SUR L'OCÉAN
pirer. Une autre particularité du coryphône qu'il passe sous silence, c'est sa manière de happer les petits poissons dont il se nourrit, en leur faisant prendre une position renversée qui lui permet de les avaler la tête la première, à la façon du cormoran. On sait que cet oiseau, par une manœuvre habile, lance le poisson en l'air, et le reçoit dans son bec la tête en bas.
Il lui était facile cependant de faire cette remarque ; car il dit avoir examiné l'intérieur d'un coryphône qui se laissa prendre à l'hameçon par les hommes de l'équipage ; il y trouva tout un aquarium, dont voici le catalogue : un ostracion ou coffre, poisson à squelette cartilagineux, deux autres petits poissons dont l'un aux yeux bleus, long de deux pouces et tout frais pris, puisqu'il était encore vivant, un insecte de mer curieux, mais qu'il ne décrit pas, et un poisson-volant.
Kalm donne au coryphône une 'longueur de deux à trois pieds ; mais elle est ordinairement de quatre à cinq pieds. Sa couleur est le blanc argenté tacheté de jaune. On a fait de i'hippure un signe héraldique (1).
Le voyageur suédois dit que le poisson-volant ou exocet (exocetui volitam, Linn.) (2) qui a la faculté de s'élever au-dessus de la surface des eaux pour échapper aux poursuites des dauphins et des coryphènes et de se soutenir dans l'air, à la distance d'une bonne portée de fusil, suit toujours dans son vol une direction contraire à celle du vent. Cette opinion semble contredite aujourd'hui par des observations qu'on a faites plus récemment et qui démontrent que le poisson-volant peut changer sa
(I) Le coryphône appartient aussi à la famille des Scombéroïdes. (M.)
(2). — Gabot. (Malacopterygicns) genre de poissons abdominaux, de J'orara des squamodermes. (M.)
course à volonté. Les exocets ressemblent aux harengs par la taille, la forme et la couleur. Leur chair est excellente. Ils doivent à l'excessive grandeur de leurs ailes pectorales, qui sont aussi longues que leur corps, la faculté de se mouvoir pendant quelques instants hors de leur élément naturel. Le bruit qu'ils produisent en volant est causé par le choc de l'air sur une espèce de membrane ou tambour qu'ils ont au fond de la gorge. Forster dit dans une note que la Zoologie de Pennant con« tient un dessin très-exact de ce poisson, et il ajoute qu'on trouvera dans le même ouvrage (Pennant's British Zoology, vol. 3, p. 282) la meilleure description connue de l'exocet.
Kalm mentionne un autre poisson de la famille des Scombéroïdes, le bonito (scomber pelamys, Linn.) (1) qui ressemble au maquereau par la forme, mais non par la taille, car il est de beaucoup plus grand et plus gros.
Jf animaux amphibies ou reptiles, notre voyageur ne rencontra que deux tortues (2), dont l'une dormait paisiblement, et l'autre continuait paresseusement sa route, sans paraître seulement s'apercevoir de la présence d'un navire dans ses eaux.
Kalm passe ensuite à la nomenclature des oiseaux de mer qu'il a vus ; ce sont :
Le pétrel (procellaria pelagica, Linn.) (3), ce compagnon assidu des navigateurs, qui examine curieusement tout ce qui tombe hors du vaisseau, et qui fait sa proie de tout ce qu'il trouve à sa convenance.
(1) Thynnus Pelamys. (M.)
(2) Reptiles chéloniens. (M.j
(3) Thalassidroma pelagica (Palmipèdes). (M.