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BlO DE l' ATLANTIQUE AU PACIFIQUE
L'heure semble être venue où la Compagnie de la Baie de Hudson doit être abolie. Elle a rendu service par le bon gouvernement qu'elle a maintenu dans les territoires qu'on lui avait concédés; c'est là sa gloire si on la met en comparaison avec les compagnies américaines; mais elle doit partager le sort de tous les grands monopoles auxquels elle a survécu. Déjà lord Wharncliffe a porté cette question devant la Chambre des Lords, en proposant la formation du territoire nord-ouest en colonie séparée et en demandant si l'on avait pris à cet effet quelque mesure. Il va sans dire que le gouvernement n'avait rien fait et qu'il n'a pas semblé être disposé à faire davantage.
Pour trouver vers le nord-ouest un passage par mer, on a sacrifié des millions de francs et des centaines d'existences. Une fois découvert i, ce passage n'a pas pu être utilisé. La vraie grande route de l'Océan Pacifique est le passage qu'on trouve dans le nord-ouest au travers des Montagnes Rocheuses. Espérons donc que nos compatriotes, qui ont eu la gloire de faire la découverte du passage par mer, découverte brillante mais inutile au commerce, sauront aussi être les premiers à établir un chemin de fer à travers le continent américain et à recueillir les bénéfices que ne peut pas manquer de donner la réalisation de ce vieux rêve des Français.
Nous sommes atteints de la maladie d'écrire et nous couvririons encore un grand nombre de pages en racontant notre séjour dans la belle terre de Californie, si fertile en scènes étranges et en curieuses aventures. Mais le lecteur, que peuvent avoir fatigué les détails arides et prosaïques donnés dans ce dernier chapitre, pensera sans doute avec nous que notre livre est assez
I. Ce passage a été franchi, du détroit de Behring à la mer de Baffin, en i853, par Inglefield. Voir notre abrégé de La mer libre du Pôle, par J.-J. Hayes. — J.-B.
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long et que nous n'avons pas tort de réfréner notre manie d'écrivains. Peut-être désirerait-il cependant savoir ce qu'est devenu notre ami M. O'B. Ce monsieur voyageur, semblable au Juif-Errant ou à l'âme du célèbre John Brown , est sans doute ce marchant encore. » Lors de notre retour à Victoria, après la pointe que nous avions faite dans le Caribou, M. O'B. en était parti. Il s'était mis en route pour San Francisco. A notre arrivée dans cette ville, il avait mis à la voile pour Melbourne en Australie. De là, il a pu se rendre à la Nouvelle-Zélande ou retourner aux Indes, pour achever son tour du monde en revenant en Angleterre ; heureux, sans doute, partout où il n'aura rencontré ni loups, ni ours gris, ni Assiniboines.
Le 20 décembre, nous nous embarquions pour San Francisco sur le bateau à vapeur le Pacific; à la hauteur de Neah Bay, nous sommes tombés dans une rafale blanche ; notre chaudière a éclaté et la Noël s'est passée avant que nous eussions atteint notre destination.
Les gloires de la Cité d'Or, les charmes qu'a eus pour nous la société de M. Bookeret des autres excellents membres du Club de l'Union à San Francisco ; les merveilles du Bosquet des Grands Arbres dans la vallée Mariposa, où il croît des wellingtonias (on dit, aux États-Unis , des washingtonias) qui dépassent cent vingt-et-un mètres, c'est-à-dire sont plus hauts que Saint-Paul de Londres, dont les troncs supportent des salles de bal et dont les corps abattus servent de jeux de boules; les belles dames de Frisco, comme les Californiens appellent familièrement leur grande vilje ; les fraternisations des gredins de Copperopolis et de Columbia City : tout cela, nous le tairons. Ces détails restent consignés dans nos journaux, avec l'envie que nous avons eue de traverser le doux Pacifique, comme
si nous avions mangé de ces lotus qui enlevaient aux étrangers les souvenirs de la patrie et de la famille ; nous nous rappelons aussi la façon dont nous avons échappé aux artifices de la grass-midow ^ et notre querelle à bord du bateau Golden City, contre des partisans trop enthousiastes du Nord.
Nous rentrâmes à Liverpool, par Panama et New- York. Le 5 mars 1864, en débarquant du China, nous nous trouvions entourés de vieux amis, qui nous souhaitaient la bienvenue et nous réintégraient immédiatement dans les plaisirs du foyer domestique.
I. En Amérique, on Oi^çt^oWe grass-vidow {vqmvq, en herbe) «ne femme séparée ou divorcée de son mari. — Ch.