‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 18 sur 93 · AT CAGE T PEN ER · texte numérisé non relu

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Un petit incident de ce retour suffit à montrer la rude manière dont il s’accomplissait. En descendant la pente assez raide d’une colline, un des traîneaux versa, retournant avec lui le cheval qui se trouva couché sur le dos avec ses jambes battant l'air. Cheadle se préparait à lui retirer ses harnais; mais La Ronde lui cria : Ah! non, monsieur, pas besoin! Et, poussant tous les deux, ils envoyèrent le cheval et le traineau, toujours roulant, jusqu’au bas de la colline, où ils se retrouvèrent sur le bon côté, Alors le convoi continua sa marche.

Milton et Bruneau furent bien aises de l’heureux retour de leurs compagnons, et Kinémontiayou, qui 3e trouvait à la maison avec quelques autres Indiens, prit bientôt sa large part d’un banquet de viande fraiche qui se prolongea une partie de la nuit, et où ceux qui arrivaient de la plaine se livrèrent au plaisir de manger du pain.

En vérité, dans la vie civilisée, on ignore ce que c’est que le plaisir de manger.

Nous avions à présent assez de viande pour quelque temps. Nous l'emmagasinâmes sur la plate-forme extérieure où 14 gelée la conserverait, et nous tournûmes toute notre attention sur l’art de dresser des trappes dans les bois. Jusqu’alors nos essais s'étaient bornés à poser autour des lacs quelques petites trappes d'acier, et à jeter des amorces empoisonnées aux loups. Mais nous prétendions aspirer plus haut : nous enfoncer dans les profondeurs de la forêt de sapin pour y conquérir. des trophées qui nous assureraient un

gracieux accueil quand nous les offririons en Angleterre à nos chères parentes. Au Canada, il n’y a pas de fourrure qui égale en prix celle du renard argenté. Elle est d'un beau gris; les poils blancs y dominent, mais ils ont l'extrémité noire et sont mélés de poils tout à fait noirs. Une paire bien assortie de peaux de

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renard argenté se vend de deux mille à deux mille cinq cents francs. Les renards croisés, qui tirent leur nom d’une bande noire courant le long du dos avec une croix sur les épaules comme celle de l’âne, présentent toute espèce de variétés entre le renard argenté et le renard commun rouge, et la valeur de leurs peaux diffère en proportion de ces variétés. Après les meilleurs renards croisés, viennent le pékan, la martre et le foutereau. Ces trois animaux sont des putois, et peuvent, quant à la taille et à la valeur, rester dans l'ordre où nous les a,::° nommés. La peau d’un pékan monte de vingt à trente-huit francs; celle d’une martre de dix-neuf à vingt-neuf, et celle d’un foutereau de douze à dix-huit. La loutre, moins commune que les deux dernières espèces, est évaluée à un franc vingt-cinq centimes le pouce, en la mesurant de la tête à l'extrémité de la queue. L’hermine, excessivement commune dans les forêts du nord-ouest, est d'une grande incommodité pour le trappeur dont elle détruit les amorces destinées à la martre et au pékan. En général, on ne trouve pas qu’elle vaille la peine d'être chassée. Parfois on découvre aussi l'ours noir dans sa tanière d'hiver; sa peau vaut cinquante francs. Le lynx, qui est assez commun, se prend dans des piéges de cuir. Une fois attrapé, il se tient tranquille et résigné; le chasseur le tue en le frappant à la téte. Les autres habitants des forêts sont les élans et le petit gibier, comme la perdrix commune des bois, ou le tétras du saule, la perdrix du pin, le lapin et l’écureuil.

Au commencement de novembre, quand les animaux ont leur vêtement d'hiver et qu'on est dans la saison des fourrures, le trappeur fait ses préparatifs : il plie sa couverture en double, y met un morceau de pemmican capable de le nourrir cinq ou six jours, une petite marmite et une timbale d'étain, et, s’il

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