ENTRE ALBANY ET SARATOGA
au rétablissement de la paix. Sa maison avait été incendiée ainsi que toutes ses dépendances, à l'exception de cet unique bâtiment. Plus heureux que ses voisins, ce fermier avait trouvé du moins un toit à son retour.
Le mûrier se rencontre dans les bois entre Albany et Saratoga, mais pas plus au Nord.
Le panais sauvage (1) y est commun, mais dans les champs seulement, ainsi que le chanvre.
Ce jour-là, Kalm vit un thuya occidental (Conifères) pour la première fois. Les autres essences dont le savant botaniste constata la présence furent l'orme, le bouleau, le sapin blanc, l'aune, le cornouiller, le tilleul, le saule rouge et le châtaignier. Le sureau, Sambucus Canadensis, qui ne se plait que dans le voisinage de l'homme, couvrait les champs de son ombre bienfaisante, en attendant le retour de leurs propriétaires, chassés par le fléau de la guerre. Le charme à cônes renflés, carpinus ostrya, Linn., apparaissait par-ci par-là, mais le hêtre et le liard avaient disparu.
A quelque distance de Saratoga, ils rencontrèrent deux Sauvages en canots d'écorce.
Le Fort de Saratoga était une redoute palissadée que les Anglais érigèrent, pour arrêter les incursions des Sauvages alliés des Français, et pour servir de boulevard à la province de New- York en couvrant Albany. Il couronnait un point culminant sur la rive orientale de l'Hudson. Les Anglais, se voyant incapables de le défendre contre les assauts des Français, finirent par [l'incendier de leurs propres mains. Une ruse de guerre mit le comble à leur découragement, et leur fit prendre cette mesure extrême. Une nuit, un parti de Français et de Sauvages se cacha dans un fourré près du fort, et y
(l) Pastinaca (Ombellifères), M.
144 juin 1749.
prépara silencieusement un plan d'attaque. Au petit jour, les guerriers indiens sortirent du bois à la sourdine et se dirigèrent à pas de loup et avec une grande circonspection apparente, vers la palissade comme gens qui pensaient s'introduire dans la place par surprise. Mais les Anglais avaient l'œil sur les mouvements de la petite troupe et le doigt sur la détente de leurs fusils. Aussi, dès qu'elle fut à portée, ils l'accueillirent par Une décharge des plus meurtrières, à ce qu'il leur sembla du moins ; en effet, lorsque la fumée de la poudre se fut dissipée, pas un des agresseurs n'était debout. Cependant, ils n'étaient pas tous tués, ni même blessés grièvement, car la plupart se relevèrent et se mirent à courir dans la direction du bois. Les soldats ne purent résister à la tentation de poursuivre les fuyards, qu'ils pensaient avoir mis hors de combat, et la moitié de la garnison sortit de l'enceinte fortifiée pour leur donner lâchasse. C'était le moment que les Français attendaient pour leur entrée en scène. Ils s'élancent hors du taillis, se jettent entre la place et les Anglais, coupent la retraite à ces derniers et les emmènent en captivité sous le canon du fort, qu'on n'ose tirer de peur de tuer autant d'amis que d'ennemis. Il n'est pas étonnant qu'après s'être fait joueç de la sorte, les Anglais aient pris en dégoût une redoute dont l'emplacement avait été si mal choisi. Les habitants de ce pays, Hollandais pour la plupart, haïssaient cordialement les colons d'origine saxonne.
Kalm passa la nuit dans une hutte de planches, et le lendemain, 25 Juin, il se remit en route de bonne heure, mais à la distance d'un mille, il lui fallut faire un portage fatigant pour éviter un rapide causé par des rochers dont les flancs étaient parsemés de ces trous qu'on appelle des chaudières de géants. Plus loin, un autre