‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 95 sur 115 · TOME II. Zz · texte numérisé non relu

TOME II. Zz

de l'Afrique sont les seules à la végétation desquelles on puisse comparer celle de la Nouvelle-Hollande; par les mêmes parallèles, on retrouve ces innombrables légions de bruyères et de protées qui renferment plusieurs arbustes remarquables par leurs formes gracieuses et délicates , et qui parent la stérilité de l'un et de l'autre climat.

Mais dans tous les lieux que nous avons visités, et sur-tout sur la côte Occidentale de la Nouvelle-Hollande, nous n'avons retrouvé dans les grandes masses, ni la majesté des forêts vierges du nouveau monde, ni la variété et l'élégance de celles de l'Asie, ni la délicatesse et la fraîcheur des bois de nos contrées tempérées d'Europe. La végétation est généralement sombre et triste ; elle a l'aspect de celle de nos arbres verts ou de nos bruyères: les fruits, pour la plupart, sont ligneux; les feuilles de presque toutes les plantes sont linéaires, lancéolées, petites, coriaces et spinescentes. Cette contexture des végétaux est l'effet de l'aridité du sol et de la sécheresse du climat; c'est à ces mêmes causes qu'est due, sans doute, la rareté des plantes cryptogames3 et des plantes herbacées. Les graminées, qui ailleurs sont généralement molles et flexibles, participent ici de la rigidité des autres plantes : on en voit des exemples remarquables dans ïuniola disticlwphylla, décrite par M. Labillardiere, et dans une espèce defestuca que j'ai trouvée sur la côte Occidentale, dont toutes les feuilles sont autant d'aiguillons.

La plupart des plantes de la Nouvelle-Hollande appartiennent à des genres nouveaux ; et celles qui se rattachent à des genres déjà connus, sont presque autant d'espèces nouvelles.

Les familles naturelles qui dominent sont celles des protées, des bruyères, des composées, des légumineuses et des myrthoïdes. Les plus grands arbres appartiennent tous à cette dernière famille, et presque exclusivement au genre eucalyptus.

Les familles dont je viens de faire mention, sont très-abondam-

* Les plantes cryptogames renferment les champignons, les mousses, les fougères.

ment répandues, et se partagent une grande partie de la végétation. Cette observation prouve jusqu'à quel point le système des familles naturelles est d'accord avec la marche de la nature, qui rarement isole les espèces, mais au contraire les réunit presque toujours en grand nombre sur un même sol et dans un même climat.

Les plantes même qui se rattachent aux familles les plus naturelles, conservent dans la Nouvelle-Hollande des caractères qui leur sont propres : c'est ainsi que beaucoup de légumineuses sont à corolles papilionacées avec des étamines libres ; que plusieurs sont à feuilles opposées, et qu'une grande quantité de mimosa offrent le singulier caractère d'avoir dans leur jeune âge des feuilles pennées, mélangées avec des feuilles simples.

Après cet exposé rapide de l'état général de la végétation dans la Nouvelle-Hollande, je vais en présenter un tableau succinct et particulier pour les différens lieux que j'ai tour-à-tour parcourus.

Les parties de la Nouvelle-Hollande où j'ai abordé, situées entre les tropiques ou dans leur voisinage, sont remarquables par leur affreuse stérilité. Sur l'île Bernier, sur la presqu'île Péron, sur l'île Depuch, je n'ai pas vu un arbre de dix pieds de hauteur; je n'ai trouvé aucune trace des palmiers si constamment et si abondamment répandus sur toutes les côtes de l'Asie situées entre les tropiques : quelques figuiers, quelques mimosa, s'élevant avec peine à la hauteur de quatre à cinq pieds, quelques solanum hérissés d'épines, sont les seules plantes analogues à celles des autres régions équatoriales. Cependant, dans ces tristes parages, et sur-tout sur ïile Bernier, Baie <*« cw plusieurs plantes, pour la plupart nouvelles, intéressent le botaniste. Nos herbiers en réunissent une centaine d'espèces, parmi lesquelles je cite ici:

Un melaleuca* et un leptospcrmum , dont les rameaux rampent sur les dunes de sable mouvant de la côte;

1 Les plantes que j'ai rapportées étant pour la plupart nouvelles ou non encore déterminées, je ne donnerai le plus souvent, dans cette notice, que leur nom générique.

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tier.

Une espèce nouvelle de zygophyllum, plusieurs sa/so/a et ana&asis ; Un spinifex , différent de celui qu'a décrit M. LabillardiÈre ,

sous le nom fShirsutus ;

La plante indiquée par Dampier sous le nom de damarai Une espèce de ??iimosa dont les rameaux tortueux s'entrelacent

et forment des touffes épaisses, sous lesquelles se retirent les kan-

guroos à bandes.

Archipel Fores- £ur ]'^je j)epUC\l t j'ai trouvé la flagellaria indica, un spondias et

une fort jolie plante de la famille des amaranthes. Baie du Géo- En s'avançant vers le Sud, la végétation est plus fraîche et plus grap e vigoureuse. Derrière les dunes de sable qui encaissent la côte de

la baie du Géographe, on trouve un terrain gras et fertile, composé des débris des végétaux que le temps y a accumulés : les forets contiennent sur-tout des eucalyptus qui parviennent à une grosseur considérable et dont les troncs sont courts et couverts d'exostoses ; un melaleuca, dont l'écorce, de plusieurs pouces d'épaisseur, est formée de feuillets minces, flexibles et très-doux, qui se détachent facilement. C'est avec cette écorce a que les naturels garnissent l'intérieur des abris où ils reposent.

Parmi les plantes herbacées, on remarque une espèce de céleri que mangent les naturels.

Les lieux marécageux sont couverts de salicornes.

Les plantes du genre protœa sont rares dans la baie du Géographe ; mais on rencontre le banksia nlvea, et une autre espèce du même genre, dont les cônes, longs d'un pied, sont chargés de fleurons jaunâtres , et dont les feuilles sont profondément découpées/

Parmi les autres plantes remarquables de ces parages, je dois citer le calothamnus sangu'inea , le xanthorœa hastile , le cycas ridlei;

Un très-beau gnaphalium à fleurs blanches ;

1 J'ai vu à Timor une écorce semblable commerce. On m'a dit qu'on la tiroit de qui sert à garnir les coutures des embarca- l'Archipel des Moluques. tions du pays. Cette écorce est un objet de

Une espèce de leptospermum , auquel ses rameaux flexibles donnent l'aspect du saule pleureur; le leptospermum marghiatum ; \antlwcercis lïttorea ;

Une espèce nouvelle de coryzema; une espèce, aussi nouvelle, de lasiopetatum.

Quoique la végétation soit assez active dans la baie du Géographe, cette fertilité n'est qu'apparente; la couche de terre végétale, peu profonde, repose sur le sable, et seroit bientôt épuisée par la culture.

Le port du Roi-George, à la terre de Nuyts, offre une grande GeJ°" da Ro1 variété de plantes ; les collections que M. Guichenault et moi y avons réunies, sont très-considérables. Le cap qui est à l'Occident du port, est composé de roches granitiques; il est dépourvu de végétaux, ce qui lui a valu de la part de Vancouver le nom de Bald-Head [ Cap chauve ]. Depuis ce cap jusqu'à l'entrée du havre de la Princesse -Royale, la côte est formée en grande partie des mêmes roches , recouvertes de sable blanc et d'une très - légère couche de terre végétale. II ne croît point de grands arbres sur toute cette partie, mais une grande variété de petits arbustes. La végétation est excitée par l'humidité qu'entretiennent les réservoirs d'eau douce qui sont sous ces amas de roches, et dont l'existence se manifeste par l'eau qui sourd dans plusieurs endroits. Dans les lieux les plus humides, on trouve en grande abondance la singulière plante décrite par M. Labillardiere, sous le nom de cephalotus folllcularis : j'ai remarqué que ses feuilles en godet sont toujours remplies d'eau et d'un grand nombre de petits moucherons. Sur la côte opposée à Bald-Head et sur toute celle du havre de la Princesse -Royale, la végétation est belle, les forets sont épaisses et élevées ; plusieurs petits ruisseaux y entretiennent la vie et la fraîcheur. Quoique le sol soit généralement sablonneux, cependant on rencontre quelques veines de bonne terre végétale rougeâtre ; dans les lieux un peu marécageux, j'ai trouvé un très -beau metrosidcros ,

auquel je donne ,1e nom spécifique de paludosa à cause des lieux où il croît. Les épis de fleurs de ce bel arbuste sont très-longs et du rouge le plus éclatant.

Sur les bords de lamer, croissent, en grande abondance, Xadenanthos cuneata, Kadenanthos sericea au feuillage velouté, et une espèce du même genre dont les feuilles sont arrondies.

Parmi le grand nombre de plantes nouvelles du port du Roi- George que j'ai recueillies, je citerai :

Deux espèces de casuarina qui ne parviennent pas à plus de dix-huit pouces de hauteur;

Un eucalyptus remarquable par la forme de ses fruits , qui ressemblent à de petites urnes;

Un bignonia, arbuste à feuilles épaisses, dont les fleurs blanches ont une forte odeur de tubéreuse ;

Un billardiera , sous-arbrisseau qui vient en touffe buissonneuse ;

Une belle espèce de calorophus, dont les feuilles frisées forment d'agréables panaches ;

Une plante très-remarquable de la famille des asperges. ifes Joséphine. Les îles Joséphine sont sablonneuses et dépourvues d'eau douce; les plantes, sèches et rabougries , ne paroissent croître qu'avec regret sur ce sol stérile. On n'y voit point de grands arbres.

Plusieurs espèces nouvelles de salsola bordent le rivage.

Dans l'intérieur, j'ai trouvé d'intéressant un pittosporum qui a le port et l'apparence de l'olivier;

Une espèce nouvelle de dianella, et un westringia dont le feuillage est d'un vert noirâtre.

lie Decrès. Uîlc Decrès est sablonneuse, et nous n'y avons rencontré aucun

ruisseau ; cependant la végétation y est belle et les plantes y sont trèsvariées. J'en ai recueilli un grand nombre de nouvelles. J'attribue la vigueur de la végétation, que n'arrête pas la stérilité du sol, aux roches qui servent de base à ces sables, et qui, arrêtant l'infiltration des eaux pluviales, entretiennent une humidité qui est très-salutaire aux plantes.

Parmi les végétaux que j'ai observés sur l'île Decrès, je citerai:

L'espèce de tabac dont j'ai déjà parlé, et qui croît sur le sable des bords de la mer.

Un melaleuca à longues feuilles filiformes;

Un autre melaleuca à fleurs jaunes;

Plusieurs espèces nouvelles à' eucalyptus ;

Une très-jolie espèce à' anthericum ;

Une plante de- la famille des iridées;

Une espèce nouvelle de solarium;

Un très -joli et très singulier liseron sans tige, dont les fleurs purpurines et solitaires sortent immédiatement de terre et ne sont entourées que de quatre à cinq très-petites feuilles linéaires qu'elles cachent sous leur corolle.

Aucun des lieux de la Nouvelle-Hollande où j'ai abordé, ne m'a PortWestem. offert un aspect plus riant, une végétation plus forte et plus vigoureuse que les côtes du port Western, et je crois aussi que le sol n'y est nulle part aussi généralement fertile. Le pays a peu d'élévation ; et comme plusieurs endroits, tels que l'île des Anglois et l'île des François, ne paroissent que très -passagèrement habités, les beaux massifs de verdure qui les couvrent, ne sont pas autant détruits par les incendies , qu'il est ordinaire de le voir dans d'autres lieux plus fréquentés par les naturels, qui ont soin de se débarrasser par le feu, des petits arbustes qui garnissent le sol, et qui gêneroient leur marche dans les forêts.

Je suis resté plusieurs jours dans le port Western, et me suis enfoncé sur quelques points dans l'intérieur du pays. Par-tout il est bien boisé ; dans un grand nombre d'endroits, j'ai trouvé un terrain excellent et profond., composé d'une grande quantité de débris de végétaux et d'une terre argileuse et rougeâtre, contenant, à ce que je pense , un peu de fer. Ce terrain a pour base des roches qui m'ont paru aussi ferrugineuses.

Cependant, malgré cette fertilité, les plantes sont peu variées,

parce que celles auxquelles le terrain convient davantage, y croissent en grande abondance, végètent avec beaucoup de vigueur et étouffent les autres.

Le nombre des plantes que j'y ai recueillies est peu considérable: il est vrai que l'époque où j'ai visité ce port, n'étoit pas favorable à mes recherches ; c'étoit au commencement d'avril , et par conséquent sur l'arrière-saison de ces climats.

J'ai remarqué que les eucalyptus étoient d'autant plus abondans que le sol étoit meilleur: mais dans les lieux sablonneux et secs, je n'ai rencontré que des banksia et des casuarhia; j'ai aussi observé dans ces mêmes lieux un lepiospermum à feuilles glauques.

Parmi les plantes du port Western, je citerai:

Un rizoplwra qui croît sur les plages vaseuses et inondées des bords de la mer.

Le loranthus floribimda , plante parasite qui s'attache à V eucalyptus ;

Un très-joli petit sous-arbrisseau de dix-huit pouces de hauteur, de la famille des rosacées , portant de belles fleurs jaunes : il croît dans les lieux sablonneux.

Je trouvai aussi en grande abondance Xoxalis acetosella : nous en ramassâmes une très - grande quantité qui nous procura un mets d'autant plus agréable, que depuis cinq mois nous étions privés de végétaux.

Pon Jackson LaNouvelle-GalIes du Sud, sur la côte Orientale, est le seul lieu de la Nouvelle-Hollande où les Européens aient porté leur industrie et l'agriculture ; mais jusqu'à présent1, ses produits n'ont pas été d'accord avec les espérances des Anglois, qui cependant n'ont rien négligé pour faire fleurir leur établissement. Le cultivateur est encouragé par le Gouvernement, qui lui accorde toute espèce de secours; et quoiqu'il ne soit jamais inquiété dans ses travaux par le petit nombre de sauvages qui peuplent les lieux voisins, cependant la

* Année 1803,

colonie

colonie ne récolte pas encore assez de grains pour sa subsistance*. Les environs de Sydney sont très -stériles : aussi n'y a-t-il de culture que dans les lieux où, par la disposititon du terrain, les graisses et débris des végétaux ont été entraînés par les eaux pluviales ou par les débordemens. Dans toutes les parties de la Nouvelle-Galles du Sud occupées jusqu'à présent par les Anglois, la fertilité est presque toujours due à de pareilles causes; rarement la terre y est fertile de son propre fonds, et ce n'est jamais que sur de petites étendues.

Les lieux fécondés par le débordement des rivières et par les inondations sont propres à la culture d£ toutes les plantes d'Europe, et quelquefois donnent un produit dont les bords de la rivière d'Hawkesburry offrent des exemples remarquables, ainsi qu'on a pu s'en convaincre dans le premier volume de cette relation.

Mais lorsque des causes accidentelles n'ont pas engraissé le sol, le cultivateur est souvent déçu des espérances que lui avoit données un terrain couvert de belles forêts, ouvrage lent et progressif de plusieurs siècles de végétation, que n'avoit jamais troublé l'industrie des hommes. Peu d'années suffisent pour épuiser une terre qu'il a péniblement défrichée. J'ai rencontré, dans les environs de Parra-

a Cette opinion de M. Leschenault est «pays la colonie de la Nouvelle-Galles a ocentièrement opposée à ce que j'ai entendu ■>■> cupée jusqu'à présent sur la côte Orientale,

dire si souvent moi-même au port Jackson, » au Nord et au Sud du port Jackson ,

et à ce que contiennent, à cet égard, tous » doivent.... être étonnés que parmi la popunos journaux. MM. Hamelin et PÉRON, « lation qui, depuis vingt-cinq ans, est défientre autres, s'expliquent de la manière la :» nitivement fixée dans ce pays, il ne se soit plus formelle et avec de grands détails. Sans «pas trouvé une seule personne ayant assez répéter ici un témoignage qui se reproduit j> d'énergie pour tenter le passage de ces dans diverses parties de cette histoire , et » montagnes : mais lorsque l'on considère , qu'on retrouvera encore, chap. XL, dans le » d'une part, que même pendant la majeure Tableau des Colonies Anglaises aux Terres » partie de ce temps , cette étroîte portion de Australes, je rapporterai seulement l'assertion ■» pays fournissoit AU-DELÀ de la consomma- An Gouverneur du port Jackson, qui, dans » tion de ses habitans , et que, d'un autre sa relation officielle des Découvertes faites au- m côté , l'espace qui les sépare, &c. » ( Voytf delà des montagnes Bleues , dit positivement: Mémoires du Muséum d'hist. natur. pre- <■< Ceux qui savent quelle petite portion de mière année, pag. 2^.1.) L. F.

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