avec bonté, et nous firent donner les cocos que nous demandions , sans qu'il nous fût possible de leur faire accepter en retour le moindre présent. Après avoir accordé quelques instans aux devoirs de l'hospitalité , celui de ces vieillards qui paroissoit le maître de l'habitation, commença, sans que notre présence semblât le gêner en rien, une cérémonie dont les détails attirèrent nos regards. Il ordonna à un jeune esclave d'apporter trois petits poulets , en choisit un , et adressa à l'autre vieillard quelques paroles dont nous ne pûmes saisir le sens. Ensuite il prit une pincée de riz, la jeta à terre en trois fois ; et après avoir frappé fortement le poussin contre la natte , il le saisit par le bec et le regarda expirer. Dès que l'animal ne fit plus aucun mouvement, il examina avec attention la disposition du plumage et des pattes ; et adressant de nouveau la parole à l'autre vieillard , il conversa tranquillement avec lui. Les mêmes cérémonies eurent lieu à l'égard des deux autres poulets. Ces trois- victimes immolées ne suffirent point; le sacrificateur en demanda une nouvelle : un jeune poulet lui fut apporté, et subit le sort des précédens. Alors la conversation de nos vieillards s'anime. L'esclave allume un bûcher ; les victimes sont jetées dessus, et bientôt la flamme les a privées de leurs plumes. L'aruspice les saisit, et, avec une dextérité incroyable, met leurs entrailles à découvert. L'arrangement des viscères devient un sujet d'observation pour lui ; il examine d'un œil curieux leurs différens rapports : puis, suivant avec soin les rami-

fixations des vaisseaux sanguins, sa figure s'altère, il n'a plus cette contenance grave qu'il avoit conservée jusqu'alors ; il paroît inspiré, et prononce avec enthousiasme des mots qui jettent l'autre vieillard dans une profonde rêverie. La mère des malheureux poulets fut aussi vouée à la mort ; et tandis qu'un esclave la poursuivoit à travers les champs où elle fuyoit en vain, je demandai à l'aruspice le motif de la cérémonie dont nous étions les témoins. « La fille de cet homme , me répondit-il , est malade ; il est venu » me consulter pour savoir quelle sera l'issue de la maladie. » Puis , me montrant le ciel , il prononça le mot Deos ; et ramenant ses mains vers les victimes , me fit entendre qu'il lisoit l'avenir dans la disposition de leurs entrailles. Je lui demandai si le Deos des Malais étoit le même que celui des François et des Hollandois : « Sato Deos [ un seul Dieu ] » fut toute sa réponse,

« Le sacrifice de la poule vint interrompre notre conversation ; et bientôt le vieillard étranger reçut l'arrêt fatal de la mort de son enfant. Ce malheureux père, ne pouvant plus contenir son désespoir, et craignant sans doute de nous laisser voir les larmes qui inondoient son visage, porta les mains sur ses yeux, et disparut.»

2 1 mai. Depuis notre arrivée en rade , nous jouissions sans interruption d'un temps superbe. Le calme régnoit pendant la nuit, et sur Je matin on éprouvoit de légères fraîcheurs de l'E. au S. E. Dans le courant du jour , les brises varioient assez souvent de l'E. au N.E. , et rarement au N. O. ; les brises d'E. et d'E. S. E. étoient quelquefois très-violentes et accompagnées de pesantes rafales : c'est ce que nous éprouvâmes principalement dans la journée du 2 1 mai, où le Géographe chassa sur ses ancres, au point d'être obligé de réaffourcher.

22 mai. Malgré toutes les précautions dont l'expérience nous avoit démontré la nécessité a, plusieurs personnes de nos équipages

3 Nous croyons utile de rapporter ici en de préceptes d'hygiène: c'est, i.° à n'user quoi consiste principalement ce petit nombre qu'avec une extrême sobriété de toute es-

ne

ne purent échapper à l'influence maligne du climat. Quelquesunes étoient attaquées de la dyssenterie ; mais cette maladie n'avoit point encore le caractère effrayant de malignité qui nous désola lors de notre précédente relâche et qu'un plus long séjour auroit pu lui donner ; c'est pourquoi nous hâtâmes nos préparatifs de départ. M. Leschenault, dont la santé étoit trop affoiblie pour continuer la campagne , obtint ce jour-là son débarquement. C'est une perte dont chacun de nous sentit vivement l'importance.

Le 23 mai, nos infatigables naturalistes, Péron et Lesueur, après avoir recueilli une multitude d'échantillons d'objets divers relatifs à la zoologie, voulurent encore joindre à leurs collections le squelette d'un crocodile ; ils se déterminèrent à aller en faire la chasse dans les plaines de Bàbâô , où , parmi des marais infects , ces animaux pullulent d'une manière étonnante, Ce n'est pas qu'il ne s'en trouve aussi à Coupang, et même qu'on n'y en aperçoive chaque jour; mais ici, les localités convenant moins sans doute à leur espèce, ils viennent rarement dormir à terre : or, c'est sur-tout dans cette position que le crocodile doit être attaqué, si l'on ne veut s'exposer soi-même à une mort presque certaine. Le Commandant voulut bien permettre à nos amis de faire cette incur-

pèce de fruits , et particulièrement de ceux au serein , et encore moins y dormir ; 9.0 à

qui sont le plus aqueux , tels que melons , ne jamais coucher sur la terre ni sur un sol

bananes, oranges, &c. et généralement de humide, &c. &c.

toutes les substances débilitantes ou Iaxa- J] ne faut pas craindre d'épicer , même

tives; 2,0 à éviter l'usage du lait, et notam- assez fortement, tous les mets; le piment,

ment de celui de buffle, qui est extrêmement je gingembre et le curcuma ou safran de

pernicieux; 3.0 à ne boire ni calou ni touac l'Inde, sont en général les épices qu'il faut

(deux sortes de liqueurs fermentées, retirées, préférer. A l'égard des boissons, on doit

par incision , du palmier ) , et modérément choisir l'eau de fontaine plutôt que celle de

de l'eau de cocos; 4.° à s'interdire toute es- rivière qui contient toujours des principes

pèce d'excès, soit en boissons, soit en travaux terreux et putrides : le café, le thé, ïe vin ,

forcés, &c. ; J.° à ne point s'exposer à la ]e punch même, conviennent mieux que la

pluie; 6.° à ne jamais laisser sécher sur soi bière, et sur-tout que les limonades, les

ses habits ; 7.0 à ne jamais se baigner pendant orangeades, &c. qui , prises avec trop d'abon-

que le soleil est sur l'horizon , mais seulement dance, sont ici de véritables poisons. le matin et le soir ; 8.° à ne point s'exposer

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