‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 93 sur 115 · TOME 11. Y y · texte numérisé non relu

TOME 11. Y y

plus simple que de les faire arriver de l'Océan par divers fleuves jusqu'aux lacs où ils se trouvent établis maintenant. Ainsi ceux du lac Baïkal , par exemple , y seroient venus de la mer Glaciale , les uns en remontant le Jenissey, le Tunguska et l'Angora; les autres, en suivant le cours de la Lena, du Witim, du Sélinguéa, &c. Quelques portions de route à faire par terre n'étoient sans doute pas capables d'arrêter des voyageurs aguerris par une traversée de sept à huit cents lieues ; car on suppose qu'ils ont pu faire cette dernière partie de leur route en se traînant sur le sol.

Et ce sont des naturalistes estimables sous tant d'autres rapports,

qui ont pu créer de pareilles hypothèses ! L'identité des

animaux dont il s'agit b avec les véritables veaux marins de la Méditerranée, de la mer Noire, de la Baltique et de l'Océan glacial, se trouveroit-elle appuyée du témoignage des plus illustres naturalistes, il sembleroit encore impossible de pouvoir y croire ; et c'est sur la simple assertion d'un Langius, d'un Isbrandt, d'un Heidenreich, que de telles erreurs se trouvent consacrées dans les annales de la science !

L'histoire du lion marin [plwca leonhia] est entachée de méprises plus graves encore, s'il est possible.

i .° Trois grandes espèces de phocacés des mers du Sud ont été faussement réunies sous ce nom, et confondues ensuite avec le lion marin du Sud.

2.0 Cette dernière espèce se compose elle-même de plusieurs animaux essentiellement différens ; il suffit de comparer, pour s'en convaincre, les descriptions que F abriciusc et Stellerj nous ont laissées

1 II convient de faire observer ici qu'on maux de ce dernier genre ont été, à diverses

ne trouve aucune trace de Phoques dans ces reprises, confondus avec les phoques,

fleuves. c Fabricius, Faun. Groenl. pag. y

b II paroît assez probable que les prétendus (1780).

phoques des divers lacs de la Russie appar- d StellÉR, Nov. Corn. Petropol. vol. H,

tiennent au genre loutre ; cette présomption pa„, oéo-?66 (i7$i). est d'autant plus naturelle, que plusieurs ani-

du lion marin antarctique. Placés l'un et l'autre sur un théâtre également favorable aux observations de ce genre, ayant vécu plusieurs années l'un et l'autre entourés des animaux qu'ils ont décrits , ces deux naturalistes célèbres nous offrent des termes de comparaison également précieux, également irrécusables.

Or, il résulte de cette comparaison , que le pïwca leonina de Fabricius diffère du pïwca leonina de Steller :

i.° Par les proportions. Le lion marin de Fabricius n'a que 7 à 8 pieds de longueur a ; et Steller dit positivement du sien, qu'il est deux fois plus grand que les ours de mer: <■<- Magnitudine bis, ■» velmaximos etserio confectos , ursus marines superat . » Mais , d après le même Steller , les ours marins ont 7 à 8 pieds de longueur c ; l'espèce de Fabricius est donc précisément une fois plus petite que celle de Steller.

2.0 Par la forme de la tête. L'espèce de Fabricius porte sur le front une sorte de gros tubercule susceptible de se gonfler comme une vessie , et cariné dans sa partie moyenne d ; Steller ne dit rien d'une conformation aussi extraordinaire.

3.0 Par la disposition des narines. Indépendamment des véritables narines, dit Fabricius, le lion marin en a de fausses dans le même tubercule dont il vient d'être fait mention , et le nombre de ces fausses narines varie d'une à deux, suivant l'âge e : or, l'animal de Steller ne présente rien de semblable à tout cela.

4.0 Par la couleur des yeux. L'iris dans le phoque de Fabricius est brunf ; dans celui de Steller, il est d'un blanc d'ivoire poli g.

5.0 Par la forme des nageoires. Celles de devant, dans l'animal de Fabricius, ont la forme d'un pied humain, et le pouce

1 Op. cit. pag. 7. • Op. cit. pag. 7.

b Op. cit. pag. 360. f Op. cit. pag. 8.

c Op. cit. pag. 331. e Op. cit. pag. 361.

À Op. cit. pag. y.

Yy 2

en est le plus long doigt3 ; cette configuration remarquable est étrangère au lion marin de Steller h.

6° Par le mode d'accouplement. Ceux de Fabricius s'accouplent debout c ; ceux de Steller, étendus sur le sable, la femelle dessus , le mâle dessous d.

j.° Par l'époque de la mise bas. Ceux de Fabricius, en avril e ; ceux de Steller, en juillet f.

8.° Par le lieu de la mise bas. Ceux de Fabricius, sur la glace g ; ceux de Steller , sur le continent \

9.0 Par la nature des poils. Dans l'animal de Fabricius, ils sont doux et longs , avec un fond laineux et profond ' ; dans celui de Steller, ils sont courts, roides et sans aucune fourrure k.

i o.° Par la couleur aux diverses époques de la vie. Les lions marins de Fabricius, à l'âge de douze mois, sont blancs, avec le sommet du dos d'un gris livide ; à la seconde année , ils sont d'un blanc de neige , avec une raie étroite et brunâtre sur le dos. Dans les plus vieux, la tête et les pieds sont noirs ; le reste du corps , également noir, est parsemé de taches grises, le dos restant toujours plus obscur '.

Dans les lions marins de Steller , les poils sont de couleur marron, parfois brunâtre ; les individus adultes affectent une teinte rousse, assez semblable, dit Steller, à celle des vaches, et cette teinte est plus forte dans les jeunes , plus pâle dans les vieux , plus vive, et comme ochracée, dans les femelles m.

1 1 .° Par la crinière. Les lions marins mâles de Steller ont le dessus de la tête et le cou garnis de poils longs et soyeux qui

a Op. cit. pag. 8.

s Op. cit. pag. 8.

b Op. cit. pag. j6o , jjj,

h Op. cit. pag. 363.

e Op. cit. pag. 8.

■ Op. cit. pag. 8.

d Op. cit. pag. 36o, 36z, 3S4.

k Op. cit. pag. 360.

' Op. cit. pag. 8.

1 Op. cit. pag. 8.

' Op. cit. pag. 363.

"> Op. cit. pag. 360.

forment une espèce de crinière très - remarquable a, et dont on ne trouve aucune trace dans les lions marins Groënlandois de Fabricius.

12.0 Ces animaux diffèrent encore par le nombre de dents. Ceux de Fabricius n'en ont que trente-deux b , et ceux de Steller en ont trente-six c.

13.0 Ils diffèrent enfin par les oreilles. Le lion marin de Fabricius n'a point d'auricules d ; celui de Steller en ae, et appartient conséquemment au nouveau genre que nous avons cru devoir établir dans la famille des phocacés sous le nom d' Otarie f.

Maintenant, nous osons le demander, si, pour les plus grands phoques de notre hémisphère , il règne une telle confusion , même dans les écrits des plus célèbres naturalistes, de quelles erreurs plus graves ne doit pas se trouver surchargée l'histoire de ces innombrables amphibies marins qui peuplent toutes les parties de l'Océan antarctique! Comment admettre ces réunions téméraires, ces identités invraisemblables dont on les a rendus l'objet, et qui se trouvent consacrées dans un si grand nombre d'ouvrages ï Presque exclusivement observés jusqu'à ce jour par des hommes étrangers à tous les principes de la science , à toutes les distinctions qu'elle exige , à toutes les comparaisons qu'elle réclame, la plupart de ces animaux sont spécifiquement indéterminables ; et de tous ceux que nous avons pu voir nous-mêmes , ou à l'égard desquels il nous a paru possible de pouvoir prononcer avec certitude, il n'en est pas un seul qui ne se distingue essentiellement des espèces Boréales analogues.

3 Op. cit. pag. 8. A Op. cit. pag. S.

b Op. cit. pag. y. c Op. cit. pag. j6i.

' Op. cit. pag. jâo, jjj, 334. ( Voy. plus haut, pag. 37.

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