‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 11 sur 93 · TRE · texte numérisé non relu

TRE

s en paraissai je.

dressait d'inviter des danseuses et de prendre à la te une part active. Cependant Milton, avec un couae à la hauteur des circonstances, finit par y conntir. l’eut-être était-il séduit par la beauté de la ancée, jeune fille de seize à dix-sept ans, délicate, ensive, et douée d’une taille aussi fine que gracieuse. avançant hardiment, il prit place au milieu des aplaudissements de la société, Et, s’il n'y déploya pas tant d'énergie que ses compagnons, ce fut certaine-

Ment avec plus de distinction et moins de fatigue qu'il Mussit à interpréter l'esprit de la musique. Tout le honde applaudit à sa danse, mais personne plus que

Mmiration, un peu mêlée d'envie, un succès qui dé- Massait leurs moyens.

Lorsqu'il nous fut impossible de supporter davan- Qge la chaleur de cette chambre, le grincement perpénel des violons et les coups de talon sur le plancher,

mous nous retirâmes dans notre camp et nous pensâ-

es à repartir, Mais La Ronde ne se retrouvait plus; | puis notre départ, il n'avait pas cessé d’être au hoins entre deux vins à cause des coups de l’étrier

‘il buvait avec tous les amis qu'il ne cessait de ren-

Dntrer. Ses compagnons s'eflorcèrent donc de nous

ërsuader qu’il était trop tard pour aller plus loin tte nuit-là. Leurs objections nous parurent sans

Men loin, La Ronde nous rattrapa, dégrisé, nous té-

Dignant tout son repentir. C'était la dernière goutte

ssieurs, ajoutait-il, mais quand je boive, je boive

mime il faut; c'est ma façon, voyez-vous. Le fait

Le.

que nous n'avons Jamais été forcés d’adresser sur

ce sujet une nouvelle remontrance à notre exceller guide.

Quand nous eûmes dépassé Portage la Prairie, q est à quatre-vingts kilomètres au delà du fort Garr; et qui marque la limite occidentale de la colonisatior nous entrâmes dans une belle contrée, légèrement 01. dulée, remplie de lacs et de marais que peuplent Is volailles sauvages, et ornée de jolis bouquets de trem bles.

Chaque jour ressemblait à celui qui l’avait précéi et cependant n'avait pas cette monotonie d’où na l'ennui. Parfois nous marchions cahin-caha, au pi de nos voitures, ou nous nous étendions pour nou chauffer comme des lézards au soleil. Puis, fatigui , du repos, nous nous élancions au galop, en compagni de Rover, pour chasser les oies et les canards, près de marais et des lacs, et les tétras de prairie, dans |: taillis. Le gibier à plume pullulait. Nous en nourri sions aisément tout notre monde et nous ne touchior presque jamais à notre provision de pemmican. L peu avant la fin du jour, nous campions dans le voi « sinage de l'eau et des arbres ; on attachait les chevau 4 puis nous nous mettions à souper avec des appétit comme nous n’en avions jamais eu, Le soir, tand qu’on fumait sa pipe autour du feu, La Ronde not 4 racontait quelque histoire de ses aventures de chas 4 de ses rencontres avec les Sioux ou de son voyage an « le docteur Rae. Après quoi, nous nous enveloppiot dans nos couvertures et nous tombions dans un profon sommeil jusqu’au lendemain matin.

Nos charrettes exigeaient quelques réparations qi nous retinrent deux jours de plus au fort Ellit M. Mackay, qui le commandait, nous recut avec ui gracieuse hospitalité. Il nous procura la distractit d’une visite faite aux métis et aux Indiens dont 4 loges s’élevaient en nombre considérable autour (: 2

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Mort. Nous y trouvâmes l'occasion de remplacer notre Æntce de toile par une loge indienne, qui nous serait jen plus commode durant les froides nuits de l'hiver, ar on y peut faire du feu, au centre.

Les chasseurs métis venaient d’être rejetés dans le amp par les Sioux qui, les surprenant à quelque disance où ils coupaient du bois, leur avaient tué quatre Hommes. Maisle reste des métis étant survenu, lesSioux Mvaient été repoussés à leur tour et avaient perdu un Homme dont on nous fit voir l’arcet les flèches. Les Inens qui visitent le camp sont des Cries, des Sauteux des Assiniboines, Les métis se rattachent pour la pluart à quelqu'une de ces tribus, partagent l'hostilité de urs parents contre les Sioux et les Pieds-Noirs1, cet joignent ordinairement à leurs expéditions de guerre. es femmes travaillent assidûment à la préparation pemmican, qui se fait de la façon suivante : la ande, après avoir été séchée au soleil ou sur le feu, tranches minces, est mise dans une peau de bison nnée ; puis on la frappe à coups de fléau jusqu’à ce @'elle soit réduite en petits fragments et en poudre. endagt ce temps, on fait fondre la graisse de l’anial. La viande écrasée est ensuite tassée dans des sacs cuir de bison et, sur elle, on jette la graisse bouilte. Le tout est ensuite bien remué et mêlé de façon j'en se refroidissant il en résulte unc espèce de gàau aussi solide qu’un tourteau de lin.

11 faut avouer qu’au premier abord ce pemmican us parut des plus désagréables, le goût en ressemait fort à celui d'un mélange de chapelure et de suif; Mhis nous nous y sommes habitués peu à peu, au Mintde finir par en étre très-friands, C'est une inven- Mon d'une très-grande valeur dans un pays où l’on n’a Däs toujours à manger, et où les moyens de transport

M4. Les Pieds-Noirs sont au sud des Cries et de la Saskatouane méridionale, et à l’ouest des Assiniboines, — J.-B.

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sont fort limités, car, dans un volume et un poids médiocres, il contient uue grande quantité de nourriture. On ne peut pas s’imaginer combien il est satisfaisant. L'homme le plus affamé ne réussit à en dévorer qu’un faible morceau. Bien souvent, nous nous sommes assis à moitié morts de faim, et nous désespérant du petit plat de pemmican qui nous était servi:

et pourtant nous nous relevions sans avoir pu en ve-

nir à bout. Voilà pourquoi les voyageurs de la Com-

pagnie de la baie de Hudson, qui, probablement, sont

sans rivaux pour leurs facultés de supporter la fatigue, n'ont guère d’autre nourriture que le pemmican. Lorsque nous eûmes traversé l’Assiniboine au-dessus du fort Ellice, nous laissâmes la rivière à notre droite, et, pendant plusieurs jours, nous parcourûmes un pays riche, fort semblable à celui que nous avions déjà visité. De l’eau et des étangs sans nombre, fourmillant de volaille sauvage, nous fournissaient des repas abondants, et entretenaient l’activité de Rover. Les oies du Canada, les oies blanches, les ca-

nards ordinaires, les canards sauvages, les canards à À large bec, diverses espèces de milouins, les tééras des ! prairies, les sarcelles aux ailes bleues et les sarcelles } communes : tel était le gibier qui peuplait ces eaux. |

Nous jouissions alors de l'été de l'Amérique sep- !: tentrionale dans toute sa splendeur. Les journées ! avaient l'éclat sans nuage qui est presque particulier à | cette région. La température était délicieuse, except |

pendant les nuits où il gelait un peu, si bien que l’eau montrait parfois le matin une mince croûte de glace. La première soirée froide avait fait fuir les cousins et les moustiques, et désormais nous dormions en paix.

Un soir qu’il faisait sombre, Cheadle et La Ronde, chassant en avant du convoi, arrivèrent à un petit bois développé sur les bords d’un étang. Là, ils at-

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tendirent les charreties, alin de dresser le camp. Klles vinrent bientôt, on les détela; les chevaux furent attachés, et, tandis que le campement se formait, La Ronde descendit vers l'étang pour essayer de tirer des canards qu'il croyait voir sur l’eau. Il se glissa doucement sous bois; en sortant des buissons qui bordaient le rivage, il fut bien étonné de reconnaître que ce qu'il avait pris pour des canards étaient des poules de prairies. L’étang se trouvait à sec, et la croûte de sel qui remplaçait l’eau en offrait, à quelque distance et dans le crépuscule, tout à fait l'apparence. Bien qu'il fit presque nuit noire, nous n'avions plus d'autre parti à prendre que de harnacher de nouveau nos bêtes et de nous en aller ailleurs à la recherche de l'eau. La Ronde et Cheadle étaient fort vexés de leur méprise. Milton se mit à galoper en quête d'un endroit convenable pour notre bivac. Il courit quatre ou cinq kilomètres, presque toujours dans des bois épais, sans découvrir aucune trace d'eau. Tout à coup son cheval hennit et se jeta brusquement hors du chemin à travers les taillis. Milton, entendant des canards nasiller dans les environs, mit pied à terre, et ne tarda pas à découvrir une belle pièce d’eau douce cachée sous les arbres. L'instinct de son cheval nous avait ainsi épargné une longue route à faire dans l'obscurité ; car, le lendemain matin, nous marchâmes longtemps avant de rencontrer un courant d’eau ou un autre lac.

Le 25 septembre, nous arrivâmes à la branche méridionale de la Saskatchaouane. Elle aici près de quatre-vingts mêtres de large ; elle coule dans un lit qu'elle s'est profondément creusé dans la plaine unie, et qui est large comme une vallée aux flancs raides et boisés, Les deux branches de la rivière ne sont

éloignées alors l’une de l’autre que de vingt-neuf

kilomètres.

Aussi, après avoir passé la méridionale le matin du 26, nous arrivions le méme jour au fort Carlton, Nous avions déjà fait environ huit cents des deux mille kilomètres qui séparent la Rivière Rouge du pied des Montagnes Rocheuses.

Carlton-House avait alors M. Lillie pour commandant. Pareil à tous les autres qu'a construits la Compagnie de la baie de Hudson, ce fort se compose de quelques bâtiments en bois, ayant pour retranchement une haute palissade carrée, que de petites tours, carrées aussi, flanquent à chaque angle. Situé entre les vastes forêts du nord et la prairie qui descend au

loin vers le midi, il a eu dans les premiers temps

une importance considérable. Mais la diminution des animaux à fourrure et l'éloignement ordinaire du bison ont fait disparaître beaucoup des avantages dont a joui cet établissement. Cependant, à notre ar.

rivée, nous fûmes salués par l’excellente nouvelle È

que, cette année, le bison s'était approché plus qu’il

ne l’avait fait depuis longtemps. Les mâles étaient, disait-on, à une journée, et les femelles, à deux jour- |

nées à peine de distance.

La neige commença à tomber la nuit qui suivit |

notre arrivée et elle continua la plus grande partie du lendemain, jusqu'à couvrir la terre de plusieurs centimètres d'épaisseur. Mais le dégel arriva dès le lendemain matin.

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Les avis et les conseils de La Ronde nous avaient !

alors décidés à nous installer pour l'hiver près du lac au Poisson-Blanc parmi les paisibles Cries des Bois, à cent trente kilomètres environ au nord-nord-ouest de Carlton et à la lisière de ces forêts sans fin qui se prolongent aussi loin que possible vers le pôle arctique. Nous y trouverions, disait-il, un 5ays très-bon pour y tendre nos trappes dans un espace de près de cent cinquante kilomètres de plaines ; il se pourrait

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