‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 52 sur 93 · EST · texte numérisé non relu

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pu offrir. Il courut donc à la hâte pendant quelques centaines de mètres, et enfin trouva Mme Assiniboine qui s’efforçait, avec autant de persévérance que d'insuccès, de tirer un cheval déjà presque enseveli dans un marécage. Elle le battait vigoureusement, puis essayait de le soulever en le tirant par la queue. Rien n'y faisait. [l fallut ôter le bagage et hisser le cheval à la fois par la tête et par la queue, pour le sortir de ce mauvais pas. Alors Mme Assiniboine soulagea sa colère en adressant à M. O’B. les épithètes les plus insultantes du langage crie. Il était près d'elle quand l'accident était arrivé; mais, au lieu de s'arrêter pour lui offrir quelque assistance, il s'était mis à se sauver à toutes jambes, par peur d’être laissé en arrière sous la seule protection d’une femme. Dans son indignation, celle-ci déclara que, jamais à l'avenir, elle ne lèverait un doigt pour aider un pareil homme en quoi que ce fût. Le fait est que, depuis lors, rien ne put décider l’Assiniboine, sa femme ni son fils, à rendre au Vieux le plus petit service.

Le soir, nous arrivions à La Cache; des appentis d'écorces avaient été dressés par les Chouchouaps sur l’autre rive du fleuve; mais nous remîmes au lendemain la tâche de la traversée.

C'est donc dans la matinée du 18 juillet, que les Indiens nous aidèrent à traverser le Fraser. L'eau roulait avec rapidité sur son lit de gros cailloux et s'enflait en énormes vagues qui faisaient sauter comme une coquille de noix le léger canot que les Chouchouaps avaient creusé dans un arbre.

A plusieurs kilomètres au-dessous de La Cache de la Tête Jaune, le Fraser, qui, depuis le lac de l'Élan, a presque toujours coulé droit vers l’ouest, reçoit un tributaire qui vient du sud-est et fait un coude subit vers le nord. Si l'on eu croit les Indiens, il recoit un peu plus bas une rivière importante venant du nord-

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est, La Cache est située dans une vallée de forme triangulaire, ayant son sommet au sud et circonscrite par des montagnes élevées. Cette vallée a environ vingt-cinq kilomètres de long, sur huit au plus dans son extrême largeur.

En regardant vers l’ouest, la perspective qu’on a de La Cache est, à notre avis, une des plus merveilleuses qui existe au monde. Aussi loin que l'œil peut atteindre, au nord, au sud, à l'ouest, les montagnes s'élèvent par-dessus les montagnes ; la plupart, couvertes de neige, ne sont séparées que par des vallons très-étroits, et elles ont l'air de s'étendre jusqu’au Pacifique.

Nous venions de traverser la chaîne principale des Montagnes Rocheuses; nous étions certainement dans la Colombie Britannique, et pourtant, à notre grande surprise, nous nous trouvions encore au beau milieu des Montagnes Rocheuses. En réalité, les montagnes, qui, des prairies du côté oriental, paraissent s'élever comme une muraille, se prolongent jusqu’à l'océan occidental. Le contraire exact de cette vue n’est aperçu que des Monts Chauves, en Caribou. M. Fraser, de Victoria, qui avait visité les Andes et les Himalayas, nous a assuré qu'il n’a rien vu de comparable à ces centaines de kilomètres de montagnes qui existent dans la Colombie Britannique f{.

Le pâturage était en cet endroit bon pour les chevaux, et nous résolûmes d'y rester une journée que nous emploierions à faire sécher nos approvisionnements et à recueillir tous les renseignements que les Chouchouaps pourraient nous donner, concernant la suite de notre voyage. Les Indiens nous apportèrent en grande quantité ce qu'ils appelaient des poires :

1. Peut-être six cents kilomèt es en ligne droite, à partir des montagnes qui sont à l’est de l’Athabasca jusqu’à celles qui sont à l’ouest du Fraser. — J.-B.

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ce sont des espèces de poires sauvages, sorbes ou cormes, que nous échangeâmes contre quelques aiguil. les et du fil. Ce fruit vient sur un arbuste qui a de soixante à quatre-vingt-dix centimètres de havt et dont les feuilles ressemblent à celles du poirier. Les gens de la Baie de Hudson assurent que, partout où pousse cet arbuste, le blé peut être avantageusement cultivé. Les fruits qu'il porte ont à peu près la grosseur du cassis et la forme de la poire ; leur goût est exquis. [ls sont fort recherchés des deux côtés des montagnes par les Indiens, qui les font sécher pour l'hiver. Milton remplaça ici la robe de bison qu'il avait perdue dans notre récente mésaventure, par une paire de robes de marmotte pour se couvrir la nuit. Il acheta encore aux Indiens quelques gros cubes de pyrite jaune dont ils se servaient comme de pierres à briquet 1, et deux singulières pipes en pierre qu’ils lui cédèrent d'autant plus volontiers que le tabac leur manquait tout comme à nous. Îls nous dirent qu'il n'y avait plus là que deux familles de Chouchouaps, et que les plus âgés de leur société étaient, depuis trois jours, partis pour descendre en canots le Fraser jusqu’au fort George, en compagnie des mineurs que nous avons mentionnés comme ayant franchi les montagnes juste avant nous. Ces hommes étaient arrivés dans un dénûment complet neuf jours auparavant, n'étant vêtus que de leurs chemises et n'ayant depuis longtemps pour nourriture que des perdrix et des écureuils. Les Chouchouaps ne purent nous donnr aucune nouvelle de la troupe d’émigrants qui, l'été précédent, avait tourné vers la vallée de Îa Thompson. Il nous fut impossible d'apprendre d’eux si elle avait voulu se diriger tout droit sur le Caribou ou descendre la rivière jusqu’à Kamloups. Les In-

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