Voyage de Kalm au Canada [microforme]
Dans ces derniers temps, les Suédois et les Norvégiens ont acquis, comme savants et comme explorateurs, une grande renommée. L'univers entier a applaudi aux audacieuses expéditions qu'ils ont organisées dans le but de découvrir les régions pleines de mystère qui entourent le pôle nord. Comment ne pas admirer le courage, l'énergie, la force d'endurance, l'esprit de sacrifice de Nansen et de tous les hardis scandinaves qui l'ont précédé ?
La Suëde est un pays pauvre. Il yen a peu cependant qui fasse autant de sacrifices pour l'avancement des sciences. Il existe dans ces froides régions une véritable émulation entre les corps de l'Etat, les universités et les simples particuliers. Chacun souscrit libéralement à chaque nouvelle expédition.
Il ne faut pas croire que cette noble ambition soit de date récente. Au XVIIIe siècle,
4 VOYAGE DE KALM AU CANADA L sous l'inspiration du grand Linné, des voya-
geursdecepays pénétraienten Asie Mineure, parcouraient l'Egypte ct la Palestine ; d’autres se rendaient en Chine et en Sibérie. Hasselquist, Osbeck, Torrcen rapportèrent de ces contrées les précieuses collections qui permirent au savant botaniste de compléter son œuvre,
C'estencore à la mémeépoque, et toujours à la demande de Linné, que Pierre Kalm vint au Canada. Comme tousses collègues, Kalm fut aidé parlessouscriptions publiques des universités et de ses compatriotes. Il sacrifia lui-même son maigre salaire de professeur et toutes ses épargnes dans le but de mener son expédition à bonne fin et de pouvoir acquérir quelques faits nouveaux pour la science.
Ces quelques lignes sont consacrées à la mémoire de ce savant distingué et à rappeler le court séjour qu'il'fit dans notre pays.
Pierre Kalm, naturaliste suédois, naquit à Angermanie, en mars 1716. Il étudia tout d’abord lathéologie à Abo, maisson penchant
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pour les sciences natwrelles était si marqué que ses maîtres eux-mêmes l’engagèrent à abandonner la théologie pour la botanique.
Il fut recommandé au baron Sten Carl Bjelke, qui le pritchez lui,et aux fraisduquel il fit ses premiers voyages scientifiques dans le sud de la Finland d’abord (1740). Puis, il visita successivement la Carélic, l'Upland, la Westgothie, la Sudermanie, la Russie.
C'est alors qu’il rencontra Linné et qu'ils’inscrivit à Upsal parmi ses auditeurs. En 1745, avant qu'il eut conquis ses derniers titres académiques, il fut nommé membrede l’Académie des Sciences,et en 1747, on l’appela comme professeurd'histoirenaturelle à l'université d’Abo. |
Cependant le baron Bjelke ayant proposé à l'Académie des Sciences, d'accord avec Linné, d'envoyer dans l'Amérique du Nord un savant suédois pour recueillir dans ce pays les plantes non encore connucs ou qui pourraient être utilement transplantées en Suède, on chargea Kalm de cette mission.
Après avoir obtenu des lettres de recommandationdes ambassadeurs suédois auprès des cours de Londres, Paris, Madrid et la
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Haye, il partit d'Upsal, le 16 octobre 1747, accompagné de Lars Yungstraem, un jardinier bien versé dans la connaissance des plantes et de la mécanique et qui savait le dessin. Le 17 février 1748, Kalm débarquait à Londres. Il séjourna en Angleterre jusqu'au mois d’août suivant et prit alors passage sur un navire qui le mena à Philadelphie. Il employa le reste de l’année à botaniser aux environs de cette ville, n’oubliant pas d'envoyer dans sa patrie un collection complète des plantes qu'il avait trouvées. Il passa l'hiver chezde sescompatriotes qui demeuraient à Racoon dans l’état du New-Jersey. L'année suivante, 1749, Kalm parcourut les états du New-Jersey et de New-York, remonta la rivière Hudson jusqu’à Albany, de là traversa les lacs George et Champlain et se rendit par Montréal jusqu’à Québec. En octobre, il retournait passer l'hiver à Philadelphie d’où il expédia de nouveau le fruit de ses recherches en Suède.
Durant l’année 1750, Kalm visita l’ouest de la Pensylvanie et les côtes du New-Jersey, traversa les Montagnes bleues, remonta la rivière Mohawk et se rendit par le lac Onta-
rio jusqu'aux chutes du Niagara. Il était de retour à Philadelphie au mois d'octobre.
Le 13 février 1751, Kalm s'embarquait pour l’Angleterre,et le 13 juin, même année, il arrivait à Stockolm, après une absence de trois ans et huit mois.
Le professeur retourna alors à sa chaire d'histoire naturelle de l’université d’Abo. I fonda dans cette ville le jardin botanique où il cultivait un grand nombre «!: plantes rapportées d'Amérique.
Kalm mourut le 16 novembre 1779 à l’âge de 63 ans.
Ce savant distingué a beaucoup écrit. Ses principaux ouvrages sont : Vojage en Westgothie (Stockholm, 1746) ; Cours et observations sur l'histoire naturelle et l'économie (1748) ; Expériences thermométriqies au moyen de l'eau dans la mer; Observations
et conseils sur l'amélioration de l'économie purale dans le nord de la Bostnie (1778) ; Remarques sur l'histoire naturelle et l'économie de la Pensylvante (1748) ; l’oyages dans L'Amérique du nord (3 vol. in-8-1753-1756- 1763).
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On lui doit, en outre, un grand nombre de dissertations en latin et en suédois sur l’agriculture, le commerce, l’industrie, les productions naturellesde la Suède. Au cours de son voyage en Amérique il adressa à l’Académie royale des Sciences de Suède plusieurs études importantes que l’on trouve danslesmémoires decettesociété. Levolume de 1750, p. 284, contient une étude sur les remèdes que les sauvages emploient pour la guérison de la vérole. Celui de 1752, page 308, contient une étude surles serpents à sonnettes ; celui de 1751, p.143, une étude sur Ja facon de préparer le sucre d'érable ; p. 190, ibid, une étudesur la manière de fabriquer la bière d’épinette blanche ; celui de 1752, pp. 154,155, une étude sur les aurores boréales ; celui de 1754, p. 19, une étude sur le pou des bois (woodlice).
Une lettre de Kalm à Franklin sur les chutes du Niagara,rendu publique et traduite en plusieurs langues, avait fait connaîi-
tre le nom du savantsuédois danstoute l’Europe.
Le l’oyage dans l'Amérique du Nord comprend trois volumes. Quatre autres volu-
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mes, que l’auteur se proposait de publier, sont restés à l'état manuscrit. Légués par le savant à son successeur à Abo, ils brûlèrent dans l'incendie de l’Université.
Pendant son voyage en Amérique, Kalm tint un journal de route où toutes les plantes qu'il rencontrait étaient minutieusement décrites. Il se proposait de publier, à l’aide de ces notes, une //ora Canadensis (1) qui a sans doute disparue en même temps que ses manuscrits dans l'incendie dont nous venons de parler.
Le Vovage en Amérique a été traduit en allemand, en hollandais et en anglais. En 1768, M. de Surgy a donné une traduction française sous le titre de : Æ/istoire naturelle et politique de la Pensylvanie. M.L.-W. Marchand, ancien greffier de la Cour d’appel, a aussi donné une traduction française du volume qui concerne spécialemerit leCanada dans les Mémoires de la Société Historique de Montréal.
Latraductionanglaise paruten 1770,àl'aide d’unesouscription publique. Elle fut faite
(x) l’oyages, vol. IIT.
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par un savant minéralogiste allemand qui demeurait alors en Angleterre, John Reinhold Forster, celui-là même qui avait été chargé en 1738 par le gouvernement français de venir étudier les mines du Canada.
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Notre intention, en publiant ces notes, est de rappeler plus spécialement lecourt séjour que fit Kalm au Canada, et la façon dont il y fut reçu par les autorités.
Le savant voyageur, après avoir remonté la rivière Hudson, arriva au fort St-Frédéric, le 2 juillet 1749. M. de Lusignan y commandait. C'était un homme de soixante ans, beau causeur et bien au fait de la littérature. Aussi Kalm fut-il enchanté de rencontrer au fonds des bois, dans un poste de frontière, un homme de ce caractère.
Le Canada avait alors le marquis de la Gallissonnière pour le gouverner. On sait que c'était un savant, un homme d'Etat et un grand marin. Il profita de son passage dans la colonie pour y travailler à l’avancement de l’histoire naturelle De concert avec le médecin royal, Gauthier, “un homme
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