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Dispositions gé- Dans les premiers instans de la fondation de la colonie , la population se trouva naturellement divisée en deux classes : les hommes libres et les condamnés a.
A la première classe se rattachoient tous les officiers civils et militaires : ceux-ci furent les premiers propriétaires. Les gens de la seconde classe , tous réduits à l'esclavage , furent partagés entre le Gouvernement et les propriétaires. Chacun de ces derniers obtint un certain nombre d'acres de terrain , et à chaque concession furent affectés quelques convicts esclaves ; des outils de diverses sortes furent distribués ; et l'on vit , presque en même temps , les forets s'écrouler sous la hache du charpentier, la terre s'entr'ouvrir.sous la charrue du cultivateur, et les arts domestiques s'établir au sein des cabanes ou des maisons élevées à la hâte sur ces bords si longtemps sauvages.
Des salaisons abondantes , des liqueurs de toute espèce , une énorme quantité de farines, de légumes secs, avoient été transportés sur la flotte; ces provisions, déposées dans des magasins nationaux, furent distribuées par rations aux différens propriétaires , à leurs familles et à leurs esclaves. Des objets d'habillement et des instrumens aratoires furent gratuitement fournis aux nouveaux colons; et bientôt les défrichemens multipliés permirent les premières plantations. Toutes les graines potagères de notre Europe, plusieurs de celles de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie, furent semées à-la-fois, et réussirent parfaitement : il en fut de même de nos arbres fruitiers, le pêcher, le pommier et le cerisier. La fraise odorante, la groseille et la framboise , qui se refusent à la température trop forte des pays équatoriaux, réussirent aussi à merveille sur ces bords plus
3 On pourrait y ajouter les indigènes; mais liberté de suivre leurs goûts et leurs habi-
ces derniers, qui sont peu nombreux et vi- tudes, et ne cherchent point à les asservir:
vent avec les Anglois en assez bonne intel- rarement ils ont été obligés de se garantir de
ligence, n'ont pu être encore «menés aux leurs coups, même dans l'origine de la fon-
premiers commencemens de la civilisation. dation de la colonie. L. F. Les Anglois laissent à ces sauvages toute
tempérés ; nos salades diverses, nos choux , en un mot la totalité de nos légumes Européens , eurent le même succès. Le blé ne tarda pas à combler toutes les espérances : du sein de la terre encore vierge s'élancèrent bientôt d'abondantes récoltes de froment et de seigle ; le maïs , aux lieux plus arides , obtint aussi une heureuse réussite ; et la pomme de terre se naturalisa , dès la première année , avec une facilité qu'on n'auroit pas même osé soupçonner.
Dès-lors la charge du Gouvernement diminua: pendant un an, tous avoient reçu de ses magasins une ration complète de vivres ; mais au bout de ce temps il dit aux colons : « Vos champs sont 35 en plein rapport ; je vous ai fait les avances nécessaires pour » atteindre ce but ; vous jouissez déjà du fruit de vos travaux et de 33 mes sacrifices. Vous n'aurez plus qu'une demi-ration de vivres 53 pour chacun des individus de votre ménage. Pour assurer votre » existence et votre tranquillité , je vous continuerai encore ce » secours pendant dix-huit mois; mais, pressez - vous , redoublez 53 d'activité et de zèle; car, à cette dernière époque, vous serez 33 abandonnés à vos propres ressources , et d'avance préparez-en de 33 suffisantes pour votre famille et pour vous-mêmes. 33
Cependant les trente mois s'écoulent : les défrichemens se sont étendus autour de chaque habitation ; le fer et le feu ont fait crouler ces forêts antiques respectées par le temps jusqu'alors ; l'humble graminée s'élève sur ies débris des puissans eucalyptus , ces arbres géans des forêts Australes ; la famille est assurée de sa subsistance : le Gouvernement l'abandonne donc sous ce rapport ; et cependant il continue de lui fournir les vêtemens, les outils et les instrumens divers dont il peut avoir besoin. Ces dernières avances sont au compte du chef de la famille; mais, créancier généreux, le Gouvernement lui livre à bas prix ces objets indispensables; et ce n'est qu'à l'avenir qu'il en réclamera le remboursement , de telle manière encore que le débiteur pourra s'acquitter avec facilité. En effet , pendant sept ans le Gouvernement comble le colon de ses bienfaits
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et de ses faveurs ; il n'exige en retour que de la bonne conduite et du travail : mais , pendant sept ans, les produits du sol se sont accrus dans une proportion d'autant plus rapide, que les terres sur lesquelles on étoit placé donnoient leurs premières et plus abondantes moissons. De nombreux essaims de poules, de dindes, d'oies, de canards, pullulent autour de chaque cabane et de chaque habitation ; la chèvre bondit sur les coteaux; le taureau poursuit la génisse au milieu des frais pâturages ; de riches troupeaux de moutons , issus des plus belles races de l'Espagne , de l'Afrique et de l'Asie , offrent dans leurs toisons, dans leur chair et dans leur graisse, des objets précieux de nourriture et d'échange. Déjà le cheval a multiplié sa race précieuse : compagnon des labeurs de l'homme , il les a diminués en les partageant ; c'est lui qui a traîné la charrue et tracé les sillons ; c'est lui qui a transporté les récoltes dans les magasins, qui à voiture les objets d'échange , et rapporté de la ville ceux dont on avoit besoin. Le temps s'est trouvé doublé par le secours de cet animal précieux : avec moins de travail réel et moins de fatigue , on a obtenu de plus nombreux produits , et déjà ces produits sont plus que suffisans pour les besoins du cultivateur et ceux de sa famille. Le Gouvernement paroît alors , et lui dit : « Cette aisance dont 33 vous jouissez maintenant , c'est à ma protection , c'est à mes » sacrifices que vous en êtes redevable. Jusqu'à ce jour, je vous ai » tout donné , le sol, le logement, les grains, les instrumens, les » serviteurs, les animaux, les vêtemens et la nourriture; jusqu'à ce » jour, je n'exigeai rien pour tant de bienfaits : mais déjà vous avez » le superflu ; une légère portion doit en être consacrée dès à » présent pour vous acquitter avec moi , peu à peu , de toutes les » obligations que vous avez contractées. »
Alors les comptes entre le Gouvernement et les particuliers sont définitivement réglés, d'après un tarif très -modéré et connu à l'avance ; la dette est divisée en un certain nombre de parts plus ou moins fortes, dont chacune doit être acquittée à des époques fixes.
Indépendamment de ces 'premières obligations des concessionnaires envers le Gouvernement , et qui sont en quelque sorte individuelles, il en est d'autres plus générales et plus importantes, qui tiennent à la propriété des concessions. Il est aisé de concevoir que cette propriété appartient de droit au Gouvernement. N'est-ce pas lui qui a fait tous les fiais de la prise de possession î n'est-ce pas lui qui, à ses risques et périls, s'empara de ces régions , garantit leur indépendance par la force de ses armes ou par les conditions de ses traités ! Ce principe de la propriété absolue de tout le pays, et conséquemment des établissemens fonciers formés sous ses auspices sur la surface du sol , dérive donc nécessairement de la nature même d'une fondation de ce genre. On sait assez que ce principe se trouve encore a maintenu, en quelque sorte, au Cap de Bonne-Espérance par la Compagnie hollandoise ; mais le Gouvernement anglois , jugeant qu'une telle prétention seroit nuisible à ses intérêts , s'est bien donné de garde de la consacrer dans ses colonies de la Nouvelle-Hollande.
Lors donc que les terres sont en plein rapport, c'est-à-dire, au bout de sept ans, le Gouvernement dit aux concessionnaires : « Les » héritages que vous possédez, c'est moi qui vous les ai confiés ; au- » cune transaction ne m'en a ravi la propriété, et c'est une réserve » expresse que j'ai cru devoir me faire en vous y plaçant : aujourd'hui » que vos cultures sont en bon état, il seroit trop malheureux pour » vous de conserver quelques doutes sur une question de cette » nature: je vous fais l'abandon de tous mes droits et je vous les :» garantis à vous et à vos descendans, sous la seule condition d'une » légère redevance annuelle, établie sur chacun des acres de terre » que je vous ai cédés, redevance que vous ne cesserez de me payer, m jusqu'à ce que, par une seconde transaction entre nous, je vous 3> en aie fait la remise. »
En même temps que ces divers arrangemens ont lieu avec les
a En 1 80/j.
propriétaires, une nouvelle charge leur est préparée : ce sont les contributions. C'est pour la première fois, depuis son arrivée sur ces bords , qu'il entend prononcer ce mot ; jusqu'alors toutes les propriétés ont été libres de redevances de ce genre. Le Gouvernement avoit attendu que le colon fût dans l'aisance pour revendiquer ses droits; et ce qu'il exige est d'abord si peu de chose, qu'à peine le père de famille s'aperçoit-il de la nouvelle charge : elle augmente , il est vrai , chaque année, mais toujours d'une manière insensible , jusqu'à ce qu'elle ait atteint une certaine somme pour chaque acre de terre. Alors les contributions doivent rester fixes; elles sont encore peu considérables ; et les produits se sont tellement multipliés , les échanges sont devenus si rapides , que les contribuables sont bien loin d'en être fatigués. Le Gouvernement anglois pense, avec raison, que, pour déterminer des hommes honnêtes à se transporter ainsi aux extrémités du globe , il faut multiplier pour eux les avantages de toute espèce , bien certain qu'il retirera un jour avec usure le fruit de ses avances.
Mais le travail et la constance ont un prix plus prochain à recevoir. En effet, aux approches de l'époque où les redevances sont exigibles, des commissaires du Gouvernement sont chargés de visiter les établissemens des particuliers : toutes les concessions sont parcourues avec soin ; on examine et les habitations et l'intérieur des ménages, et les jardins, et les champs , et les prairies et les vergers , et les troupeaux de toute espèce. Si le bon ordre règne par-tout ; si les concessions ont été bien défrichées et bien mises en valeur; si les récoltes ont été bien soignées et les produits abondans; si les troupeaux surtout ont été conduits avec succès et intelligence, alors le Gouvernement se déclare redevable envers ceux qui les possèdent ; et bien loin d'en exiger des contributions , il leur fait des concessions nouvelles, leur donne en présens de nouveaux instrumens , de nouveaux bestiaux ; il leur accorde de nouveaux esclaves ; il prolonge leur franchise, et les dispense de toute redevance pendant un temps
plus ou moins long. Que si, au contraire, les cultures et les troupeaux ont été négligés, alors le Gouvernement fait quelques avertissemens aux propriétaires inhabiles ou négligens ; et si, après les avoir prévenus plusieurs fois , ses remontrances ne produisent aucun effet , les concessions, par un arrêt irrévocable, sont retirées à leurs premiers possesseurs , et transmises à d'autres plus capables de les rendre utiles au Gouvernement et à eux-mêmes.
Tandis que des lois bienfaisantes garantissent ainsi les avantages des propriétaires , le même esprit de sagesse et de justice se fait sentir à l'égard des criminels. De ces derniers , les uns sont condamnés à l'esclavage pour le reste de leurs jours ; c'est le plus petit nombre: d'autres, au bout d'un certain nombre d'années , doivent redevenir libres, mais ne peuvent jamais quitter la colonie, ou ne la peuvent quitter qu'après un délai fixé ; d'autres enfin, après avoir été rendus à la liberté , sont les maîtres de partir ou de rester. Deux moyens puissans ont été mis en usage pour contenir cette population bizarre et pour l'améliorer : la crainte et l'espérance. D'un côté, des troupes nombreuses sans cesse armées; des potences, des prisons, des cachots , établis sur plusieurs points de la colonie; des fers et des chaînes, une police active, des chàtimens terribles pour les fautes les plus légères , enfin la mort pour celles qui sont plus graves : de l'autre côté , l'espérance de la liberté ; la diminution du temps de l'esclavage, ou même sa cessation absolue; la certitude de rentrer bientôt en grâce par une bonne conduite, d'obtenir aussi des concessions, d'être à son tour servi par d'autres condamnés, de pouvoir se livrer en paix à toutes les jouissances de la vie domestique, d'arriver même à la fortune et à la considération . de pouvoir un jour retourner en Europe pour y jouir de ses travaux et de son industrie : telle fut la double perspective que le Gouvernement anglois plaça d'abord devant les malheureux qu'il déportoit sur ces rivages lointains.
Les exemples de la iévcrité la plus effrayante se succédèrent; la
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terreur des lois pénétra, pour la première fois peut-être, dans ces cœurs endurcis. Dès cet instant, une révolution heureuse commença pour eux; et tel en a été le résultat, que, pendant le séjour de cinq mois que nous avons fait au port Jackson, nous n'avons pas entendu parler d'un seul meurtre ou même d'un vol, et qu'il y avoit plus de deux ans qu'on n'avoir condamné personne à mort.
Placés ainsi entre la crainte et l'espérance, il seroit difficile que les transportés n'embrassassent pas le parti le plus avantageux, celui qu'ils savent pouvoir seul les conduire au bonheur : car la bonne conduite reçoit toujours son prix. Lorsqu'un condamné se montre honnête, actif et laborieux; lorsqu'il fait quelque action remarquable ou quelque découverte utile à la colonie , alors le Gouverneur a le droit de lui faire grâce et de le déclarer libre ; quelquefois il abrège simplement la durée de l'esclavage. Dans tous les cas, lorsque le temps de la punition est écoulé, le convict rentre dans le sein de la société et recouvre tous les droits qu'elle accorde ; des concessions lui sont faites, des esclaves lui sont donnés pour faire ses défrichemens ; il reçoit des instrumens, des vivres; en un mot, il jouit de tous les avantages que le titre de propriétaire emporte avec lui.
Instruits par de longs malheurs que le crime et l'injustice recevront un châtiment, et que l'honnêteté seule- peut rendre l'homme heureux ; bien convaincus que les peines et les supplices les attendent en cas de fautes nouvelles, tandis que le bien-être et la considération doivent être le prix d'une bonne conduite, ces hommes , ainsi délivrés de leurs fers , se montrent presque toujours honnêtes et réservés. L'habitude du travail, qu'il leur a bien fallu contracter durant un long esclavage , leur donne sur ce point une sorte de supériorité sur les hommes qui sont arrivés libres dans ces régions : leurs défrichemens sont ordinairement conduits avec plus de méthode et d'intelligence, et l'on observe que ce sont ordinairement de très-bons cultivateurs. Il en est de même de ceux
qui
qui se livrent aux arts et au commerce : presque tous réussissent ; et je ne craindrois pas d'assurer que, dans moins de trente ans, plusieurs des grandes fortunes de Ja colonie seront entre les mains de ces criminels. Alors les préjugés qui se rallient encore autour d'eux, seront dissipés, et ils jouiront au moins de la considération que la richesse manque rarement de procurer; aujourd'hui même ces préjugés sont tellement afToiblis, que quelques-uns des déportés reçoivent déjà la plus honnête compagnie. J'en ai connu qui , après avoir subi l'effet de leur condamnation, sont rentrés dans la société, et se sont conduits avec tant d'activité et de sagesse, qu'ils possèdent maintenant des fortunes considérables, dont quelquesunes s'élèvent au-delà de trois cent mille francs.
Tels sont les avantages que le convict devenu libre obtient par une conduite honnête et laborieuse. Mais malheur à lui s'il commet de nouvelles fautes ! la justice alors devient implacable ; on pense avec raison que de tels hommes sont des membres gangrenés contre lesquels il faut employer les moyens les plus fortement répressifs. Les fers et les cachots, la bastonnade, les coups de fouet, sont les premières punitions qu'ils reçoivent; s'ils hésitent à se ranger à leur devoir, alors c'en est fait : on confisque leurs concessions au profit du Gouvernement; ils subissent une condamnation nouvelle à l'esclavage , pour un nombre d'années plus ou moins considérable , et assez ordinairement pour le reste de leurs jours; enfin, si la faute est grave, on les pend. Plusieurs exemples de ces diverses punitions, répétés de temps à autre, ne servent pas peu à contenir les plus récalcitrans.
--Cependant la plupart des condamnés sont célibataires, et la Alliances, population de la colonie auroit à souffrir de cet état de choses ; le Gouvernement a dû pourvoir par conséquent aux moyens de multiplier les alliances. Les femmes déportées ont été sa première ressource : on sait assez que cette dernière classe se compose de criminelles condamnées par les tribunaux, et des prostituées les TOiME 11. Eee
plus infâmes de la ville de Londres ou des grands ports de l'Angleterre. Avec de pareils élémens former des femmes honnêtes, laborieuses, de bonnes mères de famille, c'est-là sans contredit le triomphe de la législation et le dernier terme du perfectionnement social. Le Gouvernement anglois a su opérer ce prodige par les mêmes moyens que nous venons d'indiquer. Ce n'est pas entre le déshonneur et la considération qu'il falloit placer de telles femmes; l'honneur pour elles ne pouvoit rien : on les mit donc, comme les hommes , entre le supplice et les récompenses. Bien sûres d'être frappées par la loi , toutes les fois qu'elles viendroient à commettre quelque faute, elles sont contraintes à devenir plus modestes, plus laborieuses , et à bannir toute idée de crime ou de mauvaises mœurs. Réduites à consacrer tous leurs instans au travail, elles en prirent insensiblement l'habitude et le goût, et dès-lors le changement le plus favorable dut s'opérer en elles.
Devenues libres comme les hommes, aux mêmes conditions et sous les mêmes réserves, ces femmes ne pouvoient manquer de trouver des maris. Des condamnés affranchis unissent leur sort au leur; et comme le Gouvernement attache divers avantages àl'état de mariage, que les femmes ont aussi des concessions, que les enfans en obtiennent également, que les esclaves sont accordés en raison de l'étendue des terres , il s'ensuit que l'alliance conjugale améliore sensiblement l'état individuel de ceux quîla contractent. Ces unions sont aujourd'hui très -multipliées dans la colonie, et généralement elles sont heureuses: j'ai eu occasion de connoître l'intérieur d'un grand nombre de ces ménages, et je n'ai jamais pu contempler sanâ attendrissement le changement prodigieux opéré dans les mœurs et dans les habitudes de ces couples singuliers. Ce qu'il y a de bien remarquable encore, c'est que les filles publiques, qui, dans leur ancien état de débauche, ne faisoient pas plus d'enfans que celles de nos capitales, se montrent, dans leur nouvelle position, de la plus grande fécondité.
Des voleurs , des brigands et des prostituées ne paroissent guère susceptibles de donner une bonne génération pour l'avenir, et cependant nous allons voir qu'il en sera autrement de celle qui se prépare. En effet, si l'on considère que des femmes de ce genre appartiennent en général, dans tous les pays, à la partie la plus robuste et la plus belle de la population; si l'on fait attention qu'un tel état de choses et les chances diverses qu'il comporte, ont pour résultat nécessaire de donner une sorte d'exaltation aux idées; qu'à plus forte raison l'état de brigand sur les grandes routes, celui de voleur dans les cités , exigent de la force , de l'adresse et une sorte d'audace qui n'est pas l'apanage du plus grand nombre des hommes, il doit en résulter que, soit pour le physique, soit pour l'intelligence, les enfans de tels époux n'ont pas été aussi mal partagés qu'on pourroit le croire. A ces premiers avantages se réunissent tous ceux qui naissent d'un climat extrêmement salubre et que son heureuse position rend également étranger à nos frimas et aux chaleurs brûlantes des régions équatoriales. Aussi la beauté des enfans, l'expression vive et animée de leur physionomie, nous frappèrent-elles également pendant notre séjour au port Jackson.
Tous ces enfans sont tenus avec un très-grand soin et vêtus avec une propreté remarquable. Ils ont été avec raison, dès le principe, l'objet particulier de l'attention du Gouvernement; et si nous avons admiré les soins qu'il prend pour ramener des êtres pervers aux principes ordinaires de la justice et de la vertu, nous allons nous attendrir ici sur les efforts généreux qu'il fait pour préparer une génération plus vertueuse et plus heureuse.
Bien convaincu d'avance que, quels que pussent être ses soins et Éducation, sa surveillance , au milieu de tant de personnes corrompues il se trouveroit toujours des parens vicieux, le Gouvernement ne crut pas devoir remettre à de telles gens l'espoir futur de la colonie. D'après ce sage principe , une maison d'éducation pour les filles a
» Indépendamment de cette maison d'éducation pour les filles, il s'établit encore à
Eec 2
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fut élevée dans les premiers temps de la colonie ; des revenus considérables lui furent affectés: l'intérieur en fut disposé convenablement ; de vastes cours, un grand jardin, l'environnèrent. Des femmes charitables et instruites furent appelées d'Angleterre, et destinées à l'éducation des jeunes personnes qu'on se proposoit d'y recevoir. L'épouse du Gouverneur, celle du Lieutenant -gouverneur, en furent nommées les directrices. On réunit dans cet établissement les jeunes filles orphelines, celles que leurs parens trop pauvres ou même encore esclaves ne pouvoient élever avec assez de soin ; enfin toutes celles dont les pères et mères étoient notés à la police comme conservant dans leurs actions , dans leurs discours ou dans leur cœur, les restes de leur ancienne perversité. Toutes ces jeunes filles, soignées avec beaucoup d'attention, élevées dans les principes de la religion et de la morale la plus pure, instruites de bonne heure de tout ce que doit savoir une mère de famille, ne s'occupant que de choses utiles à la prospérité des ménages, accoutumées dès leur enfance au respect des autres et d'elles-mêmes, finissent par réunir de bonne heure toutes les qualités désirables dans d'excellentes épouses.
Chaque jour, leurs intéressantes directrices vont les visiter: on les interroge en leur présence; on les réprimande devant elles, lorsqu'elles l'ont mérité : c'est devant elles aussi qu'on récompense le travail, la bonne conduite et les succès. Ces dames respectables ne craignent pas de se livrer aux soins les plus minutieux de l'administration. Je les ai vues moi-même aller à la cuisine, goûter les alimens, parcourir les dortoirs pour s'assurer de l'ordre et de la propreté qui doivent y régner; en un mot, il n est sorte de détails dans lesquels elles n'entrent : mais elles en sont bien récom-
Sydney deux écoles pour les garçons , qui dû originairement au Chevalier PAULET.
reçurent aussi quelques bienfaits du Gouver- On en attend les plus grands avantages,
nement; mais, en i 8 1 1 , on y en fonda une- ( Voy. Turnbull's Voyage, pag. 465 , se-
nouvelle, d'après le système de LANCASTER, conde édition, 1813.) L. F.
pensées par l'affectueuse gratitude de leurs pupilles, qui ne les chérissent pas moins que leurs propres mères, et qui sourient de plaisir à l'instant où leurs bienfaitrices doivent aller les voir.
Tous les dimanches, à dix heures, ces aimables directrices, après la visite ordinaire, accompagnent à l'église leur jeune troupeau ; des bancs particuliers sont préparés pour ces enfans ; elies se trouvent placées en face de leurs protectrices et de leurs maîtresses: la garnison est alors sous les armes et remplit une partie du temple ; la musique du régiment exécute divers morceaux. Tout cet appareil solennel fait ressortir davantage le touchant spectacle de tant de jeunes filles adoptées par un Gouvernement généreux et bienfaisant; et lorsqu'on voit leurs propres parens, souillés jadis de tous les crimes, élever du milieu de la foule des regards de reconnoissance vers le ciel, et implorer la faveur de Dieu pour la prospérité de leurs enfans, le cœur de l'honnête homme s'attendrit, et l'on bénit les auteurs d'un changement aussi heureux et aussi admirable.
Cependant l'époque arrive où l'éducation de ces jeunes filles est terminée ; où le Gouvernement va recevoir le prix de ses bienfaits et de ses sacrifices. Un jeune homme honnête et libre, un ancien convict affranchi, d'une conduite irréprochable et de bonnes mœurs, désire se marier ; mais i\ répugne, avec beaucoup de raison , à s'unir à ces misérables prostituées dont les envois d'Europe ne se succèdent que trop rapidement; il répugne aussi à chercher une compagne parmi les filles abandonnées dès leur enfance à des parens plus ou moins corrompus ou flétris ; la mai d'éducation des orphelines lui présente des sujets plus dignes de . ■ confiance et de son amitié. Mais aucune personne étrangère n y pénétrer sans être accompagnée par l'une ou l'autre des directr; c'est donc à l'une d'elles qu'il faut s'adresser pour obtenir l'ei dans l'établissement. Là, sous quelque prétexte spécieux, tendant est conduit dans les salles de travail ou de y passer , en quelque sorte , en revue toutes les éle\
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des jeunes filles a pu fixer son choix, il en fait part aux directrices ; et celles-ci, après s'être assurées des qualités morales du sujet, consultent à son égard le goût particulier de la jeune personne, qui peut le refuser ou l'agréer. Dans ce dernier cas, les parens, si elle en a , sont invités à une espèce de conférence , où l'on discute les avantages ou les inconvéniens de l'alliance proposée. S'ils y donnent leur adhésion , le mariage ne tarde pas à se faire , et nous allons retrouver ici une preuve remarquable de la sagesse et de la bienfaisance qui caractérisent toutes ces institutions trop long-temps méconnues ou méprisées en Europe.
Après avoir multiplié les sacrifices pour l'éducation de ces aimables enfans, le Gouvernement se donne bien de garde de les abandonner au moment qui va décider de leur sort futur; c'est alors, au contraire, qu'il fait éclater sa générosité la plus grande. Chacune de ces filles, au moment de se marier, reçoit une dot qui consiste en des concessions importantes, auxquelles sont attachés des troupeaux et des esclaves; pour garantir, en quelque sorte, cette donation solennelle, l'épouse du Gouverneur et celle du Lieutenant- gouverneur signent le contrat de mariage, et c'est ainsi qu'en établissant leurs jeunes élèves , elles restent encore leurs protectrices et leurs amies.
Mais ce seroit en vain que le Gouvernement anglois feroit d'aussi grands efforts pour substituer des familles honnêtes à la population infâme et corrompue qu'il fut obligé de porter d'abord à la Nouvelle- Hollande, si les préjugés établis contre la colonie pouvoient se maintenir en Angleterre et dans le reste de l'Europe. Sans doute il pouvoit s'en remettre au temps pour faire justice de préventions aussi funestes, et l'exemple de ses colonies d'Amérique auroit pu lui prouver que ces sortes de préventions s'effacent rapidement.
Mais le Gouvernement anglois a pris , pour parvenir à ce but , des moyens non moins sûrs et beaucoup plus efficaces. Purger la population actuelle de tout ce qu'elle a de plus impur et de plus
abject, l'accroître chaque jour par des colons de mœurs honnêtes : tels sont les moyens qu'il a mis en usage depuis quelques années, et avec un tel succès, qu'il me paroît impossible que les préjugés établis contre la colonie du port Jackson se soutiennent encore pendant vingt ans. Voici ce qu'il a fait pour atteindre ce but. A mesure qu'il veut fonder un établissement sur un nouveau point a, ce sont les hommes de plus mauvaises mœurs, ce sont les convicts les plus criminels , que l'on emploie à faire les premiers défrichemens ; ce sont eux qui sont chargés des travaux les plus pénibles, et souvent ils y succombent. D'autres familles moins perverties jouissent bientôt du fruit de ce travail, qui ne pouvoit être acheté que parle sacrifice de quelques individus; et sans doute il vaut mieux que ce soient ces
a Les Anglois ont fondé un établissement au port Hunter en 1803 (voy. Turnbull's Voyage, pag. 414, seconde édition, 181 3 ). A la fin de la même année, ils ont envoyé d'Europe une colonie au canal Dentrecasteaux, à l'extrémité Sud de la terre de Diémen ; ils y ont fondé la ville de Hobart (voy. An Account of a voyage, &c. by J. H. TuCKEY, 1805). En 1804, le colonel PATERSON partit de Sydney pour aller établir une colonie dans le port Dalrymple, au Nord de la terre de Diémen. La première ville qui fut bâtie porte le nom de York- Town ; celle de Launceston, qui doit devenir la capitale, ne fut fondée que quelque temps après. ( Voy. Flinders's Voyage to Terra Australis , tom. I, pag. clxiij , 18 14.)
Mais l'établissement le plus intéressant et le plus important sous tous les rapports, c'est celui qui fut commencé en 1815 dans l'O. des montagnes Bleues. Après des peines inouies , les Anglois sont enfin parvenus à franchir cette barrière fameuse qui paroissoit inaccessible. Le sol au-delà , dit le Gouverneur MACQUARIE dans sa Relation des découvertes faites à l'Ouest des montagnes Bleues, est d'une rare fertilité, bien arrosé, riche en
gibier de toute sorte , tel que kanguroos , ornithorinques, casoars, cygnes noirs, oies et dindes sauvages , canards , pigeons , &c. et en excellens et gros poissons (de 17 à 25 livres), remarquables en ce qu'ils sont tous d'une même espèce. « On ne peut voir, dit- »il, un aussi beau spectacle (l'aspect du » pays) sans être pénétré d'un sentiment 3) d'admiration et de surprise: mais le silence » et la solitude qui régnent sur cet espace , » d'une étendue et d'une beauté telles, que la » nature semble l'avoir destiné pour être oc- « cupé par l'homme et lui fournir tout ce » qui rend la vie agréable , impriment à l'âme » une sorte de mélancolie, qu'il est plus fa-
» cile d'imaginer que de décrire Le sol
» fertile et les riches pâturages de ce nouveau « pays sont d'une si grande étendue, qu'ils ■» suffiroient amplement à l'existence de la population , quel qu'en fût l'accroissement. » C'est-là que,sur un point élevé, doit être bâtie la ville de Batliurst , par 330 24' 30" de latitude Sud et 147" 17' 30" de longitude à l'Est de Paris. (Voyez Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, première année, o.c cahier, pag. 241 ; Paris, 1816.) L. F.
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hommes profondément pervers , souillés des crimes les plus hideux
et accablés du mépris public.
La colonie de Norfolk présente encore un moyen de purification
analogue. Cette île est d'une fécondité remarquable, et ne sauroit manquer de devenir le siège d'importantes cultures ; mais comme elle jouit d'une température plus élevée que celle du port Jackson, les travaux y sont aussi plus pénibles et plus accablans. C'est donc à Norfolk que sont envoyés les plus mauvais sujets de la Nouvelle- Hollande ; ainsi cette île doit être considérée comme le dépôt de ce que les établissemens anglois aux Terres Australes contiennent de plus corrompu. Tandis que, par ces moyens réunis, on s'occupe à épurer la population, d'autres expédiens, non moins efficaces, sont mis en usage pour l'améliorer dès à présent. Nous venons de voir jusqu'à quel point l'éducation et les mariages favorisent, à cet égard, le Lut du Gouvernement ; mais ces moyens n'étant qu'indirects et et en petit nombre , il a fallu , pour diminuer l'espèce d'horreur que le nom de Botany-Bay porte encore avec lui, il a fallu, dis-je, y déporter d'autres espèces de gens que des hommes flétris pour les crimes les plus odieux. Le port Jackson , d'après ce principe , est devenu un lieu de déportation ou plutôt d'exil pour des fautes d'une nature différente de celles qui seules pouvoient y conduire primitivement. Les révoltes successives de l'Irlande ont, sous ce rapport, puissamment servi les projets de l'Angleterre. En effet, près de six mille Irlandois ont été déportés à la Nouvelle -Hollande par suite des troubles politiques qui ont eu lieu dans leur paysa, et dans ce nombre il se trouve des individus qui appartiennent à des familles distinguées. Quelque graves qu'aient été leurs erreurs, de telles gens ne sauroientêtre confondues avec les misérables qu'on déporta d'abord aux Terres Australes ; et cette circonstance a dû contribuer puis -
a Près de la moitié de la population , tant . au port Jackson pour des causes politiques, hommes que femmes, étoit Irlandoise en ( Voy. Turnbull's Voyage, pag. yS , se- 1 1> 1 3 , et la plupart avoient été transportés conde édition. ) L. F.
samment
samment à atténuer les préjugés défavorables qui pesoient sur- la colonie ; aussi , depuis plusieurs années, n'est -il pas rare de voir arriver au port Jackson des familles libres et honnêtes qui viennent profiter des bienfaits du Gouvernement et des avantages du climat et du sol, pour réparer d'anciens malheurs ou pour arriver plus rapidement à l'aisance et même à la fortune a. C'est ainsi que, lors de la dernière évacuation du Cap de Bonne - Espérance par les Anglois, plusieurs individus sollicitèrent, comme une faveur, d'être conduits à la Nouvelle-Hollande. Je le répète donc, telles ont été les mesures adoptées par le Gouvernement anglois, qu'il est impossible que la colonie du port Jackson ne jouisse pas bientôt en Europe de la considération qu'elle mérite. C'est alors sur-tout qu'on pourra mieux apprécier toute la sagesse des instructions qui règlent et garantissent les destinées brillantes auxquelles elle est appelée.
Cependant, à mesure que la population augmente, la surveil- Poifee. lance du Gouvernement doit prendre un caractère plus actif de force et d'autorité. Au milieu de tous les élémens de la révolte et du crime, il importe que la police reçoive un développement plus considérable que dans l'état ordinaire des sociétés Européennes , et les fondateurs de la colonie ne se sont point écartés de ces principes régulateurs. Ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, huit cents hommes de troupes réglées résident au port Jackson, et fournissent des garnisons à chacune des principales villes de la colonie. Un chef de la police, d'une sévérité redoutable, demeure à Sydney; il exerce son ministère de manière à faire trembler les condamnés les plus audacieux : les fautes les moins importantes sont punies par deux ou trois cents coups de bâton, et il est rare qu'il se passe un jour sans qu'une vingtaine de corrections de ce genre ne soient administrées dans la cour de la prison, sans forme de procès et sur le simple ordre d'un agent de police. Au milieu de gens aussi profondément
1 Le Gouvernement donne ioo acres de terre à chaque individu qui vient s'établir dans la colonie, 30 acres à chaque femme, et 10 pour chaque enfant.