LIVRE QUINZIÈME
PHLIASIE.
GHAPITRË PREMIER.
Boute depuis Argos jusqu'à Saint-Georges. — Khan de IVIiliutis. — Mont Polyphengos. — Grottes des frères Laures. ~ Mont Analipsis. — Restes du temple de Jupiter Néméen. — Vallée de "Sémée , mamteDant- appelée GoutzoïnatL
IV DUS avions vu tout ce que le pays offire de plus curieux , lorsque nous sortîmes d'Argos pour nous rendre dans rArcadie, en prenant la route de Némée. Je venais de relire Vj4gamèmnon de M. Népomueène
Lemercier, sur le lieu de la scène oii il place la tragiqtie aventure du chef des Atrides; et je saluai la ville
que nous (quittions, en répétant ces vers qui retentiront sur le théâtre français aussi long-temps que ceux de Y Ores te de Voltaire :
Salut 9 6 murs d'Argos ! 6 palais I d patrie 1 O terre y o& de Pélops la race fut nourrie f
( Acte XI, scène vu. j
. Nous remontâmes pendant un quart de iieue le lit poudreux de Tlnachus, qui prend sa source, quand
il 7 a de IVau, dans le mont Parthénius (i). Au bout d'un quart d'heure de chemin, nous tournâmes au nord quelques degrés ouest; et nous fîmes quatre milles pour arriver jusqu'au village de Coutzo - Podi. Nous comnien<('àmes bientôt à gravir la base des montagnes, qui forment une masse contiguê depuis FArgo*lide jusqu'à Fatras, en laissant h Toccident le plateau de TÉlide, la seule plaine régulière de la Moree du coté de l'occident. Nous entrions dans les ressauts de rArLi'iiiisius , et nous suivîmes une gorge d'un Jeniimille détendue, ayant en vue le khan de Carvatlii, et la porte aux Lions de Mycenes, à Torient du bassin d'Argos. Arrivés au village de Bélisi, nous marchâmes nord -nord* ouest pendant un demi-mille entre des sommets calcaires, avant de descendre dans une vallée étroite baignée par la rivière d Ornée, qui se rend à rinachus, ou Planitza. J'eus beau demander si on trouvait au nord, comme le dit Four mont, des ruines appelées Oruica (2), on ne me comprit pas, et ou ne put me dire si le ruisseau qui coulait devant nous ^ est le même quH iioiiiinc lu nvicre des SS. Anargyres. Nous escaladâmes immédiatement une montagne aride
(1) C'est le même que l'Artémisias* JToyez Strab., lib. VI,
p. 271; et lib. VIII, p. 370.
(2) Ornica. Nous n'avons rien vu clans ce village que deux églises, l une dédiée à sainte Marine, que je suppose bâtie sur le sol même du temple de Diane; l'autre consacrée aux SS. Apùtres, et il y a apparence qu'elle est à la place du temple de tous les dieux. Le territoire de ce village est borné à l'orieiit par la rivière de Pétraki ( Voyage manuscrit de Bfichel Fourmonl» p. et 25o [bis) , [). 2fj'3 et 26/, [bis)^ déposé au cabinet des inauuscritâ de la bibliothèque du Roi).
ago VOYAGE DE LA Glu et;.
eo prenant le défilé de Gamila, dans lequel je remai^
quai plusieurs massifs de granit noir pareil à celui des carrières d'Argos. A cette distance, nous étions à
deux lieues de cette yîlle et à une demi-lieue au sud-
sud-ouest de Zacharias, village près duquel je place la florissante Ornée d'Homère ( i ). Nous nous trouvions dans la région moyenne de rArtémistus, qui formait autrefois la frontière méridionale de la Pbliasie. Nous descendîmes au khan de Milioiis , qui est situé entre des montagnes lugubres. Je vis au bord d'un ruisseau un moulin et un plant de mûriers, près desquels ou avait cultivé quelques arpents de terre, qui étaient alors remplis de bamiaus et d'aubergines.
£n quittant le khan, nous prolongeâmes un tor-
. rent venant de l'ouest y pour prendre le défilé de Scala - Miliotis^ qui est un sentier taillé en spirale dans le flanc des montagnes. Nous fîmes de là trois quarts de lieue entre des sommets hérissés de bnissous, qui nous conduisirent à une vallée couverte de
. poiriers sauvages. J'y vis des moutons dont les deux tiers étaient noirs, ce qui fait que leur laine est moins estimée dans le commerce que celle des troupeaux de l'Argolide.
INous veillons de rentrer le canton de Corin-
the, et nous marcliâmes environ un quart de lieue au couchant jusqu'à une fontaine, d'où nous toumâ<* mes au jiord pour déboucher dans la vallée de rAsopc. Nous eûmes aussitôt en face le village de Saint- Georges, qui se présente au milieu d'une embrasure
(i) lliad., lib.- U, v. Syi ; Paus. , lib. II, c. a5; Id, , lib, X, c. 18; Slrab., hb. Vill, p. iyô.