FORT NICHOLSON
rapide plus considérable encore, le contraignit d'abandonner le voyage par eau. Il laissa son canot sur la rire et fit, k travers bois, le trajet depuis cette chute josqa'an Fort Anne — environ cinquante milles — et par nne chalear exceBsire. A plosienrs reprises, il trouva la rente coupée par de petites rivières, et ponr les passer, il Ini ffJlnt faire abattre, par ses gens, et jeter en travers du courant, de grands arbres qni avaient crû snr lenrs bords. La noit surprit les voyageurs au milieu d'une grande forêt, et ils la passèrent tristement à se défendre contre les moustiques, les cousins et les cloportes, et dans nne grande frayeur des serpents.
26 Juin. — En route au lever du soleil, ils arrivèrent, on peu avant midi, au Fort Nîcholson, ou plutôt à l'endroit qu'il occupait autrefois, sur la rive orientale de l'Hudson. Car cette redoute, érigée en 1709, eut le même sort que le Fort Saratoga. Les Anglais l'incendièrent eux-mêmes deux ans après, en 1711, à la suite de la malheureuse issue de leur expédition navale contre le Canada. Un officier — le colonel Lydius — avait établi aa demeure en cet endroit, et y faisait un commerce avantageux avec les sauvages du Canada. Mais dès le début de la dernière guerre, ces mêmes sauvages brûlèrent sa maison, et emmenèrent son fils prisonnier.
£alm repartit dans l'après-midi, passant dans les bois et suivant une directionj est-nord-est, afin d'arriver à l'extrémité supérieure de la rivière Woodcreek, d'où il comptait se rendre, en canot, jusqu'au fort St Frédéric.
Le soir, H établit son campement de nuit près d'un misseau, afin d'être certain de ne pas manquer d'eau. Mais la morsure des moustiques et la crainte des serpents et des sauvages n e luil aissèrent point goûter le repos, dont il avait un ai grand besoin après les fatigues de la journée.
146 JDIN 1749.
Kalm se plaint surtoat d'ane sorte de conains appelés PuncMnt par les Hollandais, Cu/ex pulicarm, Linn. (1), qui sont très petits et ont les ailes grises et monchetées de points noirs. Il les tronra dix fois pires que les moustiques, Oulez piptens, Linn., parce que l'exiguité de leur taille lee rend presque imperceptibles, qu'ils sont avides de sang, au point de n'avoir nul souci pour leur vie, et que leur piqûre cause une douleur cuisante.
La nuit était calme, pas un souffle de vent ne venait a^ter les feuilles des arbres ; mais le sUeuce de la nature était troublé de temps en temps par la chute de quelque vétéran de la forêt s'afiaissant sous le poids des i années, et tombant avec fracas sur le sol. '
Le 27 Juin, les voyageurs entendirent, chemin faisant, le bruit d'une cascade dans la rivière Hudson, Leur marche iut beaucoup retardée par des troncs d'arbres renversés, retraites favorites des serpents à sonnettes. Ils arrivèrent cependant sains et saufs au Fort Anne dans l'après-midi, ou plutôt à l'endroit qu'il occupait sur la rivière Woodcreek. Ils y passèrent toute la joufnée et celle du lendemain, employant ce tempa de relais à la fabrication d'un canot d'écorce, opération que Kalm sni^nt avec le plus grand intérêt, et qu'il décrit dans tous ses détails depuis la chute de l'orme blanc, dont l'enveloppe lut reconnue propre à cet emploi jusqu'à la mise à l'eau du frète esquif qui en tut construit.
Ils furent tourmentés nuit et jour par les moustiques et surtout par les cloportes, acari americani, Linn. (1), qui étaient très redoutés parce qu'on leur supposait la mauvaise habitude de s'introduire dans l'oreille des gens.
(I) DiplèreB-c'esl l'inaeciû appelé ici ii-iî/oJ. M.
<^1) Onisques {Onitci<lae), porcelet ou porceUiori (portellio gTanulalui\ insectes du genre itopode. Peut-âire Kalm a-t-il voulu désigner le ceatipède, êcoloftntka, du genre myriapode. M.