‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 29 sur 93 · DE LA BELLE-PRAIRIE AUX MONTAGNES ROCHEUSES · texte numérisé non relu

DE LA BELLE-PRAIRIE AUX MONTAGNES ROCHEUSES

Départ de la Belle-Prairie. — Fort Pitt et sa colonie. — Cries et Pieds-Noirs. — L’Assiniboine. — Passage de la Saskatchaouane. — Edmonton. — Colonie de Saint-Alban et le P. Lacome. — Les Pieds-Noirs courent le Crie. — Chœurs des chiens. — M. O'B... — Nous consentons à l'emmener. — Nous préférons aux autres le col de la Cache de la Tête Jaune. — Antipathie de M. O'’B... et de l’Assiniboine. — Départ d'Edmonton, — Les oiseaux. — L’Assiniboine, les ours gris

cet M. O'’B.... — Le Mac Leod. — L'’Assiniboine devient notre guide, — Incendie de la forêt. — L’Athabasca et les Montagnes Kocheuses, — Chasse aux moutons gris. —

Jasper House et ses environs.

É Le 3 avril nous avions chargé nos charrettes. Nous À tournâmes le dos à la Belle-Prairie avec quelques sentiments de tristesse. Nos amis indiens étaient tous absents et nous partions en regrettant de n’avoir pu faire nos adieux ni au Chasseur ni à Miscouépémayou. Le 6 avril, nous atteignions la Saskatchaouane. Elle était encore bien prise et nous la * passâmes sur la glace. A Carlton, nous trouvâmes L. Treemiss qui partait pour l’Europe. La Ronde le suivit le lendemaii, ‘liant à la Rivière Rouge. Nous

envoyâmes Rover avec eux, car nous avions peur de le perdre après être arrivés dans la Colombie Britannique. Ce fut une faute que nous déplorâmes toujours. Pour nous guider vers l'ouest, nous engageâmes Baptiste Supernat, métis français, grand et fort, qui prétendait connaître, jusqu’à la Cache de la Tête Jaune, sur le versant occidental de la principale chaîne des Montagnes Rocheuses, la route que nous avions l'intention de suivre. Après être restés trois jours à Carlton, nous passèmes de nouveau la rivière sur la glace, malgré l’annonce de la débâcle, et nous remontâmes lentement le long de la rive gauche de la Saskatchaouane du nord dans la direction du fort Pitt. Nous emmenions deux charrettes et deux chevaux, et, comme nous n'avions à notre service que Baptiste, l’un de nous conduisait tandis que l’autre allait en avant pour chasser. Le temps était beau, éclatant, et la neige avait presque partout disparu. Des volées d’oies et de canards passaient sans interruption, si bien que le bruit de leurs ailes, comme ces oiseaux se dirigeaient vers le nord, ne cessait pas de la nuit et nous empéchait presque äe dormir.

Au lac des Brochets (Jach-fish Like), nous rencontrâmes Gaytchi Mohkémarn et quelq''es Cries des Bois de sa connaissance. Gaytchi nous fit des excuses au sujet de l'extrême nécessité qui l'avait obligé, cet hiver, à consommer notre viande. Ces Indiens nous quittèrent après nous avoir accompagnés une journée, et en ayant réellement l’air chagriné à l'idée de ne plus nous revoir.

Nous étions encore à quelques journées du fort Pitt, quand nous fûmes rejoints par une bande des employés de la Compagnie; ils venaient de Carlton, et nous tinrent compagnie jusqu’à Pitt. Ils marchaient à pied, ayant leurs bagages portés sur des travailles que trainaient des chiens. Une travaille est une machine in-

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dienne ! qui se compose de deux perches attachées ensemble, de facon à former un angle aigu, et maintenues par des traverses. Le sommet de l’angle porte sur le dos du chien ou du cheval; l’extrémité des perches divergentes traîne sur le sol, et le bagage est attaché aux traverses. Les Indiens s'en servent en place de charrettes. Nos nouveaux compagnons se trouvaient à bout de provisions et de munitions, 2n sorte qu'ils vécurent désormais à nos dépens, et, comme nousmêmes nous étions assez peu en fonds, il nous fallut travailler dur pour tuer des canards et des poulets de prairies en nombre suffisant; car dix hommes affamés dévorent une fameuse quantité d'oiseaux.

Une des habitudes des tétras des prairies nous mit à même de nous en procurer beaucoup. Au printemps, ces oiseaux se rassemblent lors du lever et du coucher du soleil, au nombre de vingt à trente, dans une place choisie, qui ordinairement est sur un bas coteau ou quelque plateau. Là, ils se mettent à danser, mais comme des fous. Le tétras des prairies est un oiseau qui court, au lieu de procéder par des sautillements. Eh bien! dans ces réjouissances, on les voit ouvrir leurs ailes, poser leurs deux pieds ensemble, et sauter comme des hommes dans la danse du sac, ou des oiseaux dans une pantomime. Ils s’avancent l’un vers l’autre, font un tour de valse et passent à un autre.

1, Nous ne sommes sûr ni de l'orthographe, ni du genre, ni de la signification exacte de ce substantif à cause d'une phrase du Tour du Monde, 1860, I, p. 275, où il est dit : « M, Palliser partit seul avec son fidèle Ismah, un grand chien loup de race indienne, attelé à un travail ou traîneau léger qui portait toute la fortune du voyageur ». — Le capitaine Burton en allant chez les Mormons a fait la rencontre de bandes d’Indiens emportant tous leurs biens sur des traîneaux de ce genre et il en fait la description ainsi que des chiens qui y sont attelés. (V. notre édition des Voyages du capitaine Burton, p. 235 et suiv.) — J,-B.

Cette contredanse des poules de prairies est des plus amusantes; et, quand les oiseaux s’y livrent, ils s’y absorbent assez pour qu’on puisse les bien approcher. L'état du terrain fait aisément reconnaître la place de leur rendez-vous. L’herbe foulée où même détruite par le continuel battement de leurs pieds forme un cercle remarquable.

Nous espérons que la nécessité absolue peut nous servir d’excuse si nous avons tiré parti de leur passion pour ce divertissement de bonne société, et si nous avons dispersé et ensanglanté le bal des hôtes de la prairie. Jamais nous ne nous y sommes résolus que quand la faim impitoyable nous obligeait à nous procurer des vivres le plus rapidement possible,

Le fort Pitt, où nous arrivâmes le 20 avril, ressemble par la construction et par l’étendue à celui de Carlton. Il est comme iui placé sur l’atterrissement plat qui se trouve plus bas que l’ancienne rive élevée de la Saskatchaouane. C'est lui qui fournit aux postes éloignés des plaines la plus grande partie du pemmican et de la viande sèche qui sont nécessaires à leur approvisionnement. [l est rare que le bison se tienne bien loin du fort Pitt et souvent il arrive, quand la disette règne à Carlton et à Edmonton, que les gens du Petit Fort 1, comme on l'appelle, se régalent de viande fraîche tous les jours.

On y cultive la terre d’une façon primitive, il est vrai, mais qui donne d’abondants produits. On y récolte des pommes de terre en grande quantité et d’une grosseur immense, les carottes et les navets y prospèrent également, et l’on ferait ici certainement autant

1. Le nom de Petit Fort nous semble bien être dû à une interprétation erronée de celui de fort Pitt... Quelle que soit la réputation des deux Pitt, il est permis de croire qu'elle n'est pas clairement comprise par les Peaux-Rouges ni par les métis. — J.-B,

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