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DISCOVRS 9)
que nous auions retenus, et leur apporterent du poisson et leur tenoyent plusieurs parolles que nous n'entendions point, fai sans signe qu'ils n'osteroyent point ceste CTOIX.
Comme estans hors du port susdit cheminans derriere ceste coste allasmes pour chercher la terre qui est situee vers Suest et Noroucst.
Li lendemain xxv. du noi: se leua vn bon vent, et nous mismes hurt du port Estant hors du fleuuc suscit tirasmes vers Est-Nordest, d'autant que pres de lembouchure de ce fleuue, :à terre fait vn arcuit, ct fait vn golfe en forme d'vn demycercle, en sorte que de nos Nauires nous voyons toute la coste, derricre laquelle nous cheminasmes, et nous mismes à chercher la terre situce vers Ouest et Norouest, et y auoit vn autre pareil golfe distant vingt lheuës dudit fleuue.
6O DISCOVRS
Des Caps de S. Louys et de Mommorency, et de quelques autres terres, et comme vne de nos barques ayant heurté à rn escueil, ne laissa de passer outre.
Li Lundy xxvij. au soleil couchant allasmes le long de ceste terre qui est cor ime nous avons dit situce au Suest et Norouest IUSqUeS au Mercredy, auquel tour vismes vn autre Cap où la terre commence a se tourner vers l'Est, et allasmes le long d'icelle quelques xvi. licuës, et de là ceste terre commence a tourner vers le Nord, et a trois lieuës de ce Cap y a fond de xxitj. brasses à plomb. Ces terres sont plates, et les plus descouuertes de bois que nous ayons encores peu voir, il y a de belles prairies et campagnes tres-vertes.
Ce Cap fut nommé de S. Louvs, pource qu'en ce tour l'on celebroit sa feste, et est au xx. degré et demy de latitude et de longitude * Le Mercredy matin, nous estions vers l'Est de ce Cap, et allasmes vers Norouest pour approcher de ceste terre, estant presque nuict, et trouuasmes
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DISCO VRS O1
qu elle regardoit le Nord et le Su. Depuis ce Cap de S. Louys iusques à vn autre nommé le Cap de Mommorency y a quelque xv. lieuës, la terre commence à tourner vers Noroucst. Nous voulusmes sonder le fond a trois licuës pres de ce Cap :
mais nous ne le peusmes trouuer auec cent cinquante brasses, et pource allasmes le long de ceste terre enuiron dix lieuës iusques à la latitude de cinquante degré. Le Samedy ensuyuant premier iour d'Aoust au leucr du soleil cognusmes et vismes d’autres terres qui nous restoyent du costé du Nord et Nordest, lesquelles estoyent treshautes et coupees, et sembloyent estre montagnes, entre lesquelles y auoit d'autres terres basses ayans bois et rivieres.
Nous passasmes autour de ces terres tant d'vn costé que d'autres tirans vers Norouest, pour voir s'il y auoit quelque golfe ou bien quelque passage iusques au v. du mois, D'vne terre à l'autre il y a viron xXv. licuës, et le mitan est au cinquante et vn tiers degré de latitude, et nous fut tresdifficile de pouuoir faire plus de cinq lieuës à cause de la maree qui nous estoit con-
62 DISCOVRS
traire et des grands vents qui y sont ordinairement. Nous ne passames outre les cinq lieuës d'où l'on voyoit aisément la terre de part en part laquelle commence là a s'eslargir. Mais d'autant que nous ne faisions autre chose qu'aller et venir selon le vent, nous tirasmes pour ceste raison vers la terre pour tascher de gaigner vn Cap qui est vers Su, qui estoit le plus loin et le plus auancé en mer que nous peussions descouvrir, et estoit distant de nous enuiron quinze lieuës : Mais estans proches de là trouuasmes que c'estoyent rochers, pierres et escueils, ce que nous n'auions encores point trouué aux lieux où nous auions esté au parauant vers le Su, depuis le Cap de S. Iean, et pour lors estoit la maree qui nous portoit contre le vent vers l'Ouest :
De maniere que nauigans le long de ceste coste vne de nos barques heurla contre vn escueil et ne laissa de passer outre, maïs il nous fallut tous sortir hors pour la mettre à la maree.
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DISCGCOVRS 63
Comme ayans consulté ce qui estoit le plus expedient de faire, nous deliberasmes nostre retour, du Destroit de S. Pierre et du Cap de Tiennot.
Ayans nauigé le long de ceste coste environ deux heures, la maree suruint auec telle impetuosité qu'il ne nous fut iamais possible de passer auec treze auirons outre la longueur d'vn iet de pierre. Si bien qu'il nous fallut quitter les barques et y l:'sser partie de nos gens pour la garde, et marcher terre par quelque dix ou douze hommes iusques à ce Cap, où nous trouuasmes que ceste terre commence là a s'abbaisser vers Surouest. Ce qu'ayans veu et estans retournez à nos barques, reuinsmes à nos Nauires qui estoyent ja à la velle qui pensoyent tousiours pouuoir passer outre:
mais ils estoyent auallez à cause du vent de plus de quatre lieuës du lieu où nous les auions laissez, où estans arriuez fismes assembler tous les Capitaines, mariniers, maistres et compagnons pour auoir l’aduis et conseil de ce qui estoit le plus expedient
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64 DISCOVRS à faire. Mais apres qu'vn chacun eut parlé, | l'on considera que les grands vents d'Est | commençcoyent à regner et devenir vio-
lens , et que le flot estoit si grand que nous
ne faisions plus que raualler, et qu'il n'es-
toit possible pour lors de gaigner aucune
chose : mesmes que les tempestes commencoyent a s'eslever en ceste saison en la
terre Neufue, que nous estions de lointain
pays, et ne scaulons les hasards et dangers
du retour, et pource qu'il estoit temps de
se retirer, ou bien s'arrester là pour tout le
reste de l'annee. Outre cela nous discou-
rions en ceste sorte, que si vn changement
de vens de Nord nous suprenoit qu'il ne
seroit possible de partir. Lesquels aduis
ouys £&t bien considerez nous firent entrer
en deliberation certaine de nous en retour-
ner. Et pource que le iour de la feste de
S. Pierre, nous entrasmes en ce destroit,
nous l'appellasmes à ceste occasion Des-
troit de S. Pierre, où ayans ietté la sonde
en plusieurs lieux, trouuasmes en aucuns
cent cinquante brasses, aux autres cent, ci
pres de terre soixante auec bon fond. De-
puis ce iour iusques au Mercredy nous
parlé, d'Est
ViOnous n esicune COMen la ntain n2ers »s de ut le scoument …1l ne aduis ntrer tourte de roit, Desonde çuns nt, et Denous
DISCOVRS. 05
eusmes vent à souhait et circuimes ladite terre du costé du Nord, Est-Suest, Ouest, et Norouest : car telle est son assiette, horsmis la longueur d’vn Cap de terres basses qui est plus tourné vers Suest, esloigné à viron xxv. lieuës dudit destroit. En ce lieu nous vismes de la fumee qui estoit faite par les gens de ce pays au dessus de ce Cap, mais pour ce que le vent ne singlait vers la coste nous ne les accostasmes point, et eux voyans que nous n'approchions d'eux douze de leurs hommes vindrent à nous auec deux barques lesquels s’accosterent aussi librement de nous comme si ce fussent esté François, et nous donnerent à entendre qu'ils venoyent du grand golfe, et que leur Capitaine estoit un nommé Tiennot, lequel estoit sur ce Cap, faisant signe qu'ils se retiroyent en leur pays d'où nous estions partis, et estoyent chargez de poisson, nous appelasmes ce cap Cap de Tiennot. Passé ce Cap toute la terre est posee vers l'Est-Suest, Ouest et Norouest, et toutes ces terres sont basses, belles et enuironnees de sablons, pres de mer et y a plusieurs marais et bancs par l'espace de $
66 DISCOVRS.
xx. lieuës, et en apres la terre commence a se tourner d'Ouest à l'Est, et Nordest, et est enticrement enuironné d'Isles esloignees de terre deux ou trois lieuës. Et ainsi comme il nous semble y a plusieurs bancs périlleux plus de quatre ou cinq lieuës loin de la terre
Comme le 1x. iour d’'Aoust nous entrasmes dans Blanc-sablon, et le cinquiéme de Septembre arriuasmes au port de S. Malo.
Dervis le Mercredy susdit iusques au Samedy nous eusmes vn grand vent de Surouest qui nous fit tirer vers l'Est- Nordest, et arriuasmes ce iour là à la terre d'Est de la terre-Neufue entre les Cabannes et le Cap-double. Icy commença le vent d'Est auec tempeste et grande impetuositué, et pour ce nous tournasmes le Cap au Norouest et au Nord pour aller voir le costé du Nord qui est comme nous avons dit entierement enuironné d'Isles, et estant pres d'icelles, ie vent se changea et vint du Su, lequel nous conduit dans le
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DISCOVRS. 07
golie, si bien que par la grace de Dieu nous entrasmes le lendemain qui estoit le ix. d'Aoust dans Blanc-sablon , et voilà tout Ce que nous auons descouuert.
Ex apres le xv. Aoust iour de l'Assumption de nostre Dame nous partismes de Blanc-sablon apres auoir ouy la Messe, et vinsmes heureusement iusques au mitan de la mer qui est entre la terre-Neufue et la Bretagne , auquel lieu nous courusmes grande fortune pour les vens d'Est, laquelle nous supportasmes par l'aide de Dieu,
et du depuis eusmes fort bon temps,
en Sorte que le cinquiéme iour de Septembre de l'année susdite nous arriuasmes au port de S. Malo d'où nous estions partis.