ENTRE ALBANY ET SAKATOGA
ment. D'après la conformation du terrain, Kalm pensa que le lit de la rivière avait été plus large autrefois. Les champs lui parurent labourés d'une manière uniforme» et ensemencés de blé jaune ou blanc et de lin par endroits. Un soleil brûlant avait desséché toute l'herbe des coteaux, n'y laissant que la mole ne commune, Verbascum Thapsus, à laquelle les animaux ne touchent pas. Ailleurs le sénevé (1) usurpateur étouffait des champs entiers de pois. La côte était bordée d'arbres de différentes espèces, érables rouges, hêtres, trembles, pommiers sauvages, vinaigriers, ormes, et saules (2) et de vignes. Kalm y vit aussi plusieurs pieds d'asperges sauvages, asparagus officinalis (Liliacées).
Nos voyayeurs passèrent la nuit à six milles d'Albany dans la maison d'un fermier. La rive occidentale de l'Hudson était habitée par des descendants des premiers colons hollandais.
Le lendemain matin, 22 Juin. Kalm accompagné d'un de ses guides fit une petite excursion de trois milles pour aller examiner la chute de Cohoes dans la rivière Mohawk (3): c'est dans cette promenade qu'il rencontra la première fourmilière qu'il ait jamais vue en Amérique. La colonie qui l'habitait appartenait à l'espèce des fourmies fauves formica rufa, Linii. (4).
A midi, il se rembarqua dans son canot, et continua sa course sur les eaux de l'Hudson vers le Canada. Il remarqua une abondance extrême d'éturgeons dans la rivière. Ce poisson gagne la mer à la fin de l'automne et ne reparait dans le fleuve qu'au printemps. Il se
(1) Moutarde— sinapis arvensis (Crucifères).
(2) Salix (Salicinées).
(3) Les éditions anglaise et hollandaise sont ornées chacune d'une belle gravure représentant cette chute.
('») Hyménoptères.
142 juin 1749.
nourrit de conferve, espèce d'algue. Les colons hollandais et les Sauvages lui faisaient la chasse, la nuit, avec des harpons en s'éclairant avec des torches de pin.
Kalm, voyant dans une île an campement d'Indiens, y débarqua dans le but d'engager des guides pour l'accompagner jusqu'au Fort St Frédéric. Mais tous les hommes étaient à faire la chasse dans les bois. Il ne restait sur la côte que des jeunes garçons. A la fin, le lendemain, il arriva trois sauvages qui s'engagèrent au prix de trente chelins. Mais un Anglais leur ayant offert davantage, ils changèrent d'idée, et cassèrent leur marché avec Kalm, lui remettant trois piastres d'arrhes qu'il leur avait payées.
La seconde étape de nuit de ce voyage fut à environ dix milles d'Albany. Pendant la guerre, les habitants de cette localité abandonnèrent leurs foyers, et allèrent se réfugier au fort, craignant la cruauté des Sauvages alliés des Français ; mais ils revenaient en grand nombre sur leurs terres.
Remarquant que le trèfle rouge et le trèfle blanc abondaient dans les bois, Kalm dit qu'il est difficile de déterminer si ce genre de plantes herbacées a été introduit d'Europe dans ce pays, ou s'il est indigène, ce que les Indiens n'admettaient pas.
Les bords de la rivière étaient percés, au niveau de l'eau, de trous nombreux, habitations des rats-musqués, Fiber Zibethicus. Des tas d'écaillés d'huitres jonchaient les abords de ces retraites souterraines. Le rat-musqué serait-il ostralège ? Kalm le pense et croit avoir fait une observatien nouvelle, parce que Linné, Buffon et Sarrasin prétendent que cet animal ne se nourrit que d'acorus (Aroïdées), de joncs et de racines.
La troisième nuit de son voyage, le professeur la passa dans la grange d'un cultivateur, qui était revenu