‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 47 sur 93 · CE EUX · texte numérisé non relu

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n'était alors qu’une succession de rapides, qui n'avaient pas plus d'un mètre vingt à un mètre cinquante cen. timètres de profondeur. Cependant ces passages présentaient leursdifficultés et même leurs dangers, parce que l'eau était très-haute pour les chevaux et courait extrémement fort.

Au dernier gué, les eaux s’élançaient sur une telle pente dans une chute pleine d’écume et de colère, elles faisaient de si terribles bouillons autour des grandes roches qui encombraient le chenal, que nous hésitimes avant de nous aventurer à y pousser nos chevaux. Mais l’Iroquois ouvrit la marche et traversa heureusement, quoique son cheval bronchât, chancelât, et pût à peine se tenir. Alors nous lançämes nos chevaux de charge devant nous et nous entrâmes dans l'eau. Elle montait par-dessus les épaules de nos chevaux pendant qu'ils luttaient contre le courant, qu'ils glissaient sur les pierres p'ates, choppaient et se raffermissaient sur leurs jambes, de la façon la plus extraordinaire. M. O'B. fut en cette circonstance obligé de remonter sur son destrier; mais, à en juger par l'expression de désespoir peinte sur sa figure, il s'y résignait avec l’idée qu’il n’arriverait pas de l’autre côté sans accident. On l'exhorta à suivre prudemment le chemin qu'avait pris le guide ; Milton même et M"° Assiniboine se mirent à chacun de ses côtés. Cramponné des deux mains à la crinière, au lieu d’essayer de diriger son cheval, il employait toutes ses forces à se tenir en selle et ne cessait de dire à son escorte : « Doucement, milord, s’il vous plaît, ou je vais être balayé. Allons! parlez à madame Assiniboine, milord : elle nous conduit à la mort. Quelle femme imprudente! Varium et mutabile semper femina! La femme a toujours été un être ondoyant et divers. Madame Assiniboine ! madame Assiniboine! Mon Dieu! mon Dieul le terrible voyage! L’eau m'’en-

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traine! Je l'échappe belle, milord. Je l'ai échappé belle, vrai, docteur. Ah! mais, vous savez, on n’a pas toujours la même chance. » Dès qu'il eut atteint la rive, il glissa à bas de son cheval qu'il laissa libre de suivre ses fantaisies.

La plupart de nos chevaux de somme avaient été entraînés au loin par le torrent, et nous nous atten-

dions bien à ce que plusieurs d’entre eux seraient:

perdus ; cependant ils réussirent tous à gagner la rive. Le seul dommage que nous supportämes fut que notre farine et notre pemmican se mouillèrent; mais le mal fut réparé en les faisant tout de suite sécher avec soin.

Le lendemain, nous remontions la rive droite ou aéridionale de la Miette. La lisière de terre séparant de l'eau les montagnes qui formaient les côtés du ravin se trouva très-marécageuse et souvent même plus basse que l'eau. Au bout de plusieurs heures d’un voyage désagréable, nous arrivions au dernier endroit où l'on traverse cette fatigante rivière. Nous pensions qu'il y faudrait construire un radeau ; mais nous y découvrimes un petit radeau ou cajot, amarré de l'autre côté près de quelques saules, et laissé là sans doute par les trois Américains qui avaient traversé ce torrent peu de semaines avant nous.

Le jeune Assiniboine offrit de faire passer son cheval à la nage et d’aller chercher l’embarcation. Il ôta jusqu'à sa chemise, monta à cheval et entra dans l’eau. L'animal eut bientôt fait de gagner en nageant l'autre rive ; mais, comme elle était escarpée, il glissa et se renversa en essayant de grimper. Le garçon tomba à l'eau, puis se remit en selle ; néanmoins, perdant courage, il retourna la tête de son cheval et revint vers nous sans avoir rien fait. L’Assiniboine voulut alors essayer de nous amener le radeau. Suivant ses conseils, nous fimes passer tous les chevaux, hormis un seul.

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Ils réussirent tous à gravir la rive en différents en. droits ; alors l'Assiniboine, après avoir noué une longue corde à la queue du cheval qui restait, se déshabilla et mit ce cheval à l’eau en se retenant de son unique main à la crinière. Tous deux réussirent ct prirent terre sans grande difficulté, Mais la corde s'était détachée, et nous nous trouvâmes encore à nous demander comment nous pourrions à présent amener le radeau de notre côté ; car la rivière était trop profonde pour y naviguer à la perche, et trop large pour qu'on pôût lancer une corde d'un bord à l’autre. Dans cet embarras, nous pensâmes à nouer un bout de la corde autour du corps de Papillon, un chien qu'avait emmené l’Assiniboine. Effectivement, sur l'appel de son maitre, le chien nagea en traînant la corde après lui. Alors quelques voyages de cette espèce de bac nous mirent à même de transporter de l'autre côté tous nos bagages, et nous eûmes un véritable plaisir de dire un dernier adieu à la désagréable Miette. Nous continuâmes notre route en longeant le pied de hauteurs couvertes de sapins et qui commençaient à s'éloigner davantage de l’eau.

Un des pics neigeux les plus proches nous rappelait la pyramidale Roche du Prêtre et le nombre des montagnes au blanc sommet augmentait autour de nous.

Il y avait quelques années que l'incendie avait ra-

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étaient étendus en travers du chemin, enchevétrés et entrelacés de toute part. Nous avions beaucoup de peine à faire avancer nos chevaux ; en effet, pour éviter ces barricades, ils se détournaient continuellement et s'enfonçaient dans l’épaisseur du bois. En les faisant sauter par-dessus les arbres, nous tombâmes rude-

ment plusieurs fois à terre, car souvent un obstacle était si près d’un autre que nous n'avions pas la place pour faire prendre l'élan nécessaire à nos animaux.

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