‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 12 sur 93 · partie sieurs le len · texte numérisé non relu

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même que le bison, qui avait déjà en grande quantité traversé la Saskatchaouane septentrionale, s’avançât jusqu’à une ou deux journées de notre résidence. Nous fimes donc transporter nos provisions d'hiver dans le fort et nous nous préparâmes à tenter dans les plaines une expédition pour courre le bison, avant de penser définitivement à prendre nos quartiers d'hiver.

Le lendemain matin, nous nous levâmes tous sur le terrain de chasse avec un certain battement de cœur, Car nous savions que le bison pouvait se montrer d'un moment à l’autre. Milton lui-même, qui n'en était pas à son début, puisque, deux ans auparovant, il avait, en partant du fort Garry, suivi la grande chasse d'automne, ne pouvait qu’à grand’peine se tenir en repos.

La Ronde partit en reconnaissance. Treemiss ne tarda pas à le suivre. Quant à nous, nous demeurämes près des charrettes, en attendant le rapport de La Ronde. Il ne revenait pas. Cependant nous rencontrâmes un bison mort et gisant tout près du sentier. Nous pensâmes qu'ilavait été tué par La Ronde. Quelques loups rôdaient à l’entour et, tandis que nos hommes travaillaient à découper l'animal, nous nous mimes à poursuivre un grand et vieux loup blanc. Milton le coupa plusieurs fois ; mais il le manqua de ses deux coups. Cheadle prit alors la téte de la chasse, sans plus de succès. De temps en temps, nous sautions par-dessus lui; mais nous le manquions, tandis qu'il sesquivait sous le ventre de nos chevaux en grognant et en montrant les dents. Les chevaux ne tardèrent pas à être hors d’haleine, et

comme le loup gagnait presque à chaque pas, nous

l'abandonnâmes. Nous eûmes douze ou treize kilomètres à faire pour rentrer au camp et nous y revenions longtemps après le coucher du soleil, fort souf-

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frants defroid et de faim et très-vexés contre La Ronde qui se réservait toute la chasse.

Treemiss avait eu plus de bonheur que nous; car il nous apportait triomphalement les langues et les savourets ! de deux animaux qu'il avait abattus.

Le lendemain nous étions dehors de grand matin,

Quand nous eûmes fait quatre ou cinq kilomètres, les charrettes qui étaient en avant s'arrêtèrent tout à coup, et Voudrie accourut vers nou , en nous disant avec émotion mais d'une voix contenue : Les bœusfs, les bœufs, les bœufs sont proches! Nous courûmes en silence et nous vîimes un troupeau de neuf bisons qui paissaient à seize cents mètres de nous, ainsi que d’autres bandes dans le lointain, portant leur nombre à soixante environ. Les sangles furent resser-

rées, les fusils mis en état, et nous nous avançâmes au | pas, ayant à peu près autant d'émotion qu'en éprouve | un nouveau à l’université lorsque, pour sa première }M course de bateau, il attend le coup de feu qui donne |

le signal du départ.

Nous nous avancions en ligne, ayant La Ronde pour capitaine au centre. Quand nous fûmes parvenus à quatre cents mètres de la plus grande bande, les bisons se mirent à s'éloigner lentement. La Ronde alors imita le beuglement de cet animal ; les autre: groupes cessant de paître dressèrent la tête et se mirent à trotter pour rejoindre le corps principal, qui marchait encore sans se presser. Alors nous prîmes le galop de chasse, tandis que le troupeau, qui venait de se réunir, commençait à s'enfuir lourdement. Nous les gagnions rapidement. Quand nous fûmes à deux cents inètres, ils partirent de toute leur vitesse. La

Ronde nous donna le signal par ses vigoureux

1 ra dans le texte marrow-bones; mais on s'étonne de ne pas vüit mentionner ici la bosse du bison, à laquelle Cooper a donné int de céléhrité, — J,-B,

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L | facon des métis. C'était une charge folle et sauvage :

AE “ Milton en tête sur son vieux cheval rouge, Cheadle pit HAUT k i en queue sur une petite jument rouane. Quand nous | one à + eûmes rejoint le troupeau, il se rompit par bandes de ne trois ou quatre bêtes, chacun de nous s’élançant sur | b rs ri celles qui étaient le plus à sa portée. PES 1 La chasse au bison est certainement entraînante. Re LA Cette charge affolée, qu’on fait tous ensemble sur le e nous | À gros du troupeau ; cette poursuite de l'animal, qu’on | “ achoisi parmi les autres et qu’un cheval bien dressé nt leur “ finit par couper comme un lévrier attrape un lièvre; | sa F: À Je sentiment du danger qu’on courrait, si l’on était à NÉ ds : © son tour chargé par un animal blessé ou si l’on tomta + bait dans un de ces trous trop nombreux dans les La + À prairies : tout contribue à passionner cet exercice. Les PEPRP 4 bisons, avec leur galop épais et lourd, présentent une Rond 4 apparence assez plaisante. Leur croupe mince, à peine ONCE EN revétue d’un poil court, a l’air absurdement dispro- D. % portionné avec le lourd train d'avant, que déforment dom la bosse et la crinière hérissée. Lorsqu'ils galopent, x We : “ leur longue crinière et leur fanon épais volent de fe" 2. côté et d’autre, leurs petits yeux roulent férocement ù Lib, qui + :n lançant des éclairs, à travers leur forêt de poils, sur ne. l'ennemi qui les poursuit. pe Ce qu’il y avait de curieux encore, c'était de voir FA e comment, au premier coup de fusil, les loups sor- ur Fo “ taient pour ainsi dire de terre. Deux ou trois d’entre Se A La « cux couronnaient chaque colline, en s’y tenant tran- | > ui quillement à surveiller les progrès de la chasse. Quand, + après avoir découpé la meilleure partie de la viande, e dene À nous avions abandonné derrière nous une carcasse, les

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zaine d’entre eux s'étaient jetés sur elle pour n'en laisser plus, avant la matinée suivante, que les os.

Tout le monde réussit cette fois. La Ronde tua deux bisons et chacun de nous abattit le sien, même Cheadle qui, au ternps voulu, parut sur son petit palefroi, ayant une langue »endue à sa selle.

Tandis que nos hommes s’occupaient à découper les bêtes qui étaient le plus à leur portée, Treemiss, dont la passion n’était point rassasiée, repartit en quête du gibier, et Cheadle alla rechercher l'animal qu’il avait tué et laissé à seize cents :nètres de distance. La pluie se mettait alors à tomber. Milton emmena donc le convoi et le fit camper dans un bouquet d'arbres près de la rivière, La pluie ne tarda pas à se changer en grésil et le temps devint froid et piquant.

La nuit arriva, mais Treemiss ni Cheadle ne reparaissaient. La Ronde partit à leur recherche et l'on commença à tirer de temps à autre des coups de feu pour signaler aux égarés l'emplacement du camp. Un peu après la tombée de la nuit, Cheadie et son guide rentrèrent, trempés jusqu'aux os et mourants de froid. Is avaient, plusieurs Seures auparavant, aperçu Tree. miss lancé bride abattue à la poursuite d’une bande de bisons. Comme une portion du troupeau défilai alors à une centaine de mètres d’eux, Cheadle avait tué celui qui la conduisait, [ls avaient donc dû s’arrêter à découper de la viande, jusqu’à ce que le jour eût cessé, et ce n'avait pas été sans difficuité qu’ils a‘aient retrouvé le camp. Jusqu'à minuit, nous continuâmes nos coups de fusil ; nous suspendimes même en guise de fanal une botte enflammée à une des perches de la loge; mais nous finimes par être obligés d'aller prendre du repos sans notre compagnon.

Dès que l'aube parut, tout le monde se mit à la re cherche; mais on ne trouva rien. Enfin on signala un groupe de cavaliers qui se dirigeait vers nous; c'était

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Treemiss qui arrivait avec une troupe de Cries. Il avait erré la veille jusqu’à la nuit noire; puis, complétement égaré, il s'était réfugié dans un petit bois où il avait essayé d'allumer du feu, mais sans y réussir, car, allumettes, amadou et bois, tout était mouillé. Il étai donc remonté sur son cheval fatigué et s'était efforcé pendant plusieurs heures de retrouver sa route, Enfin, trempé jusqu'aux os et presque engourdi par le froid, il avait eu la chance d'arriver à un camp d’Indiens. On l'y avait recu avec beaucoup d'hospitalité. On l'avait conduit à la loge du chef, on avait séché ses vêtements, on lui avait servi de la viande et du thé indien, enfin, en guise de cordial, un peu d’eau chaude mêlée avec de la graisse. Cependant, malgré sa fatigue, il n’avait presque pas pu dor:ni: de la nuit. Hommes ou femmes, les Indiens n’avaicnt pas cessé de faire la cuisine, de fumer ou de battre les chiens qui volaient. Ceux-ci en sortant d’une loge étaient saisis par d’autres qui les attendaient, et la mêlée entre eux était continuelle. Quand le matin fut venu, Treemiss réussit à faire comprendre à ses hôtes qu’il avait perdu son chemin. Aussitôt tous avaient sellé leurs chevaux et, comme d'instinct, l'avaient

ramené droit à notre camp.

Nous donnâmes des poignées de main à nos visi= teurs et, les faisant entrer dans la loge, nouspassâmes

{ à la ronde le calumet, selem Les règles de la politesse w indienne. Pendant longtemps, ils se tinrent assis en 2 rond, fumant sans dire un mot. Enfin, après quelque

conversation préliminaire, le chef, qui était un beau

+ garçon, portant une chemise semée de paillettes, un + bonnet couvert de rubans de diverses couleurs et une … trousse à médecine soigneusement travaillée, se leva et

fit un discours en langue crie. Ils’exprimait avec beaucoup de dignité, ses gestes étaient aisés et gracieux, et Sa parole facile. Il disait : « Moi et mes frères nous

avons été très-inquiets en apprenant par les gens de la Compagnie qu'un grand nombre d'hommes blancs arriveront bientôt dans le pays et qu'il nous faudra prendre garde à eux. Dites-moi pourquoi vous êtes venus ici. Sur votre terre, vous êtes, je le sais, de grands chefs. Vous possédez en abondance des couvertures, du thé, du sel, du tabac et du rhum. Vous avez de magnifiques fusils, de la poudre et du plomb, autant que vous en pouvez désirer. Mais il y a une chose qui vous manque. Vous n'avez pas de bisons et vous en venez chercher. Moi aussi, je suis un grand chef. Mais le Grand Esprit ne nous a pas fait un partage égal. Vous, il vous a comblés de richesses variées, tandis qu’à moi il ne m'a donné que le bison. Pourquoi donc venez-vous dans ce pays détruire le seul bien que je possède, simplement pour votre plaisir ? Cependant, comme je sais que vous êtes grands, généreux et bons, je vous donne la permission d'aller où vous voudrez et de chasser autant que vous le voudrez; et, quand vous entrerez dans mes loges, vous y sere les bienvenus. »

Après cette conclusion, il s’assit, reprit sa pipe et attendit notre réponse. [Il avait exposé la situation avec tant de force et de vérité que nous nous sentions honteux de nous-mêmes, et que nous aurions eu quelque difhculté à rétorquer ses arguments s’il n'avait pas terminé son discours si gracieusement {. Nous nous bornâmes donc à le remercier de sa courtoisie et à lui offrir, ainsi qu'à ses compagnons, ce que nous regardions comme un très-beau cadeau de couteaux, de munitions, de thé, de sel et de tabac. Pourtant ils

1. On peut comparer avec cette entrevue celle que M. Hind eut avec les Sauteux. (Tour du Monde, 1860, 1“ semestre, p. 279.) « Nous n'avons pas besoin de l’homme blanc, disaient « les Peaux-Rouges ; quand l’homme blanc vient, il apporte la « misère ei la maladie. ct notre peuple périt. » — J.-H,

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n'avaient pas l'air satisfait et ils demandaient encore un fusil, des couvertures et principalement du rhum. Nous les leur refusâmes. Sur ce, ils s'éloignèrent paraissant de bonne humeur, mais en insinuant qu'ils doutaient après tout que nous fussions de si grands personnages, puisque nous n’avions pas de rhum. F1 partant, ils laissèrent voir l'admiration que leur inspiraient nos chevaux. La Ronde en devint fort inquiet. Î[l nous assura qu'ils étaient mécontents de la facon dont nous les avions reçus et que certainement ils suivraient notre piste dans l'intention de nous enlever nos chevaux. En conséquence, nous primes nos mesures pour détourner leur poursuite et pour conserver notre propriété. Nous fimes en avant cinq à six kilomètres pour aller camper près de la rivière, comme si nous nous proposions de la traverser. La nuit, nous nous gardâmes avec soin. Elle s’écoula sans alarme. Le lendemain matin, nous tournions à angle droit, faisant une marche forcée d'environ trente kilomètres qui nous conduisit à un petit cours d'eau appelé la rivière de l’Aigle 1, où nous campâmes. Le temps favorisait notre fuite. Un épais brouillard nous dérobait à la vue de quiconque aurait surveillé nos mouvements. Dans la soirée s'éleva un vent violent qui dispersa, il est vrai, la brume, mais releva le gazon qu'avait abaissé notre passage. Ainsi nos traces furent effacées. À la nuit, nous reprimes notre faction vigilante, après avoir attaché à des piquets autour de la loge ceux de nos chevaux qui avaient le plus de valeur.

Le lendemain se passa en quête des femelles de bisons ; mais nous n'en vimes aucune. Nous résolûmes donc de rester quelques jours encore à chasser les mâles avant de rentrer dans le fort Carlton. Nous

1. Petit affluent de droite de la Saskatchaouane du nord.— J.-B,.

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continuâmes pourtant à monter la faction la nuit; car il y avait apparence que, si l’entreprise sur nos chevaux était faite, elle aurait lieu, suivant l’habitude des Indiens, après un répit de quelques jours. Chacun faisait la garde à son tour et, il faut bien l'avouer, nous nous sentions assez mal à l'aise quand nous nous trouvions seuls, couchés sous l'ombre de quelques buissons, tandis que tout le reste de notre monde était endormi. Heureusement le clair de lune était brillant; mais ceux de nos chevaux qui étaient libres se mettaient souvent hors de vue, et quand, de temps à autre, nous faisions notre ronde pour les ramener au camp, ce n'était pas sans crainte à chaque instant de sentir, quand nous traversions quelque épais taillis, se poser sur notre épaule la main d’un Indien posté en embuscade.

Unsoir, deux Indiens d'environ dix-sept ans se pré-

sentèrent à notre camp et exprimèrent leur dessein de |

nous honorer de leur compagnie jusqu’au lendemain. Nous les soupçonnions fort d’être des espions. Cepen-

dant nous les invitâmes à dormir dans la loge; mais |

nous redoublâmes de vigilance dans nos factions. Cette

nuit pourtant se passa encore sans alarme. Nous en | conclûmes que nous avions réussi à cacher nos traces | à ceux qui nous poursuivaient. Nous continuâmes | quelques jours encore notre chasse avec des succès va- | riés, puis nous retournâmes rapidement vers le fort, où |

nous rentrions le 8 octobre. En route, nous rencontrâmes le convoi des charrettes de la Compagnie, qui re. venait chargé de viande. Le chef, M. Sinclair, nous apprit que, au début de la chasse d'automne, les chasseurs avaient trouvé les bisons en nombre extraordinaire. Ce n'étaient partout que de vastes troupeaux, si bien qu'en réalité la terre tremblait sous leur passage, et que, la nuit, leurs continuels mugissements et le tumulte de leur marche rendaient tout sommeil impossible. Lors

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