FORT ANNE
Le Fort Anne, ainsi nommé en l'honneur de la reine Anne, était, comme ceux de Saratoga et Nicholson, un fort en palissades. Construit comme eux en 1709, il eut le même sort et fut incendié par les Anglais en 1711, à la suite du désastre que subit leur flotte dans le St Laurent.
Le capitaine Butler, qui commandait au Fort Mohawk, lors du voyage de Kalm en Amérique, lui a raconté qu'il se trouvait au fort Anne en 1711, et que le général Nicholson, le plus fougueux promoteur de l'invasion du Canada, s'y tenait à la tête d'une forte armée, n'attendant que la nouvelle de l'arrivée de la flotte anglaise devant Québec pour se mettre en marche sur Montréal. Lorsqu'il apprit le naufrage des vaisseaux anglais, le général entra dans une colère épouvantable, arracha sa perruque de dessus sa tête, la jeta par terre et la foula aux pieds avec rage, en criant à la trahison. Puis il mit le feu au fort et s'en retourna.
A midi, Kalm, pendant qu'il visitait les ruines du fort, faillit étouffer sous l'excès de la chaleur, et n'éprouva de soulagement qu'en prenant un bain dans la rivière "VVoodcreek. A ce propos, Forster fait une longue note sur l'usage des ablutions [1).
Le 29 Juin, nos voyageurs s'embarquèrent dans le canot d'écorce qu'ils avaient construit et continuèrent leur route. Il leur fallait se hâter, car les provisions
(1) En Suède et en Russie, les gens de toutes conditions se baignent au moins une fois par semaine dans des étuves chauffées par un fourneau, et portées à un degré de chaleur incroyable, que l'on élève encore en jetant dans l'eau des cailloux rougis au feu. D.ms ces étuves, les hommes et les femmes de la basse classe se baignent ensemble, à la façon des anciens Romains, auxquels, commp l'observe Plntarqoc dans sa vie de Caton, les Grecs empruntèrent cette coutume indélicate et indécente, et qui se répandit tellement que les Empereurs Adrien et Marc Antoine durent faire des lois pour l'interdire. Mais ces ordonnances ne furent pas longtemps observées, car nous voyons que le Concile de Laodicée fut obligé de prescrire un canon contre cet usage grossier et brutal ; ce qui n'empêcha pas
148 juin 1749.
commençaient à diminuer. An bout de quelques milles, comme l'eau était profonde et que le cours de la rivière était souvent embarrassé par des arbres renversés ou des digues de castors, Kalm laissa l'embarcation aux soins de ses guides, et fit, accompagné de son domestique, une partie du chemin à pied, en suivant le rivage.
Passant près d'un endroit où l'on avait allumé du feu récemment, ils furent loin de soupçonner alors qu'ils avaient échappé de bien près à une mort cruelle, la nuit précédente.
Mais ils l'apprirent dans la soirée, de la bouche d'un sergent français qui, à la tête d'un piquet de soldats, escortait trois anglais jusqu'à Saratoga. Le commandant du Fort St Frédéric l'avait chargé de cette mission, afin de protéger ces individus contre un parti d'Indiens alliés des Français qui se dirigeaient vers les établissements anglais, avec l'intention de tirer vengeance de la mort d'un de leurs frères tué dans la dernière guerre. La paix était conclue alors, mais elle n'avait pas encore été proclamée au Canada, et les sauvages croyaient pouvoir se permettre cet acte de représailles. Ils étaient donc partis secrètement pour leur expédition sanguinaire et en contravention aux ordres du gouverneur de Montréal " A cette nouvelle," dit Kalm, " j'admirai le soin que la Providence avait pris de nous, en écartant ces barbares de notre chemin. Nous avions bien remarqué toute la journée des traces de pas sur l'herbe, mais comme nous étions en temps de paix, l'idée d'un danger
les hommes de tout rang de
continuer à se baigner avec les femmes. 11 est probable que cette coutume fut introduite en Russie en même temps que la religion chrétienne. Dans ce dernier pays, le peuple, à la sortie de l'étuve brûlante, va se plonger dans l'eau froide en été, et en hiver, il se roule tout simplement ilans la neige. Le samedi, c'est une chose ordinaire que de voir des hommes et des femmes nus assis sur des banquettes devant le bain, chacun tenant à la main le paquet de verges, avec lequel ils se fustigeront gentiment les uns les autres dès qu'ils seront entres dans l'étuve. F.