LIVRE XV, CHAPJTRS I. acjij
formée par les monU Polyplieugos et Analipsis. Dans le sud -ouest, f apercevais la partie de rÂrtéinisiiis appelée Gynirio-Youiii , qui enveloppe le bassin d'Orcbomène; et inoii horizon était fermé au septeiitrioa par la chaîne des montagnes de la Sicyonie, que lea modernes nomment Gavrias. Nous suivîmes le cours^ d'un torrent qui verse ses eaux dans la vallée de Saint-» Georges, en laissant à gauche un monastère de la Vierge, creusé à l'augle d'un entablement du mont Polyphengos. Chaudler, qui le visita, y copia une ins-* cription sépulcrale (i); et les moines y montrent encore, comme de son temps, Timage miraculeuse de la Panagîa, qu'ils disent s'être envolée d'Athènes pour venir se fixer dans ce lieu , où elle voulait que sou culte fût établi (2). Quaut à la fontaine limpide dont parle le voyageur anglais, c'est tout bonnement une
(i) Inscription inédite trouvée dans le même monastère.
ZEP2IAI02 lIASIMOr ÏI02 4»AnN KOPmeOS TH «ï»AlA2inN nOAEI THN
EHEAIAN FKeEMEAinSVN THS ErU KATAZlvErA2A2; ERlUîNinUN
(a) Chandlcr, qui saisit toutes les occasions tic se niO(j»eides chrétiens orthodoxes , raj)porte fort au loo^ ce prétendu miracle. Il devait cependant savoir que ces erreurs ne sont pas le fruit de leur religion, mais de rimagination ardente des Grecs* Pouvait 'il ignorer qne les précepteurs de Thémlstocle et de Platon racontaient , que Minerve avait transporté le mont Lycabettus dans T Anique , en^lc mettant dans les plis de sa robe , pour l'apporter depuis Pellène jusquau lieu où elle le laissa tomber? A^rès cela, comment peut-on se moquer d^s modernes ? Aictioon. Caeyst.^ ntpè Içftptdv irap9(^ô|<»V| c. la.
30O VOYAGE UK LA GIlàOE.
citerne taillée dans le roc, qui conserve, sans aucune intervention surnaturelle , les eaux des pluies, claires
et fraîches pendant toute l'année.
Je commençai aussitôt à découvrir la longue file des cellules autrefois habitées par les frères Laures (i), dans lesquelles Michel Fourmont (2) ne trouva plus qu uu ermite, liu parlant de ces ascétiques aux gens du pays, ils partirent étonnés, et un vieillard fut le seul que je trouvai au fait de leur histoire. Tout en discourant sur ce que je voyais, nous traversâmes la vallée ; et dans dix minutes , nous arrivâmes au village de Saint-Georges. Nous y étions recommandés; on lut nos lettres, mais on nous fit un accueil glacial. On allait même nous refuser le logement , lorsque in<Hi
(1) Laures; c'est en parlant de ces cénobites que saint Éphrem a dit, quHls vivaient Hans les montagnes comme des fauves i qvtUs tétaient établis comme des ramiers dans les Ueux
élevés, et qu'ils avaient attaché leur ancre (€ espérance à la croix,
û^ci xat rà; cr/.r,và; aOrwv e7r/i^av ev tw çaupw (St. Ephrf.m , t. I, p. 175, edit. liom» 1732 : Ze/., Commentar, injimos, p. 268).
(2) Voici ce qu'en dit Fourmont» qui avait vu et décrit cette montagoe avant Chandler : « Le mont Polyphengos n'est qu'un rocher escarpé et très - haut, sur lequel il y a trente-six éj^liscs ayant douze pieds de luiig sur huit de larc^e. Comme aucune uctait entière y nous ne pûmes savoir leur hauteur. Toutes ont une cour, et au bout , une cellule de huit pieds en carré, avec une petite citerne. En montant depuis le milieu de la montagoe, on trouve six terrasses, sur chacune desquelles il y a soixante grottes. FouBMOHT, Voyage manuscr, , p. 3o/| et 3o5 {bis).
Il paraît que ce fut devant cette forteresse, ouvrage de la nature, que Mahomet II se trouva arrêté par les Grecs, lorsqu'il rava^^ea le Pélopouèse. Voyez CEAi*eocoiiDTL£.
. tiva£ XV, ciiiiPixnE i. 3of (Irogman, M. Mertrud, ayant reconnu un de ses amis, nous aplanit les difficultés; de manière que Thospitalité nous fut accordée.
Cet article étant réglé, nous demandâmes oli étaient le^ Colonnes ( c'est sous ce nom qu ou désigne Néméc ); €«t on nous repondit qu'on n'en savait rien. Nous insistâmes, et on ajouta qu'il y avait si loin; mais comme je nionti*ai de l'argent, un jeune homme s'écria qu'il nous y conduirait dans moins à^àne heure de temps* Nous lui donnâmes aussitôt un des chevaux de nos postillons, et nous partîmes. Notre chemin était à l'orient; dans un quart d'heure nous eûmes dépassé le coteau qui réunit le mont Aoalipsis au mout Gavrias. Nous traversâmes ensuite un vallon couvert de vignobles; et après avoir doublé une seconde colline, nous arrivâmes, au bout de cinquante-cinq minutes de marche, dans le vallon solitaire de Némée.
Quelques bergers campent maintenant aux lieux où pendant la célébration des jeux en Thonneur d'Hercule, Philopœmen ofFrit aux Grecs le spectacle de son armée, manojuvraut, dit le naii traducteur de Plutarque, avec une grandeforce et légèreté. Je cherchai d'abord le théâtre oii ce héros entra suivi de ses officiers tous en fleur d'âge ^ au moment où le musicien Pylade de Mégalopolis, qui avait remporté le prix aux jeux Pythiens, se mit à chanter ces vers de Timothée de Milet :
XXttvbv IXi«6epîaç Teux,c<> jx^/av É>Xih. )W9|A0v.
€*est lui qui donne à la Grèce Le beau présent de la liberté.
Je me retraçais la liesse des spectateurs qui se pri-
3oi VOYAGE DE LA GRKCE.
rent à battre des mains ^ pour F espérance quHh con-
cevaient que les Grecs par son moyen recouvreraicnl bientôt leur ancienne liberté^ quand de iiau tes colonnes Attirèrent mon attention; c'étaient celles d'un édifice consacré au roi de TOlympe mythologique.
Le temple de Jupiter était déjà dégradé loisque Pau&anias le vit; son toit était écroulé, et on avait emporté la statue du inaitre des dieux. Un bois de cyprès ombrageait seul sa nef délaissée; mats il est probable que l'empereur Hadrien , restaurateur des jeux jNéinéens, dut faire quelques réparations à cet édiBce , qui était regardé comme un des plus beaux de la Grèce. Je comptai encore à sa farade remplacement de six colonnes, dont il ne reste plus que deux^ qui sont d'ordre dorique , avec leurs architraves. Je vis les tandjours de plusieurs autres; et sachant que cet édifice , qui était dans les proportions du Theseum d'Athènes , avait été levé géométriquement et dessiné par M. Fauvel, je me dispensai d'en prendre aucune mesure* A quelques pas de là, je remarquai les décoflii^ bres d'une église grecque dédiée à la sainte Vierge, qu'on croit occuper remplacement du monument fu* nèbre d'Archémore (i ), près duquel les Àept chefs pro» noncèrent le serment de le venger des Thébains. Un vieux figuier couvre maintenant son sanctuaire dé* iabré, oii Ton célèbre chaque année, le i5 aoât, und panégyrie, qui attire un concours nombreux de paysans des villages voisins. Ainsi aux mêmes lieux où se te^naient les jeux Néméens (u), présidés par les Argiens,
(i) Pans., lib. II, c. i5; ApoUod., lib. III, c. 6, § 4.
(i) Nemeases alias aestivas, hibernas alias , atqucipsarum svof
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se rt unisse nt maintenant les enfants des Grecs, et s'ils ne poursuivent plus les couronnes distribuées aux vainqueurs des jeux, les échos, ({ui répétaient les acclamations des peuples réunis, redisent des harmonies plus sublimes. Us répondent aux chants religieux des chrétiens de la Phliasie, qui demandent au CteK dans leurs humbles prières, le Desué des nations, en invoquant le règne de J. C* , BaaiXeia tou XpiçoGf.
Je m'enquis de la fontaine Âdrastène, et on me mon« ira la source de Coutzomati, qui donne son nom au vallon de Némée. Du reste, je ne vis aucune trace du stade ni de la ville; et comme le jour baissait, j'eus beaucoup de peine à dessiner le cours de la rivière qni se jette dans le golfe de Corinthe. Mais je ne pus méconiialue, à sa forme particulière, qui est celle (l'un autel élevé dans les airs, le mont Apésas, sur lequel Persée sacrifia, dit-on, à Jupiter; car, dans les temps antiques , les hommes priaient sur des lieux élevés (i). Je ne fis qu'entrevoir ie village de Coutzo-
gulas alteniis annispcra^i consucvisso, perspinio constantique scriptornm onmiiim tcstimoiiio crudimur. Ipsas vero primis ac teiliis olympiadum aunis cdebratas esse , Scaliger, Petavius^ Oodwellus, caeCerique scriptores omncs unâ vclutt voce testantur. Eas tamen secundii et quartis adscribendas esse plurîbus €t perspicuis etiam certisque Nemeadum exempUs ostendi : ut «ttUvae quidem secundîs olympicî» annis , duodecinio Panemi Corinthii acleoque Hecatombîeonis A tfici die , aj^erenliir : hibcrnae vero in quartos olynipiaduin annos , itemque in duodecimum Gamelionis Attici diem inciderent.
CoitAUiiyFasti jétiicij t. II, p. 196.
(i) C'est leur coutume^ dit Hérodote (en parlant des temps où les hommes n'avaient pas encore fait les dieux à leur image ),
3o4 VOYAGE DE LA GRÈCE.
mati, qui est habite par vingt familles albanaises chittîennes dont la richesse consiste en vignobles et en troupeaux. Les ténèbres s'épaississaient, lorsque nous réprimes le chemin de Saint- Georges, où nous arri« ' vâmés au moment où la pluie commençait à tomber. Les éclairs seuls nous faisaient apercevoir les montagnes de TArcadie; le tonnerre grondait dans leurs flaires, et tout nous présageait une nuit épouvantable. Je craignais que cela ne dérangeât mes projets, lorsqu'un vent impétueux, qui s'éleva sur les dix heures du soir, dissipa les nuai^cs, et me permit d'espticr pour le lendemain une journée favorable.
Nous couchâmes sur le sopha du divan de notre hôte, qui paraissait très-mécontent d'une bande d'Albanais que le caradgi ou receveur des finances avait envoyés à Saint-Georges , en qualité de dgéremets ou garnisaires, pour exiger le recouvrement du caiakh ou capitation. C'était la cinquième fois qu*on payait cet impôt pour Tan de grâce i8j5,et les plus pauvres gens avaient deja déboursé au-delà de soixante francs par individu màle au-dessus de l'âge de douze ans. C'était à ce prix que 1* ujlorieux sultan permettait à chaque chrétien de conserver sa léte^ et les exécuteurs, qui buvaient le vin des paysans en mangeant leur pain et leurs poules, menaçaient de les mettre à exécution iiuluaiie, s'ils ne payaient dans le délai de deux jours. Je demandai- au codja-bachi quel parti il se proposait de prea-
d'immoler des victimes à Jupiter sur le haut des montagnes; et iis a/jpeiient de son nom, tout le circuit du ciel. Èm ri